Dans le panthéon des figures inspirantes qui repoussent les limites de l'exploration humaine, Nathalie Lasselin se distingue comme une exploratrice n’ayant pas froid aux yeux, une plongeuse jamais aussi à l’aise qu’en milieu hostile. Son parcours, fait de détermination sans faille, d'un hasard provoqué par la curiosité, et d'un concours de circonstances opportunes, a forgé une personnalité dont le destin inspire et fascine. Plus qu'une simple aventurière des abysses, Nathalie Lasselin incarne une symbiose rare entre la passion pour l'inconnu, l'art cinématographique, et un engagement profond pour la préservation de notre planète bleue. Son cheminement témoigne d'une quête incessante : celle d'aller voir au-delà de la ligne d’horizon, de percer les mystères cachés sous la surface, qu'il s'agisse des profondeurs marines, des réseaux souterrains ou des recoins insoupçonnés de nos fleuves urbains.
Les Racines d'une Vocation : De Jules Verne aux Premières Immersions
Le destin de Nathalie Lasselin ne la prédestinait pas immédiatement à devenir l'experte des reportages sous-marins qu'elle est aujourd'hui. Son histoire commence, non pas avec l'image emblématique du Commandant Cousteau, mais avec l'imagination débordante de Jules Verne. Comme elle le confie : « Plus que Cousteau, c’est Jules Verne qui m’a inspiré. » Cette fascination pour l'aventure, le romanesque et la science, pour le mélange entre l'impossible et le possible, a nourri son âme d'enfant hyper curieux, celle qui se dit « je veux aller voir » et qui, face aux "non, ce n'est pas possible", répond "ce n’est pas grave, moi, je vais essayer". L'œuvre de Verne, notamment « Voyage au centre de la Terre », a ouvert chez elle un regard différent, une perception de la richesse et des liens invisibles qui unissent notre monde, en particulier les veines de la Terre, ces eaux souterraines si chères à la vie. Pour Nathalie, c'est ce qui nous relie tous les uns aux autres, ce qu’on ne voit pas qui nous unit et dont nous dépendons.
C'est cette curiosité insatiable pour la vie en général et un amour naissant pour le milieu de la plongée en particulier, couplés à une énergie débordante, un investissement de temps considérable et une passion sans compter, qui lui ont permis de suivre ses rêves. Son parcours scolaire l'oriente vers des études cinématographiques à Paris. Elle poursuit ensuite son cursus à Montréal, où elle a immigré. C’est au Canada que Nathalie Lasselin s’initiera à la plongée sous-marine. Une expérience qui va transformer sa vie : « À la minute où j’ai mis la tête sous l’eau, ma vie a changé. » En l'espace de quelques mois, sa vie a basculé du tout au tout.
Si, au départ, l'activité de plongée a d'emblée passionné Nathalie rien que pour la sensation de l’immersion, très vite, elle se rend compte que tout dans cet univers la passionne. Une épave, un poisson… tout est merveilleux. Parallèlement, elle travaille sa flottabilité, développant une aisance et une maîtrise qui deviendront sa signature. Elle ressent rapidement l'impérieuse nécessité de partager ces découvertes : « J’ai eu l’impression que j’avais des choses à filmer, à raconter. »
Son intérêt pour les mondes souterrains, une passion ancienne datant de l'enfance, a été un moteur puissant. Elle se demandait constamment : « qu’est-ce qu’il y a en dessous de nos pieds ? » C'est pourquoi le souterrain l'a attirée en premier lieu, puis le sous-marin. Paradoxalement, Nathalie avoue détester le froid. Pourtant, elle a choisi de faire de la plongée sous glace, se retrouvant souvent dans des endroits sombres, froids et hostiles. Pour elle, c'est justement dans ces environnements fascinants qu'il faut aller voir. « Google ne nous ramène pas beaucoup d’images des réseaux karstiques. Faut y aller ! » C'est dans ces profondeurs cachées que la richesse est la plus grande, même sans les poissons colorés des récifs coralliens. L'éclairage, l'angle, la perception de la lumière sur ces formations rocheuses révèlent une beauté unique et un spectacle éphémère.
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Son initiation à la plongée technique fut rapide et déterminante. En croisant un plongeur avec deux bouteilles sur le dos, sa curiosité est piquée. Elle apprend les rudiments de cette discipline exigeante et est irrésistiblement attirée par le fond noir et mystérieux d'une mine. Cependant, son approche n'est pas celle d'une imprudente : « Je suis quelqu’un qui, pas qui a peur, mais qui connaît la peur, qui aime ces peurs, qui respecte ces peurs, qui écoute. » Cette conscience du danger est un atout, la poussant à se former rigoureusement pour éviter de devenir une "statistique". Elle s'est dit : « Je ne veux pas faire partie des statistiques. Je veux bien prendre des risques, je veux bien faire des trucs de folie, mais je n’ai pas envie de faire la première page ou la dernière page du journal Nécrologie parce que j’ai fait une bourde… Je vais aller me former, je vais suivre toutes les étapes, prendre le temps que ça prend, je vais vraiment avoir tous les outils, la connaissance et l’expérience pour pouvoir aller faire ces plongées-là. » Les années qui ont suivi ont confirmé ce choix, la menant à toutes les formations et plongées imaginables pour devenir une plongeuse recycleuse technique et spéléo aguerrie. Une fois la maîtrise de la plongée technique acquise, est venue l'étape d'amener la caméra sous l'eau, pour enfin rapporter ces images aux autres. La plongée technique est pour elle un outil, un moyen de transport, pas une finalité en soi, permettant d'accéder à des paysages, des sujets et des phénomènes inaccessibles autrement, et de nourrir ce rapport physique et mental avec les éléments qui lui est si cher.
Une Carrière Multidimensionnelle : Entre Cinéma, Exploration et Engagement
Le parcours professionnel de Nathalie Lasselin est un témoignage éclatant de la manière dont une passion peut se transformer en une vocation aux multiples facettes. Réalisatrice, chef opérateur sous-marin, Nathalie participe également à différentes émissions de télé comme exploratrice et experte en plongée Tech devant la caméra. Elle produit et réalise des films documentaires, mais elle participe aussi à de nombreuses conférences, en Europe, notamment au Salon de la Plongée à Paris, et en Amérique. Depuis 1992, elle est au service de l'image, et en 1995, elle a créé les fondations Pixnat, une maison de service spécialisée dans les tournages sous-marins. Basée à Montréal, elle se déplace aux quatre coins de la belle planète bleue pour ses tournages, tournant aussi bien en HD (Haute définition) qu'en 35 mm. Son travail se trouve régulièrement projeté dans les salles obscures ou diffusé à la télévision canadienne, française ou américaine (USA).
Son œuvre cinématographique est considérable. Elle a produit et réalisé 12 documentaires sous-marins qui ont été acclamés par la critique et reçu de nombreux prix dans des festivals internationaux. Ils sont distribués à l’écran et en DVD dans plus de 25 pays. Elle a contribué à plus de 200 longs métrages, documentaires et productions en tant que directeur de la photographie, caméraman sous-marin et Chef de plongée. Parmi ses réalisations notables, on compte « Facing Darkness », sa première réalisation, et « Axis Mundi », qui relate son expédition dans les cénotes du Yucatan. Le documentaire « H2O Secrets JB King » retrace le drame du 26 juin 1930, lorsque la plus grande barge de forage canadienne coule dans le Saint-Laurent, emportant les trois quarts de son équipage ; 78 ans après, Nathalie et son équipe de plongeurs partent à la redécouverte de l'épave et font revivre ce drame oublié. Elle est également l'auteure d'un reportage sur le premier Défi québécois d'apnée en profondeur et sur le necture tacheté (Necturus maculosus). Au moment de la rédaction, elle est en tournage pour de nouveaux projets aux Escoumins et en Alaska.
Au-delà de l'objectif de la caméra, Nathalie Lasselin partage généreusement son savoir et son expérience. Alors que l’idée de devenir instructeur de plongée n’était pas au programme, Nathalie répond aux demandes qui lui sont faites. Aujourd’hui, elle enseigne la plongée spéléo, la plongée en recycleur et la plongée trimix. Ces disciplines, regroupées sous l'appellation de "plongée technique", nécessitent, comme elle l'explique, « d'avoir plus d'une bouteille sur le dos. On peut dire aussi que c'est de la plongée engagée qui nécessite de faire de la décompression. Donc on va sous plafond de la plongée souterraine ou sur des épaves profondes, ou dans des endroits qui sont un petit peu hostiles. » Ces plongées sont généralement beaucoup plus longues que les 45 à 60 minutes habituelles, et permettent d'approfondir les sujets subaquatiques. Elles requièrent souvent jusqu'à six bouteilles et une préparation minutieuse.
Son rôle d'experte est reconnu internationalement. En mars 2018, Nathalie Lasselin a été intronisée au « Women Divers Hall of Fame », le temple de la renommée des plongeuses, une reconnaissance professionnelle plus que méritée pour cette Franco-québécoise, qui vit au Québec depuis 27 ans et plonge depuis 18 ans. Elle est également membre de l’Explorers Club Branche Canada et de la Société Royale Géographique Canadienne. Ces distinctions ne sont que la pointe de l'iceberg de sa reconnaissance. Depuis 2019, elle occupe une place particulièrement honorifique en étant incluse dans les manuels scolaires des petits écoliers québécois, inspirant ainsi les jeunes générations. Elle a donné plus de 250 conférences dans un grand nombre de pays et a travaillé pour des institutions prestigieuses comme National Geographic et Discovery TV 5.
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Malgré un emploi du temps exigeant - comme de nombreux passionnés, Nathalie travaille 7 jours sur 7 - elle parvient à trouver son équilibre en s’adonnant de temps en temps à différentes activités. La passionnée a du mal à trouver des points négatifs à son activité, tant les possibilités dans son secteur lui semblent infinies. Les équipements évoluent vite, offrant de nouvelles opportunités pour repousser les limites techniques et, par extension, ses propres limites. Pour elle, la plongée n'est pas seulement un métier, mais une véritable raison de vivre. « Plus je plonge, plus je pousse l'exploration, plus je découvre en fait les beautés et les fragilités de la terre et ça devient une raison de vivre, plus que juste un passe-temps ou un métier », précise-t-elle.
L'Exploration des Milieux Hostiles : Découvrir l'Inattendu
La soif d'exploration de Nathalie Lasselin la pousse vers des environnements qu'elle qualifie elle-même d'atypiques, voire d'hostiles. C'est dans ces lieux qu'elle se sent le plus à l'aise, repoussant constamment ses propres frontières et celles de l'exploration sous-marine. Sa démarche est celle de quelqu'un qui refuse d'être une touriste, préférant l'inconnu, les surprises, même parfois désagréables. Son grand terrain de jeu est d'aller voir au-delà de la ligne d'horizon, en dessous de l'eau et sous la terre, pour découvrir des merveilles insoupçonnées.
Actuellement, l’un de ses terrains de jeu de prédilection est le réservoir Manicouagan au Québec. Ce site particulier occupe le quatrième plus gros cratère d’impact au monde, à la place d’une forêt boréale qui a été submergée lors de la création d’une centrale hydroélectrique, il y a 60 ans. Cette forêt appartenait aux autochtones, et sa submersion représente un pan de l'histoire et de la transformation du paysage. Plonger dans un tel lieu offre une perspective unique sur la mémoire d'un territoire.
L'Arctique occupe également une place prépondérante dans ses explorations. Depuis une dizaine d'années, Nathalie retourne quasiment chaque année dans cette région pour différentes missions : filmer pour ses propres projets, apporter un support technique pour d'autres expéditions, ou simplement accompagner des personnes dont le rêve est de plonger sous la banquise. Elle organise des expéditions d'une semaine où les participants campent sur la banquise, au-dessus de centaines de mètres d'eau, protégés par l'épaisseur de glace. Chaque matin, la quête est de trouver un iceberg, une faille, une fissure dans la banquise pour s'y immerger. Pour Nathalie, l'extraordinaire de ces plongées réside dans l'imprévu : « On ne sait jamais à quoi s’attendre. » Chaque iceberg est unique, sculpté par les vents et les vagues, et offre un site de plongée éphémère. Entendre les bulles d'air s'échapper de la glace fondante, créant un crépitement unique, est une expérience sensorielle inoubliable. Ce côté fugace rend chaque plongée irremplaçable. Elle a vu l’état de la banquise et de la glace changer en Arctique, une observation directe des impacts du changement climatique. En dépit du froid et du travail physique parfois dur, elle adore revenir vivre sur la banquise.
Les défis techniques et les situations dangereuses font partie intégrante de son quotidien d'exploratrice. Lors du tournage de « Chasseurs d’épaves », elle a dû planifier une plongée pour filmer l'épave du Havorn, un lieu où personne n’avait plongé auparavant, situé dans une topographie très particulière avec des courants violents. Après deux tentatives infructueuses où les courants étaient si forts qu'il était impossible de descendre le long de la corde, son équipe s'est retrouvée propulsée de 7 mètres à 20 mètres de fond en quelques secondes, avant de constater que leur troisième bouée, censée être en surface, était également sous l'eau. Finalement, la mission fut un succès. Ces expériences extrêmes la poussent parfois à des réflexions profondes sur le risque : « Oui il y a des plongées qui m'ont fait peur, ça m'est déjà arrivé de faire mon testament avant de plonger, en me disant hum peut-être que celle-là, ça ne passera pas. » Cependant, cette connaissance de la peur est une force, car elle incite à prendre des mesures de sécurité rigoureuses et à ne jamais se pousser au-delà des limites de la prudence. Sa philosophie de vie est claire : « Je n’ai qu'une vie à vivre, je préfère avoir du bonheur, je préfère même avoir mal s’il le faut, plutôt que de vivre tièdement, je pense que la routine et le gris pâle, c'est quelque chose qui ne fait pas partie de mes valeurs. » Cette mentalité la pousse à toujours chercher l'intensité et l'authenticité dans ses expériences.
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