Depuis quand nage-t-on ? Qui a inventé le crawl ? Quelle est la motivation de ces drôles de loustics qui enchaînent des longueurs dans les parallélépipèdes turquoise de nos piscines, qui s’élancent dans l’océan pour quelques brasses revigorantes, même en hiver ? C'est à ces questions, et à bien d'autres, que tente de répondre Lucas Menget dans son livre "Nages Libres". Plus qu'un simple guide de natation, l'ouvrage se révèle être une exploration profonde de l'art de nager, oscillant entre expériences personnelles, références historiques et réflexions philosophiques. Sorti opportunément au mois de juin, avant des vacances estivales propices à l’exercice de la natation, "Nages libres" de Lucas Menget aurait pu tout aussi bien arriver dans les librairies parmi la rentrée littéraire tant cet éloge de la nage vaut mieux que nombre de romans promus par le ronron médiatique.
Un Cri d'Amour à la Nage et à la Mer
Dans un petit livre baigné de délicatesse, Lucas Menget livre un véritable cri d'amour à la nage et à la mer, car on sent qu'il préfère l'illimité de l'océan à l'eau domestiquée des piscines. De son havre de Locquirec aux criques italiennes, il brasse ou crawle en toutes saisons, par tous les temps. Il peine, souffre, s'extasie, exulte. L'auteur décrit au plus juste les sentiments ambivalents suscités par la nage en eau froide, la peur du choc glacé, le combat puis le plaisir.
L'ensemble des 22 courts chapitres parle de la nage, de l’antiquité à nos jours à travers le prisme de l’auteur, lui-même nageur et grand amateur d’immersion en tout genre. « Nages libres » se termine naturellement avec l’évocation du dernier bain de l’été et de la douce mélancolie d’une saison qui s’achève, sentiment délicat de la « nostalgie heureuse de l’instant », que les Brésiliens nomment « saudade ».
La Nage : Plus qu'un Sport, un Art de Vivre
Fendre l'immensité de la mer ou la surface d'une piscine turquoise, les vagues bretonnes ou la douceur de la Méditerranée. Nager pour le plaisir de sentir son corps appartenir au royaume liquide, tels sont les couloirs de cette philosophie de la nage à laquelle nous convie Lucas Menget. Nager, contrairement à la natation, n'est pas un sport, mais une respiration, un art de vivre. Il ne s'agit pas d'une pratique sportive chronométrée destinée à la compétition, nécessitant efforts et dépassement, avec pour objectif la victoire. Nous en sommes bien loin. Pour Lucas Menget, la nage est une expérience sensorielle, une communion avec l'élément aquatique, une source de bien-être physique et mental.
Souvenirs Personnels et Anecdotes Journalistiques
Ce précis évoque à la fois les souvenirs personnels de l'auteur, sa découverte de la nage enfant sur une plage de Bretagne, ses « bains exotiques » à Bagdad pendant la guerre, à Sorrente la nuit, en Grèce avec les dieux de la mythologie ou dans l'Amazone avec les peuples autochtones qui ne craignent ni l'eau ni les crocodiles. Il y raconte également des anecdotes récoltées lors de ses reportages journalistiques, quand, par exemple, aux jeux olympiques de Séoul la championne Muriel Hermine lui fait découvrir la natation synchronisée.
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On passe d’un bain dans un affluent de l’Amazone à un autre dans la mer Egée. Nous voici ainsi à Bagdad, au plus fort de la guerre civile, où la piscine d’un petit hôtel offre à celui qui était alors reporter d’étranges intermèdes.
Lucas Mengue, directeur adjoint de la rédaction de France Info, évoque aussi bien ses souvenirs de jeunesse, que diverses anecdotes issues de son parcours de journaliste. Aussi intrépide que Matthew Webb - le premier homme à traverser la Manche à la nage -, l’auteur ne recule devant aucun exploit.
L'Eau comme Rite de Purification
Il y a de l'Euripide chez Lucas Menget. Il a visiblement fait siens les mots du dramaturge grec, qui avançait que « la mer lave toutes les souillures des hommes ». Son rapport à la nage tient autant du rite de purification que de l'exercice physique. Qu'il s'agisse de se nettoyer des mesquineries de la vie parisienne ou de la violence de Bagdad et de Jénine, le grand reporter a longtemps trouvé le remède dans les vagues ou l'onde des bassins.
- « Elle nage une brasse classique, simple, efficace. A chaque mouvement, ses bras chassent la tristesse, le deuil, et la replace dans le sillon de la vie : « For some reason, it’s almost impossible to cry in the sea ».
- Puis j'ai avancé dans l'eau, doucement d'abord. La mer m'a pris par les mollets, m'a arraché les pieds du sable, m'a déséquilibré. On n'entre pas dans cet océan: il vous accepte ou vous rejette, sans pitié ni douceur. Il faut se battre contre lui. Mon combat matinal était vain, je le savais à la fois perdu et nécessaire. L'océan acceptait mes cris et mes coups. Ma violence, je la défoulais contre lui.
Histoire et Littérature : Un Vagabondage Aquatique Érudit
Il convoque l’Histoire et des nageurs célèbres, nous entraîne de mer en océan sans négliger les piscines. La Méditerranée lui autorise un détour par l’Antiquité. Même les vertus de la natation synchronisée ne sont pas oubliées. On aura compris que les digressions et les variations de température font le charme et la beauté de Nages libres.
Dans la lignée de « Héros et nageurs » de Charles Sprawson, paru en 1992, ce livre est plein d'anecdotes sur des nageurs exceptionnels ou des expériences insolites. Evidemment, la littérature a sa place dans ce vagabondage aquatique dont l’érudition n’est jamais pesante. Lucas Menget se souvient de la nouvelle de John Cheever, The Swimmer, qui sera portée à l’écran par Frank Perry avec Burt Lancaster. On retrouve aussi Jean Raspail immortalisant les derniers Alakalufs de Patagonie, Alexandre Dumas, Paul Morand ou le merveilleux - et trop méconnu - Patrick Leigh Fermor.
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- « Nager à l’aube. Délier ses muscles, ne pas penser, boire l’instant. Lartigue a saisi toute la sensualité épurée de la nage.
- « Fini les longueurs en comptant tranquillement les virages, en regardant les carreaux au fond du bassin, perdu dans une douce hypnose contemplative. Ce n’est pas de la nage, c’est de la natation.
La Brasse et le Crawl : Deux Approches Sensuelles de la Nage
- « On a tort d’opposer la brasse au crawl, comme si ces deux nages étaient contraires. L’une ouvre, l’autre lance. Brasser la langueur de la mer au petit matin, c’est ouvrir son corps, ramener l’eau le long de soi, immerger sa tête, glisser le plus loin possible, puis la sortir pour respirer, et en un éclair embrasser la vue. Il n’y a rien de plus sensuel que la brasse.
Figures Emblématiques de la Nage
Lucas Menget rend hommage à des figures emblématiques de la nage, qu'ils soient des pionniers, des champions ou des anonymes passionnés :
- Annette Kellermann, nageuse hors pair, maître de la natation synchronisée.
- Duke Kahanamoku nageur olympique en or originaire de Hawaï, et surfeur.
- Benjamin Franklin, père fondateur des USA, qui publia au 18e siècle, un guide pratique pour les apprentis nageurs.
- Matthew Webb qui le premier, en 1875, a traversé la Manche à la nage.
- Les baigneurs qui, comme la grand mère de l'auteur, par tous les temps, à toute saison, bravent des températures de l'eau, qui en retiendraient plus d'un ; ou encore les médecins qui dès l'Antiquité ont misé sur les bienfaits de l'hydrothérapie.
- Wendell Steavenson qui nage tous les jours quelque soit la température de l'eau
Les Bienfaits de l'Eau Froide
Les spécialistes sont formels. L'eau froide agit sur plusieurs fronts. En élevant la température du corps (pour ne pas mourir de froid), on brûle nombre de calories.
Un Éloge de l'Amour et du Plaisir
Avec ce livre, je vais vous parler d'amour et de plaisir Car c'est bien ce dont il est question dans « Nages libres ». Amour de l'eau, chlorée, salée, naturelle Qu'importe ! Il nous livre sa passion, son histoire, grande et petite, au moyen d'anecdotes sympathiques, enjouées, parfois poétiques. Je suis heureuse dans l'eau. A offrir à toute personne qui aime nager, qui aime sentir le contact de l'eau glisser sur le corps.
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