L'Immersion Méditerranéenne : Entre Art Subaquatique et Mémoire Historique de la Plongée

La Méditerranée française ne se contente pas d'être un paysage de carte postale ; elle est le berceau d'une culture sous-marine riche, oscillant entre des projets artistiques contemporains tournés vers la préservation écologique et le devoir de mémoire historique lié à l'invention de la plongée autonome. Ce double héritage, moderne et pionnier, offre aux visiteurs une immersion totale dans les mystères et les aventures des fonds marins.

L'Écomusée sous-marin : Une symphonie écologique à l'île Sainte-Marguerite

L'écomusée sous-marin est composé de six statues immergées près du rivage sud de l'île Sainte-Marguerite. Ce projet singulier, ancré dans le paysage cannois, est le fruit d'une démarche mêlant onirisme et respect environnemental. Pour accéder à ce site, plusieurs compagnies proposent des navettes régulières en bateau entre Cannes et les îles de Lérins (île Sainte-Marguerite et île Saint-Honorat). Lorsque vous arrivez à l'embarcadère, traversez l'île jusqu'au rivage opposé. L'écomusée sous-marin se situe à l'aplomb du chemin de la maison forestière.

Les sculptures sont installées entre 84 à 132 mètres du rivage, à une profondeur de 3 à 5 mètres. Cette faible profondeur est un choix délibéré : les sculptures sont accessibles au plus grand nombre de plongeurs équipés simplement d’un masque et d’un tuba. Cette accessibilité permet de démocratiser la rencontre avec l'art et le milieu marin, tout en sensibilisant le public à la protection de la mer Méditerranée.

Il est impératif de respecter certaines règles pour préserver ce sanctuaire. Il est interdit aux plongeurs de toucher ou de frôler les sculptures afin qu'elles puissent accueillir progressivement une faune et une flore favorisant la biodiversité. L'accès est libre et la zone est sanctuarisée par une interdiction de mouillage des navires. Pour ceux qui ne souhaitent pas se mettre à l'eau, il est possible de voir l'écomusée en 360° grâce à une expérience de plongée en réalité virtuelle ou de visionner l'extrait du film UNDER [SI:], un documentaire consacré à la naissance de l'écomusée sous-marin.

Une prouesse technique au service de la biodiversité

D’une hauteur de deux mètres et d'un poids proche de dix tonnes chacune, les six statues du musée ont été réalisées dans un matériau marin écologique à pH neutre offrant un refuge à la vie subaquatique. Ces œuvres, issues d'un long et minutieux travail, constituent des récifs artificiels favorisant la biodiversité. Les sculptures évolueront naturellement avec le temps en se couvrant d’algues, de coquillages et de faune benthique. Elles deviendront ainsi une partie intégrante de l’écosystème local. Leur texture rugueuse permet aux larves de s’y accrocher et de prospérer, tandis que les cavités offrent des abris pour les poissons et crustacés.

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La galerie photo réalisée peu après l'ouverture de l'écomusée sous-marin Jason deCaires Taylor témoigne de cette transformation. Depuis, la nature a repris ses droits et la biodiversité s'est développée. Cette œuvre onirique et écologique prouve que l'intervention humaine, lorsqu'elle est pensée avec justesse, peut soutenir le renouveau des écosystèmes marins.

Sanary-sur-Mer : La Cité historique de la plongée

À l'opposé de cette approche contemporaine, le musée Frédéric-Dumas à Sanary-sur-Mer nous plonge dans l'épopée fondatrice des « Mousquemers » - Jacques-Yves Cousteau, Philippe Tailliez et Frédéric Dumas - et l’aventure de la plongée autonome. En tant que « cité historique de la plongée », la ville permet une immersion unique dans son héritage. La visite est sublimée par les récits des guides passionnés.

Frédéric Dumas (1913-1991), surnommé affectueusement « Didi », n’est pas seulement le nom sur la façade du musée ; il est l’esprit de l’endroit. Sanaryen de cœur, il a passé sa vie à s’aventurer dans les fonds marins qui bordent sa ville. Mais Dumas était bien plus qu’un chasseur. Il fut un plongeur d’exception, un archéologue sous-marin autodidacte qui préleva de nombreux objets sur des épaves antiques, et un cinéaste qui, aux côtés de Jacques-Yves Cousteau et Tailliez, a capturé les premières images animées des abysses. Pénétrer dans le musée Frédéric-Dumas à Sanary, c’est remonter le temps. Chaque objet raconte une histoire de courage, d’ingéniosité et de passion.

Trésors du patrimoine subaquatique et hommage aux pionniers

Le cœur de la collection du musée Frédéric-Dumas est constitué de matériel de plongée et de chasse sous-marine datant des années 1930 aux années 1960. On y découvre l’historique de la plongée autonome à travers les premiers scaphandres, les arbalètes rudimentaires, les caissons étanches pour les caméras et les palmes qui ont permis les premières explorations. L'archéologie sous-marine occupe également une place centrale : le musée expose fièrement certains des artefacts que Frédéric Dumas a remontés des profondeurs de la Méditerranée.

Au décès de Frédéric Dumas, le 26 juillet 1991, le souvenir de sa contribution à la naissance et au développement de la plongée autonome allait naturellement s’estomper. Si la conservation et la transmission de la mémoire des deux autres membres du trio était assurée, pour Frédéric Dumas, rien n’avait encore été pensé ni organisé. Pourtant, c'est bien à Sanary que tout a commencé. Aux premières heures de la plongée sous-marine, Jacques-Yves Cousteau résidait avec toute sa famille à Bandol puis à Sanary-sur-Mer. Des pionniers de l’industrie naissante de la plongée sous-marine ont créé leur entreprise à Sanary-sur-Mer dès la fin des années 40.

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Dans la salle Maurice Fargues, le musée présente les premiers équipements de chasse sous-marine et de plongée utilisés par Frédéric Dumas. L’espace Maurice Fargues est un hommage poignant : ce nom n’est pas anodin. Le 17 septembre 1947, ce maître-plongeur du Groupe de Recherches Sous-marines (G.R.S.) devint le premier homme à mourir en utilisant un scaphandre autonome lors d’une tentative de record de profondeur. Il avait, un an plus tôt, sauvé la vie de Cousteau et Dumas lors d’une plongée périlleuse dans la fontaine de Vaucluse.

Les figures de proue de l'exploration sous-marine française

Si quelques noms viennent immédiatement à l’esprit lorsque l’on évoque les premiers coups de palmes donnés sous la surface de la mer, on en ignore des dizaines d’autres. En France, dès les années 30, des hommes comme Jean Painlevé et Yves Le Prieur, puis dans les années 40, Louis De Corlieu et Georges Commeinhes, furent les premiers vulgarisateurs des incursions sous-marines.

À l’époque du tournage de leur tout premier court-métrage : « par 18 mètres de fond » (été 1942), on pouvait voir Philippe Tailliez assis, Jacques-Yves Cousteau avec son masque en caoutchouc et Frédéric Dumas portant sa fameuse arbalète géante. Ce sont eux, avec les plongeurs du Groupe de Recherches Sous-marines en 1947 - dont le quartier-maître torpilleur Georges, le maître torpilleur Jean Pinard et le second-maître aéronautique Morandière - qui ont fait entrer la plongée autonome dans l’ère moderne.

Il convient de rappeler qu'avant d’être des plongeurs, la très grande majorité des pionniers de la plongée furent des chasseurs sous-marins. Armé d’un simple harpon ou d’une arbalète rudimentaire, le chasseur allait sous l’eau le corps nu, sans palme, portant de simples lunettes binoculaires. À cette époque, à Nice, à Antibes, à Marseille, à Sanary, des inventeurs, des chasseurs, de simples curieux, tentaient de découvrir les fonds sous-marins. L’un des plus célèbres fut Frédéric Dumas à Sanary.

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