Dans le vaste univers de la création visuelle, qu'il s'agisse de dessin, de photographie ou de cinéma, la notion de « contre-plongée » constitue un concept fondamental. Elle fait partie de ces termes utiles à maîtriser dès que l'on cherche à produire des images cohérentes, lisibles et professionnelles. Loin d'être une simple technique de cadrage, la contre-plongée est un puissant vecteur de sens, capable de transformer la perception d'un sujet et d'influencer profondément l'émotion du spectateur. Elle intervient de manière cruciale dans l'organisation du cadre, la hiérarchie visuelle et la circulation du regard, permettant d'anticiper les choix de prise de vue, de traitement ou de présentation selon le contexte, qu'il s'agisse de portrait, d'architecture, de reportage ou de photographie d’auteur. Une photographie forte n’est jamais seulement une question de sujet ; la maîtrise de la contre-plongée permet de produire des images plus justes, plus lisibles et plus fortes.
Définir la Contre-Plongée : Un Angle de Vue Révélateur
En dessin comme en cinéma, on parle de contre-plongée lorsque notre sujet est représenté avec un angle de vue relativement bas. C'est comme si notre caméra ou notre œil était placé au niveau du sol, regardant vers le haut. Plus précisément, la contre-plongée désigne une prise de vue réalisée en positionnant la caméra en dessous de la ligne de regard moyenne et en l’orientant vers le haut. Si la caméra est généralement inclinée à environ 45 degrés, il est possible, selon les besoins, de la placer à quelques centimètres en dessous de la ligne de regard du sujet, ou carrément au niveau du sol, accentuant ainsi l'effet recherché.
Cette technique trouve ses origines dans la peinture, puis a été adoptée et développée par la photographie avant de devenir un élément essentiel de la grammaire du cinéma et de la mise en scène. À l'origine, la plongée et la contre-plongée sont héritées de la peinture, puis de la photographie. Il s’agit d’angles de prise de vue, où l’on se positionne soit en dessous - contreplongée - soit au-dessus - la plongée - d’une personne ou d’un groupe de personnes. L'implication de la hauteur est importante dans la contre-plongée, car elle permet de donner une impression de grandeur à notre sujet. C'est un procédé plutôt basique et simple à exécuter mais lourd de sens en terme de symbolique et de message envoyé au spectateur, ce qui en fait une technique importante notamment pour les films auto-produits. Cela ne prend pas forcément beaucoup de temps en préparation et ce n’est par exemple pas aussi complexe que le plan séquence à exécuter.
La Perspective à Trois Points de Fuite : Fondement Technique de la Contre-Plongée
Pour bien représenter la contre-plongée, une compréhension approfondie de la perspective est indispensable, notamment la perspective à trois points de fuite. Dans cette leçon, nous allons apprendre à créer des dessins impressionnants en vue contre-plongée grâce à la technique des trois points de fuite. Le tutoriel commence par l'explication de la disposition des points de fuite : un point de fuite verticale et deux autres à l'horizon. Cette configuration est cruciale pour traduire l'impression de hauteur et de déformation que l'on observe en regardant un objet ou un paysage depuis une position basse.
Une fois ces points de fuite établis, on peut commencer à dessiner différents éléments. Les gratte-ciels, par exemple, sont des sujets idéaux pour illustrer cette perspective. Il faut surveiller attentivement les lignes de fenêtres et gérer les volumes de manière précise pour maintenir la perspective correcte, car les lignes parallèles s'éloignant de l'observateur convergeront non seulement vers les points de fuite horizontaux, mais aussi vers le point de fuite vertical, créant cet effet d'écrasement ou d'étirement caractéristique. Pour rendre la scène encore plus dramatique et réaliste, des astuces peuvent être utilisées pour ajouter des détails et des effets de lumière, renforçant ainsi la sensation de profondeur et de hauteur.
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Dessiner des Personnages en Contre-Plongée : Une Approche Structurée
Quand il s’agit de dessiner des personnages, nous sommes souvent tentés de les représenter dans des angles dynamiques, et la contre-plongée offre une opportunité exceptionnelle pour cela. La perspective déforme les proportions, il va donc falloir respecter l’espace occupé par un élément de mon personnage sur son étagère en fonction de celui présent sur mon schéma à plat.
Une manière simple et efficace de représenter un personnage en contre-plongée est de l’enfermer dans une boîte. Pour ce tutoriel, prenons un mannequin relativement simple. Il sera plus facile à construire en contre-plongée qu’un mannequin trop détaillé, car la simplification permet de se concentrer sur la structure et la perspective. Je vais construire une boîte au plus proche de mon mannequin, puis je vais la subdiviser en deux, puis en quatre, un peu comme si je représentais les étagères d’un meuble. Le but ici est d’avoir des subdivisions relativement proches de repères anatomiques : épaules, taille, genoux, etc. Si vous souhaitez plus de précisions, vous pouvez continuer à subdiviser votre boîte, ajoutant d'autres repères comme les chevilles, les coudes ou le cou.
Comme dit précédemment, la contre-plongée se traduit par un angle de vue relativement bas, c’est-à-dire une ligne d’horizon plutôt basse sur notre feuille. De même, comme l'implication de la hauteur est importante, il sera nécessaire de comprendre la perspective à 3 points de fuite pour bien représenter notre personnage en contre-plongée. La boîte dessinée plus tôt est un volume relativement simple et donc plutôt facile à représenter en perspective. Comme dit précédemment, la contre-plongée est une perspective à 3 points de fuite. Je vais donc représenter ma boîte dans ma scène à 3 points de fuite. Ici, deux situations sont intéressantes : celle où la boîte traverse la ligne d’horizon, et celle où elle se situe au-dessus, chacune offrant des défis et des effets visuels distincts.
Pour installer les subdivisions, je dois trouver le centre d’une face afin de la découper. Ma première étagère est ainsi installée. Je peux ensuite couper en deux les espaces au-dessus et en dessous de cette étagère et répéter la même opération, créant une série de plans qui guideront le placement des parties du corps. Ma boîte est maintenant prête à accueillir mon personnage. Comme dit plus tôt, chaque étagère de ma boîte se rapproche d’un repère anatomique de mon personnage. Le but ici va donc être de replacer mes repères par rapport à ces lignes de construction. Commençons avec la tête : elle occupe une bonne partie de l’espace de l’étagère du dessus, et sa taille relative sera influencée par la perspective. Les épaules de mon personnage se situent sur l’étagère du dessus. Je vais ensuite représenter un repère “rectiligne” comme les hanches par exemple. Sur mon schéma vu à plat, les hanches sont représentées par une courbe, mais en perspective, cette courbe s'adaptera à l'angle de vue. Une fois que tous nos repères sont présents, je peux maintenant installer mes volumes. Je commence par le corps, puis je dessine le tronc en suivant mes repères et mon orientation. Tous nos volumes sont enfin présents ! Maintenant, il est nécessaire d’identifier ceux qui seront visibles et ceux qui seront cachés par la perspective et les chevauchements. Le plus simple ici est de commencer à repasser votre personnage depuis le bas de la boîte. En repassant au fur et à mesure de cette manière, vous verrez rapidement quel volume rendre visible. Mon mannequin de base est enfin terminé ! Je peux maintenant m’en servir comme base pour dessiner un personnage en contre-plongée.
La Contre-Plongée au Cinéma : Un Outil Dramatique et Symbolique
Au cinéma, la contre-plongée est un des aspects de la grammaire du cinéma qu'il faut connaître, car elle est lourd de sens en termes de symbolique et de message envoyé au spectateur. La plupart du temps, les cinéastes utilisent la contre-plongée pour accentuer l’effet de domination dans les rapports de force. Cette technique permet de donner un sentiment de supériorité et de grandeur en exagérant les perspectives. Ainsi, si la plongée donne une impression d’infériorité, la contre-plongée en toute logique donne un sentiment de supériorité, de force, et de domination.
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Pour comprendre la puissance des prises de vue en contre-plongée, prenons l’exemple de King Kong escaladant l’Empire State Building (1933) ou de Godzilla ravageant les rues de Tokyo (1954). Ces classiques de la science-fiction, filmés depuis le sol, ont profondément marqué des réalisateurs comme Steven Spielberg, qui a cité Godzilla comme une référence importante dans l’univers cinématographique de Jurassic Park et des Dents de la mer. Cette signature reste présente dans le cinéma d’horreur moderne où les psychopathes et les tueurs en série, par exemple, sont presque toujours filmés en contre-plongée, renforçant leur aura de menace et de puissance.
Ce n’est pas un hasard si le premier plan où apparaît Dark Vador dans l’opus Un nouvel espoir de la saga Star Wars est filmé en contre-plongée extrême. Cette prise de vue dans les couloirs de l’Étoile de la Mort accentue la menace incarnée par le costume et la voix du personnage, pour lui donner un air encore plus imposant et terrifiant. La contre-plongée étant idéale pour illustrer les rapports de force, on retrouve très logiquement cette prise de vue en abondance dans les films d’action regorgeant de combats et de batailles, particulièrement lorsqu’ils mettent en scène des héros emblématiques, comme dans Gladiator, Braveheart ou Rambo, où elle magnifie la bravoure et la force des protagonistes. Christopher Nolan, par exemple, bouscule les attentes du public en accordant à son Joker le traitement réservé aux super-héros dans The Dark Knight. En effet, il réalise une série de prises de vue en contre-plongée extrême pour donner à ce personnage une allure puissante, presque égale à celle de Batman, complexifiant ainsi la perception du "méchant".
Au-delà de la simple glorification, la contre-plongée peut aussi être utilisée simplement pour magnifier un sujet. Par exemple, après que ce dernier ait réussi quelque chose de fort, d’impressionnant, le filmer en contre-plongée va servir à le mettre en valeur, soulignant son triomphe.
Exprimer la Vulnérabilité et la Faiblesse : Le Renvers de la Médaille
La contre-plongée, tout en accentuant la puissance, peut aussi paradoxalement mettre en lumière la vulnérabilité. La vulnérabilité est le contrepoids du pouvoir. Dans Full Metal Jacket, le soldat Joker se trouve en position de vulnérabilité face à son instructeur incarné par l’acteur R. Lee Ermey. Ancien sergent instructeur des Marines dans la vie réelle, ce dernier s’est illustré par son interprétation très réaliste du tyrannique sergent-chef Hartman. L'angle de contre-plongée sur le soldat peut alors souligner son écrasement face à l'autorité ou au danger.
Au cinéma, la vulnérabilité peut être un puissant vecteur d’émotion, et les prises de vue en contre-plongée en accentuent l’effet dramatique, qu’il s’agisse de filmer un personnage en grand danger dans un film d’horreur, ou une victime dans un film de guerre. Dans les scènes de combat et les batailles spectaculaires de ces genres de films, le triomphe de l’héroïne ou du héros signe forcément la défaite d’un ou d’une adversaire, et la contre-plongée peut alors être utilisée pour ces derniers afin de souligner leur position de faiblesse. La contre-plongée va également pouvoir traduire un sentiment de malaise du personnage, par exemple en le mettant devant quelque chose de trop grand pour lui, une situation écrasante et intimidante.
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Les enfants sont souvent perçus comme intrinsèquement impuissants. Après tout, ils passent la première partie de leur vie à devoir lever les yeux pour voir tout ce qui les entoure. Il n’est donc guère surprenant qu’un film où ils occupent une place centrale regorge de prises de vue en contre-plongée, renforçant la perception de leur petitesse face au monde adulte. John Hughes a cependant brisé ces codes avec le film Maman, j’ai raté l’avion !. Dans ce film, Kevin McCallister, resté seul à Chicago pour Noël alors que sa famille part en vacances à Paris, est contraint de défendre sa maison prise pour cible par deux cambrioleurs aussi redoutables que maladroits. Ce film jongle habilement avec les angles de vue au rythme des hauts et des bas de leur duel prolongé, utilisant la contre-plongée pour souligner tantôt la stature menaçante des cambrioleurs, tantôt la détermination inattendue de l'enfant.
Le choix des prises de vue, en plongée ou en contre-plongée, n’est pas nécessairement figé pour chaque personnage. Dans Game of Thrones, l’angle varie régulièrement en fonction de la position des protagonistes dans la hiérarchie du pouvoir à l’instant t. Autre exemple : au début de Breaking Bad, Walter White est systématiquement filmé en contre-plongée pour dépeindre la faiblesse de ce personnage gravement malade, soulignant sa fragilité et son manque d'assurance avant sa transformation.
La Contre-Plongée au-delà des Personnages : Mettre en Valeur Lieux et Atmosphères
Les prises de vue en contre-plongée ne sont pas réservées aux personnages. Elles permettent également de mettre un lieu en valeur dans un plan général, ou de donner le ton recherché. Pensez à l’imposant manoir Bates dans Psychose, par exemple. Tout en plantant le décor, sa représentation au fil des plans larges en contre-plongée a fait de cet édifice un personnage à part entière, contribuant à instaurer une atmosphère menaçante tout au long du film. Cet angle de vue souligne la masse écrasante et l'isolement du bâtiment, le transformant en une entité presque vivante et inquiétante.
Michael Bay a quant à lui inventé une variante qui porte son nom, souvent caractérisée par des explosions spectaculaires filmées d'en bas. Toutefois, personne ne réussira probablement à détrôner Orson Welles dans l’art de la contre-plongée. Si La Soif du mal et La Dame de Shanghai sont tous deux des chefs-d’œuvre à cet égard, la palme revient néanmoins à Citizen Kane, considéré comme probablement le plus grand film américain jamais réalisé. Il détient également le record du nombre de « vues sur un plafond » en raison des innombrables plans en contre-plongée, qui donnent une impression de gigantisme aux décors et aux personnages, soulignant la démesure de l'ambition de Kane. La scène représentant Leland après la défaite de Kane aux élections est entièrement réalisée en contre-plongée. Pourtant, même l’angle de vue le plus bas possible ne donnait pas satisfaction à Welles, témoignant de sa recherche constante de l'effet le plus impactant.
Plongée et Contre-Plongée : Deux Facettes de la Narration Visuelle
Comprendre la contre-plongée implique également de saisir son opposé : la plongée. Parmi les différentes techniques de mise en scène, un des aspects de la grammaire du cinéma qu’il faut connaître est la plongée et la contre-plongée. Avec la plongée, l’axe de prise de vue donne l’impression que le sujet est inférieur et plus petit, en écrasant les perspectives, tandis qu'à contrario, avec la contre-plongée, l’angle donne un sentiment de supériorité et de grandeur en exagérant les perspectives.
Ainsi, la plongée va servir à mettre en place bien souvent un rapport de forces et de domination, mais dans le sens où le sujet est dominé. Comme dans la vraie vie, quand vous regardez quelqu’un de haut, vous avez l’impression de le dominer, d’être supérieur à lui, qu’il est en position de faiblesse. Et bien c’est la même chose au cinéma. Cependant, on peut aussi trouver d’autres utilisations à la plongée qui n’installent pas ce rapport de domination. Par exemple, une faible plongée va pouvoir permettre de dévoiler un décor, offrant une vue d'ensemble et contextualisant l'action. Cela peut également être utilisé pour donner un effet d’enfermement ou de déshumanisation - comme dans La Mouche par exemple - ou pour des effets de style, comme dans Chantons sous la pluie. Il y a également la plongée totale, où la caméra est quasiment à la verticale, donc à 90° du sujet qu’elle filme. Cela va encore plus accentuer l’écrasement, réduisant le sujet à une figure insignifiante dans un vaste environnement. Enfin, la plongée peut avoir une portée symbolique forte pour commencer ou finir un film, en marquant un destin, un aboutissement. Cela peut aussi bien avoir un aspect de punition ou de happy end en fonction de la situation du personnage. Parmi les différentes interprétations que nous avons apportées à la plongée, il est facile de savoir laquelle correspond quand vous en voyez une en fonction du contexte narratif.
Dernier point à noter, la plongée et la contre-plongée peuvent être simplement la transcription d’une vue subjective d’un personnage. Une contre-plongée sur des buildings par exemple va ainsi être utile non pas pour nous dire quelque chose de ces bâtiments en eux-mêmes, mais de celui qui les regarde, de son impression de petitesse ou d'admiration face à leur immensité. Cette utilisation subjective renforce l'immersion du spectateur dans l'expérience émotionnelle du personnage.