Nager à contre-courant : Analyse d'une bande dessinée autobiographique et féministe

Özge Samancı, dessinatrice turque vivant à Chicago, a publié une bande dessinée autobiographique intitulée "Nager à contre-courant". Cet ouvrage raconte sa jeunesse en Turquie et aborde la condition des femmes dans ce pays, tout en revisitant l'histoire avec un regard féministe.

Une œuvre autobiographique touchante et sincère

"Nager à contre-courant" est un roman graphique écrit et dessiné par Özge Samancı, une écrivaine et artiste multimédia turque originaire d'Izmir. Comme Ryad Sattouf ou Maryane Satrapi, Ozge Samanci nous partage son enfance. Le récit conte l’enfance heureuse de l’auteure dans une ville des bords de la mer Egée et le déclassement de sa famille laïque mise à mal d’abord par le libéralisme économique introduit dans les années 1980 et plus tard par l’islamisation de la société. Özge grandit sur les bords de la mer Égée en Turquie. Elle s’imagine aventurière, mais ses parents et la société veulent l’enfermer dans des cases. Dans un pays déchiré entre laïcité et fondamentalisme, Özge tente d’écouter sa petite voix intérieure : deviendra-t-elle actrice, ou plongeuse comme Cousteau ?

Le livre est découpé en 15 chapitres, on suit la croissance de l'auteure jusqu'à la fin de ses études. Un dessin pleine page sert de transition en début de chapitre.

L’échelle - l’enfance, l’adolescence- à laquelle se place l’auteure, le choix de privilégier les détails microscopiques arrachés à l’insignifiance par son graphisme mêlant dessin, collages, taches de café, octroient à ce récit un exceptionnel coefficient de vérité et de sincérité.

Özge Samancı a bien grandi à Izmir, ville prospère et bastion de la laïcité. Elle a commencé à publier des dessins humoristiques dans des magazines de cinéma et d’humour pendant ses études de mathématiques à Istanbul dans la prestigieuse Université Bogaziçi. Aux États-Unis où elle vit actuellement elle a poursuivi un doctorat sur les médias numériques. Dare to disapoint, « ose décevoir » en anglais, est un roman graphique sur son passage à l’âge adulte. Il a été traduit en plusieurs langues. Ses dessins paraissent dans The New Yorker, The Wall Street Journal, Slate Magazine, The Huffington Post. Nora Seni est professeure à l’Institut français de géopolitique.

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La condition des femmes en Turquie

La BD aborde la condition des femmes en Turquie à travers le récit de la jeunesse d'Özge. Elle grandit dans un climat étouffant, coincée entre une famille aimante, séculière mais conformiste, et un milieu scolaire traditionnel machiste à tendance religieuse. Özge tente d’écouter sa petite voix intérieure et de s'émanciper des attentes de la société. Elle ne voulait pas accomplir ce que la société et sa famille lui prévoit comme futur elle va oser les décevoir. Une déception pour les autres mais une réussite pour elle vu que son premier roman graphique a déjà été traduit en plusieurs langues et reçu des prix littéraires.

Dans son livre, Ozge partage son enfance et son adolescence : petite fille puis jeune femme créative et énergique, proche de sa grande soeur, elle hésite sur sa voie : sera-t-elle un nouveau Cousteau ? actrice ? mathématicienne ? ou ingénieure ?

Quand Özge Samancı raconte sa scolarité primaire au début des années 1980 avec la figure d'Atatürk omniprésente, l'embrigadement des enfants, les punitions corporelles, cela me fait penser à ce que vit Riad Sattouf en Syrie à peu près à la même époque, toutes proportions gardées car Özge vit dans une famille libérale.

Un regard féministe sur l'histoire

"Nager à contre-courant" revisite l'histoire avec un regard féministe. La BD met en lumière les difficultés rencontrées par les femmes en Turquie, mais aussi leur force et leur capacité à s'émanciper.

Elle s’imagine aventurière, mais ses parents et la société veulent l’enfermer dans des cases. Dans un pays déchiré entre laïcité et fondamentalisme, Özge tente d’écouter sa petite voix intérieure.

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Selon Pascale Bourgaux, la journaliste qui l'a interviewée, "la force de ce livre, c'est son universalité". J'avais des conversations imaginaires avec le commandant Cousteau. Il me disait 'fais ce que tu veux'. Je lui disais je vis en Turquie, je suis une femme, vous, vous vous êtes soutenu par votre amée, comment moi je pourrais y arriver. Il me disait mais tu n'es pas obligée de faire plaisir à ton père, tu peux suivre ta petite voix intérieure.

Le style graphique

Le graphisme fin , original et subtil, renferme beaucoup de petits détails importants. Les textes d'apparence très simples relatent parfaitement l'histoire de cette enfance turque étroitement reliée à la grande histoire assez douloureuse de la république turque des années 70-80.

Les choix graphiques sont pertinents : on a des phylactères pour les dialogues et les pensées comme dans une BD classique, mais il n'y a pas de case ce qui donne de la liberté dans les pages. Certains dessins sont des croquis, des plans, des cartes ou encore des schémas.

Özge raconte tout cela avec son trait primesautier, fait de collages et d’expérimentations graphiques, s’émancipant de l’habituel gaufrier et des conventions du genre.

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