Les Hortillonnages d'Amiens, véritables jardins flottants nichés au cœur de la ville, représentent un site naturel d'une richesse inestimable, un espace unique où la terre et l'eau s'entremêlent sur plus de 300 hectares. Chaque année, ce paysage singulier attire un nombre considérable de visiteurs, drainant pas moins de 200 000 personnes désireuses de découvrir cette mosaïque de parcelles cultivées et de canaux. Ce cadre idyllique, à la fois paisible et profondément ancré dans l'histoire maraîchère locale, est devenu, ces dernières années, le théâtre d'une multiplication des activités touristiques, posant la question délicate de la coexistence harmonieuse entre la préservation de ce patrimoine fragile et l'engouement croissant pour les loisirs de plein air.
L'Émergence des Loisirs Nautiques et ses Conséquences
Depuis quelques années, les Hortillonnages d'Amiens connaissent une diversification notable de leurs offres touristiques. Au-delà des promenades traditionnelles en barque, de nouvelles formes de loisirs nautiques ont fait leur apparition, modifiant le paysage et l'usage de ces lieux. On observe ainsi une augmentation significative de la pratique du canoë et du paddle, tandis que des soirées apéro sont désormais organisées sur des barques, enrichissant l'expérience proposée aux visiteurs. Cet essor des activités, bien que stimulant pour le tourisme local, n'est pas sans soulever de vives préoccupations parmi les riverains et les défenseurs du site.
Michel Lopez, propriétaire de parcelles au sein même des Hortillonnages, exprime avec force son exaspération face à cette situation. Pour lui, ce développement incontrôlé conduit à une véritable "anarchie". Il dénonce le comportement de certains touristes qui, sans égard pour la propriété privée, "s'installent, visitent, passent n'importe où, dans les rieux privés", allant même jusqu'à "monter sur les parcelles privées". L'intimité des habitants est directement menacée, comme il le raconte : "À la maison, on est en train de manger, et les gens regardent chez nous !", une intrusion flagrante dans la vie quotidienne des propriétaires. Cette perception d'une liberté excessive prise par les visiteurs engendre un sentiment de désarroi et d'impuissance face à ce qu'il considère comme un manque de respect.
Jean-marie Duchemin, président de l'association pour la protection et la sauvegarde des hortillonnages, partage également de profondes inquiétudes, soulignant que cette suractivité pose de nombreux problèmes et met en lumière les limites d'un site non conçu pour un tel usage intensif. Il insiste sur le fait que "Les hortillonnages n'ont pas été prévus pour ça", et que permettre une telle circulation, notamment pour les activités comme le paddle ou le canoë, expose les individus à des risques considérables. Du point de vue de la sécurité, d'abord, il alerte sur le danger que représentent ces pratiques : "les personnes qui se baignent, font du canoë ou du paddle peuvent se blesser ou même se noyer". La nature même des Hortillonnages, avec ses cours d'eau parfois étroits et non balisés pour ce type d'activités, rend la navigation sans encadrement potentiellement dangereuse.
En outre, Monsieur Duchemin aborde la question de l'atteinte à la vie privée des résidents, reconnaissant que "Je peux comprendre que les personnes qui voient des barques se balader à toute heure peuvent trouver ça un peu gênant." Le sentiment d'être constamment observé ou dérangé par le passage incessant des embarcations constitue une nuisance notable. Il ajoute que "Ce qui est aussi gênant, c'est de voir des gens s'installer sur des aires privées, qui ne sont pas les leurs, sous prétexte qu'il n'y a pas de clôture et pas de panneaux." Cette situation met en péril la quiétude des lieux et la propriété privée, bien que l'association, à travers la voix de son président, "ne souhaite pas qu'on en arrive à mettre des clôtures sur nos terrains pour empêcher les gens d'y venir", soulignant ainsi une volonté de préserver l'ouverture et le caractère naturel du site.
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Enfin, et c'est bien là tout l'objectif principal de l'association, il craint que ce site unique ne soit "dénaturé ou abîmé par le tourisme non règlementé". Les Hortillonnages sont décrits comme "un site fragile qu'il faut protéger, ce n'est pas une base nautique". La tentation de l'eau, surtout "quand il fait chaud", attire, mais il est primordial de ne pas oublier que cela "reste un site à protéger". La fragilité écologique des lieux, la préservation des berges, la tranquillité de la faune et la pérennité des cultures sont autant d'éléments menacés par une fréquentation excessive et mal encadrée. Face à ces préoccupations multiples - sécurité, respect de la propriété, et intégrité environnementale - la nécessité d'une réglementation stricte et adaptée s'est imposée comme une évidence pour de nombreux acteurs locaux.
L'Élaboration d'une Réglementation Spécifique : Le Règlement Particulier de Police
C'est pour toutes ces raisons qu'une réglementation est actuellement en construction afin de mieux encadrer les usages et les activités au sein des Hortillonnages d'Amiens. Les autorités compétentes, à savoir la préfecture de la Somme et la métropole amiénoise, planchent activement sur le sujet pour une mise en place initialement prévue au début de l'été 2024. Ce travail de fond témoigne d'une prise de conscience collective de l'urgence à agir pour la protection et la gestion durable de ce patrimoine naturel exceptionnel. Le processus de concertation a impliqué diverses parties prenantes, soulignant la complexité de trouver un équilibre entre les différents intérêts en jeu.
Bernard Bocquillon, le maire de Rivery, une commune concernée par les Hortillonnages, a exprimé son assurance quant à l'avancement des travaux, déclarant : "On a déjà bien travaillé avec la préfecture". Il a précisé qu'un point essentiel de cette collaboration a été la détermination "du périmètre où la règlementation s'appliquera, et qui sera surveillé." Cette délimitation claire est cruciale pour l'efficacité du dispositif et pour informer précisément les usagers des zones soumises aux nouvelles règles. La surveillance de ce périmètre pourrait, par ailleurs, passer par un renforcement de la présence policière sur le site, garantissant ainsi le respect des dispositions établies et la sécurité des lieux.
Ce travail institutionnel et réglementaire a été accueilli avec un certain soulagement par l'association de sauvegarde du site. Son président, Jean-marie Duchemin, a affirmé : "Je pense que la règlementation est nécessaire, et j'espère que ça ira le plus vite possible, avant qu'on ait vraiment des gros soucis." L'association est donc favorable à une action rapide et efficace pour éviter des dégradations irréversibles ou des incidents majeurs. Des groupes de travail devraient se mettre en place, et l'association, forte de son expertise et de son engagement, compte y participer activement pour apporter sa contribution et s'assurer que les mesures adoptées répondent au mieux aux spécificités du site et aux attentes des propriétaires. L'association plaide en faveur d'un "tourisme plus vertueux", respectueux de l'environnement, de la tranquillité des habitants et de la nature profonde des Hortillonnages.
Dans cette optique de préserver, sécuriser et assurer une gestion durable des Hortillonnages d’Amiens, un projet de Règlement Particulier de Police (RPP) a été élaboré. Ce document capital a été soumis à la consultation du public sur une période s'étendant du 18 avril 2025 au 19 mai 2025. Cette phase de concertation a permis de recueillir un grand nombre d'avis et de contributions, avec plus de 500 retours enregistrés, témoignant de l'intérêt et des préoccupations variées autour de la future réglementation. À l’issue de cette phase cruciale, et après une concertation approfondie avec les élus concernés, le préfet de la Somme a formellement arrêté ce Règlement Particulier de Police des hortillonnages le 6 juin 2025. Adopté par un arrêté préfectoral à cette même date, le RPP est ainsi applicable à partir de ce jour et son application sera rigoureusement et régulièrement contrôlée par les services de l’État.
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L'association pour la protection et la sauvegarde des hortillonnages, reconnue d’utilité publique, joue un rôle essentiel dans la vie des Hortillonnages. Elle réalise des visites guidées du site d'avril à octobre, offrant aux visiteurs une découverte encadrée et respectueuse des lieux. L’argent généré par ces visites est réinvesti localement, car il permet aux propriétaires adhérents de l'association de réaliser des travaux de réfection et d'entretien des berges à prix coûtant, avec la prise en charge intégrale de la main d’œuvre. Cette approche solidaire contribue directement à l'entretien et à la valorisation du site. De plus, les barques utilisées par l'association pour ses visites sont immatriculées et contrôlées par les services de la navigation, garantissant leur conformité et la sécurité des passagers. Comme l’ensemble des prestataires de services sur le site, l'association s'acquitte également de la redevance ASCH de 1 € par visite, contribuant ainsi aux fonds dédiés à la gestion et à la préservation des Hortillonnages.
Concernant spécifiquement la pratique du paddle, l’association a une position nuancée. Elle rappelle que "nous ne sommes pas contre les paddles" en principe, mais "L’association estime que cela n’est pas adapté dans les hortillonnages." Cette position s'inscrit dans la logique de la fragilité du site et des problèmes de sécurité et d'intrusion déjà évoqués. Au-delà du paddle, l'association exprime d'autres souhaits pour une meilleure gestion du site. Elle demande une "communication et affichage clair sur qui peut faire quoi dans les hortillonnages", afin d'éviter toute ambiguïté et de garantir le respect des règles par tous les usagers. Elle souhaite également une "habilitation sur les faiseurs de visites" et que ces derniers "s’engagent aussi sur un nombre de visiteurs", une mesure visant à contrôler la capacité d'accueil du site et à prévenir la surfréquentation.
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