Kid Paddle : "On ne secoue pas les machines" - Aux origines d'un phénomène de la BD et les arcanes de sa création

Depuis 1993, le dessinateur Midam nous plonge dans l’univers truculent du plus geek des héros de bande dessinée : Kid Paddle. Ce personnage, devenu une icône pour toute une génération, est bien plus qu'un simple enfant ; il incarne une passion dévorante pour les jeux vidéo et un penchant assumé pour l'étrange, le gluant et le gore. L'engouement du public pour ce petit garçon à la casquette verte fut tel que l'enthousiasme des lecteurs encouragea Midam et le rédacteur en chef de Spirou, où Kid Paddle fit ses premières apparitions, à passer rapidement d'une demi-page à une pleine page, signe de l'impact immédiat et profond de ce nouvel héros.

Kid Paddle est un peu comme Bart Simpson : depuis 1993, il n’a pas pris une ride, ne semble pas connaître le poids des années, et continue d'émerveiller et de faire rire son public. Son univers, riche en références à la culture gaming et à la pop-culture, offre une "double lecture" omniprésente qui permet à des lecteurs de tous les âges de s'y retrouver, et d'en rire ! Mais derrière les éclats de rire et les cascades de Blorks anéantis, se cache un processus créatif ingénieux et des défis constants, que ce soit dans la bande dessinée originale, son spin-off muet "Game Over", ou ses adaptations animées.

Kid Paddle : Le Gamer Incorrigible et son Monde "Gore, Gluant et Répugnant"

Kid Paddle n'est pas un agent spécial intergalactique. C'est juste un gamin, véritable pro des jeux vidéo, un serial player dont la vie tourne autour des bornes d'arcade et de l'imagination débordante. Il passe sa vie à dégommer des monstres gluants et terrifiants. En effet, il passe sa vie à dégommer des monstres gluants et terrifiants. Kid Paddle, ce n'est pas juste un véritable pro des jeux vidéo. C'est aussi un gamin qui a un faible pour tout ce qui est gore, gluant, répugnant… et drôle ! Il aime le gore. Il adore les monstres. Les tripes de blorks dégommés l’amusent. Kid a un faible pour tout ce qui est gore, gluant et répugnant… Ce qui lui donne sans cesse mille et une idées de blagues qu'il va vous présenter dans ses albums.

Son terrain de jeu privilégié, en dehors de son imagination fertile, est la salle d'arcade. Entre la maison des Paddle et l'école, il y a City Game. Salle d'arcade immense, avec un nombre infini de jeux, toujours plus fous et développés. C'est un vrai paradis pour Kid, qui pourrait passer ses journées à jouer avec ses amis sur les bornes. C'est dans ce sanctuaire du jeu que se manifeste l'un des aphorismes les plus emblématiques de son univers : "on ne secoue pas les machines". Cette injonction, souvent proférée par Mirador, le surveillant de City Game, qui n'aime pas trop qu'on secoue ses machines, illustre parfaitement la tension entre l'énergie débordante et parfois destructrice de Kid et les règles du monde réel. Le gamin, avec sa ferveur à dézinguer des Blorks, pitoyables joueurs qu’ils sont, ne se contente pas de jouer; il vit les jeux avec une intensité telle qu'il en vient à interagir physiquement avec les bornes, cherchant à maximiser l'expérience, quitte à transgresser les règles. Cet acte de "secouer les machines" est une métaphore de son refus des limites, de sa volonté d'extraire la substantifique moelle de chaque pixel et de chaque explosion virtuelle, sans se soucier des conséquences matérielles. Il craint bien moins les horribles Blorks que Mirador, le surveillant de City Game, la salle d'arcade, qui n'aime pas trop qu'on secoue ses machines.

L'univers de Kid Paddle est peuplé de figures récurrentes qui contribuent à la richesse de ses aventures. Sa sœur Carole, première de classe désespérément raisonnable, risque encore d'avoir quelques petits soucis, tout comme son père fonctionnaire aussi cravaté que flegmatique ! Carole, la sœur de Kid, est désespérément anti-jeux vidéo et autres monstres. Elle aime le rose et les petits chats tout mignons, ce qui contraste fortement avec les goûts de son frère. Le père, lui, sans nom mais doté d'un caractère bien trempé, est souvent le « docteur No », qui dit toujours non aux fantaisies de Kid. Il est la figure d'autorité pragmatique, face à la déraison créative de son fils. Quant à ses amis, Kid peut compter sur le génial inventeur Big Bang, son Q à lui, pour le tirer de mauvais pas. Horace, l’ami fidèle de Kid, l’accompagne au cinéma où ils essaient d’aller voir les films d’horreur auxquels ils n’ont pas accès, se verrait plutôt dans le rôle de Money Penny. Ou de l'Aston Martin. Mais ça, c'est une autre mission… Il y a aussi Zara, une mignonne petite blonde qui en pince pourtant sérieusement pour lui, mais qui peine un peu à le lui faire comprendre. Et pour un peu qu’Horace se retrouve à faire le messager entre la belle et Kid, ça vire carrément au massacre !

Lire aussi: Créations scintillantes au foiling

La vie de Kid Paddle est un enchaînement d'explosions de blorks, d'expériences scientifiques bizarres qui dégénèrent avec Big Bang, de tentatives d'expliquer la vie à Horace, et de confrontations avec sa sœur Carole, qu'il essaie souvent de clouer le bec. Ses bricolages sont souvent de mauvais goût, et ses fraudes au cinéma pour adultes, ainsi que les massacres de blorks dans la salle d'arcade sous l'œil vigilant du gardien aussi teigneux que son molosse, font de sa vie une succession d'événements jamais sereins, mais toujours drôles ! On imagine mal Kid, adepte de films gore et de blorks dégommés, faire du baby-sitting. Pourtant, c'est justement cette confrontation entre l'imaginaire débordant de l'enfance et la réalité parfois absurde des adultes qui fait l'essence de son humour.

Qu'il essaye de battre des records sur ses jeux vidéo préférés ou qu'il rivalise d'imagination pour jouer de nouveaux tours pendables à sa soeur, il n'y a pas d'erreur : c'est Kid Paddle le meilleur ! Sa réputation le précède : Pikurax ne lui résiste pas. Le sergent Déguelis Sulfurique en a peur. Brutor le cruel pleure à la simple mention de son nom. Quant à Cindy, la petite ballerine, la police enquête toujours sur sa mystérieuse disparition… Entre leurs mains, le moindre objet anodin va se transformer en instrument de torture pour poupée trop maquillée, témoignant de l'imagination sans limite de Kid et de ses amis. Quand on y pense, c'est vrai que la vie de Kid Paddle ressemble beaucoup à celle de 007… à quelques détails près : pour cet espion qui jouait, la devise serait plutôt vivre et laisser pourrir. Mais cet homme au joystick d'or doit aussi contrer les plans de docteur No, alias son père, qui lui dit toujours non. Quant à sa soeur, surnommée Blorkfinger, si elle n'est pas vraiment belle, elle reste aussi cruelle et vicieuse qu'une James Bond girl. Surtout s'il s'agit de dénoncer ses derniers méfaits…

Midam, l'Architecte Créatif et la Génèse de son Empire Ludique

L'univers de Kid Paddle est le fruit de l'esprit fertile de Midam, qui a commencé son parcours en 1992 en animant diverses rubriques dans le journal de Spirou. Ce n'est qu'un an plus tard, en 1993, qu'il renouvelle la rubrique consacrée aux jeux vidéo en créant le personnage de Kid Paddle. Dès le début de la série, Midam avoue se retrouver beaucoup dans son personnage. Il explique que "l’être humain est complexe, on y trouve toujours plusieurs caractères en un." Il se considère ainsi comme ressemblant à la fois à Kid Paddle et à son père. Comme Kid, il aime les monstres et les films d’horreur, ayant lui-même "attendu impatiemment d’avoir 16 ans pour aller voir des films avec des monstres dedans !" Mais, tout en étant rêveur comme Kid, il est aussi un pragmatique, comme le père du héros, ayant veillé à structurer sa carrière pour ne pas "juste" être un artiste.

Le processus créatif de Midam est marqué par une recherche constante d'innovation et une ouverture à la participation de son public. La création de la bande dessinée "Game Over", spin-off muet de Kid Paddle, en est un exemple éloquent. Midam explique que cette œuvre est unique car elle est muette. Il a travaillé pendant des années sur ce concept, mais a réalisé qu'il stagnait. Pour remédier à cela, il a décidé de faire appel à l'imagination de ses lecteurs en créant un site où chacun pouvait soumettre un gag. "J'en ai reçu, je pense, certainement 40 000. Depuis 2008. Le taux de… De réussite, je dirais, c'est 1%. C'est pas plus que ça." Malgré ce faible pourcentage, Midam a réussi à découvrir quelques scénaristes talentueux parmi ces contributions.

Pour lui, le plus important n'est pas de savoir qui a trouvé l'idée, mais que le gag soit bon. Il souligne que "le public s'en fout que ce soit moi qui signe ou qui ait trouvé le gag. Le plus important, c'est que le gag soit bon." Ce processus, qui a vu des lecteurs devenir des ambassadeurs de la marque, achetant plusieurs albums parce qu'ils ont vu leur idée publiée, est un témoignage de la connexion profonde que Midam a su établir avec sa communauté. Cependant, cette méthode n'est pas sans défis. Il évoque également les défis liés à la gestion des droits d'auteur et des idées. Parfois, des scénarios qu'il a refusés des années auparavant lui sont renvoyés par d'autres auteurs. Dans un cas, il a dû payer deux auteurs pour une même idée, ce qui l'a fait perdre de l'argent, mais il estime qu'il est important d'être correct dans ces situations. "En général, les gens sont bienveillants. Ils veulent surtout avoir leur nom sur la page," explique-t-il.

Lire aussi: Stand-Up Paddle Surf : Genèse

Midam ne se limite pas à la bande dessinée ; il s'intéresse également à d'autres aspects liés à Kid Paddle et à Game Over, notamment le merchandising. Il admet que pour certains auteurs, le merchandising est perçu négativement, mais pour lui, c'est une opportunité. "Il y a des choses qu'on peut faire dans le merchandising qu'on ne peut pas faire en BD." Il partage des exemples de projets intéressants, comme des emballages de produits inspirés de ses gags, et souligne l'importance de ces petits projets par rapport à la création de nouvelles bandes dessinées. Cette diversification montre une vision d'ensemble de l'artiste, désireux de faire vivre son univers sous toutes ses formes, tout en développant des envies graphiques nouvelles et des expérimentations, comme en témoignent certaines planches "à l'œil" ou l'introduction de moustiques.

Game Over : La Quête Éternelle de l'Échec Hilarant

Midam produit en 2004 une série « spin off » de Kid Paddle intitulée Game Over et mettant en scène l’avatar virtuel de Kid Paddle à savoir : Le Petit Barbare. Avec "Game Over", Midam a créé une œuvre unique dans le paysage de la bande dessinée, entièrement muette et basée sur une prémisse simple mais redoutablement efficace : la mésaventure perpétuelle du Petit Barbare. Le principe est une page, un gag, avec un aventurier juvénile, et régulièrement une princesse à tirer d’une situation périlleuse. Mais si chaque pas doit être un but, alors n’oublions jamais qu’ici, chaque pas éloigne inexorablement de la bonne issue. Le Petit Barbare, avatar de Kid Paddle, est condamné à un échec cuisant et souvent absurde, une fin de partie inévitablement sanctionnée par le célèbre "Game Over".

Pour les vidéoludistes non pratiquants, la signification de ce "Game Over" est double : qu’il faut remettre des sous dans la machine pour continuer à jouer, ou qu’il est temps d’arrêter. Mais dans les deux cas, la partie est finie. Pourquoi ? Et pour illustrer ce propos, les auteurs se sont donné la main, en dessinant les scénarii piochés dans l’univers farfelu de Midam, ou encore sur le site "Game over forever", où l’on peut poser sa petite idée et participer à ce grand n’importe quoi. Alors avertissement sans frais : inutile d’avoir pratiqué le vidéoludisme des années durant pour trouver un charme grinçant à Game Over.

L'humour de "Game Over" est particulièrement noir et "peau de vache", voire "méchamment vachard" parfois, pour tourner toute situation en catastrophe. Pas désopilante, cette BD jongle entre humour noir et peau de vache, voire méchamment vachard parfois, pour tourner toute situation en catastrophe. Quant au "Oups" qui fait office de titre dans un album, il est particulièrement bien choisi : en jouant sur une totalité de gags muets, on plonge dans le mime et la situation huluberluesque, avec des éléments perturbateurs, vraiment perturbants, et des résolutions de crise, à en piquer plus d’une. Drôle, idiot et saugrenu, Game Over montre combien l’imaginaire des participants est sans limite dans l’art sadique de la mort à tout prix et du cauchemar permanent. On y retrouverait même une petite once d’Idées noires de Franquin dans l’inspiration, tant l'absurdité et la fatalité sont présentes.

Le succès de "Game Over" n'a fait que croître. Depuis 2014, Kid Paddle avait ralenti la cadence au profit de la décadence (bien orchestrée et ensanglantée) de sa créature, Le Petit Barbare, qui en a profité pour rattraper le temps perdu. En cette année 2017, Game Over, le spin-off a dépassé la (série-) mère en nombre d’albums et avec, pourtant, dix ans de moins que Kid Paddle. C’est dire si l’univers - que dis-je, l’empire - érigé par Midam et ses sbires a pris et bien pris et que le chaudron est toujours à même de bouillonner. Le joueur qui aura passé un peu de sa jeunesse sur une console ou une autre se délectera sauvagement de ces gags pernicieux, autant que le néophyte - et généralement cinquantenaire - savourera une expérience bédéistique tout à fait incongrue. Game Over signe régulièrement de nouveaux tomes qui n’épuisent pas le filon et, loin d’un sentiment de répétitivité, diffuse une sensation de bonne humeur contagieuse.

Lire aussi: Choisir une planche à voile gonflable : Le guide complet

L'Adaptation Animée de Kid Paddle : Entre Compromis, Pressions et une Fin en Suspens

L'adaptation de Kid Paddle en dessin animé a également été un moment marquant de la carrière de Midam. Kid Paddle débarque sur le petit écran en 2003, et est une adaptation en série animée de plusieurs bandes dessinées du même nom. Composé de deux saisons et 104 épisodes de 15 minutes maximum, le dessin animé a été proposé à la télévision de 2003 à 2006. Il a principalement été diffusé dans l’émission M6 Kid. Cette transition de la page imprimée à l'écran n'a cependant pas été sans son lot de défis et de compromis.

Midam raconte les défis qu'il a rencontrés lors de cette transition, notamment les compromis nécessaires pour satisfaire les différents partenaires de production. "C'est moi qui devais trancher, alors tout le monde peut regarder. C'était vraiment très malaisant," se souvient-il. Il se souvient des pressions exercées par les producteurs, notamment sur l'apparence des personnages, ce qui a nécessité une vigilance constante. Malgré ces défis, il a su préserver l'essence de son œuvre, bien qu'il ait dû faire des concessions, apprenant qu'il "faut faire très attention à ça, il faut gagner en confiance."

Un point particulièrement discuté par les fans et le public concerne la conclusion de la série animée. Le dernier épisode de Kid Paddle n’est pas du tout une conclusion. Comme nous avions eu le cas avec Les Super Nanas, qui s’est terminé avec une histoire de doudou. Pour revenir à ce dessin animé, Kid y est très content car son père doit s’absenter pendant trois jours pour son travail. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Carol, sa sœur, part en classe verte. Personne ne peut le garder, il va donc rester seul et se voit déjà jouer aux jeux vidéo et se coucher très tard… Comme les grands quoi ! Évidemment, ses plans vont tomber à l’eau, sinon ce n’est pas drôle. Pensant devenir le garçon le plus cool de son école grâce à cette soirée d’enfer, son père ne veut prendre aucun risque de le laisser seul et décide de recruter une baby-sitter. Tout l’épisode se focalise sur cette intrigue, donc il n’y a pas de vraie conclusion. D’autant plus que cet épisode fait un peu penser à l’intrigue d’un numéro de Titeuf. Celui où il reste seul pendant une soirée et qu’il regarde un film d’horreur… Et qu’il panique !

Cette absence de véritable fin a laissé de nombreux spectateurs sur leur faim. Louis, ayant lu les bandes dessinées et regardé le dessin animé lorsqu’il était plus jeune, avoue être déçu par cette fin, car il aurait "aimé quelque chose de plus originale. Ou au moins un épisode qui fait une conclusion." Sébastien partage ce sentiment, s'interrogeant : "C’est vraiment ça la fin ?" face à la réalité du dernier épisode. "C’est dommage de ne pas avoir accordé un vrai final au dessin animé, qui a pourtant marqué mon enfance," ajoute-t-il. Enfin, Emma avoue qu’elle est aussi déçue par cet ultime chapitre. "Je m’attendais à quelque chose d’autre, je reste sur ma faim. On dirait que c’est un épisode de transition plutôt qu’un au revoir." Ces témoignages soulignent l'attente d'une conclusion narrative plus forte pour une série qui a tant marqué l'enfance de beaucoup.

Un détail intéressant lié aux adaptations concerne la mère de Kid Paddle. Elle existe bel et bien, et était présente dans le premier album, mais en voix off. Midam avoue avoir voulu la représenter physiquement, mais ce jour-là, il manquait de temps. Il s'était dit qu'il la dessinerait la semaine suivante… Si ce n’est que la semaine suivante, il avait trouvé un gag où il n’était pas nécessaire de la faire apparaître. Parce qu’il aurait fallu trouver une raison à son absence dans le premier ! En plus, certains journalistes l’avaient félicité d’avoir osé mettre en scène une famille monoparentale, trouvant ça "tellement progressiste". Midam n’avait pas voulu les contredire ! Quelques années plus tard, les producteurs des dessins animés Kid Paddle lui ont demandé de dessiner la maman de son héros. Il s’est "caché sous [son] lit pendant un mois ou deux, invoquant des retards, un kidnapping extraterrestre, une perte de mémoire." Aujourd'hui, des versions du scénario d'un film Kid Paddle, actuellement en projet, incluent sa maman, montrant que même après des années, l'univers de Kid Paddle continue d'évoluer et d'intégrer de nouvelles facettes.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *