L’Opération Paddle, dont le nom signifie « pagaie » en anglais, désigne une manœuvre militaire stratégique majeure menée à l'été 1944. Ce nom s’imposait pour longer la côte vers la Seine, en raison des nombreux marais et cours d’eau à franchir. Cette phase de la bataille de Normandie, souvent moins documentée que le Débarquement initial, a pourtant joué un rôle crucial dans la libération du territoire français en maintenant une pression constante sur les forces allemandes qui n’ont plus cessé de battre en retraite à compter de la fin août.
Le contexte stratégique et les origines de l’offensive
Le 17 août 1944, alors que la poche de Falaise n’était pas encore close, le général Montgomery a lancé une attaque à partir de l’étroite tête de pont conquise par les parachutistes à l’est de l’embouchure de l’Orne dans la nuit du 5 au 6 juin. Depuis lors, une éprouvante guerre de position se livrait dans cet angle mort de la Bataille de Normandie. En raison d’une forte résistance allemande, le front n’a quasiment pas bougé sur une ligne allant de l’embouchure de l’Orne jusqu’à Troarn.
Après dix semaines d’attente, l’heure était enfin venue de reprendre la marche en avant avec pour objectif principal : la Seine. Avec le succès de la tactique de la nasse et l’encerclement des forces du groupe d’armées B à Falaise, le général Montgomery souhaite créer une nouvelle nasse entre la Seine et la Manche pour y prendre au piège les Allemands. Après leur percée sur Falaise, atteint le 16 août 1944, les Alliés entreprennent l'encerclement des deux armées allemandes de Normandie en jetant, autour du « Stalingrad normand », deux grappins sur la Seine. Le 1er corps britannique du général Crocker, chargé de progresser en longeant la côte, est une véritable « tour de Babel ». En raison du terrain difficile et de l’opposition allemande, le départ a été lent. La progression s’accélère à partir du 21, largement facilitée par l’aide de la Résistance.
Les forces en présence et l’articulation opérationnelle
Le 1er corps britannique est composé de la 6e division aéroportée (6e D.A., en position sur les rives à l’est de l’Orne depuis le Jour J), des 49e et 51e divisions d’infanterie ainsi que de la 7e division blindée. La 6e D.A. est renforcée par les commandos des 1st et 4th Special Service Brigades, de la brigade belge commandée par le colonel Piron et par la brigade néerlandaise « Irène ». Du côté allemand, la défense s’articule autour d’éléments des 711e et 346e divisions d’infanterie. C’est dans la nuit du 16 au 17 août que le 1er corps britannique débute sa progression vers l’est.
Les dates d’ouverture de l’opération varient légèrement selon les sources : la forme « nuit du 16 au 17 août 1944 » est majoritaire dans les synthèses opérationnelles, tandis qu’une amorce au 15 août est parfois retenue pour marquer la fin de la posture défensive de la tête de pont de l’Orne. La mission est claire : progresser en direction de la Seine le long du littoral et libérer les localités successives sans toutefois se laisser retarder par les forces allemandes isolées sur place.
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La progression des troupes et la libération du littoral
Le groupement belge de Jean Piron libère le village de Sallenelles, à proximité de l’estuaire de l’Orne et poursuit son avancée jusqu’à la localité de Franceville, attaquée puis libérée vers 20 heures par la 3e unité motorisée. Le lendemain, la brigade Piron s’empare du village de Merville. Le 20 août, les soldats belges attaquent les villages de Dozulé et Brucourt. La 6e division aéroportée est aux portes de Cabourg, elle a libéré en chemin Le Hôme et Varraville. Les Alliés ne s’emparent de Cabourg que le lendemain, le 21 août.
Pendant ce temps, les autres unités du 1er corps franchissent avec difficulté la Vie, un affluent de la Dives qui est défendu par la 272e division d’infanterie allemande. C’est à ce moment qu’Hitler se décide enfin à ordonner un repli de ses troupes le long de la Seine, derrière les rivières Touques et La Risle. Le lundi matin 21 août, les Belges entrent dans Cabourg. A 15 heures 35, Houlgate est libérée. Quelques kilomètres un peu plus à l’ouest, les Allemands sont encore dans le blockhaus d’Auberville. L’accrochage est violent : cinq soldats belges et un officier français sont tués. Le site n’est pris qu’à 02 h 45.
L’épisode du repli allemand et le franchissement de la Touques
Les Allemands décident un repli général. Ils quittent Auberville, Villers, Blonville, le Mont-Canisy, pour se replier sur les hauteurs de Trouville. Dans leur retraite de la nuit du 21 au 22 août, ils font sauter les ponts qui enjambent la Touques, dont celui qui sépare Trouville et Deauville, qui prendra plus tard le nom de « Pont des Belges ». Le 22 août, la brigade Piron atteint Villers-sur-Mer et se trouve aux portes de Deauville. Cependant, les Belges doivent évoluer sous le feu meurtrier de la batterie allemande située au Mont Canisy.
Si Deauville est pris sans combats le 22 août, le danger reste présent : les Allemands qui sont de l’autre côté de la Touques continuent de tirer. Le gros de la troupe, avec les Belges de la brigade Piron, des Anglais du 1er Royal Ulster Rifles, des Ox and Bucks, et des Luxembourgeois, arrive vers midi. Deauville est définitivement libre. Le lendemain, Piron s’empare de Deauville tandis que les parachutistes britanniques de la 6e division aéroportée se dirigent désormais vers Pont-Audemer. Le 24 août, la 7e division blindée s’empare de Lisieux sur la Touques tandis que les Belges libèrent Trouville.
La fin de l’Opération Paddle et l’accès à la Seine
Le 25 août, jour de la libération de Paris, Honfleur est la dernière ville bas-normande à être libérée par les Belges de la brigade Piron, près de douze semaines après le débarquement. La 6e brigade aéroportée de la 6e D.A. s’empare également d’Honfleur. Afin de laisser un accès total au 1er corps britannique, les Américains des 15e et 19e corps reviennent à leur point de départ. Cette arrière-garde allemande pose de très nombreux problèmes aux Américains, qui ne combattent pas des unités organiques mais des éléments disparates, dont les objectifs et le contour sont difficiles à estimer.
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Le 27 août, le village de Berville est libéré. Toutefois, la 6e division aéroportée du général anglais Richard Gale est retirée du front et retourne en Angleterre. Du 26 au 29 août, les Allemands continuent de traverser la Seine sur des ponts flottants, au nord et au sud de Paris. Ils sont directement suivis des troupes américaines et britanniques, qui poursuivent les soldats en déroute afin de les empêcher de se regrouper et de contre-attaquer. L’opération Paddle cesse lorsque les Alliés accèdent à la Seine et sécurisent l’ensemble de sa rive ouest, ce qui est réalisé le 31 août 1944. L’encerclement des forces s’échappant de la poche de Falaise ne s’est pas réalisé à proprement parler, mais la menace de tomber à nouveau dans le piège a empêché les Allemands de se réorganiser en défense ferme avant la Seine.
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