Ugo Didier : Biographie d'un champion paralympique

Ugo Didier est un nageur paralympique français né le 11 septembre 2001 au Chesnay, dans les Yvelines. Dès son plus jeune âge, il se distingue dans le monde de la para-natation, devenant rapidement l'un des visages les plus célèbres de cette discipline en France. Son parcours est marqué par une détermination sans faille et une capacité d'adaptation exceptionnelle, lui permettant de surmonter les défis liés à son handicap et d'atteindre les sommets de la compétition internationale.

Un début de carrière prometteur

Passionné de sport, Ugo Didier plonge très jeune dans les bassins. Né avec des pieds bots, des muscles atrophiés et sans mollets, il ne peut ni courir, ni sauter. La para natation est pour lui une révélation, un moyen de s'épanouir pleinement. Très vite, le jeune athlète découvre le niveau international, participant aux championnats du monde dès l'âge de 14 ans en 2017. Son talent et sa persévérance sont rapidement récompensés, puisqu'il remporte une médaille d'or dès cette édition. À 17 ans, il devient champion du monde du 100m dos, quelques mois avant de passer son bac.

Ascension internationale

Petit à petit, l'étudiant des sciences appliquées de Toulouse continue sa progression internationale. En 2018, il est sacré champion d'Europe en 100m nage libre S9 et vice-champion d'Europe du 200m 4 nages. L'année suivante, il décroche une médaille de bronze en 400m dos S9 et devient vice-champion du monde du 100m nage libre S9 dans le bassin olympique et paralympique de Londres.

Ugo Didier franchit une nouvelle étape lors des Jeux Paralympiques de Tokyo 2020 (disputés en 2021), en remportant l'argent sur 400 mètres nage libre et le bronze en 200 mètres 4 nages. Tout ça à seulement 19 ans ! Ces performances exceptionnelles confirment son statut de nageur de premier plan et font de lui un espoir pour les Jeux de Paris 2024.

Jeux paralympiques de Paris 2024 : consécration à domicile

Ugo Didier arrive aux Jeux paralympiques de Paris en étant l'un des para-nageurs les plus connus du clan français. Tête de gondole de l’équipe de France (avec Alex Portal), le jeune homme de 23 ans espérait connaître la même histoire que le « Roi Léon ». « J’ai moins de courses en individuel que lui, mais l’objectif est de pouvoir faire un peu la même chose oui (sourire), expliquait-il avant les Jeux. Le paranageur toulousain Ugo Didier a décroché la première médaille d’or de la délégation française aux Jeux paralympiques de Paris sur 400 m nage libre.

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Ce jeudi 29 août à Paris La Défense Arena, le jeune athlète de 22 ans, licencié au club Jeunesse sportive Cugnaux omnisports, a remporté la médaille d’or du 400 m nage libre S9. Cette catégorie correspond aux nageurs ayant une légère déficience de la coordination des bras et des jambes, une faiblesse importante d’une jambe ou l’absence de membres. La course a été un modèle de stratégie. Parti prudemment, Ugo Didier se trouvait en sixième position après 100 mètres, puis troisième à mi-parcours, à 2”20 de Barlaam. C’est dans les derniers 50 mètres que le Français a fait la différence, nageant en 31”21.

Outre sa médaille d'or, l'étudiant et nageur paralympique Ugo Didier est reparti de Paris avec deux médailles d'argent sur 100 mètres dos et 200 mètres 4 nages.

Un modèle d'adaptation et de persévérance

Le parcours d'Ugo Didier est un exemple de résilience et de capacité d'adaptation. Confronté à un handicap dès la naissance, il a su transformer cette différence en force, trouvant dans la natation un moyen de s'épanouir et de se dépasser.

Nage d'adaptation

Âgé de 22 ans, Ugo Didier a toujours composé avec « des genoux recurvatum, des pieds bots, une atrophie de tous les muscles et pas de ligaments croisés ». Puisqu'il ne peut pas courir ou sauter, il a très vite choisi de s'exprimer dans l'eau. S'il a inauguré son palmarès mondial par un titre sur 100 m dos en 2017, il a surtout pris un abonnement pour l'argent avec dix médailles de ce métal entre 2019 et 2023. Il est surtout devenu vice-champion paralympique sur 400 m et décroché du bronze sur 200 m 4 nages lors des Jeux de Tokyo, en 2021. Avant, enfin, de toucher à l'or jeudi à Paris La Défense Arena en remportant le 400 m au prix d'un finish de feu. « Toutes ces années, j'ai développé une nage d'adaptation. J'ai compris que je devais aller vers quelque chose de plus académique pour espérer réellement progresser. » Ugo Didier « Au fond, je savais que ma nage n'était pas bonne, admet le Toulousain. Je le sentais en dos par exemple, je gardais les bras tendus pour compenser le manque de gainage, de battements, d'alignement, du fait de mon handicap. Toutes ces années, j'ai développé une nage d'adaptation.

Avec l'aide de son entraîneur Samuel Chaillou, le Toulousain a décidé de déconstruire un peu sa nage d'adaptation pour la rendre plus efficace.

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Déconstruire pour optimiser

Enfant, Ugo Didier a d'abord cherché à être avec ses copains, à trouver sa place au milieu de ce groupe de nageurs valides. Il s'est adapté à son environnement, à la concurrence et a créé ses propres systèmes, ses propres repères, pour nager aussi vite que les autres. « Le pire aurait été d'être mis de côté depuis tout petit, prolonge Samuel Chaillou. Inconsciemment, il a développé des capacités à nager vite avec son handicap et s'est débrouillé par rapport à ses croyances ­aussi : "Si mes jambes concentrent mon handicap et me gênent, je ne vais pas les utiliser." »Il y a près de deux ans, Ugo Didier et son coach ont pourtant consenti à bouleverser leurs habitudes. « L'idée n'est pas de supprimer ma nage d'adaptation, mais de la déconstruire un peu pour l'optimiser, la rendre plus efficace, souligne le nageur. L'objectif, c'est d'être en capacité de battre les records du monde. Je suis persuadé qu'il faudra nager à ce niveau-là à Paris. » Ce défi les rapproche en décembre 2022 de Florence Garnier, spécialiste vidéo à la Fédération française handisport. « En analysant Ugo en situation de compétition, rapporte-t-elle, on s'est rendu compte qu'il était un couteau suisse de la natation, capable de développer plusieurs modalités de fréquence gestuelle pour s'adapter, soit à l'environnement, soit à l'adversité ou à son ressenti. Mais, à aucun moment, il n'était capable d'être fort dans l'eau. »

Deux axes ont été définis : les alignements du corps, principalement le positionnement de la tête, sources de déséquilibres et de freinage, mais aussi la prise d'appui de la main dans l'eau. « Il ne faut pas se précipiter à tirer l'eau vers l'arrière, au risque de passer à travers », rappelle Florence Garnier. « Grâce à la vidéo, on a identifié mes points faibles, ajoute Ugo Didier. Certains, je les sentais, mais d'autres, ni Samuel ni moi ne les imaginions. » Intelligent, mais très peu patient, le nageur de 22 ans a accepté de se faire violence, de se fabriquer du muscle avec plus de préparation physique avant de transférer ce travail dans l'eau. « Le projet a été ­possible ­parce qu'Ugo me fait confiance, remercie Samuel Chaillou. S'il avait été un nageur fragile, peu combatif, on ne se serait pas lancé. Mais je connaissais sa capacité de travail. On a parfois eu besoin de reculer de plusieurs pas pour arriver à ce qu'on voulait, il a aussi fallu reconstruire musculairement son corps pour qu'il soit en capacité d'accepter de nouvelles techniques. »

Même s'il possède un gros palmarès en dos, Ugo Didier a dû réviser ses certitudes. Cette nage impose de tourner beaucoup les épaules mais pas le bassin pour être en capacité de produire une grande force propulsive. Il faut donc un bon maintien abdominal. « Si on veut que l'énergie se transfère du haut vers le bas du corps, que l'énergie cinétique circule dans le corps, il faut que ce soit indéformable, traduit Florence Garnier. Un peu comme le dauphin : on voit que le bout de son rostre et la queue bougent, mais, entre les deux, c'est hyper solide. »

Aujourd'hui, Ugo Didier se sent prêt à jouer les dauphins. Il a même profité de ce travail pour améliorer ses coulées, utilisant la puissance de ses cuisses. « Avant une coulée à 5 mètres, c'était compliqué ; il a réussi à les optimiser, sans perdre de vitesse et en assurant une reprise de nage efficace », observe la scientifique. Pour se réinventer, Ugo Didier a dû notamment travailler les alignements du corps mais aussi la prise d'appui de la main dans l'eau.

Un mental à toute épreuve

« Je ne suis pas patient, et ces changements m'ont longtemps perturbé, convient Ugo Didier. Beaucoup de compétitions n'ont pas été à la hauteur de mes espérances en termes de chronos, seuls juges de notre sport. J'étais déçu, et j'ai eu du mal à encaisser. » Mais le jeune homme a su se raisonner, comprendre l'intérêt de toutes ces évolutions. « Il est passé par la frustration, mais a accepté de se remettre en question, d'effacer ses certitudes, précise Samuel Chaillou. Il a parfois fallu que je trouve les mots, mais on a été fort à deux et, depuis plusieurs mois, Ugo ne se pose plus de question. Il avance vers son objectif. »« Il faut largement douze semaines avant que le geste soit compris par le corps » Florence Garnier, spécialiste vidéo à la Fédération française handisport Difficile de quantifier le gain que ces changements techniques vont lui offrir. « Il faut largement douze semaines avant que le geste soit compris par le corps, énonce Florence Garnier. Il faut ensuite l'automatiser à vitesse lente, puis à vitesse rapide, et enfin débrancher le cerveau pour être efficace en compétition. Chez Ugo, on voit des choses intéressantes, tant au niveau du nombre de coups de bras, de la vitesse, de la propulsion, de stabilité… »

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Engagement et distinctions

Au-delà de ses performances sportives, Ugo Didier est également un étudiant brillant. Il entame sa cinquième année en génie civil, climatique et urbain à l'INSA Toulouse. L'élève ingénieur alterne en effet les cours au campus toulousain de l’INSA et les entraînements au Cercle des Nageurs de Cugnaux et chez les Dauphins du TOEC. Pour ce faire, Ugo bénéficie d’un emploi du temps aménagé par son école, réputée pour ses parcours spécifiques pour sportifs de haut niveau. Au lieu d’effectuer son cursus ingénieur en 5 ans, il peut l’étaler sur 8 ans.

« À terme, j’aimerais faire le lien entre énergies renouvelables et génie civil. C’est vraiment quelque chose qui pourrait me plaire. Pour l’heure, le champion olympique profite de ses quelques jours de vacances en famille avant de reprendre les cours le 30 septembre.

En septembre 2021, il est fait Chevalier de l'ordre national du Mérite, une distinction qui salue son parcours exceptionnel et son engagement pour la promotion du sport paralympique.

Vie privée

Il faut dire que la famille Didier compte également un autre champion dans ses rangs : le petit frère Lucas qui s’est fait un prénom en remportant une médaille d’argent en para-tennis de table."J’ai besoin d’une grosse pause, car les Jeux restent un évènement extrêmement intense, que ce soit nerveusement ou physiquement, conclut Ugo.

Perspectives d'avenir

Fort de son succès aux Jeux paralympiques de Paris 2024, Ugo Didier entend bien continuer à repousser ses limites et àCollectionner les titres. Il ambitionne également de mettre ses compétences d'ingénieur au service de la transition énergétique, en alliant sa passion pour le sport et son engagement pour un avenir durable.

Palmarès

  • Jeux paralympiques :

    • Médaille d'or du 400 m nage libre S9 aux Jeux paralympiques de Paris 2024
    • Médaille d'argent du 400 m nage libre S9 aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020
    • Médaille d'argent du 100 mètres dos aux Jeux paralympiques de Paris 2024
    • Médaille d'argent du 200 mètres 4 nages aux Jeux paralympiques de Paris 2024
    • Médaille de bronze du 200 m 4 nages S9 aux Jeux paralympiques de Tokyo 2020
  • Championnats du monde :

    • Médaille d'or du 100m dos en 2017
    • Quatre médailles d'argent aux championnats du monde de 2022 au Portugal
    • Une médaille d'argent et une médaille de bronze aux championnats du monde de 2023 à Manchester
  • Championnats d'Europe :

    • Médaille d'or en 100m nage libre S9 aux championnats d'Europe de 2018 à Dublin
    • Médaille d'argent du 200m 4 nages aux championnats d'Europe de 2018 à Dublin

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