Manuela Gonzalez, surnommée la "veuve noire de l'Isère", est une figure qui a défrayé la chronique judiciaire française. Son histoire, marquée par des décès et des intoxications suspectes de plusieurs de ses compagnons, a captivé l'attention du public et des médias.
Contexte familial et personnel
Fille d'une famille nombreuse d'origine espagnole installée en Isère, Manuela Gonzalez a mené une vie sentimentale décrite comme "peu stable". Elle s'est mariée pour la première fois à l'âge de 17 ans et a exercé la profession de monitrice d'auto-école.
L'affaire Daniel Cano
Le 31 octobre 2008, Daniel Cano, le mari de Manuela Gonzalez, est retrouvé mort à l'arrière de son véhicule incendié, près de leur domicile à Villard-Bonnot, en Isère. L'enquête conclut rapidement à un incendie volontaire. Les analyses toxicologiques révèlent la présence de trois somnifères différents dans le sang de la victime. Un mois avant sa mort, Daniel Cano avait déjà échappé à un incendie survenu dans sa chambre alors qu'il dormait. Manuela Gonzalez avait expliqué cet incident par une bougie renversée par leur chien.
Les autres compagnons
L'enquête sur la mort de Daniel Cano révèle que quatre autres compagnons de Manuela Gonzalez ont subi des intoxications suspectes. Deux d'entre eux ont été hospitalisés dans un état grave, tandis que les deux autres sont décédés. L'un des décès avait été considéré comme un suicide, et Manuela Gonzalez avait bénéficié d'un non-lieu dans l'autre cas. Ces faits, prescrits ou déjà jugés, ont été contestés par Manuela Gonzalez.
Procédure judiciaire
Manuela Gonzalez a été condamnée en première instance en 2014 par la cour d'assises de l'Isère à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de son mari, Daniel Cano. Lors de son procès, elle s'est présentée comme une femme "comme tout le monde". Son avocat, Me Ronald Gallo, avait plaidé l'acquittement, tandis que le parquet avait requis 25 ans de réclusion criminelle.
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En appel, la cour d'assises de la Drôme l'a de nouveau condamnée à 30 ans de réclusion criminelle. Toutefois, elle a été libérée quelques mois plus tard en raison d'un vice de procédure. La cour d'appel de Grenoble a estimé que le délai entre la première instance et l'appel était trop long, ce qui violait le droit à un jugement dans un "délai raisonnable". La chambre d’instruction qui l’a libérée «considérait que le délai entre la première instance et l'appel était trop long», a indiqué le parquet général de Grenoble à l'AFP. La «veuve noire» était en détention provisoire depuis le 25 mars 2010.
Me Ronald Gallo a expliqué que, suite à l'appel, la décision de première instance n'avait plus de valeur juridique, et que sa cliente était donc présumée innocente et considérée comme étant en détention provisoire depuis plus de cinq ans. Il a invoqué une jurisprudence de la Cour de cassation de juin 2015.
Réactions
La libération de Manuela Gonzalez a suscité de vives réactions. Le syndicat d'officiers Synergie a qualifié cette décision d'"ubuesque", tandis que la garde des Sceaux Christiane Taubira a demandé un rapport circonstancié sur les raisons de l'absence d'audiencement.
Mobile
L'avocat général a avancé que le mobile du crime était l'argent. Manuela Gonzalez aurait souscrit une assurance-vie au nom de son mari, qui lui aurait rapporté 235 000 euros, lui permettant de rembourser ses dettes.
Personnalité
Le psychologue Gérard Poussin, qui l'a expertisée, a décrit Manuela Gonzalez comme une "personnalité originale, voire étrange, très difficile à cerner", qui "reste en partie une énigme". D'elle, on a retenu son surnom: "la veuve noire de l'Isère". Mais c'est vêtue de blanc qu'elle s'était présentée au palais de justice lors du premier jour de son procès en avril 2014.
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