Manuela Gonzalez Cano : Biographie de la « Veuve Noire de l'Isère »

Introduction

Manuela Gonzalez Cano, surnommée la « Veuve Noire de l'Isère », est une figure qui a marqué l'actualité judiciaire française. Condamnée pour le meurtre de son mari, Daniel Cano, son histoire est marquée par une série de décès et d'intoxications suspectes de ses anciens compagnons. Cet article retrace son parcours, de son enfance à ses démêlés judiciaires, en passant par les événements troublants qui ont conduit à sa condamnation et à sa libération ultérieure pour vice de procédure, avant d'être de nouveau condamnée en appel.

Jeunesse et Premières Relations

Fille d'immigrés espagnols installés dans la région de Grenoble dans les années 1950, Manuela Gonzalez a rencontré Gilbert, son premier compagnon, à 16 ans. Ils se sont mariés quand elle avait 18 ans et ont eu une fille, Virginie, deux ans plus tard. Cependant, en 1983, Gilbert a été hospitalisé après avoir absorbé une dose massive de sédatifs. Il a survécu grâce à une ablation de l'œsophage réalisée en urgence. Bien qu'il n'y ait pas eu d'enquête à ce sujet, le couple s'est séparé peu après cet épisode.

Relations et Décès Suspects

Après sa séparation avec Gilbert, Manuela est devenue monitrice d'auto-école et a rencontré Michel, un bijoutier de trente ans son aîné. En 1984, une voisine a découvert Michel inanimé sur le sol de sa boutique, après qu'il ait ingéré de la benzodiazépine, un puissant anxiolytique. Michel a accusé Manuela, qui a admis avoir mis des somnifères dans le thé de son compagnon pour lui soutirer quatre chèques. Elle a été condamnée à deux ans de prison avec sursis pour « vol avec violence ».

Manuela a ensuite rencontré François, un gérant de bar. Ils se sont mariés, mais leur union a été écourtée par le décès de François en 1989. Il a été retrouvé asphyxié dans sa voiture, ayant ingurgité d'importantes doses de médicaments. L'enquête a conclu à un suicide.

L'année suivante, Manuela a eu une brève relation avec Thierry, qui s'est également suicidé en s'immolant par le feu. Manuela a été mise en examen et placée en détention provisoire pendant quinze jours, mais elle a été libérée grâce à un alibi : elle était avec Daniel Cano.

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L'Affaire Daniel Cano

Le 31 octobre 2008, le corps de Daniel Cano, un chaudronnier de 58 ans, a été retrouvé sur la banquette arrière de sa voiture incendiée à Villard-Bonnot, dans la vallée du Grésivaudan (Isère). Les analyses toxicologiques ont révélé la présence de trois somnifères dans son sang : du Tercian, du Zolpidem et de l'Imovane. L'enquête a conclu à un incendie volontaire.

Un mois avant le drame, Daniel Cano avait déjà échappé à la mort lors d'un incendie qui s'était déclaré dans la chambre conjugale, apparemment à cause d'une bougie que le chien aurait fait tomber.

Les enquêteurs ont découvert que d'importants transferts d'argent avaient été effectués des comptes de Daniel Cano vers ceux de Manuela Gonzalez, quinze jours avant sa mort. Manuela avait également contracté un prêt hypothécaire de 165 000 euros, garanti sur la maison commune, pour éponger des dettes de casino.

Selon l'avocat de la famille Cano, le mobile du meurtre était l'argent. La mort de Daniel Cano devait rapporter à Manuela 235 000 euros provenant de deux contrats d'assurance-vie, ainsi que l'exonération de remboursement du prêt.

Procès et Condamnation

En avril 2014, la cour d'assises de l'Isère a condamné Manuela Gonzalez à 30 ans de réclusion criminelle pour le meurtre de Daniel Cano et pour tentative d'assassinat concernant l'incendie survenu un mois avant sa mort. Manuela n'a cessé de clamer son innocence tout au long du procès.

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Lors du procès en première instance, l'avocat général avait souligné que « le noir [allait] très bien » à Manuela Gonzalez, en référence à son surnom de « Veuve Noire ». Manuela avait tenté de se présenter comme une femme « normale », soucieuse de s'afficher comme une monitrice d'auto-école simple et coquette, une citoyenne qui travaille et paie ses dettes. Cependant, ses protestations d'innocence ont été interprétées comme du déni, et sa biographie sentimentale comme un casier judiciaire non écrit.

Libération et Nouveau Procès en Appel

En septembre 2015, Manuela Gonzalez a été libérée en raison d'un vice de procédure. La chambre de l'instruction a estimé que le délai entre la première instance et l'appel était trop long, ce qui violait le « délai raisonnable » exigé par la Cour européenne des droits de l'homme.

Malgré sa libération, Manuela Gonzalez a été de nouveau jugée en appel devant la cour d'assises de la Drôme. Le 30 mai 2016, elle a été reconnue coupable du meurtre de Daniel Cano et condamnée à nouveau à 30 ans de réclusion criminelle. Son avocat a annoncé un pourvoi en cassation.

Personnalité et Surnom

Manuela Gonzalez a été surnommée la « Veuve Noire de l'Isère » en raison des circonstances troubles entourant la mort de ses compagnons. Ses avocats ont contesté ce surnom, arguant qu'elle était victime de son « histoire non judiciaire ».

Au cours de son procès en appel, Manuela Gonzalez a déclaré : « Je souffre de la perte de mon mari » et « si je ne pleure pas on me juge froide […] si je pleure on dit que je fais la comédie ». Son avocat a affirmé qu'elle était « mal jugée » et « mal comprise », la décrivant comme une personne travailleuse, courageuse et affectueuse avec les siens.

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Les experts psychiatriques ont eu du mal à cerner la personnalité de Manuela Gonzalez. Selon le psychologue Gérard Poussin, elle est une « personnalité originale, voire étrange (…), très difficile à cerner » et « reste en partie une énigme ».

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