L’univers de la scène et celui du sport de haut niveau partagent, par essence, une exigence de rigueur, de persévérance et une quête esthétique où le corps devient l’instrument principal de l’expression. Mourad Merzouki, figure emblématique de la danse hip-hop et chorégraphe visionnaire, a su, au fil d’un parcours atypique, décloisonner les disciplines pour créer des passerelles inattendues entre le bitume et les bassins olympiques. Son intervention auprès de l’équipe de France de natation artistique pour les Jeux de Paris constitue l’aboutissement d’une démarche artistique centrée sur l’universalisme et le dialogue des corps.
L’ancrage dans le mouvement : une trajectoire autodidacte
Mourad Merzouki, chorégraphe originaire de Saint-Priest, près de Lyon, a construit sa signature artistique sur une volonté constante de réunir les publics. Autodidacte, ayant débuté par le cirque et les arts martiaux avant de s’immerger dans la culture hip-hop, il a très vite compris que la danse possède un enjeu sociétal majeur. Ce parcours, qu’il qualifie lui-même de « conte de fées », l’a conduit à imaginer des dispositifs collectifs ambitieux, comme lors de la Biennale de la Danse à Lyon, où il a fait danser des milliers de spectateurs sur la place Bellecour.
Cette capacité à fédérer, à créer des gestes simples et accessibles, a naturellement attiré l’attention du comité d’organisation des Jeux de Paris. En créant la « Danse des Jeux », pensée comme un échauffement collectif et inclusif sur une musique solaire de Müller & Makroff du Gotan Project, Merzouki a su démontrer que la danse peut transcender les frontières, les âges et les conditions physiques, y compris pour les personnes en fauteuil roulant.
Le défi de l’eau : chorégraphier l’élément liquide
La sollicitation par Julie Fabre et Laure Obry, coachs de l’équipe de France de natation artistique, a représenté pour le chorégraphe un défi d’une nature radicalement différente. Il s’agissait de transposer une gestuelle urbaine, « plus engagée, plus incarnée » que le registre académique habituel, dans un milieu contraint : le bassin.
La connexion avec cette discipline s’est faite par une volonté commune de décloisonner. Les nageuses, en quête de renouveau, ont cherché un regard extérieur capable d’insuffler une énergie inédite à leur programme libre. Pour Merzouki, l’enjeu technique était de taille : travailler dans un bassin de trois mètres de profondeur oblige à se concentrer essentiellement sur le haut du corps. Le rapport à l’espace, au rythme et à la pesanteur y est fondamentalement altéré. Il a fallu, selon ses mots, « revoir sa copie » pour s’adapter aux contraintes strictes d’une compétition sportive, où chaque mouvement est soumis à un système de notation et à des impératifs de timing.
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Une thématique universelle pour une performance incarnée
Au-delà de la technique, le choix de la thématique a été crucial. Pour porter le message de cette chorégraphie singulière, Mourad Merzouki a opté pour la chanson Mesdames de Grand Corps Malade. Ce choix, qui évoque la place des femmes dans la société et la question de la parité, visait à toucher un jury international par un propos fort et universel.
L’idée force était de « bousculer » l’équipe, de proposer une approche innovante qui puisse surprendre par son audace. Le résultat, un programme inédit mêlant natation artistique et codes du hip-hop, témoigne d’une confiance mutuelle entre les athlètes et le chorégraphe. Pour Merzouki, la réussite de ce projet ne réside pas uniquement dans le score final, mais dans le fait d’avoir créé un dialogue fécond entre deux mondes qui, bien que différents par leurs méthodes, partagent une même exigence de préparation physique et mentale.
L’inclusivité comme moteur de création : une porosité des disciplines
La collaboration de Mourad Merzouki avec d’autres figures, telles que la cheffe d’orchestre Zahia Ziouani, illustre cette même recherche de porosité entre les arts. Dans des projets comme « Les Nouveaux Mondes », la danse, la musique symphonique et le sport se rejoignent pour célébrer le patrimoine et la modernité.
Le chorégraphe, qui s’interroge également dans ses créations personnelles - comme dans son spectacle Beauséjour - sur le temps qui passe et sur le corps vieillissant, cherche constamment à rendre le spectaculaire accessible. En intégrant des éléments de sport dans ses chorégraphies et en invitant des non-danseurs à investir la scène, il réaffirme que le mouvement est un langage universel. Cette démarche s’inscrit dans une quête de générosité : il ne s’agit plus seulement de démontrer une virtuosité technique, mais de provoquer des émotions partagées par le plus grand nombre, dans une volonté d’ouverture et d’exigence artistique constante.
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