L'histoire de la natation, et particulièrement de la brasse, est marquée par une quête constante de sécurité et de performance. Les nageurs et leurs entraîneurs cherchent continuellement les techniques les plus rapides et les plus efficaces, tout en respectant les règlements spécifiques à chaque nage.
Origines et Évolution de la Brasse
La brasse, nage occidentale par excellence, trouve ses racines dans l'Antiquité. Des témoignages de cette époque attestent de son existence, principalement motivée par un besoin utilitaire et un instinct de conservation, permettant de maintenir la tête hors de l'eau.
La Brasse au XIXe Siècle : Endurance et Adaptations
À la fin du XIXe siècle, la brasse était la technique de nage la plus répandue. Le 25 août 1875, le capitaine anglais Matthew Webb contribua à populariser la brasse comme nage d'endurance en traversant la Manche en 21 heures et 45 minutes.
La brasse dite « Anglaise » se pratiquait sur le côté avec des mouvements de bras alternés, le retour des bras se faisant sous l'eau. Cependant, cette technique était critiquée pour son manque de vitesse. Rapidement, la brasse anglaise à quatre temps fut délaissée au profit de la brasse allemande à trois temps, jugée plus efficace.
Innovations Techniques au XXe Siècle
Dans les années 1930, la nageuse française Cartonnet innova en ramenant les mains hors de l'eau afin de réduire la résistance. Cette technique poussait les nageurs à sortir la tête de l'eau de manière excessive. Lors des Jeux Olympiques de Rome, l'Américaine Jastremski améliora ses temps grâce à une technique où les coudes étaient hauts et les genoux serrés. Le coup de pied évolua également, passant d'une simple propulsion avec la plante du pied à un véritable ciseau avec les jambes en « W », propulsant grâce à l'intérieur des pieds et des tibias.
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En 1972, aux Jeux Olympiques de Munich, les nageurs de l'ex-URSS introduisirent un style ondulé en brasse, une pratique que le règlement de l'époque n'interdisait pas. En 1986, une autre évolution majeure fut autorisée : l'immersion totale de la tête en brasse.
L'Évolution des Autres Nages et Leur Influence
La recherche constante de performance et l'absence initiale de réglementations strictes ont favorisé l'émergence de nouvelles techniques de nage.
Le Crawl : De la Nage Libre à la Technique Dominante
La Fédération Internationale de Natation (FINA) ne réglemente pas le crawl en tant que tel, mais plutôt la nage libre. Au XIXe siècle, les marins rapportèrent des Antilles, de Somalie et des îles du Pacifique des techniques de nage observées chez les populations indigènes. L'une de ces techniques consistait à respirer sur le côté, ce qui favorisait la vitesse.
Cependant, la poussée des jambes en brasse devint incompatible avec l'inclinaison du corps, se transformant en ciseaux de jambes, une technique connue sous le nom de « l'english side stroke », inventée vers 1840. Jusqu'alors, comme en brasse, le retour des bras se faisait sous l'eau, ce qui créait une résistance importante.
Dès lors, les nageurs adoptèrent une action alternée des bras, semblable à la nage indienne, avec un retour du bras supérieur hors de l'eau. Vers 1880, Trudgen, inspiré par les Amérindiens, repositionna le nageur en position ventrale pour permettre un retour alternatif des deux bras hors de l'eau. Le « trudgeon » fut rapidement adopté, car il était plus rapide que « l'over arm stroke » sur les courtes distances.
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L'ajout des ciseaux de jambes de brasse à cette technique donna naissance en Australie au « double over arm stroke », facilitant l'exécution du ciseau de brasse tel qu'on le connaît aujourd'hui. En 1893, les frères Wickham s'inspirèrent des habitants de l'île Salomon pour transformer l'action des jambes en battements. Les frères Cavill popularisèrent cette technique.
En 1902, Richard Cavill battit le record du monde du 100 yards en nageant intégralement en crawl. Le crawl devint alors la nage la plus rapide et la plus efficace. En 1906, Tartakover impressionna en France en démontrant cette nouvelle technique à Joinville-le-Pont, près de Paris. Cette technique fut d'abord appelée « Tartakover », avant de devenir le « crawl » que nous connaissons aujourd'hui.
Dès 1900, trois épreuves étaient proposées en compétition : la brasse, le dos et la nage libre. Le crawl, n'étant pas codifié, a connu une évolution constante. En 1922, Johnny Weissmuller, futur Tarzan, confirma la suprématie du crawl en passant sous la barre mythique de la minute au 100 mètres nage libre. Gertrude Ederle devint la première femme à traverser la Manche en 1926, utilisant le crawl pendant toute la durée de l'épreuve et établissant un nouveau record.
Le crawl est à la fois la nage la plus rapide et la plus économique, car elle permet de résoudre les problèmes respiratoires et de nager à plat sur de longues distances. Dans son livre "Swimming the American Crawl", Johnny Weissmuller soulignait l'importance de ne pas retenir sa respiration.
En France, les nageurs maîtrisèrent également le crawl en endurance. En 1931, une Française détenait le record du monde du 400m nage libre, et Alex Jany fit de même pour le 100m nage libre en 1946 et 1947. En 1952, Jean Boiteux devint champion Olympique du 400m nage libre à Helsinki, le premier champion Olympique de natation français.
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Dans les années 1960, les coordinations se différencièrent entre le sprint (battements à 6 temps) et le demi-fond (battements à 2 ou 4 temps). En 1956, les Australiens dominèrent les épreuves de crawl aux Jeux Olympiques de Melbourne, à l'image de Fraser, qui devint la première femme à passer sous la minute au 100m crawl en 1962. Leur battement à 2 temps libérait l'énergie pour les bras, considérés comme le principal moteur en natation. Healey fut la première à nager en battement à 2 temps en crawl.
En 1963, la fin de l'obligation de toucher le mur avec la main entraîna une chute des records. Grâce à sa culbute, l'Américaine Schollender fut la première femme à passer sous la barre des 2 minutes au 200m nage libre. En sprint, en 1976 à Montréal, Mongoméry devint le premier homme à passer sous la barre des 50 secondes en crawl.
Les techniques et coordinations du crawl se sont multipliées. Ian Thorpe fut le précurseur d'une coordination en semi-rattrapé avec un battement à 6 temps sur les distances de demi-fond (200-400m). Sur les mêmes épreuves, Laure Manaudou nageait en superposition avec un battement à 2 temps, tandis que Michael Phelps utilisait une coordination appelée « crawl boiteux », avec un battement à 4 temps, sur le 200m nage libre.
Parallèlement, le corps ne devait plus rester à plat, mais osciller autour de l'axe horizontal pour augmenter la longueur des trajets et l'amplitude de nage, soit la distance parcourue par cycle de nage (environ 3 mètres à pleine vitesse pour les meilleurs nageurs). Certains nageurs préfèrent maintenir leur corps à plat sur l'eau. Récemment, depuis les années 2000, le traditionnel « S » du trajet du bras sous-marin est parfois abandonné en crawl.
Le Dos : Évolution d'une Nage de Sauvetage en Discipline de Compétition
L'origine du dos remonte probablement à des temps anciens. Au départ, l'avantage principal de cette nage était de maintenir le visage hors de l'eau. En 1907, la première épreuve de dos apparut aux championnats de France ; la technique utilisée était alors celle du « Dos brassé ». La position était assise, avec une action simultanée des bras et des jambes de brasse.
Aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912, Hebner, un nageur américain, utilisa une technique dorsale fortement inspirée du « Trudgen » ; le « Dos trudgen ». Positionné à plat, le nageur pédalait et appuyait avec les bras tendus. Le retour des bras était aérien, alterné et fléchi. Le battement de jambes arriva dans les années 1920, notamment sous l'influence des nageurs japonais : c'est le « Dos crawlé » que nous connaissons actuellement. Amster nageait en position dorsale, avec une action alternée des bras, un retour aérien axé, et un battement de jambes.
Les évolutions suivantes concernèrent les oscillations (les épaules roulent sur l'eau pour rechercher des appuis plus profonds) et les virages. Avant 1920, les nageurs effectuaient un retournement simple après avoir touché le mur à la main. Dans les années 1930, trois techniques coexistèrent : le virage japonais et le virage hollandais, qui consistaient en une translation horizontale plus ou moins en surface, en restant sur le dos à partir d'un appui de la main sur le mur, et le virage Kiefer, du nom de son inventeuse, une technique de culbute. Elle réalisait une sorte de culbute tout en conservant les épaules orientées vers le haut, pour rester sur le dos : le « cross over turn ».
Cette technique s'avéra efficace, puisque la nageuse américaine conserva son titre de championne du monde pendant 17 ans. C'est une Française, Bozon, qui la détrôna en détenant le record du monde du 100m dos. Les diverses techniques posaient des problèmes de jugement, c'est pourquoi, en 1991, on autorisa à toucher le mur avec n'importe quelle partie du corps. En 1994, le passage sur le ventre fut autorisé avant le déclenchement de la rotation. La culbute actuelle fut alors inventée : « le roll over turn ».
À Séoul, en 1988, Berkoff, le nageur américain, et Suzuki, le japonais, réalisèrent d'excellentes performances sur leurs épreuves de dos grâce aux ondulations sous-marines qu'ils plaçaient au début de la course et après les virages.
Le Papillon : Né d'une Interprétation de la Brasse
Le papillon est la dernière des quatre nages à avoir été reconnue par la FINA. Son apparition est due à un manque de précision dans le règlement de la brasse. Certains nageurs s'inspirèrent du « trudgeon » pour inventer l'ancêtre du papillon : alors que la grande nouveauté du « trudgeon » était de faire passer les bras alternés au-dessus de l'eau, les nageurs essayèrent de les faire passer de façon simultanée. Le mouvement était bien plus en adéquation avec le ciseau de jambes de brasse.
Ainsi, en 1926, lors d'une course de brasse, l'Allemand Erich Rademacher termina l'épreuve en ramenant ses bras au-dessus de l'eau pour toucher le mur plus rapidement que ses adversaires. Myers systématisa le retour aérien des bras, créant ainsi la technique de « Brasse-Papillon ». Cette technique fut de plus en plus utilisée dans les années 1930 en compétition, car elle était plus rapide que la brasse traditionnelle.
Malgré tout, la « brasse-papillon » était plus éprouvante que la brasse. Pendant environ 25 ans (1920-1945), les courses de brasse mélangèrent différentes techniques (Brasse sous-marine, Brasse et Brasse-Papillon). En 1946, l'obligation de conserver le même style de nage pendant toute la course fut imposée. La « brasse-papillon », trop fatigante sur les courses longues, était parfois abandonnée. Cependant, les nageurs, mieux entraînés, continuaient à l'utiliser. Ainsi, en 1952, aux Jeux Olympiques d'Helsinki, les huit finalistes du 100 mètres Brasse nageaient en « Brasse Papillon ».
En 1953, la brasse et le papillon furent séparés. En brasse, le retour de bras se fait obligatoirement sous la surface de l'eau, les mains ne pouvant dépasser la ligne des hanches. Aux Jeux Olympiques de Rome, en 1960, Counsilman, de l'université Indiana aux USA, nagea en papillon avec deux ondulations par mouvement de bras.
En papillon aussi, les coulées se prolongèrent, comme en dos à la fin des années 1980. Le Russe Pankratov en fut le maître, avec ses 40 mètres de coulée au départ des épreuves de papillon aux Jeux Olympiques d'Atlanta en 1996.
La Brasse Aujourd'hui : Technique et Spécificités
La brasse est souvent perçue comme la nage la plus naturelle et utilitaire, inspirée par l'instinct de conservation et le mimétisme des mouvements de la grenouille. Elle est également considérée comme la plus technique des nages.
Prédispositions et Apprentissage
Certains estiment qu'il faut naître « brasseur », en raison des prédispositions nécessaires, notamment en termes de souplesse. Marc Planche, professeur de sport, souligne que les aptitudes pour un fouetté efficace sont innées, particulièrement dans la flexion et l'extension du pied. Les nageurs doués dans les nages alternatives ont souvent du mal à exceller en brasse.
Évolution du Règlement
L'évolution technique de la brasse a été influencée par un manque de précision dans la réglementation. Dès 1926, certains nageurs ont exploité les failles du règlement pour ramener les bras au-dessus de l'eau, augmentant ainsi la durée et l'efficacité de l'action des bras. Cette pratique a suscité de nombreuses controverses pendant près de trente ans.
En 1953, la FINA a renforcé la codification de la brasse et a défini un quatrième style : le papillon. En 1957, l'obligation d'émerger la tête durant la course a entraîné la disparition de la brasse coulée, jugée dangereuse en apnée prolongée. Dès lors, les entraîneurs se sont concentrés sur de nouvelles innovations techniques, et en 1961, le concept de la brasse « moderne » a émergé grâce à l'entraîneur américain James Cousilman et au nageur Chet Mastremski, qui ont amélioré significativement les records du monde sur les 100 et 200 mètres.
La Natation aux Jeux Olympiques : Une Histoire d'Évolution
La natation fait partie des Jeux Olympiques depuis leur renaissance moderne en 1896 à Athènes. Lors de cette première édition, les épreuves de natation se déroulaient en pleine mer, dans la baie de Zéa au Pirée. Les nageurs étaient emmenés au large en bateau et devaient regagner la côte le plus vite possible, dans des conditions souvent difficiles. Alfred Hajos, un Hongrois, remporta la médaille d'or du 1200 mètres nage libre.
Aux Jeux Olympiques de Paris en 1900, les compétitions de natation se déroulèrent dans la Seine. Une épreuve insolite de nage sous l'eau sur 200 mètres faisait partie du programme. Les Jeux de Londres en 1908 marquèrent un tournant avec l'introduction de la piscine pour les épreuves de natation. Une piscine de 100 mètres de long fut construite sur la pelouse du White City Stadium, apportant une régulation technique plus stricte à la discipline. Les Jeux de Stockholm en 1912 virent l'apparition des femmes dans les compétitions de natation.
Évolutions Techniques et Modernisation
Depuis ces débuts, la natation olympique a connu de nombreuses évolutions. Les bassins olympiques modernes mesurent 50 mètres de long, avec une largeur minimale de 21 mètres et une profondeur uniforme d'au moins 1,80 mètre. Les piscines sont divisées en huit couloirs, chacun mesurant 2,5 mètres de large, et sont équipées de dispositifs anti-vagues pour améliorer les performances des nageurs. Les températures de l'eau sont maintenues à 25°C pour des conditions optimales.
Aujourd'hui, la natation olympique comporte 34 épreuves, réparties entre hommes et femmes, couvrant une variété de styles et de distances :
- Nage libre : 50m, 100m, 200m, 400m, 800m, 1500m.
- Dos : 100m, 200m.
- Brasse : 100m, 200m.
- Papillon : 100m, 200m.
- Quatre nages : 200m, 400m.
- Relais : 4x100m nage libre, 4x200m nage libre, 4x100m quatre nages.
Moments Marquants et Légendes
La natation olympique a vu émerger de nombreux champions et moments inoubliables, parmi lesquels :
- Michael Phelps (USA) : L'athlète le plus titré de l'histoire olympique avec 23 médailles d'or.
- Mark Spitz (USA) : A remporté sept médailles d'or aux Jeux de Munich en 1972.
- Katie Ledecky (USA) : Dominatrice des épreuves de longue distance depuis les Jeux de Londres en 2012.