# La Goélette et Ses Voiles : Une Exploration Approfondie des Gréements et de Leur Nomenclature

Le monde de la navigation est riche d'une histoire complexe et de terminologies spécifiques, dont la goélette est une illustration parfaite. Gréement inventé au 16ème siècle par des marins hollandais sous le nom de « Schoener », ce qui a donné le terme anglophone Schooner, ce type de voilier a su évoluer et s'adapter au fil des siècles. L'étymologie du mot « goélette » elle-même est fascinante : il vient d'une francisation du breton gwelan, avec substitution de suffixe. Son ancienne orthographe était « goëlette », et sa prononciation d'antan, toujours conservée en Bretagne, était « goilette ». C'est en 1781, dans un glossaire nautique de Saverien, qu'un voilier rapide, peu élevé sur l'eau, que les Américains appelaient schooner (goéland), est désigné pour la première fois sous le nom de « goélette ».

Les goélettes sont reconnues pour leur agilité et leur capacité à fendre les vagues avec efficacité. Elles se distinguent par leur légèreté et leurs formes fines qui les destinent naturellement au louvoyage, une manœuvre consistant à naviguer en zig-zag contre le vent. Ces navires sont traditionnellement équipés de deux mâts au moins, pouvant aller jusqu'à sept, avec une particularité distinctive : le mât principal est toujours positionné le plus en arrière de tous. Le gréement aurique debout, caractéristique des goélettes, a été développé aux Pays-Bas vers le XVIe siècle, avec des précurseurs tels que le sprit et le smack sail. Les huniers ont fait leur apparition vers 1800, et c'est avec la disparition progressive des voiles carrées que le gréement de goélette, tel que nous le connaissons aujourd'hui dans ses formes modernes, a véritablement pris naissance. Initialement, la goélette a été développée sur la côte est de l'Amérique du Nord, très probablement dans la région de Terre-Neuve, un fait confirmé par son gréement en voiles auriques à deux ou trois mâts, parfaitement adapté aux vents de la côte atlantique des États-Unis. En France, les goélettes ont commencé à apparaître vers le milieu du XVIIIe siècle, marquant leur intégration progressive dans le paysage maritime européen.

Les Caractéristiques Distinctives du Gréement Goélette

Le gréement d'une goélette présente des caractéristiques très spécifiques qui la différencient d'autres types de voiliers. Le nom « goélette », employé seul, désigne un navire à voiles aux formes élancées, portant deux mâts légèrement inclinés sur l'arrière par rapport à la verticale. Il est essentiel de noter que le mât arrière, ou grand mât, est généralement plus haut que le mât avant, ou mât de misaine. Cette particularité est une des marques de fabrique du gréement de goélette, bien que les premiers navires européens gréés en goélette du 19e siècle puissent faire exception. Dans le cas des goélettes à trois mâts, les mâts peuvent être de la même longueur, voire le mât du milieu légèrement plus long.

La coque des goélettes est typiquement longue et étroite, souvent avec un rapport de 4:1 entre la longueur et la largeur, et elle se caractérise par une quille très saillante. Les membrures ont une forme en S sur toute la longueur, contribuant à l'hydrodynamisme de ces navires. Au-delà du nombre de mâts, c'est principalement la forme de leurs voiles qui définit et caractérise les goélettes. Il s'agit majoritairement de voiles “auriques”, c'est-à-dire quadrangulaires mais non carrées. En principe, ces voiles ont toujours le même bord d’attaque au vent, ce qui leur confère des avantages en termes de portance et de maniabilité dans diverses conditions.

La Nomenclature des Mâts : Une Hiérarchie Navale

La désignation des mâts sur une goélette suit une nomenclature précise qui évolue en fonction du nombre de mâts présents sur le navire. Cette hiérarchie permet une identification claire et une communication efficace au sein de l'équipage.

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Avant même les mâts verticaux, en extension de la proue, il y a un petit mât presque à l’horizontal, qui n’est pas comptabilisé dans le calcul du gréement, et qui s’appelle le mât de beaupré. Ce dernier est crucial pour l'établissement des voiles d'avant, comme les focs et les trinquettes.

Pour les configurations les plus courantes :

  • Goélettes à deux mâts : Le mât avant est universellement appelé mât de misaine, tandis que le mât arrière est désigné comme le grand mât.
  • Goélettes à trois mâts : En allant de la proue du bateau (avant) à la poupe (arrière), les mâts sont nommés mât de Misaine, Grand mât et mât d’Artimon. Cette appellation, par simple analogie avec la nomenclature des trois-mâts à traits carrés, est devenue la norme.
  • Goélettes à quatre mâts : La nomenclature des trois premiers mâts reste identique à celle des trois-mâts (mât de misaine, grand mât, mât d'artimon), le mât de l'arrière recevant l'appellation américaine de « spanker mast ».
  • Goélettes à cinq mâts : Les dénominations se complexifient pour accommoder le nombre croissant de mâts. De l'avant à l'arrière, ils sont appelés mât de misaine, grand mât avant, grand mât central, grand mât arrière et mât d'artimon.
  • Goélettes à six mâts : Pour ces géants des mers, on reprend les dénominations des goélettes à cinq mâts, et le sixième mât, le plus en arrière, est également désigné comme le « spanker mast ». Cependant, il est notoire que plus le nombre de mâts augmentait, plus l'élégance des goélettes se dégradait ; les marins de la voile considéraient même les goélettes à six mâts comme des « monstres d'une laideur effrayante ».
  • Goélettes à sept mâts : Le summum du gigantisme dans l'histoire des goélettes a été atteint avec le Thomas W. Lawson. Théoriquement, ses cinq premiers mâts en partant de l'avant portaient les noms employés sur les goélettes à cinq mâts. Les deux mâts arrière, quant à eux, étaient appelés le « driver mast » et le « pusher mast ». Cependant, dans la pratique, l'équipage de ce navire singulier affectait à chacun des mâts le nom d'un des sept jours de la semaine, une manière originale de s'approprier ces colosses maritimes.

La Diversité des Voiles de Goélette : Du Gréement Aurique au Gréement Moderne

Les voiles sont l'âme d'une goélette, et leur typologie est aussi variée que les missions pour lesquelles ces navires ont été conçus. À l'origine, les voiles principales des goélettes, à savoir la misaine et la grand-voile, étaient des voiles auriques enverguées sur une corne et bordées sur un gui. Une caractéristique fondamentale est que la grand-voile et la misaine ne sont jamais des voiles carrées sur une goélette proprement dite.

À l'avant du navire, au-dessus du mât de beaupré, il était courant d'établir deux ou trois focs pour optimiser la surface de voile par vent avant. Parfois, une trinquette était également utilisée, laquelle pouvait être bordée sur un gui ; dans le langage maritime d'aujourd'hui, on désignerait ce dispositif sous l'expression de « trinquette bômée ».

Les Goélettes Franches et les Voiles Auriques Pures : Celles dont le gréement ne comportait aucune voile carrée étaient appelées goélettes franches. Pour ces voiliers, l'absence de phare carré (voile carrée) est une de leurs caractéristiques principales. Si le gréement est exclusivement à voiles auriques, ce qui est le cas presque général pour les goélettes franches, elles pouvaient porter des voiles supplémentaires telles que le hunier, le perroquet et même le cacatois à l'un ou à plusieurs de leurs mâts, augmentant ainsi la surface de voile par vent arrière ou de travers.

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Les Goélettes à Hunier : L'Intégration des Voiles Carrées : Une variante notable est la goélette à hunier (ou à huniers, selon le cas). Il s'agit d'une goélette à gréement aurique dont le petit flèche (une petite voile aurique au mât de misaine) est remplacé par une voile carrée, appelée hunier (bien qu'une goélette ne comporte pas de hune au sens strict des grands voiliers carrés), ou même par deux voiles carrées, le hunier et le perroquet. Historiquement, un voilier rattaché à la catégorie des goélettes, mais dont le mât de misaine possédait une à deux voiles carrées au-dessus d’une voile aurique, était une goélette à huniers. Le mât avant (mât pour le foc) était souvent équipé de ces deux voiles carrées. Parfois, certaines goélettes portaient même des huniers à leurs deux mâts. Dans la région de langue néerlandaise, une voile carrée à l'avant ou au mât de misaine était appelée breefok. De plus, un certain nombre de goélettes de guerre et de commerce employaient une autre voile carrée, appelée fortune ou fortune carrée, fixée à une vergue portée par le mât de misaine. Cette voile était établie aux allures du grand largue et du vent arrière, des allures pour lesquelles les voiles auriques n'ont pas un aussi bon rendement que les voiles carrées.

Les Gréements Modernes et les Voiles d'Étai : La navigation de plaisance a vu l'évolution des goélettes vers des gréements plus simplifiés et d'un maniement aisé. Dans ces configurations modernes, la misaine et la grand-voile, désormais triangulaires, sont souvent montées sur bôme. Sur certaines goélettes contemporaines, seule la grand-voile est du type Marconi (une voile triangulaire hissée le long du mât, sans corne). La misaine, dans ces cas, est parfois remplacée par deux ou trois voiles triangulaires ou quadrangulaires. Ces configurations modernes, faute d'appellation plus explicite, sont souvent désignées par les expressions « goélette à voiles d'étai » ou « goélettes à gréement moderne ».

Un exemple concret est celui du Kraken, une goélette à trois mâts. Ce navire est équipé d'un mât à voiles carrées, dites phares carrés, et de deux mâts en voiles d’étai ou bermudiennes. Les quatre voiles carrées du Kraken ne sont pas forcément déployées pendant la navigation, leur utilisation dépendant de l’axe du vent. Les voiles d’étai des deux mâts arrière du Kraken sont de forme triangulaire. Elles sont appelées voiles d’étai car elles sont fixées sur un étai (un câble) dans l’axe du navire. La forme de ces voiles permet d’augmenter la surface de voilure de manière significative lorsque le vent vient par le travers. Les voiles du Kraken ont des surfaces variant entre 30 m² et 90 m² chacune, la plus grande étant la Voile d’étai de Grand Mât, et la plus petite, le Clin Foc.

Variations et Adaptations des Goélettes à Travers l'Histoire

Au-delà de leur gréement, les goélettes ont connu de nombreuses variations et adaptations, témoignant de leur polyvalence et de leur résilience face aux exigences changeantes de la navigation. Dès leur apparition, elles ont servi à des fins diverses, se distinguant dans plusieurs rôles maritimes.

Historiquement, la goélette s'est avérée être un excellent bateau de guerre ou de commerce, et par la suite, un morutier très efficace. Les goélettes à huniers, en particulier, furent souvent utilisées comme « clippers » américains du type Baltimore, reconnus pour leur rapidité. On les retrouve aussi dans le commerce français et notamment comme goélettes d'Islande, qui avaient la particularité de posséder des huniers à rouleaux pouvant se manœuvrer directement à partir du pont, une innovation pratique pour les conditions difficiles de la pêche hauturière.

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Sur la côte Est du Canada, les goélettes ont été adaptées par les Québécois spécifiquement pour le cabotage. Ces embarcations avaient un fond plat, une caractéristique essentielle pour faciliter les échouages fréquents rendus nécessaires par les fortes marées de la région. De même, en Europe occidentale, de nombreuses goélettes furent utilisées pour le cabotage vers 1900. Ces navires présentaient également un fond plat et étaient parfois équipés de sabres latéraux. Ces sabres, des appendices mobiles immergés sur les côtés, servaient à limiter la dérive en l'absence de quille profonde, optimisant ainsi la navigation dans les eaux peu profondes et les estuaires.

L'ancêtre de toutes les goélettes, utilisé sur les grands bancs de la Nouvelle-Écosse pour la pêche, est un exemple précoce d'adaptation. Ces navires devaient être robustes et marins, capables de résister aux mers turbulentes du Gulf Stream et aux conditions météorologiques locales imprévisibles, ce qui a directement influencé le développement de la conception des goélettes.

Au début du XXe siècle, un changement majeur a commencé à affecter la conception des goélettes avec l'introduction des moteurs. Vers 1910, les premiers moteurs auxiliaires ont été installés sur ces voiliers, marquant le début d'une transition. Au début des années 1920, l'apparition du moteur à essence, puis du moteur diesel, a progressivement fait disparaître la voilure de nombreuses goélettes ainsi que leur mât arrière, transformant ces navires à voile en embarcations motorisées, souvent dénudées de leurs attraits originels pour des raisons d'efficacité commerciale.

Les Goélettes Notables : Légendes des Mers

L'histoire maritime est jalonnée de goélettes qui ont marqué leur époque par leurs exploits, leur taille ou leur rôle emblématique. Ces navires sont devenus des légendes, témoignant de l'ingéniosité et du courage des marins.

L'une des plus célèbres est sans doute l'America. Cette goélette est restée célèbre dans le monde entier pour avoir traversé l'Atlantique et battu les Anglais lors de la première course océanique internationale, une épreuve dotée d'une "Coupe des Cent Guinées". Quatre membres du New York Yacht Club avaient décidé de relever ce défi en construisant l'America. À la stupeur générale, les Américains remportèrent l'épreuve, et la coupe fut rebaptisée du nom de leur bateau, donnant naissance à la légendaire America's Cup.

Dans la catégorie des géants, le Thomas W. Lawson occupe une place unique. Poussant à l'extrême le goût du gigantisme, les Américains construisirent ce navire en 1902. Avec ses 5 218 tonneaux, il restera dans les annales de la marine comme la plus grande de toutes les goélettes et l'unique goélette à sept mâts jamais construite. C'est la plus grande goélette en acier et le plus grand voilier de 7 mâts qui ait jamais été construit.

Le Pen Duick III est une autre goélette emblématique, indissociable de la figure d'Eric Tabarly. Ce voilier a été construit pour le célèbre navigateur français en 1967. Sa carène noire, fabriquée en alliage d’aluminium, mesurait 17,45 mètres. Cette année-là, avec le Pen Duick III, Tabarly remporta presque toutes les courses du RORC (Royal Ocean Racing Club) organisées par les Britanniques, devenant ainsi leur « bête noire ». En 1989, le Pen Duick III fut barré par J.F. Plus tard, en 2001, Peter Blake fut assassiné par des pirates sur le fleuve Amazone et le bateau fut abandonné à quai pendant 2 ans.

Le Belem, construit en 1896, représente une histoire de transformation et de préservation. C’est en 1952 que son gréement fut modifié pour devenir celui d’un trois-mâts goélette. Aujourd'hui, il est reconnu comme le second plus grand voilier en France. Après avoir changé de nom, été transformé, puis motorisé, le Belem fut découvert à Venise par un amateur de « vieilles coques » qui entreprit de le restaurer et de transformer son gréement pour lui redonner sa configuration de goélette. Aujourd’hui, il sert, entre autres, à l’entraînement des mousses de la Marine Nationale, perpétuant ainsi une tradition maritime précieuse.

Parmi les goélettes contemporaines, le Kraken est une goélette à trois mâts. Ses caractéristiques de gréement, mêlant phares carrés et voiles d'étai, illustrent la diversité des conceptions possibles. La Recouvrance de Brest est également une goélette notable, représentant la tradition des goélettes corsaires et servant d'exemple vivant de ce type de navire, comme on a pu le voir lors de la Semaine du golfe dans le Golfe du Morbihan en 2015.

L'histoire a également vu d'autres goélettes impressionnantes, notamment d'origine américaine. À partir de cinq mâts, on peut considérer que les goélettes (ou plutôt les schooners, pour les désigner dans la langue de leur pays d'origine) furent de construction américaine, à très peu d'exceptions près. La plus grande goélette franche à cinq mâts fut l'américain John B. Prescott, lancé en 1898 et jaugeant 2 454 tonneaux. Un quart de siècle plus tard, cependant, une goélette à cinq mâts, dotée d'une coque en acier et d'un moteur diesel auxiliaire, le Werner Winnen, fut construite en Allemagne. Ce navire navigua jusqu'en 1936 et portait trois voiles carrées (hunier, perroquet et cacatois) à son premier et à son troisième mât. Parmi les goélettes à trois mâts célèbres, on peut citer l'américain E. W. Mary B. Les goélettes à quatre mâts incluent l'américain Helen Barnet Gringer, construit dans le Maine. Et enfin, le six-mâts Wyoming, de 3 730 tonneaux, a également marqué son temps.

L'Héritage et l'Avenir de la Goélette

Malgré les évolutions technologiques qui ont relégué la voile à des usages moins commerciaux, la goélette maintient une présence significative dans le paysage maritime moderne. Autrefois pratiquée par une minorité très restreinte, composée de fanatiques désintéressés ou d'amateurs fortunés, la voile est devenue aujourd'hui une activité très populaire. La navigation de plaisance continue à employer des goélettes, appréciées pour leur élégance et leur performance. Leur voilure, souvent simplifiée dans les conceptions modernes, est d'un maniement aisé, ce qui les rend accessibles à un public plus large.

Dans le domaine de la plaisance, on rencontre aussi en Méditerranée et en Océanie de petites goélettes dont les voiles sont triangulaires, mais sans avoir la forme spécifique des voiles Marconi. Cependant, ce genre de voilier se fait d'ailleurs de plus en plus rare, face à la popularité croissante des gréements plus standardisés.

Il est intéressant de noter que le concept de gréement en goélette s'est même étendu aux multicoques. Quand un bateau de plaisance multicoque, tel un catamaran ou un trimaran, est gréé en voiles Marconi avec une mâture de goélette, on lui conserve son nom d'origine (catamaran ou trimaran), en se contentant de préciser qu'il est « gréé en goélette ». Cela témoigne de l'adaptabilité et de la reconnaissance durable de ce type de gréement dans le monde maritime contemporain.

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