Gabriel dos Santos Araujo, surnommé affectueusement Gabrielzinho, ou "le petit Gabriel", est, du haut de ses 1,21 m, un véritable géant de la natation paralympique. Cet athlète brésilien, âgé de 22 ans, combine un talent exceptionnel à un charisme indéniable, captivant l'attention aussi bien dans les bassins que sur les réseaux sociaux. Son parcours est celui d'une détermination inébranlable, où chaque obstacle est transformé en un jalon vers l'excellence.
Gabrielzinho : Un Athlète au Caractère Bien Trempé et au Quotidien Révolutionné
Né sans bras et avec des jambes atrophiées, Gabrielzinho a développé des stratégies uniques pour naviguer dans le monde, démontrant une ingéniosité et une agilité remarquables. Quand il n'enchaîne pas les longueurs dans la piscine à Juiz de Fora, dans l'État brésilien de Minas Gerais (sud-est), Gabrielzinho soigne sa popularité sur Instagram, où il compte aujourd'hui plus de 140 000 abonnés. Mais comme il n'a pas de mains ni de bras, c'est avec ses orteils qu'il navigue sur l'écran de son téléphone, une prouesse de dextérité qui impressionne. C'est aussi comme cela que le Brésilien utilise la manette de sa console de jeux vidéo, notamment de football, son autre grande passion. Ces adaptations ingénieuses s'étendent à des gestes quotidiens plus fondamentaux : pour manger, il se penche pour saisir les aliments dans son assiette avec sa bouche, avant de coincer une brosse à dents électrique entre ses orteils après les repas.
Ces défis, il les aborde avec une force mentale rare. "Je ne compte plus le nombre d'obstacles que je dois surmonter chaque jour, mais cela me rend plus fort", confie-t-il. Son entraîneur, Fabio Pereira Antunes, témoigne de cette capacité extraordinaire : "Ce qui m'a le plus impressionné au premier abord, c'est sa dextérité en dehors de la piscine. Il est doté d'une grande coordination motrice et il est très intelligent, ce qui lui permet de surmonter tous ces obstacles au quotidien." Cette intelligence et cette coordination ne sont pas seulement visibles dans ses interactions avec le monde extérieur, mais elles sont également des piliers de son succès dans l'eau.
La Phocomélie : Une Condition Définie par la Science, Surmontée par la Volonté
Gabriel dos Santos Araujo est atteint de phocomélie, une malformation congénitale caractérisée par un raccourcissement extrême des membres. Cette condition est due à l'arrêt du développement d'un ou de plusieurs membres durant la grossesse. Dans son cas, le Brésilien a des moignons au niveau des épaules, ses jambes sont atrophiées, mais il peut marcher sur ses deux pieds. L’origine étymologique de cette malformation, issue du grec phôke (pour phoque) et mêlos, évoque une ressemblance où les mains et les pieds semblent émerger directement du tronc dans les cas les plus sévères.
Sa mère, Ineida Magda dos Santos, une enseignante à la retraite, se souvient du moment où elle a appris la nouvelle : "Je l'ai appris au cinquième mois de grossesse. Évidemment, c'était un choc, mais après je me suis mise à lire sur le sujet pour être prête à m'occuper de lui au mieux." Cette approche proactive a marqué le début d'une enfance où l'intégration et le développement étaient primordiaux.
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Deux causes principales ont été identifiées pour expliquer l’apparition de la phocomélie. Un facteur héréditaire peut en être à l'origine, selon l’Organisation nationale des maladies rares aux États-Unis, où une anomalie chromosomique crée un nombre impair de chromosomes, empêchant la correspondance et la jonction des paires, ce qui entraîne des malformations du corps. L'autre cause majeure et tristement célèbre est l'exposition au thalidomide. Cette malformation congénitale a connu un essor mondial dans les années 1950 lorsque le Thalidomide, un sédatif léger, a été prescrit pour soulager les nausées et l’insomnie des femmes enceintes, multipliant alors les cas d’anomalies fœtales sévères.
Outre le raccourcissement caractéristique des membres, les cas sévères de phocomélie peuvent s’accompagner de divers symptômes, notamment des déficiences mentales, une longueur du cou plus courte, une encéphalocèle (une hernie du cerveau hors de la boîte crânienne), des vomissements et migraines, ou encore une augmentation de la pression intracrânienne due à un excès de liquide céphalo-rachidien. Quant à la prise en charge, la principale approche thérapeutique pour les personnes atteintes de phocomélie consiste en l’utilisation de prothèses pour les membres manquants ou malformés. Les prothèses modernes sont conçues pour offrir un confort optimal et un aspect naturel, bien que Gabrielzinho, par sa singularité, ait développé ses propres moyens de locomotion aquatique.
Les Premiers Plongeons et l'Éclosion d'un Talent Aquatique
C'est grâce à la volonté de ses parents que Gabrielzinho a découvert les bassins. "Comme on voulait qu'il ait une enfance normale, on l'amenait dans un club où il y avait une piscine. À quatre ou cinq ans, il savait déjà nager, même s'il n'avait pas de bras. Je crois que c'est un don qu'il a reçu de Dieu", s'émerveille sa mère. Bien que le chemin n'ait pas été sans embûches - "J’ai failli me noyer plusieurs fois" -, cette immersion précoce a jeté les bases de son futur exceptionnel.
Gabrielzinho a découvert la compétition à 13 ans, en 2015, lors d'un tournoi scolaire. Un événement inattendu a marqué ses débuts : "Un enseignant l'a inscrit sans me consulter et il a gagné cinq médailles." Ce tournant a révélé un potentiel immense. Depuis, la natation est devenue un pilier de sa vie, exigeant une discipline rigoureuse. Pour nager, Gabrielzinho ondule dans l'eau comme un dauphin, avec des mouvements de bassin. Cette technique, devenue sa signature, a été développée au cours de longues séances d'entraînement six fois par semaine, du lundi au samedi, dans la piscine à Juiz de Fora.
En plus des sessions aquatiques, son entraînement inclut de nombreux exercices de musculation, notamment au niveau des lombaires, des abdominaux et du plancher pelvien. Ces zones, cruciales pour sa propulsion unique, sont constamment renforcées. Son coach souligne l'importance de ce travail : "Il utilise ce qu'on appelle le 'core' : les muscles de l'abdomen et de la poitrine. Et il est incroyable, c'est vraiment un exemple. Parce que chaque athlète doit se dépasser, mais lui a le handicap à dépasser en plus, et c'est très difficile d'être un athlète au Brésil."
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La Consécration Paralympique : De Tokyo à Paris, une Quête d'Or
Le nageur brésilien a atteint la consécration à 19 ans, aux Jeux de Tokyo, montrant une force mentale hors norme peu après avoir subi une terrible épreuve. Quelques jours avant son entrée en lice, alors qu'il s'entraînait déjà au Japon, il a appris la mort de son grand-père, dont il était très proche. Ce choc aurait pu anéantir sa préparation, mais Gabrielzinho a puisé dans cette douleur une force supplémentaire. "J'étais dans la dernière ligne droite, c'était un vrai coup dur, mais après je me suis dit qu'il avait décidé de suivre la compétition de là-haut, et qu'il était fier de moi", raconte-t-il.
Comme un clin d'œil du destin, il a commencé sa moisson de médailles à Tokyo par l'argent, pour sa deuxième place au 100 m dos S2, la catégorie des nageurs les plus lourdement handicapés. Son grand-père était surnommé "pratinha" (petit argent), donnant à cette première médaille une signification profondément émouvante. Il est ensuite monté deux fois sur la plus haute marche du podium, aux 50 m et 200 m nage libre S2. À chaque fois, une petite danse de célébration, une de ses marques de fabrique, venait couronner ses victoires.
Pour les Jeux paralympiques de Paris, Gabriel dos Santos Araujo était en quête du triplé. "Je m'appelle Gabrielzinho et je vais aller chercher trois médailles d'or aux Jeux paralympiques de Paris", avait déclaré le jeune nageur, tout sourire, avant de recevoir un baiser sur le front du président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, lors d'une cérémonie officielle à Brasilia. Il ne comptait pas s'arrêter en si bon chemin, après avoir déjà remporté deux médailles d'or et une d'argent à Tokyo.
Le phénomène de ces Jeux paralympiques a sans aucun doute été le nageur brésilien Gabriel dos Santos Araujo, qui a remporté avec brio ses trois médailles d'or - sur 100 m dos, 50m dos et 200m nage libre - dans la catégorie S2. En effet, il a survolé la finale du 100 m dos, s'offrant une première médaille d'or, comme il l'a exprimé avec son sens de la formule et du spectacle : "J'ai dominé la course, j'ai tué le match !" Ce succès a impressionné le public du bassin de Paris La Défense Arena. À la sortie du bassin après sa victoire, il a savouré ce premier titre à Paris : "J'ai beaucoup travaillé pour ça et j'ai tout fait pour que ma médaille d'argent [sur la même épreuve à Tokyo] se transforme en or." La première étape de ses objectifs a été ainsi réalisée, et sa quête s'est poursuivie avec un programme ambitieux qui incluait également le 50 m dos S2, le 150 m quatre nages SM3, et le 50 m nage libre S3.
L'Art Subtil de l'Ondulation : Une Technique Unique et Révolutionnaire
Gabriel Dos Santos Araujo affirme avec une humilité étonnante : "On se ressemble un peu, je pense", en évoquant Léon Marchand, le champion français de natation. Cette phrase pourrait paraître étrange au quidam qui se retrouverait face à une photo des "deux Champions des champions Monde" de L'Équipe : 1,87 m et tous ses membres pour l'un, 1,21 m et aucun membre complet pour l'autre. Elle souligne pourtant une réalité qui saute aux yeux dès qu'on les voit nager : Araujo et Marchand sont des experts de l'ondulation, ce mouvement en forme de vague qui permet de mieux se propulser.
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Ils ne l'utilisent cependant pas de la même manière. Chez Marchand, les ondulations sont un appui, qui ne servent "que" pour les coulées (une centaine de mètres sur un 400 m quatre nages) ; chez Araujo, elles sont son unique moyen d'avancer tout au long de chaque course. Lors de la finale paralympique du 100 m dos, il en a réalisé environ 210 en 1'53''67, soit à peu près deux par mètre et par seconde. Ce rythme est phénoménal, encore plus au vu de l'ampleur et la force qu'il donne à chacune de ces ondulations.
Le haut de son corps est véritablement taillé pour vibrer. "Gabrielzinho" possède un cou aussi large que son visage. Cette imposante musculature autour des cervicales est une nécessité pour son quotidien, lui permettant de maintenir sa tête et de réaliser des mouvements essentiels. Mais c'est aussi un atout majeur une fois dans l'eau. Cela lui permet de relever plus facilement la tête pour respirer en nage libre, mais surtout de mieux accompagner ses ondulations. Car si Marchand et les nageurs valides utilisent principalement leurs jambes pour ce mouvement et bougent le haut du corps le moins possible, Araujo, quasiment privé de membres inférieurs, fait vibrer tout son corps, de la tête aux pieds en passant par le cou.
Cette technique a été développée avec son coach, Fabio Pereira Antunes, et elle ne pourrait pas exister sans une musculature hors du commun. Du cou donc, mais aussi des abdominaux, des lombaires et du plancher pelvien, zones qu'Araujo travaille assidûment en enchaînant les longueurs à l'entraînement, mais aussi en salle de musculation. Le résultat est un athlète à la fois puissant et endurant. Il est capable d'aller vite sur 50 m dos, comme en témoigne son temps de 50''93 en finale, tout en étant capable de tenir un 200 m nage libre, un effort quatre fois plus long, qu'il a complété en 3'58''92.
Ses pieds, bien que touchés par le handicap - le droit n'est pas dans l'axe du reste de la jambe et il lui manque des orteils -, sont néanmoins grands et souples. Gabriel dos Santos Araujo se sert formidablement de ces deux éléments. En dos, à chaque ondulation et malgré la résistance de l'eau, il les descend au niveau de ses fesses et est capable de les remonter jusqu'à la surface, et même un peu au-dessus puisqu'on voit ses orteils sortir. La vitesse donnée au mouvement de ses pieds, l'amplitude, et la fréquence des battements sont impressionnantes à regarder. Et c'est très efficace car le tout amplifie l'ondulation, et donc l'effet de propulsion.