L’otorragie, ou saignement de l’oreille, est un symptôme qui peut survenir après une plongée sous-marine et qui peut être lié à diverses causes, allant de traumatismes bénins à des affections plus graves. Cet article explore les causes potentielles de l’oreille qui saigne après une plongée, les symptômes associés et les approches de traitement.
Causes de l’oreille qui saigne après une plongée
Barotraumatisme de l’oreille
L’otite barotraumatique, également connue sous le nom de barotraumatisme de l’oreille, est une pathologie résultant de la différence de pression entre l’air extérieur et l’air présent dans la cavité moyenne de l’oreille, la caisse du tympan. Le barotraumatisme est l'une des causes les plus fréquentes de saignement d'oreille après une plongée. Il survient lorsque la pression à l'extérieur de l'oreille n'est pas suffisamment compensée par les mécanismes physiologiques de l'oreille, ce qui entraîne une lésion des tissus de l'oreille en raison d'une forte variation de la pression externe.
Le mécanisme sous-jacent de l’otite barotraumatique implique une dysfonction de la Trompe d’Eustache, qui est responsable de l’équilibrage de la pression entre l’oreille moyenne et l’atmosphère. Pour assurer un équilibre de pression de chaque côté de la membrane tympanique, il est essentiel que l’air puisse se déplacer sans entrave entre le nasopharynx et l’oreille moyenne. Toutefois, des pathologies telles que les infections des voies aériennes supérieures, les réactions allergiques ou d’autres facteurs affectant la fonctionnalité de la Trompe d’Eustache peuvent compromettre ce processus, surtout lors de variations de la pression extérieure.
Lorsque la pression dans l’oreille moyenne devient négative, il peut en résulter une accumulation de liquide, connue sous le nom de transsudat, dans cette cavité. Si la disparité de pression continue de s’accentuer, cela peut entraîner la formation d’ecchymoses et de collections sanguines sous la couche épithéliale de la muqueuse de l’oreille moyenne et du tympan. Une otite barotraumatique aiguë peut déboucher sur une perforation du tympan.
Traumatisme direct
Un traumatisme direct au conduit auditif externe, causé par l’insertion d’objets inadaptés (coton-tige, cure-dent) ou par un grattage intensif, peut provoquer des saignements. Une plaie bénigne au niveau du conduit auditif externe, causée, par un grattage intensif à l’aide d’objets inadaptés ou par l’insertion trop brutale et profonde d’un coton-tige ou de tout autre instrument utilisé pour extraire le cérumen peut provoquer une otorragie. Après un traumatisme ou une plaie du conduit auditif, certaines personnes remarquent des saignements de l'oreille.
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Infections de l’oreille
Les infections, comme l'otite virale ou bactérienne, peuvent également provoquer des saignements d'oreille. En cas d’otite virale, de petites bulles (les phlyctènes) se forment dans le conduit auditif externe et peuvent se rompre, provoquant un écoulement de sang. La douleur cesse d’ailleurs dès que ces bulles se rompent. Et en cas d’otite bactérienne, le tympan peut se perforer sous la pression exercée par le pus accumulé. Les eaux chaudes sont favorables au développement de la flore microbienne. Celle-ci peut être responsable d’une inflammation du conduit auditif externe accompagnée de douleurs lancinantes.
Autres causes
Dans de rares cas, un saignement d'oreille peut être causé par une tumeur bénigne ou maligne au niveau du conduit auditif externe ou de l'oreille moyenne. Un traumatisme crânien qui entraîne un saignement de l’oreille peut être le signe d’une fracture de l’os temporal, qui peut causer des dommages neurologiques, voire mettre la vie en danger.
Symptômes associés
Les manifestations cliniques du barotraumatisme de l’oreille comprennent des douleurs intenses, une perte auditive de type transmissionnelle, et en présence d’une fistule périlymphatique, une perte auditive neurosensorielle accompagnée parfois de vertiges. Une détérioration de l’audition neurosensorielle ou l’apparition de vertiges lors de la descente peuvent indiquer la présence d’une fistule périlymphatique.
Outre le saignement lui-même, d'autres symptômes peuvent accompagner un saignement d'oreille après la plongée, notamment :
- Douleur à l'oreille (otalgie)
- Perte auditive
- Acouphènes (bourdonnements, sifflements)
- Vertiges
- Sensation d'oreille bouchée
- Écoulement de liquide clair ou purulent
Diagnostic
Le diagnostic de l’otite barotraumatique est principalement clinique, basé sur l’histoire médicale du patient et les symptômes rapportés. Tout saignement d’oreille justifie une visite chez le médecin, surtout s’il s’agit d’un traumatisme grave ou d’une dégradation de l’audition. Un problème soudain d'audition ou d'équilibre est une urgence auditive. Il faut aller aux urgences, dans un centre de soins d'urgence ou chez un spécialiste ORL. La consultation débutera par un interrogatoire minutieux visant à déterminer les circonstances d’apparition du saignement et les antécédents familiaux et personnels des patient(e)s.
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Le médecin ORL se chargera de « nettoyer » votre oreille : il aspirera le sang qui s’écoule encore et éliminera le sang séché qui se trouve sur les parois du conduit auditif. Il procédera ensuite à un examen clinique dit « otoscopique » pour évaluer la gravité de la situation. Face à une otorragie de faible abondance, l'examen otoscopique est suffisant.
Traitement
La prise en charge initiale vise à réduire la douleur et à favoriser l’équilibrage des pressions. En attendant de consulter un(e) professionnel (le) de santé, ces quelques conseils pourraient bien vous être utiles face à un saignement : ne manipulez pas votre oreille ; ne versez surtout pas d’eau dans votre oreille (cela risque de ralentir la cicatrisation et peut engendrer d’importants dommages si le tympan est perforé) ; ne cherchez pas à extraire vous-même un corps étranger, sous peine de produire de nouvelles lésions. En cas de douleurs, misez sur un médicament antalgique. Et si besoin, allongez-vous du côté de l’écoulement pour faciliter ce dernier.
Le traitement de l'otorragie dépend ensuite de la cause. Généralement, si le saignement est lié à une lésion bénigne, la plaie guérit spontanément. Il faut surveiller de possibles infections. Dans ce cas, l'ORL pourra prescrire des antibiotiques par voie locale ou orale.
Dans les cas où la condition ne s’améliore pas avec ces mesures conservatrices, des interventions chirurgicales telles que la myringotomie, où une petite incision est faite dans le tympan pour équilibrer la pression et permettre le drainage des fluides, peuvent être envisagées. La chirurgie peut être nécessaire afin de traiter des lésions sévères de l'oreille interne ou moyenne. Par exemple, la tympanotomie pour une réparation directe de la fenêtre ronde ou ovale rompue, ou la myringotomie pour drainer le liquide de l'oreille moyenne.
Prévention
La prévention de l’otite barotraumatique implique la minimisation des situations à risque et l’adoption de stratégies pour équilibrer la pression dans l’oreille lors des changements de pression, comme le bâillement, la déglutition ou l’utilisation de sprays nasaux avant et pendant les vols ou la plongée. Il ne faut jamais atteindre la douleur. N’oubliez pas que l’oreille est un organe fragile, siège de l’audition et de l’équilibre, et qu’il faut la protéger.
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Dès qu’une gêne apparaît, il faut pratiquer une manœuvre dite » d’équilibrage des pressions « . La plus simple consiste à pincer votre nez et à souffler progressivement bouche fermée, comme si vous vous mouchiez, sans toutefois être brusque. Vous sentirez alors un » mouvement » des tympans lorsque la manœuvre a réussi. En faisant cela, vous pratiquez la manœuvre dite de Valsalva (pour d’autres méthodes, voir les livres Plongée Plaisir). Elle a pour effet de forcer l’ouverture de la trompe d’Eustache pour amener de l’air dans l’oreille et rétablir l’équilibre des pressions de chaque côté du tympan.
À titre préventif, il est conseillé de rincer ses oreilles avec de l’eau douce et tiède après chaque plongée et de bien les sécher. Voici quelques exercices qui peuvent aider à améliorer l'équilibrage des pressions :
- Exercices de la langue. Il s’agit de mobiliser la base de la langue. Exercices bouche ouverte puis bouche fermée. Alternativement, tirer la langue le plus en avant possible comme pour toucher le menton, puis la rentrer et la pousser le plus possible en arrière et en bas, en laissant la pointe de la langue sur le plancher de la bouche. Contrôler l’abaissement de l’os hyoïde* et de la pomme d’Adam lors de cet exercice.
- Exercices du voile du palais. Il s’agit de « relever la luette ». C’est le plus important des exercices. On a recours à un mouvement de déglutition incomplet s’arrêtant au stade de contraction du voile du palais, sans déglutition de salive. Commencer par des exercices exagérément lents pour sentir les sensations avant de réaliser des contractions du voile rapides et successives qui sont les plus efficaces pour ouvrir la trompe d’Eustache. D’abord bouche ouverte, langue au repos, ébaucher un mouvement de déglutition, sans avaler, en essayant de creuser le voile et de relever la luette. A la limite, une sensation de nausée peut survenir quand ce mouvement est poussé au maximum.
- Exercices de la mâchoire inférieure. Avancer et reculer le plus possible la mâchoire inférieure.
- Exercices de la langue et du voile du palais. D’abord bouche ouverte, la pointe de la langue appliquée contre les incisives inférieures, l’arrière de la langue est poussé en bas et en arrière. Puis pratiquer un mouvement de déglutition incomplet s’arrêtant au stade de contraction du voile. Contrôle de l’efficacité de cet exercice : l’os hyoïde abaissé par la poussée de la base de la langue, la langue doit être encore plus abaissée par le mouvement de déglutition incomplet.
- Exercices de la mâchoire, de la langue et du voile. La pointe de la langue prend appui contre les incisives inférieures, la mâchoire inférieure est projetée en avant, la langue est sortie au maximum hors de la bouche (la pointe toujours appliquée contre les dents).
Il est également important d'éviter de nettoyer trop agressivement et fréquemment votre conduit auditif externe ; ne pas introduire de corps étranger dans vos oreilles ; porter des protections auriculaires adaptées dans les situations à risque ; ne pas se précipiter en plongée et respecter les règles de sécurité pour réduire la pression sur l’oreille moyenne et l’oreille interne.