Étrangement, la question de savoir pourquoi certaines personnes ne savent pas nager échappe souvent à notre attention. Il est surprenant de constater que, de nos jours, nous tenons pour acquis qu'un marin sait nager, comme si c'était une seconde nature. Pourtant, cette interrogation mérite d'être posée, car le sujet n'est pas aussi anodin qu'il n'y paraît.
Un constat inattendu : un Français sur six ne sait pas nager
Une vidéo de Brut a révélé en 2018 qu'un Français sur six ne sait pas nager. Ce chiffre, qui peut étonner, voire même choquer, soulève une question essentielle : combien de ces non-nageurs ont déjà mis le pied sur un voilier ou ont même osé naviguer ? Selon les dernières données officielles, tirées du Baromètre de Santé publique France réalisé en 2016, 16,3 % des personnes âgées de 15 à 75 ans déclarent ne pas savoir nager, ce qui représente environ 11 millions d'individus.
Si les seniors sont les plus concernés (35,3 % des 65-75 ans ne savent pas nager), les jeunes adultes ne sont pas épargnés : 5,2 % des 15-24 ans et 9,2 % des 25-44 ans de l'époque se disaient incapables de se baigner là où ils n'ont pas pied. Loin d'être un phénomène marginal, cette réalité traverse les âges, les sexes et les milieux.
Les raisons historiques : un héritage du XVIIe siècle
Pour comprendre ce phénomène, il est nécessaire de remonter dans le temps, directement au XVIIe siècle. À cette époque, il est surprenant de constater qu'à peine 1 à 2 % des officiers de marine savaient nager. Pourquoi donc ? Les bateaux de l'époque étaient lents, lourds et peu manœuvrants. Faire demi-tour pour un homme à la mer prenait un temps considérable, et sans positionnement précis du lieu de la chute, le sort de l'infortuné était souvent scellé. Les marins du XVIIe siècle évitaient donc d'apprendre à nager.
Les idées préconçues remises en question
La question se pose : comment un marin peut-il avoir peur de l'eau ? Kito de Pavant, malgré sa brillante carrière maritime, a fait une révélation surprenante lors d'une interview sur France Bleu : « J'ai horreur de l'eau. » Cet aveu étonnant vient d'un homme qui a remporté la Solitaire du Figaro, couru 8 fois la Transat Jacques Vabre, participé à 3 Vendée Globes et autant de fois à la Route du Rhum. Cela nous pousse à repenser nos idées préconçues.
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Comme l'a dit Kersauzon à sa manière, savoir nager n'est pas la première compétence requise à bord d'un voilier. Bien sûr, il est rassurant (et préférable) de se savoir capable de flotter si on chute à l'eau. Cependant, vos compétences en navigation seront plus valorisées que votre capacité à nager.
La peur de l'eau : un obstacle surmontable
La peur de l'eau n'empêche pas le bonheur de naviguer. Pour tous ceux qui hésitent à prendre le large à cause de cette appréhension, l'exemple de Kito de Pavant est une source d'inspiration. La voile est synonyme de liberté, d'aventure, de dépassement de soi et de communion avec la nature, sans nécessairement impliquer une passion pour la baignade.
Kenza, 34 ans, n'a jamais appris à nager. Chaque été, elle redoute les invitations à la mer ou les après-midis piscine entre amis. « En réalité, je suis terrorisée à l'idée de ne pas avoir pied. J'invente pour ne pas avoir à dire que je ne sais pas nager. » Ce qu'elle cache touche pourtant des millions de Français.
L'adaptation de la Fédération Française de Voile
Dans mon adolescence, un certificat de 25m de nage libre était le sésame pour accéder aux joies des sports nautiques en club. Depuis 2015, un changement majeur s'est opéré. Si un stagiaire ne réussit pas les tests d'aisance aquatique, il n'est pas laissé pour compte. Au contraire, il peut toujours s'adonner à la voile, pourvu que des mesures de sécurité renforcées soient en place. C'est une aubaine pour ceux qui ont une phobie de l'eau, pour les personnes en situation de handicap ou tout simplement pour ceux qui n'ont jamais appris à nager. C'est une démarche résolument inclusive de la part de la Fédération Française de Voile (FFV).
Si on réfléchit bien, il n'y a pas beaucoup de différence en termes de mesures de sécurité à appliquer aux uns et aux autres. Il s'agit simplement d'imposer le port du gilet plus tôt, voire tout le temps aux non-nageurs, comme c'est le cas pour les enfants et à bord des voiliers-école.
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Un tabou social : la difficulté d'avouer son incapacité
La question vous paraît un peu douloureuse ? Il y a des aveux qui pèsent lourd, ceux qu'on murmure à voix basse, de peur du jugement des autres. Ne pas savoir nager, c'est pour certains l'équivalent d'un tabou, d'une tare inavouable. Et pourtant, on se le cache parfois à soi-même.
Dans une société où être à l'aise dans l'eau est souvent considéré comme acquis, une compétence fondamentale, dévoiler son incapacité à nager peut être vu comme une vulnérabilité. Cette pression sociale est d'autant plus présente dans le monde de la navigation où l'eau est omniprésente.
Chers skippers, pensez-vous systématiquement à demander à chaque membre d'équipage s'il sait nager ? Pourtant, cette simple question peut faire une grande différence. Si vous ne savez pas nager, n'hésitez pas à le dire. Skippers et équipiers, il est de votre responsabilité de poser cette question essentielle.
Les facteurs socio-économiques et culturels
Le milieu scolaire et social des élèves influence fortement leur rapport à l'eau, à la pratique sportive et donc à l'apprentissage de la natation. Comme le souligne une synthèse publiée en juin 2021 par l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (INJEP), « la maîtrise de la natation est très liée à la durée de leurs vacances d'été, qui varie elle-même fortement selon l'origine sociale. Par ailleurs, d'autres facteurs influent aussi spécifiquement sur [cette] maîtrise de la natation : en particulier, celle-ci est plus faible chez les descendants d'immigrés et est, en revanche, d'autant plus développée que les parents sont sportifs. »
Cette analyse rejoint le témoignage de Najib, 33 ans : « Chez moi, on ne faisait pas de sport. Mon père bossait tout le temps, ma mère avait peur de l'eau. Il n'y avait pas de culture de la baignade. »
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Le manque d'infrastructures et de cours de natation
Au fil des années, les écoles proposent de moins en moins de cours de natation, par manque d'infrastructures disponibles ou pour des raisons budgétaires. Conséquence : de plus en plus d'enfants ne savent pas nager. En Europe, on compte près de 20 000 noyades mortelles par an, d'après l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Maître-nageur à la piscine Poséidon de Woluwe-Saint-Lambert (Belgique), Ivan Vloeberghs évoque même un mauvais souvenir face à ces chiffres : « J'ai connu un enfant qui s'est noyé dans le canal et le papa a sauté pour le récupérer, mais il ne savait pas nager non plus… Il faut prendre conscience du fait que si on sait nager, on peut au moins sauver quelqu'un, voire sauver un de ses proches. »
Plusieurs années plus tard, certains adultes souhaitent combler leurs lacunes et les centres aquatiques reçoivent de nombreuses demandes pour des cours. « C'est pour cette raison que nous avons lancé des séances pour adultes débutants en 2024, explique Graziella Baradel, responsable de la piscine belge. Lors de notre journée portes ouvertes, beaucoup d'adultes nous ont confié vouloir accompagner leurs enfants à la piscine, mais qu'ils n'étaient pas à l'aise dans l'eau. Et finalement, ce cours a rencontré un vrai succès. Les gens comprennent qu'ils ne sont pas seuls dans cette situation. Et nous, on a vraiment le sentiment d'accomplir notre mission de service public, qui est l'apprentissage de la natation. »
L'évolution de l'enseignement de la natation en France
Bien que l'étude de Santé publique France de 2016 souligne des écarts selon le milieu socio-économique, la zone géographique ou la morphologie, ce sont tout de même les personnes âgées qui sont les plus concernées. Et pour cause, même si elle est censée être obligatoire à l'école depuis 1879, l'instruction de la natation en France est bien plus récente qu'on pourrait le croire, la faute au manque d'équipements qui a longtemps été désastreux à travers le pays.
Cet apprentissage ne s'est véritablement imposé qu'à partir des années 1970, à la faveur d'une politique publique de grande envergure : l'opération dite des « 1 000 piscines ». Lancée par Joseph Comiti, alors secrétaire d'État chargé de la Jeunesse et des Sports (1968-1973), cette initiative visait à doter massivement le territoire en bassins publics. C'est ainsi que sont notamment apparues les fameuses piscines Tournesol, au nombre de 183, bâties un peu partout en France, ou bien les piscines Caneton, construites également sur le même modèle rapide et industriel.
Cette opération faisait écho à deux facteurs distincts survenus à cette époque. Tout d'abord, aux Jeux olympiques de Mexico, en octobre 1968, la délégation tricolore n'a décroché qu'une petite médaille de bronze en natation sportive (Alain Mosconi sur 400 mètres nage libre). Mais surtout, plusieurs noyades ont marqué l'actualité de l'été 1969. Le 18 juillet, à Juigné-sur-Loire (Maine-et-Loire), dix-neuf enfants d'un centre de loisirs meurent ainsi dans la Loire, happés par le courant après l'effondrement d'un banc de sable. Puis le 18 août 1969, à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie), le naufrage d'un bateau-promenade sur le lac Léman fait vingt-quatre victimes, dont quatorze fillettes.
Ces deux événements dramatiques ont brutalement révélé l'ampleur d'un fléau silencieux : l'incapacité d'une partie importante de la population à nager, ou a minima se maintenir à la surface en cas de chute dans l'eau.
La dimension émotionnelle et psychologique
Si l'on associe souvent cette incapacité à nager à une question d'apprentissage technique, on sous-estime souvent la dimension émotionnelle et psychologique qui l'accompagne. Pour de nombreux adultes, l'eau n'est pas un lieu de loisir mais de peur, voire de panique, comme le souligne le docteur Frédéric Chapelle, psychiatre spécialisé dans les troubles anxieux : « Brusquer la personne n'a aucun intérêt. On peut amener quelqu'un jusqu'à une situation qu'il n'aime pas, mais jamais le forcer. Et surtout pas par surprise. Les gens qui ont des phobies sont dans la maîtrise et il faut qu'ils puissent garder une certaine maîtrise. L'objectif est de ne plus faire confiance à sa peur, mais à soi-même. »
Certaines approches alternatives, comme la méthode « Le pied dans l'eau », proposent un accompagnement progressif, fondé sur la confiance, le dialogue et la reconquête du corps dans l'eau, sans immersion forcée. À domicile, il est même possible d'entamer un processus de réconciliation en douceur : se relaxer dans un bain chaud avec des huiles essentielles, s'immerger progressivement le visage, ou tester les principes de flottaison avec des objets. Pour les cas les plus ancrés, des thérapies comportementales et cognitives (TCC), parfois complétées par de l'hypnose ou de la sophrologie, permettent souvent de surmonter la phobie en une douzaine de séances.
Les traumatismes liés à l'apprentissage de la natation
Ce traumatisme de l'eau, bien plus courant qu'on ne l'imagine, trouve souvent sa source dans des méthodes pédagogiques brutales, encore utilisées aujourd'hui. Françoise Solet, maître-nageuse depuis quatre décennies et fondatrice de l'Aquadémie à Lyon en 2007, accompagne chaque année des dizaines d'adultes qui viennent lui confier leur peur panique de l'eau.
Elle dénonce ces pratiques : « Certaines méthodes consistent à faire sauter les enfants débutants dans le grand bain en attrapant la perche… Avec les bulles que le saut produit, sans lunettes, l'enfant ne voit pas la perche. Il a de l'eau dans le nez, il ne peut pas respirer, il angoisse et a peur de mourir. Quand enfin, il parvient à regagner le bord, il a souvent honte de ce qu'il lui est arrivé et n'en parlera à personne, croyant être tout seul dans ce cas. Cette situation va générer un traumatisme pouvant aller jusqu'à la phobie de l'eau. »
Les initiatives des pouvoirs publics
Face à cette réalité, les pouvoirs publics tentent de réagir. Le ministère chargé des Sports a mis en place deux programmes majeurs pour renforcer l'apprentissage précoce de la natation : « J'apprends à nager », destiné aux enfants de 6 à 12 ans issus de zones carencées, et « Aisance aquatique », conçu pour les 4 à 6 ans, grâce à des stages bleus intégrés aux écoles ou aux accueils périscolaires. L'objectif est de valider l'attestation du savoir nager en sécurité (ASNS) dès le plus jeune âge, afin d'éviter de reproduire le cercle du non-savoir, génération après génération.
Mais cette ambition se heurte à un obstacle de taille : le défaut toujours criant d'installations et de moyens humains. En France, les noyades constituent un problème important de santé publique car elles sont responsables de près de 500 décès accidentels chaque été et, parfois, de graves séquelles.
La natation : une compétence acquise et non innée
Les cours de natation dès le plus jeune âge ont porté leurs fruits, révèle une étude du Bulletin épidémiologique (Beh) de l’agence sanitaire Santé publique France. En 2016, les participants à l’enquête étaient 83,7 % à savoir nager. L’enquête souligne l’écart qui persiste entre les hommes et les femmes, ces dernières déclarant moins souvent savoir nager (78 % en 2016 contre 89 % des hommes). Chez les enfants de 1 à 4 ans, les noyades constituent « la deuxième cause de décès accidentel après les accidents de la circulation ».
Voir des bébés ou des enfants nager correctement peut paraître étrange, mais ne résulte pas d'une attitude innée, car nager n'est pas une fonction innée chez les humains comme chez la plupart des animaux.
La capacité à nager n'est pas innée chez les humains, et certaines personnes n'ont pas eu l'occasion d'apprendre à nager au cours de leur vie. Les raisons peuvent être variées, allant du manque d'accès à des cours de natation à la peur de l'eau ou à d'autres contraintes personnelles. L'aptitude à nager peut varier d'une personne à l'autre, et certaines peuvent apprendre plus rapidement que d'autres. Il n'y a pas d'âge limite pour apprendre à nager, et de nombreux programmes de natation offrent des cours pour les adultes ainsi que pour les enfants.
L'incapacité des humains à nager de manière innée est liée à leur évolution et à l'environnement dans lequel nos ancêtres ont évolué. Les êtres humains partagent un ancêtre commun avec d'autres primates, et la plupart des primates terrestres ne sont pas adaptés à la natation comme les mammifères aquatiques tels que les dauphins ou les otaries. La sélection naturelle a favorisé les caractéristiques qui étaient cruciales pour la survie de nos ancêtres dans leur environnement spécifique. La natation n'était pas une compétence vitale dans cet environnement initial, qui était principalement terrestre. En conséquence, les humains n'ont pas développé naturellement la capacité à nager de manière efficace dès la naissance.
L'apprentissage de la natation : une nécessité pour la sécurité
En général, les humains ne naissent pas avec une capacité innée à nager de manière efficace, bien que certains réflexes liés à la natation soient présents chez les nourrissons. Par conséquent, la plupart des personnes ont besoin d'un apprentissage formel pour acquérir les compétences nécessaires à une nage sûre et efficace. Apprendre à nager avant de savoir nager est souvent essentiel pour des raisons de sécurité, car cela permet aux individus de se sentir à l'aise dans l'eau, de comprendre les techniques de nage, et d'acquérir des compétences de survie en cas de besoin.