Le Stade Nautique Eugène Maës de Caen, plus qu'une simple piscine, est un lieu chargé d'histoire, intimement lié à la vie d'un homme exceptionnel : Eugène Maës. Footballeur de légende, héros de guerre et figure emblématique de la vie sportive caennaise, Maës a marqué son époque et continue d'inspirer aujourd'hui. Cet article explore l'histoire fascinante de ce stade et de l'homme dont il porte le nom.
Eugène Maës : Du terrain de football aux bords de l'Orne
Eugène Maës, né à Paris, découvre le football dès son plus jeune âge. Il fait ses premières armes dans un patronage paroissial avant de rejoindre le Red Star, où son talent explose. Avant-centre hors pair, il est rapidement convoqué en équipe de France, où il marque l'histoire en inscrivant 15 buts en seulement 11 rencontres. Encore aujourd’hui, il est le 22e meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France.
La Grande Guerre marque un tournant dans sa vie. Blessé en août 1914, il est affecté à Caen, où il rencontre Yvonne Bertheaux, fille du propriétaire d'une école de natation située sur les bords de l'Orne. Il épouse Yvonne le 16 juillet 1918. Il se fixe alors dans l’Athènes normande où il multiplie les activités sportives : joueur et entraîneur du Stade Malherbe de Caen jusqu’en 1930, professeur de natation et directeur de l’école fondée par son beau-père. Il devient alors Caennais d'adoption et s'investit pleinement dans la vie sportive locale.
L'essor du Lido et l'animation de la vie sportive Caennaise
En reprenant le centre nautique de son beau-père, Maës se révèle être un véritable entrepreneur sportif. Il transforme l'établissement en un lieu de vie dynamique et attractif, proposant des cours de natation et de plongeon, mais aussi un restaurant, un dancing et une salle de sport. Véritable animateur de la vie sportive caennaise, il attire ponctuellement les curieux sur les rives de l’Orne, à l’occasion d’événements réputés, comme la « traversée de Caen à la nage ». Il organise des compétitions et des événements spectaculaires, comme la traversée de Caen à la nage, attirant des nageurs de toute l'Europe. Son établissement devient un lieu incontournable de la vie caennaise, où les habitants viennent se détendre et pratiquer des activités sportives.
Le SMC soutient toutes ses initiatives, jusqu’à organiser un match de charité après que les grandes inondations de 1925 ont durement endommagé ses installations. En 1923, il lance ainsi la « traversée de Caen à la nage*», entre les écluses du cours Montalivet et son Lido, à la manière de ce qui existait à Paris, dans la Seine. Il invitait des nageurs étrangers, des Italiens, des Polonais, ou encore le Français Georges Vallerey, futur recordman du monde et médaillé olympique. Les coupes des vainqueurs étaient offertes par des sponsors. Eugène Maës avait créé une course dans l’Orne, la traversée de Caen à la nage, à partir de 1923.
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Caen accueillant régulièrement des étapes du Tour de France cycliste, Eugène Maës calquait ainsi les horaires de ses courses sur ceux d’arrivée des cyclistes au vélodrome de Venoix, afin de laisser le temps aux spectateurs de rejoindre les bords de l’Orne ! « Une année, il avait aussi organisé une démonstration de scaphandre, raconte le spécialiste de l’histoire du sport. Il y avait aussi des concours de plongeon ». S’inspirant toujours du vélo, le patron du Lido crée une course « à l’américaine », dans l’eau : les nageurs doivent effectuer plusieurs tours d’un anneau tracé dans l’Orne, et le dernier est éliminé à chaque passage sur la ligne.
Un destin tragique : De la dénonciation à la déportation
La Seconde Guerre mondiale met un terme brutal à cette période de prospérité. Eugène Maës, connu pour son franc-parler et son patriotisme, ne cache pas son aversion pour l'occupant allemand. Ses propos lui valent d'être dénoncé par Marie-Clothilde de Combiens, une collaboratrice notoire, qui n’hésitera pas à dénoncer plusieurs personnes aux nazis dont Eugène Maës.
Le 21 juin 1943, Eugène Maës est arrêté pour « propos anti-Allemands et gaullistes ». Incarcéré à la prison de Caen, le sportif émérite est transféré à Compiègne le 15 août puis déporté à Buchenwald le 17 septembre. Transféré à Dora puis à Ellrich, il y décède « entre le 20 et le 30 mars 1945 » selon Maurice Aubert, rescapé de Dora.
L'héritage d'Eugène Maës : Un nom gravé dans la mémoire Caennaise
Après la guerre, la ville de Caen souhaite honorer la mémoire de cet homme exceptionnel. En 1966, la principale piscine municipale de la ville est créée. Rénovée entre mai 2014 et janvier 2016, elle porte - depuis une décision du conseil municipal du 24 février 2014 - le nom de stade nautique Eugène-Maës. C'est une manière de perpétuer son souvenir et de rendre hommage à son engagement pour le sport et la ville de Caen. Le Stade Nautique Eugène Maës est aujourd'hui un lieu de vie et de sport apprécié des Caennais, où l'on peut pratiquer la natation, se détendre et se souvenir de l'histoire d'un homme qui a marqué sa ville à jamais.
Pour comprendre, il faut remonter le temps jusqu’au 2 août 1914 : c’est le début de la mobilisation générale en France. Maës, 23 ans, rejoint alors son régiment stationné à Caen. Puis il connaît, comme des millions d’autres jeunes hommes, l’épreuve du feu. Maës est rapidement blessé. Dans l’hebdomadaire Sporting du 22 octobre 1914, il témoigne : « J’ai reçu la visite d’une balle qui m’a perforé de part en part et qui est ressortie plus vite qu’elle était entrée.
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Une petite rue à son nom, à proximité du stade de Venoix, sa tombe, au cimetière Saint-Gabriel. Et pourtant, le bonhomme a durablement marqué la ville de l’entre-deux-guerres, principalement dans le domaine du sport.
Exposition en bande dessinée
Du 9 janvier au 5 février 2025, le Stade nautique Eugène-Maës de Caen (Calvados) accueille une exposition originale en bande dessinée qui met en lumière l'histoire d'Eugène Maës.
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