Le 505 : Anatomie d'un Dériveur de Légende et le "Plan de Forme" de ses Ambitions

Le dériveur 505, une icône dans le monde de la voile légère, a vu le jour en 1954, né sous la plume de John Westell. Sa création répondait à une demande spécifique d'Alain Cettier, alors président de l'association des Canetons, une flotte de dériveurs à restriction de 5,05 mètres. L'impulsion initiale pour ce nouveau modèle remonte à 1953, année où l'IYRU (International Yacht Racing Union, devenue depuis l'ISAF) organisait des essais dans le but de sélectionner un dériveur pour les Jeux olympiques. Bien que le Coronet ait été remarqué lors de ces essais, c'est Alain Cettier, à la tête de l'une des plus importantes flottes de petits bateaux de régate, qui a sollicité le designer anglo-saxon. La requête était claire : ramener la taille du bateau à 5,05 mètres et son plan de voilure à 16 m² pour donner naissance à un nouveau modèle. Le dessin du 505 fut officiellement adopté lors de l'Assemblée Générale de l'association des Canetons, marquant le début d'une ère pour ce dériveur.

Le "Guide du Cinquo" : Une Lecture Critique de sa Propagande et de ses Revendications sur le Plan de Forme

Une exploration approfondie des caractéristiques du 505 peut être menée à travers des documents promotionnels, tels que le "guide du cinquo" distribué par l'association de classe 505. Cet ouvrage de 24 pages, au format poche, se présente comme un document publicitaire, ce qui, par définition, lui ôte toute prétention à l'objectivité. Cependant, il contient des formulations qui peuvent parfois frôler la publicité mensongère. Dès les premières pages, un éditorial du président de la classe, M. JB Dupont, présenté comme un véritable apôtre de l'association, donne le ton. Les thèmes centraux de l'ouvrage y sont énoncés avec emphase : le 505 est dépeint comme un bateau fabuleux, inégalé, et, élément récurrent, il est mis en avant qu'il est équipé, depuis 2003, d'un grand spinnaker qui, selon la formule consacrée, « déchire ». Cette omniprésence du grand spi, un leitmotiv à travers les 23 pages du guide, soulève des interrogations sur sa fiabilité pour un esprit un tant soit peu critique. Le président Dupont précise que « le cinquo a, par exemple, adopté dernièrement un très grand spi, près de 29m², plus plat et donc facile à tenir ; les performances au vent arrière et au largue ont été améliorées, rendant ces bords plus tactiques. Il faut plus que jamais aller chercher les risées et les refus ».

Les pages 4 et 5 du guide, intitulées « La passion », continuent sur cette lancée, consacrant une grande partie de leur contenu au « grand spinnaker de 29 m² ». Ce spinnaker, associé au thème de la passion, prend des connotations presque religieuses dans la rhétorique du guide. Le 505 y est également décrit comme un bateau « révolutionnaire qui éclipse toute la concurrence » et qui aurait introduit « tant d’innovations qu’il n’est toujours pas égalé dans sa catégorie des dériveurs à deux équipiers ». Ces affirmations peuvent être mises en perspective en considérant l'existence d'autres dériveurs performants comme le 49er ou le 14 Pieds International.

Innovations Techniques et le Plan de Forme : Mythes et Réalités

Concernant les innovations spécifiques, le guide attribue au 505 l'apport du « trapèze qui n’était pas encore répandu », des systèmes autovideurs qui « vident le bateau en marche », et un plan de voilure intégrant un spinnaker « démesuré ». Il est important de noter, pour la précision historique, que le trapèze avait vu le jour sur des 14 Pieds avant la guerre, grâce à des figures comme Uffa Fox, ce qui nuance l'idée que le 505 l'aurait "apporté" au sens de l'invention. La formulation "le trapèze qui n'était pas encore répandu" est une nuance importante, reconnaissant qu'il n'a pas été inventé sur le 505. Néanmoins, l'idée que le 505 aurait « périmé tous les dériveurs existants et [serait devenu] le modèle de toutes les séries qui se créeront après lui » dès sa création est une erreur historique. Des séries telles que les skiffs, dont les origines (comme le 14 Pieds ou le 18 Pieds) sont parfois antérieures au 505, se sont développées parallèlement, avec une philosophie différente.

Le guide affirme également que « l’objectif avoué des responsables du 505 a toujours été d’offrir un bateau de compétition accessible à un grand nombre ». Cette déclaration suscite l'interrogation sur d'éventuels "objectifs inavoués" et renforce la tonalité particulière de la communication. La révolution, ou plutôt la passion, du 505 se poursuivrait encore aujourd'hui, avec l'adoption de l'avaleur de spi et l'utilisation de matériaux composites tels que le Kevlar, culminant avec l'équipement d'un « grand » spi pouvant atteindre plus de 29 m². Il est amusant de constater que la taille du spinnaker est une obsession constante dans le document, ce qui pourrait suggérer que celui qui a rédigé le guide n'arrive pas à le maîtriser totalement, ou que cette référence quasi divine au nouveau spi est une marque de jalousie inconsciente envers ceux qui ont également de grands spis et attirent les jeunes.

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La Morphologie du 505 : Le Concept "Étroit-Large" et ses Particularités de Plan de Forme

L'un des concepts les plus intéressants développés dans le guide concernant la coque du 505 est celui de bateau « étroit-large ». Si l'on interprète correctement, le bateau est décrit comme étant à la fois large et étroit. Cette double personnalité confère au 505 une stabilité tout en le rendant rapide par petit temps grâce à une faible largeur à la flottaison. L'auteur explique que « à la moindre gîte, le volume immergé augmente sensiblement au fur et à mesure que la gîte s’accentue, au contraire des coques classiques où la stabilité initiale se dégrade très vite. Cette particularité évite bien des chavirages aux nouveaux venus en 505 ». Cette description attribue presque une personnalité au bateau, le cinquo ayant une "double personnalité" étroit-large. Le vent lui-même est personnifié, comme s'il était une entité consciente qui « force » pour faire avancer les bateaux et « gonfler le grand spi ». Les lignes d'étrave du 505 sont fines mais « l’avant se gonfle très rapidement » pour prévenir l'enfournement, une caractéristique qui le distinguerait des autres bateaux.

Performances Exceptionnelles et le Débat sur le Rapport Poids-Surface de Voile

Le paragraphe consacré aux « performances exceptionnelles » du 505 réaffirme d'emblée l'importance du spinnaker, mentionnant que c'est un « spinnaker exceptionnellement grand (il vient d’être encore agrandi de plus de 20%) ». Le guide décrit le cinquo comme un bateau qui « plane si facilement [et] sait prendre le mors au dent sous la traction de cette énorme voile », une personnification qui transforme le dériveur en un cheval fougueux.

Cependant, certaines affirmations nécessitent une vérification. Le guide prétend que le 505 « offre d’ailleurs le meilleur rapport poids-surface de voile de tous les dériveurs modernes ». Cette assertion est contestable, car des bateaux comme le 14 Pieds International et le 18 Pieds Australien sont mieux dotés en surface de voile tout en étant légers, du moins pour le 14 Pieds. La question philosophique de savoir si un skiff est encore un dériveur est soulevée implicitement par l'auteur, qui, en affirmant le statut du 505, apporte une réponse négative à cette interrogation. En conséquence, les skiffs seraient considérés comme « d'ailleurs » par rapport à la catégorie des dériveurs modernes que le 505 prétend dominer. Cette démarche introduit le concept de modernité dans le débat, poussant à se demander si les skiffs sont modernes.

La jauge est également abordée à la fin de ce paragraphe, avec l'auteur démontrant une orientation politique en adhérant au principe de la « liberté contrôlée [qui] est un gage précieux de stabilité de la classe ». Cela implique une surveillance des pratiquants afin de ne pas déstabiliser la classe. Le paragraphe se termine encore une fois sur le grand spi, rappelant que la jauge n'a subi que deux modifications en trente ans : l'avaleur de spi et « récemment l’adoption du grand spinnaker de 29 m² ». Cela souligne l'importance centrale des représentations du spinnaker dans l'inconscient du pratiquant de 505.

Le 505 : Sensations, Esthétique et Vie de Classe

Le chapitre sur la passion se clôt sur un texte poétique qui révèle la sensibilité des pratiquants de 505. Le cinquo y est dépeint comme une « véritable machine à sensations : sensations douces et poétiques lorsque le bateau glisse rapidement sur le miroir lisse des lacs intérieurs par des vents très faibles ». Au-delà de ses performances, « le cinquo est beau ! Le design de sa coque est très fin, les entrées d’eau magnifiques ».

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L'appellation « 505 class Française » est mentionnée, évoquant une notion de « sacro-sainte » qui favorise la vie des clubs et regroupe les flottes régionales, animées par des capitaines de flotte. La convivialité des équipages est mise en avant comme un moyen d'apprendre « comment aller plus vite avec le bateau ». L'accès au 505 est présenté comme aisé pour ceux qui proviennent de séries de dériveurs en double ou en solitaire. Les véliplanchistes y retrouveraient « les sensations du funboard avec une puissance en plus », tout en devant s'habituer à naviguer avec un coéquipier. En revanche, ceux venant des catamarans devraient « apprendre à conserver l’équilibre latéral du bateau », ce qui leur prendrait « quelques week-ends pendant lesquels ils découvriront la merveilleuse maniabilité du cinquo ». Cela suggère que les catamaristes sont en bas de l'échelle des compétences pour la navigation en 505, devant un apprentissage plus long.

La Navigation en 505 et les Impératifs de Sécurité

En ce qui concerne la navigation, il est précisé qu'à partir de force 4, « la prudence recommande alors de naviguer en groupe et (et non pas « ou ») d’être surveillé par une bonne sécurité ». Cela implique que le pratiquant de cinquo n'est pas un solitaire mais se déplace en meute, sous surveillance, afin d'éviter tout débordement. Une autre remarque importante sur le plan de forme est la « faible tolérance dans la forme de la coque fait que le 505 est strictement monotype », garantissant l'équité sportive. Des articles détaillés sur les différents types de gréement enrichissent également le guide, tout comme les pages consacrées aux plans d'eau, flottes et contacts de la « sacro-sainte class française ».

La Dérive et le Safran : Éléments Clés du Plan de Forme et de la Performance

La dérive et le safran sont des composants essentiels du plan de forme d'un dériveur, influençant directement sa performance et son équilibre. Historiquement, le 505 a connu plusieurs types de dérives, reflétant une recherche constante d'optimisation. On a pu observer des modèles variés, allant de la « dent de requin » à la « planche à pain », certaines très larges, d'autres très longues et étroites, et même des formes en « goutte d'eau inversée » avec un élargissement arrondi dans la partie basse. Certaines dérives sont biseautées sur la partie haute pour permettre un léger vrillage sous la pression de l'eau, une caractéristique que l'on pense pouvoir améliorer le cap pour les navigateurs experts.

L'épaisseur de la dérive est également un facteur crucial. Un pratiquant a noté, lors du remplacement d'une dérive fissurée sur un Rondar de 1974, la difficulté de trouver une pièce d'occasion appropriée, car « il n'y a pas que la longueur ou la forme à prendre en considération, il y a aussi l'épaisseur ! ». Après avoir adapté l'épaisseur, il a été nécessaire de la couper en longueur, en la laissant environ 5 cm plus longue que l'originale, car elle rentrait dans le puits. Cependant, une telle modification altère l'équilibre sous voile, comme en témoigne la nécessité de modifier les réglages en route, notamment au portant, en enfonçant davantage la dérive au largue. Cette expérience souligne l'importance du plan de forme d'origine de la dérive, de sa longueur et de sa largeur, qui sont « mieux adaptées au bateau ».

Pour l'outline du safran et de la dérive, des figures emblématiques comme Buffet et Nottet, ainsi que d'autres experts, ont préconisé la forme en demi-ellipse ou en quart d'ellipse, rappelant l'aile du Spitfire. Cette conception, observée sur les Fairey Marine originaux, est sujette à débat quant à son efficacité réelle par rapport à un « fétichisme de l'avion chouchou des British ». Une dérive plus trapézoïdale pourrait potentiellement offrir une plus grande surface à longueur égale. Les règles de jauge précisent des dimensions strictes : 3581 mm du couple 11 pour l'emplacement de la dérive. Il est également stipulé que « l'on ne doit utiliser simultanément qu'un seul gouvernail et une seule dérive pivotante » et que ces éléments doivent être de forme similaire, avec la dérive « complètement relevée » ou « entièrement ou partiellement relevée » à 200 mm au-dessus du fond de la coque. Le gouvernail doit être suspendu au tableau, sans qu'aucune partie ne traverse la coque.

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Une dérive "orientable" a également été évoquée, avec une tête biseautée qui se positionne automatiquement dans le puits, sans nécessiter de modifications supplémentaires. Cette caractéristique est censée légèrement augmenter l'axe de navigation et améliorer le cap. Un utilisateur a expérimenté cela sur son Parker de 1972, notant qu'il a dû la raccourcir pour qu'elle rentre entièrement dans le puits, tout en recommandant de ne pas l'installer sur un cinquo trop ancien dont le puits ne serait pas conçu pour résister aux mouvements latéraux supplémentaires.

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