Le monde de la course au large est une discipline qui réclame rigueur, humilité, endurance et un engagement total. Au cœur de cette exigence se trouve le Team Gitana, une écurie de course dont l'histoire et l'innovation sont légendaires, et qui a vu défiler à sa barre des skippers d'exception. Depuis 1872, et la baronne Julie de Rothschild qui fut la « Yachting Lady » la plus rapide sur l’eau avec le premier Gitana, la famille éponyme cultive sa passion pour la navigation. La baronne en mis un second à l’eau, encore plus rapide évidemment. Mais ce n’est qu’en 1960 qu’Edmond de Rothschild lui-même lance le troisième Gitana, à voile cette fois. Il y aura plusieurs autres voiliers, toujours avec le même nom et désormais engagés en compétition, comme lors de la Fastnet Race de 1965. Le tournant de l’histoire est écrit par Benjamin, fils d’Edmond, qui crée en 2000 Team Gitana. La passion familiale s’est transformée en école de performance, les monocoques en trimarans océaniques ultra-performants. Une orientation qu’Ariane perpétue depuis la mort de son mari en 2021. Ce riche héritage a notamment été incarné par le Maxi Edmond de Rothschild, anciennement connu sous le nom de Gitana 17, et désormais par son successeur, Gitana 18, avec à sa barre des figures comme Charles Caudrelier, dont le parcours et le palmarès sont intrinsèquement liés à l'histoire récente et glorieuse de ces géants des mers.
L'Ère Gitana 17 : Un Bateau Légendaire et ses skippers marquants
Gitana 17 est resté dans les mémoires comme un bateau remarquable dans l’histoire maritime de la famille d’Ariane et de Benjamin de Rothschild. Il symbolise leur audace, leur goût pour l’excellence et l’innovation mais aussi la grande confiance qu’ils accordent à leurs équipes. Imaginer, concevoir et mettre au point une telle machine a été un plaisir immense pour toute l’équipe même si cela a également été un travail colossal et un grand engagement de chacun durant près de 10 ans pour que le rêve de voler autour du monde sur ces bateaux fabuleux devienne une réalité. Ce voilier, qui avait nécessité 170 000 heures de travail, dont 35 000 rien qu’en études, a connu trois skippers majeurs. D'abord Sébastien Josse, puis Franck Cammas et enfin Charles Caudrelier. Avec eux à la barre, en solitaire, en double ou accompagnés des autres membres d’équipage, ce géant des mers a construit un palmarès légendaire et parcouru près de 200 000 milles sur toutes les mers du globe.
Le Palmarès Exceptionnel de Gitana 17 sous l'égide du Team Gitana
Le Maxi Edmond de Rothschild, connu sous le nom de Gitana 17, a accumulé un palmarès impressionnant. Il a remporté la Rolex Fastnet Race 2019, la Drheam Cup 2020, une seconde Rolex Fastnet Race puis la Transat Jacques Vabre en 2021, les 24h Ultim et la Route du Rhum en 2022, ou encore l’Arkéa Ultim Challenge en 2024. Il s'agit d'une collection de victoires qui témoignent de la performance exceptionnelle de cette machine et de l'habileté de ses skippers. L’éclatante victoire de Charles Caudrelier et du Maxi Edmond de Rothschild sur l’Arkea Ultim Challenge Brest fut célébrée il y a un an déjà au large de Brest. Au terme d’un parcours épique de près de 29 000 milles sur les plus grands océans de la planète, le marin de tout juste cinquante ans devenait le premier : le premier solitaire à accomplir un tour du monde à bord d’un multicoque volant. Cette première course autour du monde des ULTIM a été bouclée en 50 jours 19 heures 7 minutes, 42 secondes. Tout cela, sans compter les places d’honneurs, et en prouvant à chaque sortie que ces monstres de 32 mètres de long sur 23 mètres de large peuvent voler à travers les océans, même avec trois mètres de creux. Le bateau a apporté tant de bonheur à l'équipe. Charles Caudrelier a même confié que personnellement, Gitana 17 était "le bateau de ma vie. Celui qui m’a redonné envie de courir et qui m’a offert les plus belles victoires en solitaire de ma carrière. Il est légendaire et il est très loin d’en avoir fini avec les podiums !".
La Transition des Skips : De Sébastien Josse au Duo Cammas-Caudrelier
Après huit années à la barre des voiliers de l’écurie de course d’Ariane et Benjamin de Rothschild, le Team Gitana a annoncé sa séparation avec son skipper emblématique Sébastien Josse. Suite à cette annonce, onze marins ont fait acte de candidature pour le remplacer. Ce que l’on sait en revanche, c’est que la nouvelle connue, onze skippers dont un Anglais et un Espagnol ont fait acte de candidature auprès de Cyril Dardashti, le patron de l’équipe. Ils se nomment Alex Pella, Sam Goodchild, Erwan Le Roux, Yann Eliès, Charles Caudrelier, Franck Cammas, Pascal Bidégorry, Morgan Lagravière, Gwénolé Gahinet, Thomas Rouxel et Vincent Riou. Bref, du lourd !
Finalement, pour mener l’Ultim Edmond de Rothschild, l’écurie n’a pas choisi un, mais deux skippers : Franck Cammas et Charles Caudrelier. Les deux compères se connaissent depuis longtemps. Ils ont même débuté l’habitable il y a 25 ans en First Class 8 ! Charles Caudrelier a expliqué que la première raison qui l'a fait accepter ce challenge, c'est le binôme qui lui était proposé. Il connaît très bien Franck et a toujours aimé travailler avec lui, ayant fait leurs premières régates ensemble. Ils partagent une forte complicité et sont extrêmement complémentaires. Franck lui a toujours apporté beaucoup d’énergie, rendant passionnant d'être à ses côtés. La seconde raison est qu’avec l’Ultim, ils sont dans une nouvelle ère : on commence à voler, on découvre de nouvelles choses ; ce sont des projets lourds à porter donc c’est un rêve d’être deux. Quand on doit prendre des décisions, il est toujours intéressant de partager son point de vue avec quelqu’un d’autre. C’est vraiment un luxe pour performer qui n’existait pas. Là, ils se retrouvent dans une configuration idéale pour vraiment amener le bateau au maximum de son potentiel.
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Franck Cammas, bien que son engagement avec Oman Sail pour former de jeunes Omanais au Diam 24 OD ait créé une petite surprise, a accepté de partager ce projet avec Charles pour deux raisons essentielles. La première est que le projet est passionnant avec un bateau abouti avec lequel on va pouvoir évoluer, dans une classe intéressante et avec une équipe performante. Et la deuxième, évidemment, c’est qu’avec Charles ils se connaissent parfaitement, ont beaucoup navigué ensemble, et ont construit de belles victoires ensemble. Franck a une confiance totale dans son honnêteté intellectuelle et dans les réflexions qu’ils peuvent mener ensemble. Ils savent qu’ils ne se cacheront jamais les choses et qu’ils essaieront de s’entraider, d’être solidaires et de progresser ensemble. L’un comme l’autre sont assez humbles vis-à-vis de ce qu’ils doivent faire et de leur environnement, ils sont assez curieux. Franck aime bien l'état d’esprit et le fonctionnement de Charles, donc cette organisation lui convient très bien.
Les deux amis devaient disputer en novembre la Brest Atlantique, une boucle Brest-Rio-Le Cap-Brest en double. Puis Cammas devait prendre la barre du plan Verdier pour The Transat 2020, tandis que Caudrelier mènerait Gitana 17 lors de la Route du Rhum 2022 puis la Brest Océans 2023. Cette répartition a illustré la complémentarité des deux skippers et leur capacité à s'adapter aux différentes épreuves.
Tentatives de Record du Trophée Jules Verne et Défis Météorologiques
Le Maxi Edmond de Rothschild, sous le co-skipperat de Franck Cammas et Charles Caudrelier, a effectué plusieurs tentatives pour le record du Trophée Jules Verne. En octobre 2020, le Gitana Team a annoncé son équipage pour la tentative, composé de six marins. Les préparations étaient intenses, avec des sessions d'entraînement au large et des optimisations constantes, comme l'amélioration de l'écoulement de l'air depuis l'avant vers l'arrière du bateau. L'avitaillement, crucial pour un tour du monde, était soigneusement planifié pour fournir l'énergie nécessaire et un peu de réconfort.
Les skippers, Charles Caudrelier et Franck Cammas, ont souligné la difficulté de trouver la bonne fenêtre météo. Charles Caudrelier a expliqué qu'en novembre 2020, après être passés en code orange avec une probabilité de départ estimée entre 70 % et 80 %, la situation s’est dégradée dans l’Atlantique Nord avec l’apparition d’une dépression tropicale, rallongeant considérablement la trajectoire vers l’hémisphère Sud. Dans le même temps, les modèles prévoyaient une très longue route le long des côtes brésiliennes et uruguayennes pour contourner les hautes pressions de Sainte-Hélène, ce qui ne favorisait pas un record. C’est toute la difficulté de ces périodes d’avant départ ! L’envie de partir est forcément très présente, mais nous sommes au début de notre stand-by et il ne faut pas nous précipiter, précisait-il. Franck Cammas ajoutait que les critères de temps recherchés sont dictés par les performances que le Maxi Edmond de Rothschild est capable d'atteindre, mais aussi par l'analyse des différentes séquences du record d’Idec en 2017. Le passage à l’équateur et le temps au Cap des Aiguilles étaient des critères primordiaux. Au-delà de 5 jours à l’équateur, ce n’était plus une bonne fenêtre.
Malgré l'impatience, la prudence était de mise. L'équipage est parfois repassé en stand-by, les modèles météo (européen et américain) n'étant pas toujours en phase. Charles Caudrelier a souligné que l’important est de viser une belle arrivée plutôt qu'un départ précipité. Il a également comparé le record à une bataille contre un "bateau fantôme", tout en gardant un œil sur les autres concurrents. Morgan Lagravière, barreur-régleur, a décrit l'intensité des départs, souvent précipités, mais où l'équipage se projette rapidement dans l'action. Erwan Israël, autre barreur-régleur, visait un record rapide et surtout d'aller au bout, ayant bouclé la boucle du Trophée Jules Verne une seule fois sur quatre tentatives. Il a exprimé son soulagement d'être à nouveau à 100% après une blessure, et apte à naviguer.
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Le 25 novembre 2020, l'équipage du Maxi Edmond de Rothschild a finalement franchi la ligne de départ au large d’Ouessant à 3 h 26 min, dans une nuit noire, une mer désordonnée, et avec du vent fort. Yann Eliès, équipier remplaçant, a rappelé que dans l’histoire du Trophée Jules Verne, il y a toujours eu ces moments, ou entre les concurrents, il y a une période de bluff. Charles Caudrelier a décrit une nuit sportive avec un vent très instable, un bout dans le safran ayant contraint l'équipage à faire marche arrière, mais cela ne les a pas empêchés de progresser entre 35 et 40 nœuds en moyenne, rattrapant Sodebo Ultim' 3 parti 30 min plus tôt. Franck Cammas a ajouté qu'ils commençaient à prendre leur rythme, cherchant à éviter le duel avec Sodebo et les risques liés à une régate au contact.
Incidents en Mer et Résilience de l'Équipage
Les défis en mer ne se limitent pas à la météo. Le 26 novembre, alors qu’il glissait au portant à plus de 30 nœuds entre les Açores et Madère, le Maxi Edmond de Rothschild a percuté un OFNI (Objet Flottant Non Identifié). Le choc fut violent et a ralenti tout de suite le géant de 32 mètres. L’impact, survenu au niveau du safran de flotteur bâbord et plus précisément de son élévateur, a entraîné la casse d’une pièce du système de barre. David Boileau, boat captain, a réalisé rapidement la réparation. Après 1h à plus faible allure, le dernier-né des Gitana a repris la route de son record à hautes vitesses. Visuellement la pelle de safran n’était pas abîmée mais l’appendice s'est révélé dur à manipuler. Le lendemain, il est apparu que le foil bâbord était également endommagé, les traces ne laissant pas de place aux doutes ; elles étaient consécutives au choc survenu la veille. L'équipage a dû faire demi-tour pour regagner Lorient, car une dépression majeure avec 6 à 7 mètres de mer et 50 à 60 nœuds de vent était attendue. Il faudra bien 4 à 5 jours pour regagner Lorient, une quinzaine de jours minimum pour remettre en état le foil. Après une dizaine de jours de réparations et d'améliorations, le Maxi Edmond de Rothschild et son équipage étaient de nouveau en stand-by, dans l'attente d'une nouvelle fenêtre météo favorable. Ces incidents soulignent la résilience et l'expertise technique de l'équipe face aux imprévus de la course au large.
La Vente de Gitana 17 et l'Arrivée du Nouveau Maxi Edmond de Rothschild (Gitana 18)
Après huit ans de bons et loyaux services, un palmarès légendaire et près de 200 000 milles parcourus sur toutes les mers du globe, Gitana 17 a changé de patronyme. La vente de Gitana 17 au Team Actual est effective depuis mardi dernier. Les membres de l’équipe technique ont transféré le géant aux cinq flèches non loin de leur base, pour le confier définitivement aux bons soins des hommes d’Anthony Marchand. En achetant Gitana 17, Samuel Tual, président Actual group, présent dans le paysage voile depuis près de 20 ans avec le team Actual, confirme ainsi le souhait de montée en puissance de son équipe et consolide son engagement. Cyril Dardashti, le directeur de Gitana, s'est dit ravi de savoir Gitana 17 désormais dans les mains de l’équipe Actual et également ravi que ce bateau de légende puisse rester au sein de la flotte ULTIM. C’était un point important pour Ariane de Rothschild. Il a souhaité beaucoup de succès au Team Actual avec ce grand bateau, non sans un sourire malicieux.
La Genèse de Gitana 18 : Un Projet Ambitieux et Innovant
Ariane de Rothschild annonçait officiellement la mise en construction d’un nouveau Maxi Edmond de Rothschild : Gitana 18. Le nouveau Maxi Edmond de Rothschild, dix-huitième du nom, remplace un trimaran iconique qui a parcouru plus de 200 000 milles marins en huit ans. Soit près de 400 000 km avant d’entamer sa seconde vie. Annoncé en décembre 2023, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild, Gitana 18 de son nom de projet, est depuis en construction non loin de la base technique lorientaise de l’équipe. La plus grande confidentialité entoure le chantier de construction de ce nouveau géant de 32 mètres de long par 23 mètres de large.
Le concept architectural très audacieux de ce nouveau maxi-trimaran volant a été dévoilé de manière spectaculaire par Ariane de Rothschild. Il s'agit d'un moment de joie et de grande fierté pour Ariane de Rothschild et tous les membres de l’écurie aux cinq flèches, qui ont osé explorer de nouveaux territoires pour offrir un concept architectural audacieux et affirmé. Le dessin et le concept architectural de cet ULTIM est le fruit d’une étroite collaboration entre le bureau d’études maison de l’écurie aux cinq flèches et le Team Verdier. Sébastien Sainson, responsable du design Team Gitana, et Guillaume Verdier, architecte principal de Gitana 18, ont été les grands témoins de cette collaboration. Fort de l’expérience acquise grâce aux très belles années de Gitana 17, qui était le pionnier de cette nouvelle génération de grands multicoques océaniques, le premier imaginé et conçu pour voler au large, Gitana 18 est un bateau pensé dans la même veine que son prédécesseur.
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Guillaume Verdier, l’architecte naval star qui a imaginé Gitana 18 en collaboration avec les équipes du team dirigées par Sébastien Sainson, a expliqué que leur but était d’en faire un maxi capable de voler le plus longtemps possible. Ils voulaient qu’il puisse sortir de l’eau même avec peu de vent, et surtout qu’il soit capable de planer en pleine mer le plus longtemps possible, avec des creux de plus de trois mètres comme on en rencontre beaucoup sur un tour du monde. Pour cela, il fallait pousser les curseurs très loin.
Innovation Technologique et Artistique de Gitana 18
Pour Gitana 18, il aura fallu 200 000 heures de travail, dont 50 000 de design. Sébastien Sainson a précisé qu’en plus, ce n’est pas le bon nombre, puisque l’on ne s’est toujours pas arrêtés de dessiner. Avec un bateau comme celui-là, on ne s’arrête jamais de dessiner, de rechercher les meilleures solutions, sinon on est mort. Le bureau d’études Gitana, dirigé par Sébastien Sainson et composé de sept membres aux profils variés et hautement qualifiés, poursuit quotidiennement la conception du futur géant de 32 mètres. Au sein de ce collectif, Alice Duvivier, ingénieure et architecte navale, est en charge d’un poste clé, concevant le cockpit et la cellule de vie du Maxi Edmond de Rothschild en collaboration étroite avec Charles Caudrelier et la cellule navigante.
Pour assurer un vol stable, il a fallu définir une structure aussi légère que possible et très rigide. Sébastien Sainson a expliqué qu’on ne peut pas avoir la moindre déformation sur l’eau. Il faut que le bateau réagisse toujours de la même manière. En plus, au large, la vague suivante n’est pas toujours la même que la précédente, et pour que le skipper réussisse à garder le vol, il faut lui donner un bateau stable. D’ailleurs, avant même de parler des réglages de foils et de safran, ils ont recherché à faire un bateau auto-stable. Grâce à la technologie de cuisson du carbone autoclave, autrement dit sous vide et sous pression pour assurer la plus faible porosité possible aux couches de carbone, les équipes de Sébastien et de Guillaume ont pu gagner jusqu’à 20% de matière (à rigidité équivalente) : un monde. De plus, pour assurer une raideur maximale, le cockpit et le roof ont été intégrés structurellement à la coque centrale.
C’est dans la définition de ses appendices que Gitana 18 se démarque. Ses foils en Y sont non seulement réglables dans trois plans et aussi escamotables dans le sens inverse de ce qui se fait habituellement, maximisant la cote admise. Si la dérive en T ne semble pas révolutionnaire, sauf peut-être par l’envergure de son plan porteur, les trois safrans en revanche le sont. Sébastien Sainson a expliqué que pour voler mieux au large, il fallait avoir des safrans plus longs que ceux de Gitana 17. Ils faisaient déjà trois mètres… et si la même forme avait été conservée avec quatre mètres de long, il aurait fallu adopter des appendices de la forme d’un tronc d’arbre. Avec les équipes de Guillaume, ils ont décidé d’utiliser ces safrans en forme de U inversé, à deux pieds. Quelques bateaux à moteur en avaient, mais aucun voilier auparavant. Pour piloter ce voilier, Charles Caudrelier va pouvoir s’appuyer sur des milliers de données collectées en temps réel, par quelques sept cents capteurs. Il y en avait trois cents sur le bateau précédent.
Au-delà de la performance technique, Gitana 18 est également une œuvre d'art. Initiée avec Gitana 17, cette nouvelle collaboration avec le Palais de Tokyo était une évidence. Pour marquer une nouvelle étape, et une nouvelle réflexion sur la peinture contemporaine, propulsant Gitana 18 dans une nouvelle dimension, le choix d’Ariane de Rothschild s’est porté sur un duo. Des artistes ont pu s’exprimer sur les 2 000 m2 de surface développée, coques et voiles. La silhouette racée, les lignes tendues de ce géant de 32 mètres paré d’appendices révolutionnaires, sont sublimés par une décoration monumentale signée Florian et Michaël Quistrebert, en collaboration avec le Palais de Tokyo. Le bateau arbore des couleurs bleu foncé et blanc, reprenant les profils d'Ariane et de ses quatre filles, Noémie, Alice, Ève et Olivia. L'élégance de cette conception ne devrait pas empêcher Gitana 18 de jouer devant, car selon le Team, ce 18e opus devrait apporter 10 à 15% de vitesse en plus. De quoi battre pas mal de records.
La Mise à l'Eau et les Premiers Bords de Gitana 18
Depuis dix-huit mois, un nouveau Maxi Edmond de Rothschild, géant de carbone volant de 32 mètres de long pour 23 mètres de large, grandit à l’abri des regards, derrière les portes du hangar CDK Keroman à Lorient. Le choix de CDK Technologies s'explique par la proximité, l'équipe souhaitant un chantier près de ses locaux. Après plus de deux ans de construction, Gitana 18 laisse place au Maxi Edmond de Rothschild.
Retardée de quelques mois, la mise à l’eau initialement prévue pour fin septembre 2025, dans l’espoir de prendre départ de la Transat Café l’Or (anciennement Jacques Vabre) en novembre, vient de se faire. Le 14 février dernier, le nouveau Maxi Edmond de Rothschild a franchi une étape décisive dans sa phase de mise au point. Équipé de son premier foil - un appendice pendulaire en Y aux dimensions inédites, inspiré des monocoques de la Coupe de l'America - le géant de 32 mètres a effectué ses premiers bords en vol. La performance est d'autant plus remarquable que les conditions étaient particulièrement légères, entre 10 et 13 nœuds au large de Belle-Île. Voir le géant de 32 mètres pointer ses étraves vers le large et l’équipage hisser enfin les voiles de ce projet initié fin 2022, a sonné comme un grand moment pour toute l’équipe.
Le jour de la première navigation de "Gitana 18", tous les systèmes étaient opérationnels et les conditions météorologiques favorables pour enfin se sentir à l'aise à la barre de ce géant révolutionnaire. Charles Caudrelier a fait part de ses premières impressions excellentes, décrivant un vrai plaisir pour toute l'équipe de sortir enfin en mer après les nombreuses heures passées au bureau et sur le chantier. Le "shakedown" technique a eu lieu dans des vents légers entre les îles de Groix et Belle-Île-en-mer. Il ne s'agissait pas encore d'un test de vitesse, mais plutôt de se familiariser avec le bateau et de découvrir tous les systèmes très innovants à bord du "Maxi Edmond de Rothschild" dans son environnement naturel. Caudrelier a souligné que tout est différent, faisant de cette phase une toute nouvelle expérience d'apprentissage passionnante. Il a ajouté que les attentes envers ce nouveau bateau sont très élevées, et l'équipe est impatiente de le voir voler et de découvrir son véritable potentiel. Cependant, ce nouveau "Maxi Edmond de Rothschild" est tellement innovant qu'il ne faut pas se précipiter, mais être patient et passer toutes les phases de test les unes après les autres.
Charles Caudrelier : Le Skipper Solitaire et ses Récentes Victoires
Au fil de l'évolution des bateaux Gitana, Charles Caudrelier s'est imposé comme une figure centrale, notamment en solitaire.
La Finistère Atlantique et un Démâtage Inattendu
La Finistère Atlantique constituait la dernière course de la saison du Maxi Edmond de Rothschild (alors Gitana 17) avant le début du stand-by de tentative de record sur le Trophée Jules Verne. Mais ce rendez-vous représentait aussi la dernière régate du géant aux cinq flèches sous ses couleurs actuelles. Deux ans après une première édition où le Maxi Edmond de Rothschild s’était imposé sur le fil devant Banque Populaire, l’épreuve était de retour. Le 2 octobre, le Maxi Edmond de Rothschild franchissait la ligne d’arrivée de la Finistère Atlantique en deuxième position, à trois heures du vainqueur Banque Populaire XI. Charles Caudrelier et son équipage se sont battus tout au long des quatre jours de mer et ont livré une chasse sans relâche pour revenir sur le tableau arrière de l’équipage d’Armel Le Cléac’h.
Peu après midi, tandis que le Maxi Edmond de Rothschild naviguait au près sous J3 et grand-voile haute en direction du détroit de Gibraltar, à une trentaine de milles dans le Sud-Ouest de Almeria, Charles Caudrelier a averti son équipe à terre d’une lourde avarie. Le maxi-trimaran venait de démâter, perdant plus de 17 mètres d’espar, soit la moitié de son mât. Face à cet incident, les membres du Gitana Team, dirigés par Cyril Dardashti, ont rapidement mis en œuvre toutes les opérations pour trouver un port et sécuriser le géant aux cinq flèches. À bord, Charles Caudrelier et ses cinq hommes d’équipage n’ont pas ménagé leur peine pour sécuriser la moitié de mât restante et sauver le maximum de la garde-robe du Maxi Edmond de Rothschild. Après un convoyage de cinq jours, Charles Caudrelier et son équipage sont venus amarrer le géant aux cinq flèches à Lorient La Base. Une arrivée tardive éclairée de la pleine Lune et empreinte d’une grande émotion pour le skipper et ses hommes, tout comme pour les membres du Gitana Team.
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