Peindre un Dériveur Corsaire : Techniques, Matériaux et Astuces pour une Rénovation Réussie

Le Corsaire, dériveur mythique dessiné par l'architecte Jean-Jacques Herbulot en 1953, a vu son premier exemplaire être mis à l'eau à Concarneau en 1954, accueillit au CNG dans l'enthousiasme. Son succès fut immédiat et les chantiers de fabrication se multiplièrent rapidement, donnant naissance à près de 4000 bateaux construits. Cette longévité de la série est importante et n'est pas près de s'arrêter, témoignant de la robustesse de sa conception et de l'attachement que lui portent ses propriétaires. Que ce soit pour un modèle réduit fidèle ou pour une unité grandeur nature nécessitant une seconde jeunesse, la peinture d'un Corsaire représente une étape cruciale dans sa rénovation et son entretien. Ce processus demande une attention particulière à la préparation des surfaces, au choix des matériaux et à l'application des couches, garantissant ainsi la durabilité et l'esthétique du voilier.

La dynamique Association des Propriétaires de Corsaire (AS Corsaire) facilite la rénovation, la reconstruction, l'accastillage et l'entretien via un forum extrêmement actif et des ouvrages techniques. Elle édite également une revue trimestrielle enviée et établit des liens amicaux entre les membres, offrant un soutien précieux pour toutes les étapes de la remise en état d'un Corsaire. L'architecte avait d'ailleurs publié en 1975 les plans pour la construction à l'unité, ce que l'on a appelé la Construction Amateur, qui se fait sur les cloisons préalablement mises en place et non sur un moule, soulignant la faisabilité de ces projets pour les amateurs éclairés.

Préparation des Surfaces : La Clé d'une Peinture Durable

Avant toute application de peinture, une préparation minutieuse des surfaces est indispensable pour assurer l'adhérence et la longévité du revêtement. Sur un Corsaire, qu'il soit en modèle réduit ou grandeur, les matériaux principaux comme le contreplaqué et les essences de bois massif exigent des étapes spécifiques.

Pour la construction d'un modèle, comme le montre un constructeur qui utilise principalement du contreplaqué de différentes épaisseurs pour rester "en phase" avec le modèle grandeur, les couples sont en 2 mm, la quille est un composite de deux feuilles de 0.6 mm qui enserrent une feuille de 1 mm, et le bordé est en 0.5 mm. Chaque élément de la charpente, une fois assemblé et ajusté, doit être traité. Des encoches sont pratiquées pour les encastrer dans la quille, et des lisses sont installées pour proposer une surface de collage un peu plus importante aux éléments qui vont composer le bordé. Le pont avant se construit doucement, toujours en contreplaqué, tout comme le Corsaire grandeur. Lorsque la coque est bordée et que le pont est poncé, la peinture des œuvres mortes peut souffrir un peu. Cependant, cela n'est pas grave si l'on a prévu de reprendre la peinture de la coque, un ajustement courant dans le processus de construction ou de rénovation.

Dans le cas d'une rénovation d'un Corsaire grandeur, l'approche est similaire mais à une échelle différente. Un menuisier de profession, qui depuis une quinzaine d’années récupère tous les Corsaire qu’il peut trouver pour leur donner une seconde jeunesse, insiste sur l'importance de refaire les fonds. La quille en acajou, le bordé de côté et les cloisons ne sont pas toujours changés, mais simplement poncés puis réimprégnés d’époxy, et repeints. Ce processus de réimprégnation à l'époxy est crucial car il offre une protection accrue au contreplaqué (CP époxy), qui, selon cet expert, "ne bouge quasiment pas, et s’il faut, c’est très simple d’en changer un bout." Il contraste cela avec la fibre de verre, avec laquelle il n'est pas très à l'aise, affirmant : "Dès que tu as un problème avec le plastique, c’est presque irréparable." Cette approche privilégie la facilité de réparation et la durabilité des matériaux bois.

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La préparation implique le ponçage de toutes les surfaces destinées à être peintes ou vernies. Par exemple, la belle pièce du tableau en acajou est mise à nu, poncée, après avoir retiré au ciseau à bois les deux couches de CP que les précédents propriétaires avaient collé. Quelques endroits pourris sont remplacés avec du bois de récupération. Une fois les fonds prêts à être vissés à la quille, et la fausse quille en sipo neuve assemblée, toutes les têtes de vis, en Inox, sont mastiquées à l’époxy pour garantir l’étanchéité. Cette étape garantit une surface lisse et homogène, exempte de défauts qui seraient magnifiés par la peinture.

Certains régatiers acharnés optent pour l'entoilage de leurs Corsaires afin d'obtenir une "coque en béton", bien que Herbulot l'ait prévu dans ses consignes de construction amateur. Cependant, ce choix n'est pas jugé indispensable par tous les rénovateurs. Le fait de ne pas entoiler un Corsaire simplifie la préparation en éliminant une étape qui peut être contraignante.

Application de la Peinture sur la Coque : Couches, Couleurs et Finitions

L'application de la peinture sur la coque d'un Corsaire se déroule en plusieurs étapes, chacune ayant son importance pour le résultat final. Le processus commence généralement par l'application d'un apprêt, suivi des couches de finition et, le cas échéant, d'un vernis.

Pour un modèle réduit, la coque est d'abord mise en peinture avec un "gris mat comme apprêt, pour mieux visualiser les défauts éventuels". Cette technique permet de révéler les moindres imperfections de la surface avant l'application des couleurs définitives. Une fois les défauts corrigés, les couleurs sont passées à l'aérographe, une méthode idéale pour la peinture des modèles, comme le souligne un participant. Le choix des couleurs est souvent inspiré de ce qui se trouve sur le net pour les Corsaires grandeur nature. Ainsi, les œuvres vives (partie immergée de la coque) sont peintes en blanc, et les œuvres mortes (partie émergée) en bleu. Ces couches passées sont "légèrement poncées (au 1000)", une étape de ponçage fin cruciale pour assurer une bonne adhérence des couches suivantes et obtenir une finition lisse. Elles feront ensuite l'objet d'un "ultime voile de peinture, avant vernissage", lorsque la coque sera plus avancée. Le tableau arrière, pour sa part, peut être choisi pour être vernis, offrant un contraste esthétique avec la coque peinte.

Sur un Corsaire grandeur nature, le processus est plus exigeant en termes de volume de travail mais suit des principes similaires. Après la préparation des fonds, deux couches de peinture primaire sont appliquées sur les fonds en contact avec l’eau, et aux endroits auxquels l’on n'aura plus accès une fois le bateau sur sa quille. Cette étape est cruciale pour protéger le bois des agressions de l'eau et renforcer l'étanchéité. Une fois le bateau retourné, l'opération qui s'effectue grâce à quatre crochets fixés dans le plafond du garage et des sangles, le Corsaire pivotant lentement à l'aide de treuils de mécanicien, les couches finales de peinture sont appliquées sur la coque.

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Les éléments en bois d'arbre comme les lisses et les mains courantes peuvent être traités différemment. Un constructeur de modèle mentionne que toute la peinture sera agrémentée par quelques morceaux en bois d'arbre, "en bois dont on fait les flûtes", ajoutant une touche d'authenticité. Les espars, tels que le safran en poirier, la barre en bois de placage, et le mât et la bôme en lamellé/collé de plusieurs épaisseurs de bois de placage, sont également sujets à un traitement de finition. La lame du milieu est légèrement en retrait, de façon à ménager une gorge pour la ralingue de voile, sur la bôme et le mât. Après leur assemblage, mis en forme par ponçage, et la pose de quelques taquets, cerclages en feuille d'alu, pitons en brin de fil électrique et barres de flèche, ces espars reçoivent un vernissage. Ce vernis protège le bois tout en révélant sa beauté naturelle.

Peinture de l'Intérieur de la Cabine et des Aménagements : Esthétique et Protection

L'intérieur de la cabine d'un Corsaire, bien que souvent spartiate, mérite également une attention particulière en matière de peinture pour des raisons esthétiques et de protection des surfaces. Les aménagements, qu'il s'agisse des lattes de plancher ou des couchettes, jouent un rôle essentiel dans le confort et la durabilité du bateau.

La question se pose souvent concernant le type de peinture à utiliser pour l'intérieur de la cabine, notamment pour une couleur comme le blanc. Une interrogation fréquente est de savoir si de la peinture à l'eau ferait l'affaire, et s'il faut ensuite recouvrir cette couche d'un vernis particulier. Les réponses peuvent varier, mais l'objectif est d'obtenir une finition propre, résistante à l'humidité et facile d'entretien. La peinture blanche contribue à éclaircir l'espace souvent exigu de la cabine, améliorant ainsi la perception du volume et la luminosité intérieure.

Lors des rénovations, un menuisier de profession, après avoir retiré les couches de contreplaqué collées sur le tableau en acajou et poncé la pièce à nu, remplace les endroits pourris avec du bois de récupération. Ensuite, il s'occupe de changer ou de reprendre les lattes des couchettes et des planchers, qui peuvent être en acajou massif, et de les vernir. Ces gestes, accomplis avec maîtrise, garantissent non seulement une nouvelle vie aux aménagements mais aussi une protection durable contre l'usure et l'humidité. Les lattes de plancher et des couchettes sont les seuls emménagements du bateau, et après la peinture, elles sont remises en place. Les blocs de polystyrène pour la flottabilité sont également mis en place à ce stade.

Une fois la peinture intérieure appliquée et les aménagements remis en état, le roof, dont les parois arrière et avant sont posées, se construit doucement. Une entorse au plan originel, comme l'ajout d'une porte à la cabine, est parfois réalisée par les modélistes, même sans prévoir de faire l'intérieur, pour ajouter du réalisme. La suite est la pose des parois latérales, puis du toit. Tous ces éléments intérieurs, qu'ils soient structurels ou d'aménagement, contribuent à l'aspect final et à la protection du bateau.

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Protection de la Carène : L'Antifouling pour les Œuvres Vives

La protection des œuvres vives, c'est-à-dire la partie immergée de la coque d'un Corsaire, est essentielle pour maintenir les performances du bateau et prévenir l'encrassement biologique. L'antifouling, ou peinture antisalissure, est spécifiquement conçu pour cette tâche. Son application est une étape cruciale pour tout bateau destiné à rester à l'eau.

La question du moment idéal pour appliquer l'antifouling et du nombre de couches nécessaires est récurrente. Il est important de noter que pour l'antifouling, cela dépendra surtout de la date de la mise à l'eau. En effet, c'est lorsqu'ils restent immobiles dans les ports que les bateaux s'encrassent le plus. L'efficacité de l'antifouling est maximale lorsqu'il est frais. Il faut donc passer l'antifouling juste avant de mettre à l'eau, idéalement le week-end d'avant, par exemple.

Si un bateau doit rester au sec sur sa remorque jusqu'à une date spécifique, il est tout à fait possible d'attendre la période précédant la mise à l'eau pour appliquer l'antifouling. Par contre, si le bateau doit attendre dans un port, même pour une courte période avant la navigation principale, il est préférable d'appliquer l'antifouling avant cette période d'attente à l'eau pour éviter un encrassement précoce.

Concernant le nombre de couches, bien que le texte ne spécifie pas un nombre précis pour le Corsaire, il est courant d'appliquer au moins deux couches d'antifouling pour une protection optimale et durable. Certaines zones particulièrement sujettes à l'usure ou à l'encrassement peuvent bénéficier d'une couche supplémentaire. L'application de deux couches de peinture primaire sur les fonds en contact avec l’eau, comme le fait un rénovateur expérimenté, constitue une excellente base avant la mise en œuvre de l'antifouling, renforçant ainsi la barrière protectrice du bois.

La dérive, qu'elle soit en aluminium ou en fonte lestée, est également une partie immergée qui nécessite une protection. Un problème fréquent sur les Corsaires un peu anciens est la dérive coincée, souvent due au passage de la dérive à l’intérieur du lest qui se réduit par de la rouille qui fait gonfler la fonte. Ce problème de dérive coincée est assez fréquent et peut parfois nécessiter de la détruire en le perçant, ou même de chauffer l'axe au chalumeau si le lest est en fonte. Une inspection et un traitement régulier de la dérive et de son puits, incluant une peinture protectrice, sont donc essentiels pour éviter de telles complications.

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