La libération de la France de l'Allemagne nazie en 1944 fut un ensemble complexe d'opérations militaires de grande envergure, dont l'Opération "Paddle" constitue un jalon significatif. Ces actions coordonnées ont marqué un tournant décisif dans le cours de la Seconde Guerre mondiale, visant à reconquérir les territoires perdus en Europe.
Le Débarquement Allié en Normandie : "Opération Neptune" (6 juin 1944)
Le point de départ de cette reconquête majeure est le 6 juin 1944, date à laquelle les Alliés débarquent en Normandie sous le nom de code "opération Neptune". Cette opération militaire, menée par la mer et par les airs, visait à établir une tête de pont sur le continent. À l'aube de ce qui allait devenir le jour le plus long, la flotte d'invasion met le cap sur les côtes normandes. L'armada comptait près de 7 000 navires, constituant une force navale sans précédent.
Simultanément, dans les airs, une mobilisation massive est opérée avec 14 700 avions de reconnaissance, chasseurs et bombardiers légers. Au total, 156 115 soldats alliés vont débarquer, dont 132 715 par la mer et 23 400 par les airs. Cet effort colossal eut un coût humain significatif : 10 300 soldats alliés furent victimes (tués, blessés, disparus), dont le tiers ont été tués, tandis que 10 000 soldats allemands furent tués, blessés ou disparus.
Les zones de débarquement étaient stratégiquement réparties. Les Alliés ont visé le nord-est du Cotentin, dans la Manche, ainsi que les plages de l'ouest du Calvados. Les Américains débarquent sur Utah Beach et Omaha Beach, et prennent d'assaut la pointe du Hoc. Les Britanniques se concentrent sur Gold Beach et Sword Beach, cette dernière incluant les Français libres des commandos Kieffer. Les Canadiens, quant à eux, débarquent sur Juno Beach.
Un assaut aéroporté d'importance est mené à Sainte-Mère-Église, dans la Manche, et en arrière de Utah Beach. L'objectif était de prendre le contrôle des routes menant de Pouppeville, également dans la Manche, à la côte normande, afin de sécuriser l'accès depuis les têtes de pont. Toujours dans les airs, des planeurs transportant des soldats sont envoyés dans le Calvados dans le but de prendre le contrôle de deux ponts cruciaux les plus proches de la zone de Débarquement : le Pegasus Bridge et le pont de Ranville. Ces actions initiales marquent le début d'un conflit qui ne faisait alors que commencer : la Bataille de Normandie, plus largement connue sous le nom d'Opération "Overlord".
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France Bleu a proposé des infographies avec des cartes détaillées pour permettre de visualiser où et quand ces opérations militaires se sont déroulées. Les célébrations du 80e anniversaire du Débarquement se sont déroulées du 5 au 7 juin en Normandie mais aussi en Bretagne, réunissant 25 chefs d'État et environ 200 vétérans, l'ombre de la guerre en Ukraine planant sur ce D-Day. À cette occasion, France Bleu est revenu en chiffres sur les opérations alliées de juin 1944, abordant les forces en présence, les plages identifiées, les pertes humaines ou encore le matériel militaire. Ce jeudi-là, de nombreuses cérémonies se sont déroulées de Ver-sur-Mer à Omaha Beach pour commémorer les 80 ans du Débarquement. Il y a 80 ans, le 6 juin 1944, plus de 156 000 soldats alliés débarquaient sur les plages de Normandie pour libérer la France de l'Occupation. Au cœur de cette opération, d'une envergure inédite, des milliers d'événements ont marqué la grande histoire, et France Bleu en a raconté quelques-uns, proposant également un quiz pour tester les connaissances sur le D-Day et la Bataille de Normandie.
Le Débarquement de Provence : "Anvil" puis "Dragoon" (15 août 1944)
Deux mois après le Débarquement de Normandie, un second front majeur est ouvert dans le sud de la France. À partir du 15 août 1944, les Alliés débarquent en Provence. Cette opération militaire, initialement connue sous le nom de code "Anvil" puis renommée "Dragoon", s'est déroulée sur plusieurs jours et a combiné un assaut naval et un assaut aérien.
Durant la nuit précédant le débarquement principal, des forces spéciales sont positionnées sur les flancs de la future zone d'assaut. La "Force Rosie", notamment, est déployée en mer, tandis que des commandos terrestres des "Force Romeo" et "Force Sitka" prennent position. La flotte d'invasion, forte de plus de 2 000 navires, vise les côtes varoises, s'étendant entre Toulon et Cannes. Dans les airs, l'opération est également massive : plus de 7 000 parachutistes sont largués par plus de 400 avions, appartenant à la 1re division aéroportée anglo-américaine, dans la région comprise entre Le Muy et La Motte, dans le Var.
La "Force Sitka", composée d’Américains et de Canadiens appartenant à la First Special Service Force, débarque sur les îles d’Hyères, notamment Port-Cros et Levant. Les commandos d’Afrique du lieutenant-colonel Bouvet, constituant la Romeo Force, prennent pied au Cap-Nègre. À l’est, la Rosie Force, constituée du groupe naval de Corse, avait pour mission d'empêcher l’envoi de renforts allemands depuis Cannes vers la zone Saint-Raphaël - Fréjus, où la 36e Division Américaine devait débarquer quelques heures plus tard. À l’intérieur des terres, la Rugby Force, commandée par le général Robert T. Frederick et composée de 9 000 parachutistes américains et britanniques, largue hommes et matériel dans la région du Muy, pour couvrir la tête de pont.
À l’aube du 15 août, le débarquement proprement dit peut débuter. Durant cette phase, les troupes d’assaut, placées sous les ordres du général Lucian K. Truscott, sont réparties en plusieurs forces. L'Alpha Force, la plus expérimentée des unités engagées, est composée de la 3e Division d'Infanterie américaine et commandée par le général John W. O'Daniel. La Delta Force, constituée de la 45e Division d'Infanterie américaine et commandée par le major général William W. Eagles, débarque entre Saint-Tropez et La Nartelle. Enfin, la Camel Force, regroupant la 36e Division d'Infanterie américaine du général John E. Dahlquist et le Combat Command 1 (CC1) français du général Sudre, devait débarquer sur la partie est du dispositif. Ce groupement tombe malheureusement face à Red Beach (Fréjus plage) sur des obstacles et des défenses battues par l’artillerie.
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Le lendemain, 16 août (J+1), débarque la "Force Garbo", forte de 200 000 hommes. Les trois quarts de ces troupes sont sous le commandement français du général de Lattre de Tassigny, constituant l'"Armée B", tandis que le quart restant est sous le commandement du général américain Alexander Patch, formant la "7e armée américaine". Les jours suivants, la force française est complétée par plusieurs unités entre le 20 août (J+5) et le 24 août (J+9).
La rapidité de cette offensive est remarquable : en seulement deux semaines, la Provence est libérée. Digne et Sisteron sont atteintes dès le 19 août, Gap le 20 août. Toulon tombe le 23 août, Montélimar le 28 août, et Marseille est libérée le 29 août. Dans les Alpes-Maritimes, Nice est libérée le 28 août 1944. Il convient de rappeler le rôle stratégique de la Corse qui, dès le 9 octobre 1943, avait été le premier morceau libéré de la France, comme l'a souligné le général de Gaulle à Ajaccio : "La Corse a la fortune et l'honneur d'être le premier morceau libéré de la France". L'île est alors devenue une base essentielle pour l'United States Army Air Forces et l'United States Navy, soutenant les opérations en Italie puis le Débarquement de Provence en août 1944.
L'Opération "Paddle" : La Poursuite de l'Offensive en Normandie (Août 1944)
Alors que les Alliés ouvraient un nouveau front dans le sud, la Bataille de Normandie continuait de faire rage, aboutissant à l'encerclement des forces allemandes dans la poche de Falaise. Le 17 août 1944, alors que la poche de Falaise n’était pas encore close, le maréchal Montgomery, commandant les forces terrestres alliées, lance une nouvelle offensive majeure : l'Opération "Paddle". Ce nom, signifiant "pagaie" en français, s’imposait en raison de l'objectif de longer la côte vers la Seine, ce qui impliquait de franchir de nombreux marais et cours d’eau.
Cette opération est lancée à partir de l’étroite tête de pont conquise par les parachutistes à l’est de l’embouchure de l’Orne, dans la nuit du 5 au 6 juin. Depuis ce débarquement initial, une éprouvante guerre de position avait eu lieu dans cet angle mort de la Bataille de Normandie. Après dix semaines d’attente, et parfois d’impatience, l’heure était enfin venue de reprendre la marche en avant avec un objectif clair : la Seine !
Le général Montgomery souhaitait créer une nouvelle nasse entre la Seine et la Manche afin d'y prendre au piège les Allemands qui s'échappaient de la poche de Falaise. Le général Crerar reçoit la mission d’envoyer le 1er corps britannique progresser en direction de la Seine le long du littoral et de libérer les localités successives sans toutefois se laisser retarder par les forces allemandes isolées sur place.
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Le 1er corps britannique, commandé par le général Crocker, est une véritable "tour de Babel" par la diversité de ses unités. Il est composé de la 6e division aéroportée (6e D.A.), qui était en position sur les rives à l’est de l’Orne depuis le Jour J, renforcée par les commandos des 1st et 4th Special Services Brigades, par la brigade belge-luxembourgeoise dite Brigade Piron (commandée par le colonel Piron), et par la brigade néerlandaise "Irène". À cela s'ajoutent les 49e et 51e divisions d’infanterie, ainsi que la 7e division blindée. Du côté allemand, des éléments des 711. et 346. divisions faisaient face à l'avancée alliée.
La Progression de l'Opération "Paddle"
La progression du 1er corps britannique vers l’est débute dans la nuit du 16 au 17 août. En raison du terrain difficile et de l’opposition allemande, le départ est initialement lent. Néanmoins, l'avance s'accélère à partir du 21 août, largement facilitée par l’aide de la Résistance, au milieu de l’enthousiasme des populations libérées - du moins celles qui n’avaient pas été évacuées sur ordre des Allemands - et copieusement arrosée de rasades de cidre ou de calvados.
Les unités engagées sont la 6th Airborne Division (renforcée de la Brigade belge-luxembourgeoise dite Brigade Piron et des 1st et 4th Special Service Brigades), la 49th Infantry Division et la 51st (Highland) Division, opérant face à des éléments des 711. et 346. divisions allemandes. Ces unités alliées engagées dans la vallée poursuivent l’offensive au-delà de la Dives et participent aux étapes suivantes de la marche à la Seine. Les dates d’ouverture de l'Opération Paddle varient légèrement selon les présentations (15 ou 16/17 août), la forme « nuit du 16 au 17 août 1944 » étant majoritaire dans les synthèses opérationnelles, tandis qu’une amorce au 15 août est parfois retenue pour marquer la fin de la posture défensive de la tête de pont de l’Orne.
Le groupement belge de Jean Piron est placé en fer de lance de l'offensive. Il libère le village de Sallenelles, à proximité de l’estuaire de l’Orne, et poursuit son avancée jusqu’à la localité de Franceville, attaquée puis libérée vers 20 heures par la 3e unité motorisée. Le lendemain, la brigade Piron s’empare du village de Merville. Le 20 août, les soldats belges attaquent les villages de Dozulé et Brucourt. La 6e division aéroportée est alors aux portes de Cabourg, ayant libéré en chemin Le Hôme et Varraville. Les Alliés ne s’emparent de Cabourg que le lendemain, le 21 août.
Pendant ce temps, les autres unités du 1er corps franchissent avec difficulté la Vie, un affluent de la Dives, qui est défendue par la 272e division d’infanterie allemande. C’est à ce moment qu’Hitler se décide enfin à ordonner un repli de ses troupes le long de la Seine, derrière les rivières Touques et La Risle. Le 22 août, la brigade Piron atteint Villers-sur-Mer et se trouve aux portes de Deauville. Cependant, les Belges doivent évoluer sous le feu meurtrier de la batterie allemande située au Mont Canisy. Le lendemain, Piron s’empare de Deauville tandis que les parachutistes britanniques de la 6e division aéroportée se dirigent désormais vers Pont-Audemer.
Une automitrailleuse belge progresse alors dans les chemins creux du pays d’Auge (Calvados), symbolisant l'avancée malgré les difficultés du terrain. Le 24 août, la 7e division blindée s’empare de Lisieux sur la Touques tandis que les Belges libèrent Trouville. La 6e brigade aéroportée de la 6e D.A. s’empare d’Honfleur. Tout comme sa voisine, Trouville, ou encore Honfleur, la ville avait échappé aux terribles bombardements aériens du mois de juin. Pour laisser un accès total au 1er corps britannique, les Américains des 15e et 19e corps reviennent à leur point de départ.
Cette arrière-garde allemande pose de très nombreux problèmes aux Américains, qui ne combattent pas des unités organiques mais des éléments disparates, dont les objectifs et le contour sont difficiles à estimer. L’aviation alliée termine sa journée avec des résultats plutôt faibles du fait de ce manque d’unité de la part des divisions allemandes en déroute. La 43e division d’infanterie s’engage dans Vernon le 25 août et le même jour, la ville d’Honfleur est entièrement libérée par les soldats belges. Le 27 août, le village de Berville est libéré. Toutefois, la 6e division aéroportée du général anglais Richard Gale est retirée du front et retourne en Angleterre pour un repos bien mérité.