Howard Phillips Lovecraft, figure emblématique de la littérature d'horreur et du fantastique, est né le 20 août 1890, à 9h00 du matin, dans la résidence familiale située au 194 Angell Street à Providence dans l'État du Rhode Island. Cette maison, un lieu cher à Lovecraft, sera détruite en 1961. Unique enfant de Winfield Scott Lovecraft et de Sarah Susan Phillips Lovecraft, son existence fut marquée dès ses premières années par des événements familiaux et des défis personnels qui allaient profondément influencer son œuvre. Ses récits, qui appartiennent au genre de l’horreur, du fantastique et de la science-fiction, continuent de fasciner et d'inspirer, bien après sa mort, faisant de lui un précurseur incontournable de l’horreur moderne.
Les Origines et la Jeunesse à Providence
Howard Philips Lovecraft a vu le jour dans la ville de Providence, Rhode Island. Ses parents, Winfield Scott Lovecraft (1853-1898), un commerçant ambulant vendant des bijoux et des métaux précieux, et Sarah Susan Phillips Lovecraft, dont la généalogie aux États-Unis remonte à la Colonie de la baie du Massachusetts en 1630, s'étaient mariés alors qu'ils avaient plus de trente ans, ce qui était considéré comme tardif à l'époque.
L'enfance de HPL fut rapidement assombrie par la maladie de son père. En effet, en 1893, alors que le petit Lovecraft n'avait que trois ans, son père fut atteint de démence dans un hôtel de Chicago lors d'un voyage d'affaires. Ramené à Providence, il fut placé au Butler Hospital où il resta jusqu'à sa mort en 1898. Lovecraft a toujours affirmé que son père était mort des suites d'une paralysie provoquée par une « fatigue nerveuse », mais il est à présent presque certain que la cause de la mort était une paralysie générale.
Après l'hospitalisation de son père, Lovecraft fut élevé par sa mère, ses deux tantes, Lillian Delora Phillips et Annie Emeline Phillips, et par son grand-père maternel, Whipple Van Buren Phillips. Ils résidaient tous les cinq dans la demeure familiale, créant un contexte familial exclusivement féminin, où seul le grand-père représentait une figure paternelle. Ce grand-père joua un rôle central dans son amour de la lecture, l'encourageant à lire et lui procurant des classiques comme Les Mille et Une Nuits, Age of Fable de Thomas Bulfinch et des versions pour enfants de l’Iliade et de l’Odyssée. Lovecraft, un enfant très précoce, récitait des poèmes par cœur à trois ans et écrivait ses premiers à six.
Durant son enfance, Lovecraft fut fréquemment malade, peut-être de manière psychosomatique, bien qu'il attribuât ses souffrances à des conséquences purement physiologiques. L'idée selon laquelle il aurait souffert de la syphilis de manière congénitale a été invalidée. En raison de sa condition physique médiocre et de son caractère effronté, il ne fut jamais allé à l'école avant l'âge de huit ans et en fut retiré après à peine un an, recevant alors des cours à domicile. C'est durant cette période qu'il passa la majorité de son enfance à Providence. Ses rares escapades se limitèrent à des vacances passées à Dudley, Massachusetts, où il découvrit la nature, et, comme il l'écrivit plus tard, développa sa passion pour le fantastique. Il se passionnait pour l'astronomie et écrivait régulièrement des articles pour la Tribune de Providence. Quatre ans plus tard, il entra au lycée de Hope Street. On pense par ailleurs que Lovecraft a très vite souffert de terreur nocturne, un trouble paroxystique rare.
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De par sa nature fragile, il se lança très tôt dans l'écriture afin de matérialiser un monde imaginaire pour s'y réfugier. Il commença par des textes classiques et des essais, puis vers l'âge de 13 ans, il rédigea la première ébauche de son plus ancien conte conservé, La Bête dans la caverne, achevant sa rédaction le 21 avril 1905, son premier récit fantastique. De plus, il se retrouva rapidement engagé dans la publication d'un fanzine d'astronomie, The Rhodes Island Journal of Astronomy.
L'Adolescence et les Défis Éducatifs
L'entrée au lycée à l'automne 1904 fut précédée par un événement majeur qui affecta énormément Lovecraft : le décès de son grand-père maternel le 28 mars 1904. Cette perte fut d'autant plus difficile que la fortune de la famille s’épuisait à cause de la mauvaise gestion du patrimoine de ce dernier, les affaires allant mal. La famille se retrouva presque sans le sou et dut déménager au 598 Angell Street. Lovecraft fut tellement dérouté par cette perte qu'il pensa un moment au suicide.
Ces années au lycée furent principalement un bon souvenir pour Howard, il appréciait les cours bien qu’il eût des difficultés avec la discipline mathématique et ne se fit finalement que peu d’amis. L'astronomie, en particulier, le fascinait et il avait pour ambition de devenir astronome professionnel. Cependant, en 1908, avant de recevoir son diplôme, il fit une crise de ce qu'il qualifiera plus tard de « dépression nerveuse ». Il ne reçut ainsi jamais son diplôme, même s'il affirma ensuite le contraire pendant très longtemps. S. T. Joshi suggère dans sa biographie que l'une des causes principales de cette dépression a été l'incapacité de Lovecraft à comprendre les mathématiques, une matière qu'il devait maîtriser pour poursuivre son rêve d'astronome.
Lovecraft écrivit de la fiction dans sa jeunesse mais, de 1908 à 1913, il se consacra surtout à la poésie. Durant cette période, il vécut comme un ermite et n'eut de contact qu'avec sa mère, Lovecraft se refermant sur lui-même. Ce qui dominait sa vie avant tout, c'était sa faiblesse de caractère et son incapacité chronique à vivre en société.
L'Émergence Littéraire et l'Engagement dans la Vie Amateur
La période d'isolement de Lovecraft commença à changer après avoir contacté Argosy, un « pulp magazine », à propos du caractère insipide des histoires d'amour de l'un des écrivains populaires de la revue. S'ensuivit un débat dans les colonnes du magazine qui attira l'œil d'Edward F. Daas, le président de la United Amateur Press Association (UAPA), qui invita Lovecraft à le rejoindre. Il adhéra à l'association le 6 avril 1914, avant d'en devenir le premier vice-président (élu en juillet 1915), le rédacteur en chef (juillet 1917) puis le président élu fin juillet 1917. L'UAPA revivifia Lovecraft et l'incita à publier des poèmes et des essais. C'est le début d'une période de premières publications.
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En 1915, il publia son propre fanzine The Conservative, et créa l'année suivante un club de correspondance. En 1917, poussé par ses correspondants, il retourna à la fiction et écrivit « La Tombe » et « Dagon ». Cette dernière fut son premier écrit publié de manière professionnelle dans The Vagrant, en novembre 1919, et dans Weird Tales, en 1923. À la même époque, il commença à se constituer un carnet d'adresses conséquent. Ses correspondances, longues et fréquentes, firent de lui l'un des épistoliers les plus productifs du siècle. On compte parmi ses contacts : Robert Bloch, Clark Ashton Smith et Robert E. Howard. Ces échanges avec les membres de l'UAPA le motivèrent à écrire et à publier.
Entre Mariage et Solitude : Les Années de New York et le Retour à Providence
Les événements n'avaient pas fini de se succéder pour Lovecraft dans cette première partie des Années folles. En 1919, après avoir souffert d'hystérie et de dépression pendant une longue période, la mère de Lovecraft, Sarah Susan Phillips, entra à son tour au Butler Hospital, comme son mari avant elle. Elle était une femme d'ascendance anglaise et avait marqué le plus la vie de HPL en le couvant littéralement et en cherchant à protéger son enfant contre les méfaits de la vie quotidienne. De plus, la situation financière déclinante des Lovecraft aggrava son cas jusqu'à son retrait à l'hôpital. Elle décéda le 21 mai 1921 des complications consécutives à une opération de la vésicule biliaire, probablement comme son époux, elle souffrait de troubles psychiques graves liés à la syphilis.
Quelques semaines plus tard, Lovecraft assista à un congrès de journalistes amateurs à Boston lors duquel il rencontra Sonia Greene, née en 1883. Sonia, d'origine juive et ukrainienne, avait sept ans de plus que lui. Ils se marièrent le 3 mars 1924, dans la chapelle Saint-Paul sise au sud de l'arrondissement de Manhattan, dans la ville de New York, puis le couple emménagea à Brooklyn, au numéro 259 de Parkside Avenue. Les tantes de Lovecraft ne furent guère enchantées par cette union car elles n'appréciaient pas que leur neveu se mariât à une commerçante (Greene était propriétaire d'une chapellerie). Au départ, Lovecraft aima beaucoup New York mais, très vite, le couple dut faire face à des difficultés financières. Greene perdit son commerce et fut en mauvaise santé. Lovecraft, asocial et incapable de s'adapter au monde du travail, n'avait pas assez d'argent pour vivre, et sa femme déménagea à Cleveland pour trouver du travail. Il est à noter que, malgré tous ses efforts, ses écrits furent rarement publiés. Lovecraft ne s'estimant pas doué pour les emplois courants, il décida de devenir « nègre » ou réviseur. Cependant, cette activité peu lucrative lui permit de rencontrer de nouveaux amis (dont le célèbre Houdini) ainsi qu'une place de choix comme auteur pour la revue Weird Tales. Cela explique pourquoi les principaux textes d'H.P.L. ne parurent qu'à partir de cette époque. Cette activité lui permit aussi de rencontrer Sonia Greene lorsqu'il révisa pour elle la nouvelle The Invisible Monster.
L'auteur vécut alors seul dans le quartier de Red Hook et se mit à détester cette ville, une situation similaire à celle de la nouvelle semi-autobiographique Lui. Lovecraft se renferma de plus en plus sur lui-même, ne sortant de Providence que pour de brefs voyages afin de rencontrer ses correspondants et uniquement lorsque le temps était clément. En effet, H.P.L. supportait de moins en moins les températures basses. Il devint de plus en plus étrange, n'écrivant que la nuit, ou à la rigueur dans la journée, mais les volets clos et à la lumière électrique. Lovecraft ne stoppa sa correspondance que pour reprendre sa plume mais il trouvait ses nouveaux écrits loin de ce qu'il imaginait et abandonnait rapidement. Quelques années plus tard, Lovecraft et Sonia divorcèrent à l'amiable, mais la procédure n'aboutit jamais tout à fait. Ce mariage ne dura à peine deux ans.
De retour à Providence, Lovecraft s'installa dans une « maison brune et spacieuse de style victorien » au 10 Barnes Street où il demeura jusqu'en 1934. C'est d'ailleurs l'adresse du Dr. Willett dans L'Affaire Charles Dexter Ward. Cette période des dix dernières années de la vie de l'auteur fut également la plus prolifique : c'est à cette époque qu'il publia la quasi-totalité de ses écrits les plus connus grâce à Weird Tales, comme Les Montagnes hallucinées.
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Les Dernières Années : Misère, Maladies et Reconnaissance Tardive
La vie de Lovecraft fut loin d'être une partie de plaisir. D'abord enfermé dans un contexte familial exclusivement féminin, il vécut une adolescence maladive, un mariage raté et une fin de vie pitoyable. Lovecraft n'aurait certainement pas survécu longtemps sans l'assistance de ses nombreux amis et ses talents d'écrivain. Malgré ses efforts, il ne parvint jamais à gagner d'argent. Il dut déménager avec sa dernière tante dans un logement encore plus petit et inconfortable. Lovecraft connut une période d’écriture fructueuse de retour à Providence, mais dans la misère. Son mode de vie et ses difficultés financières finirent par le rattraper. En effet, fortement névrosé, HPL dormait le jour pour travailler et sortir la nuit. De plus, il ne se nourrissait principalement que de glaces et de haricots en conserves. Son cercle d’amis était aussi très limité. Lovecraft correspondait surtout avec d’autres auteurs pour le magazine Weird Tales. Avec deux autres écrivains, il forma une sorte de Trois Mousquetaires durant les années 20, et leurs œuvres se faisaient d’ailleurs parfois des clins d’œil. En plus de HPL connu pour le Mythe de Cthulhu, il comprenait aussi Robert E. Howard, le papa de Conan et Kane, ainsi que Clark Ashton Smith, le créateur de Zothique et de certains Grands Anciens. Ce dernier se retrouvera seul à la fin des années 30.
La situation dégénéra peu à peu à mesure que sa santé se détériorait. Il fut par ailleurs très affecté par le suicide de Robert E. Howard en 1936, avec lequel il entretenait une relation épistolaire. Cette disparition laissa Lovecraft et Smith très affectés. La même année, en 1936, on lui découvrit un cancer de l'intestin, tandis qu'il souffrait de malnutrition. Il y fit référence sporadiquement dans son courrier, mais ce fut surtout à partir de l'automne que la maladie empira. Courant février 1937, il fut amené au Jane Brown Memorial Hospital où il s'éteignit le 15 mars 1937 d'un cancer de l'intestin. Il est enterré dans la concession familiale à Swan Point. Le nom de Lovecraft est inscrit parmi ceux de ses parents et du reste de sa famille sur le monument familial. Mais ce n'était pas assez pour ses fans et, en 1977, un groupe de particuliers collecta des fonds pour lui offrir sa propre stèle. Lovecraft n’a jamais connu de succès de son vivant, exceptées les parutions confidentielles dans le magazine Weird Tales. Une seule de ses nouvelles a été publiée dans un livre avant sa mort, et ce fut grâce à un admirateur.
L'Œuvre et la Pensée : Cosmicisme et Mythe de Cthulhu
Le nom de Lovecraft ressurgit de temps en temps dans les librairies ou sur Internet, bien que son lectorat ait été limité de son vivant, sa réputation grandit au fil des décennies et il est à présent considéré comme l'un des écrivains d'horreur les plus influents du XXe siècle. Une figure controversée, il demeure un des précurseurs de l’horreur.
Son style d’écriture est de narrer à la première personne du point de vue d’un quidam, ce qui lui permet de retranscrire le sentiment de la peur de l’inconnu par les descriptions vagues et imprécises qu’ils font de ces rencontres qu’eux-mêmes ne comprennent pas. Les pièces du puzzle, plus ou moins évidentes, se mettent en place au fur et à mesure. Les centres d'intérêt de Lovecraft l'amenèrent naturellement à s'intéresser aux travaux de Poe qui l'influença très tôt par son côté macabre et son style d'écriture, caractérisé par des atmosphères lugubres et des peurs rampantes. Cependant, la découverte des histoires de Dunsany, avec des dieux qui vivent dans un plan onirique, fit changer Lovecraft de direction. Une dernière source d'inspiration majeure fut la science et ses progrès (la biologie, l'astronomie, la géologie, la physique) qui lui donnèrent l'impression que l'Homme est encore plus insignifiant, impuissant et condamné dans un univers matérialiste et mécanique. La science est la clé de voûte de son "cosmicisme" et de son propre athéisme. L'ensemble devint très sombre au moment de la création de ce que nous appelons aujourd'hui le Mythe de Cthulhu et de son panthéon de dieux venus d'autres dimensions.
Lovecraft créa l'un des outils horrifiques les plus connus : le Necronomicon, le grimoire secret de l'Arabe fou Abdul al-Hazred. L'impact est tel que certains critiques pensent que l'auteur a fondé tous ses écrits sur des mythes et des croyances occultes déjà existantes. Ses sources d'inspiration, tout comme ses créations, se réfèrent à la notion d'horreur cosmique, à l'idée selon laquelle l'homme ne peut pas comprendre la vie et que l'univers lui est profondément étranger. Ceux qui raisonnent véritablement, comme ses protagonistes, mettent toujours en péril leur santé mentale.
On lit souvent Lovecraft pour le mythe qu’il a créé, le mythe de Cthulhu, pour employer l’expression d’August Derleth. Cependant, Derleth s’est trompé sur lui. Derleth voulait voir dans Cthulhu, Nyarlathotep, Azathoth, Yog-Sothoth ou Shub-Niggurath des êtres surnaturels et des dieux auxquels Lovecraft aurait cru sans équivoque, ce qui était loin d’être l’intention de l’auteur. Lovecraft n’a jamais employé l’expression « mythe de Cthulhu ». Pour lui, c’était un « panthéon noir », une « mythologie synthétique » ou un « cycle de folklore synthétique ». Il voulait montrer essentiellement que le cosmos n’est pas anthropocentrique, que l’homme, forme de vie insignifiante parmi d’autres, est loin de tenir une place privilégiée dans la hiérarchie infinie des formes de vie. Ses travaux sont profondément pessimistes et cyniques et remettent en question le Siècle des Lumières, le romantisme ainsi que l'humanisme chrétien.
L'existence atypique de Lovecraft va marquer sa littérature. Il ne serait pas exagéré de dire que l’on voit une part de lui à travers toutes ses œuvres, depuis les événements marquants, à son mode de vie jusqu’à ses craintes et convictions. Ceci se voit dans son histoire la plus connue par exemple, L’Appel de Cthulhu. Dans l'ouverture de ce récit, Lovecraft écrit : « Ce qu’il y a de plus pitoyable au monde, c’est, je crois, l’incapacité de l’esprit humain à relier tout ce qu’il renferme. Nous vivons sur une île placide d’ignorance, environnée de noirs océans d’infinitude que nous n’avons pas été destinés à parcourir bien loin. Les sciences, chacune s’évertuant dans sa propre direction, nous ont jusqu’à présent peu nui. » Quand de telles fenêtres sont ouvertes, l'esprit du protagoniste enquêteur est souvent détruit. Ceux qui rencontrent de fait les manifestations « vivantes » de l'incompréhensible deviennent souvent fous, comme dans le cas du personnage éponyme de La Musique d'Erich Zann. Le récit raconte l'histoire d'un joueur d'alto fou et muet qui vit au sixième étage d'un petit immeuble. Les personnages qui essaient d'utiliser ce savoir interdit sont systématiquement condamnés. Les entités du Mythe de Lovecraft ont des serviteurs humains/humanoïdes ; Cthulhu, par exemple, est vénéré par des cultes eskimos au Groenland et par des cercles vaudous en Louisiane. Ces dévots servent d'outil narratif à l'auteur. Beaucoup d'entités du Mythe sont trop puissantes pour être vaincues par des humains et sont si terrifiantes que les rencontrer engendre irrémédiablement la folie. En ce qui concerne ces créatures, Lovecraft a besoin de pouvoir fournir des informations et de construire une certaine tension sans pour autant mettre un terme prématuré à l'histoire. Les personnages de Lovecraft sont souvent incapables de contrôler leurs propres actions ou éprouvent des difficultés à en changer le cours. Certains d'entre eux pourraient être facilement libérés en prenant la fuite mais, soit cette possibilité ne se présente jamais, soit elle est compromise par certaines forces (La Couleur tombée du ciel et La Maison de la sorcière).
Lovecraft connaissait les travaux du théoricien conservateur allemand Oswald Spengler. Les thèses pessimistes de ce dernier concernant la décadence de l'Occident moderne ont jeté les bases de la vision globalement passéiste de Lovecraft ; on retrouve par exemple l'idée d'un délabrement cyclique dans Les Montagnes hallucinées. Dans son livre intitulé H. P. Lovecraft: The Decline of the West, S. T. Joshi met en lumière le rôle prépondérant qu'a joué Spengler dans la formation de la pensée politique et philosophique de Lovecraft. Lovecraft se frotte fréquemment à l'idée selon laquelle la civilisation se bat contre des éléments plus barbares et plus primitifs qu'elle. Dans de telles histoires, la « malédiction » est souvent héréditaire, soit à cause d'une ascendance non humaine (Faits concernant feu Arthur Jermyn (1920), Le Cauchemar d'Innsmouth (1931)) soit à cause d'une influence magique (L'Affaire Charles Dexter Ward (1927)). Dans d'autres récits, c'est toute la société qui est menacée par une entité barbare. Parfois, il s'agit d'une menace externe concernant une race réduite à néant par la guerre (Polaris) ; d'autres fois encore, c'est seulement un petit groupe d'humains qui tombe dans la décadence et qui régresse (La Peur qui rôde). S. T. Joshi donne son point de vue sur ces récits : « on ne peut pas nier la réalité du racisme dans les récits de Lovecraft. » Il est aussi notable de dire que Lovecraft était quelque peu raciste, ce que l'on retrouve assez évidemment dans de nombreuses nouvelles. Mais il reste avec Allan Edgar Poe le précurseur du fantastique moderne et le père d'un panthéon extraordinaire.