Francis Joyon et IDEC SPORT : Fin d'une Épopée, Quête de Nouveaux Horizons et Héritage d'un Trimaran de Légende

Le monde de la course au large a été le théâtre d'un bouleversement majeur ce week-end de Pâques, secoué par l'annonce de la fin d'une collaboration emblématique. Après 20 ans de partenariat fructueux, Idec Sport a en effet pris la décision de mettre un terme à son association avec Francis Joyon, le navigateur de 66 ans. Bien que le skipper ait été informé de cette orientation dès le mois de février 2023, l'information a été rendue publique par France Bleu ce 7 avril. Cette rupture signifie que le skipper multitré se verra privé de son Ultim dès juin 2023. Cette décision est un coup de tonnerre dans le monde de la course au large, marquant la fin d'une aventure de deux décennies qui a vu Francis Joyon et Idec, constructeur et concepteur en immobilier logistique, devenir indissociables. Depuis 2003, les images du marin et de son sponsor sont associées, d'abord en tant que co-sponsor, puis très vite comme partenaire exclusif du navigateur à la personnalité singulière. Le bateau sera rendu début juin, avec une date fixée au 3 juin par l’armateur. Par la suite, Idec Sport mettra le maxi-trimaran dans de nouvelles mains, ce qui ouvre un nouveau chapitre pour ce navire légendaire et pour le navigateur.

Le Maxi-Trimaran IDEC SPORT : Un Héritage Nautique Inégalé

Le maxi-trimaran IDEC SPORT, anciennement connu sous les noms de Groupama 3 puis Banque Populaire VII, est un bateau dont le palmarès est exceptionnel et dont l'histoire est riche en innovations et en victoires. Douze ans après sa mise à l’eau, ce multicoque polyvalent continue de démontrer sa fiabilité et ses performances, alliées à l’expertise de Francis Joyon. Ce bateau est largement connu dans l'industrie pour battre des records et est souvent désigné comme le "bateau le plus rapide du monde". C'est une machine à victoires, et les multicoques géants, uniques dans leur construction, n'existent qu'en une poignée d'exemplaires dans le monde. C’est en décembre 2004 que Groupama avait annoncé la construction d’un trimaran géant destiné à battre les plus grands records océaniques, avec pour objectif ultime le mythique Trophée Jules Verne. À une époque où la course à l’armement maritime battait son plein, Groupama a pris la décision de concevoir un bateau de taille raisonnable, le « plus petit » trimaran capable de rivaliser avec Orange II. Franck Cammas et son équipe ont opté pour une longueur de 31,50 mètres (105 pieds), et le bateau a été conçu par les architectes Marc Van Peteghem et Vincent Lauriot-Prévost du cabinet VPLP.

La construction de ce trimaran a débuté en 2005 au chantier Multiplast à Vannes. Après près de 130 000 heures de travail acharné, le bateau a été mis à l’eau le 7 juin 2006. Franck Cammas avait alors souligné la philosophie derrière sa conception : « Nous avons décidé de concevoir un trimaran de puissance moyenne. Groupama 3 est léger mais suffisamment long pour assurer la sécurité dans les mers du Sud. Sa puissance provient de sa largeur, tandis que sa légèreté résulte de l’optimisation de la structure, de la rationalisation de l’équipement et de la qualité de construction. » Groupama 3 a innové par son concept, se rapprochant davantage des trimarans Orma de 60 pieds (comme Groupama 2) que des géants précédents, qui étaient plus lourds et spécialement conçus pour affronter les conditions extrêmes du Grand Sud. Tandis que Orange II, mesurant 36,80 mètres, excellait dans les mers formées mais peinait par vents légers, Groupama 3 s'est révélé beaucoup plus polyvalent, capable de performances remarquables aussi bien dans le gros temps que par conditions modérées.

Le parcours exceptionnel de ce bateau a continué sous les couleurs d'IDEC SPORT. Il est notamment détenteur du Trophée Jules Verne en 2010, 2012 et 2017. Le bateau a également remporté les trois dernières éditions de la Route du Rhum, parmi de nombreuses autres performances, confirmant sa réputation de véritable machine à records. Le 27 février 2024, le skipper finistérien Charles Caudrelier a remporté la première édition du tour du monde en course des Ultimes à la barre de son maxi Edmond de Rothschild, une nouvelle qui souligne la constante évolution et la compétition intense dans cette catégorie de bateaux de légende. L'Arkéa Ultim Challenge a ainsi sacré un marin discret devenu, avec son bateau, la référence des géants des mers.

Francis Joyon : Un Navigateur Insatiable en Quête de Nouveaux Horizons

Malgré la fin de cette collaboration historique, Francis Joyon est pourtant bien décidé à poursuivre sa carrière en Ultim. Le Morbihannais, détenteur de très nombreux records, se met en quête de nouveaux projets. Ce monstre sacré de la course au large se retrouve cependant pour l'instant dans l'impasse, sans trimaran géant à louer en 2023. Il devra aussi trouver un nouveau sponsor pour monter un nouveau projet. Selon des sources proches du dossier, Francis Joyon est loin de vouloir arrêter sa carrière de marin à 66 ans. Au contraire même, le détenteur du trophée Jules Verne se voit à la barre d'un navire pour améliorer son propre record autour du monde en équipage. Avec une obsession : le faire en moins de 40 jours. Il s'est d'ailleurs exprimé sur ce sujet, se disant « Chauds pour repartir autour du monde pour franchir la barre des 40 jours ». Francis Joyon a été spectateur du tour du monde de Thomas Coville et ses hommes qui ont inscrit un nouveau record, neuf ans après IDEC Sport. Pour y parvenir, il lui faudra trouver un nouveau bateau. D'après nos confrères, le skipper s'est rapproché de Spindrift, mais le bateau de Yann Guichard n'est pour l'instant pas à vendre. Le Maxi Edmond de Rothschild, l'Ultim à bord duquel Charles Caudrelier a remporté la Route du Rhum 2022, sera lui aussi mis en vente, le team en faisant construire un nouveau, mais pas dans l'immédiat. L'Ultim Gitana de Charles Caudrelier, victorieux de la dernière Route du Rhum, sera à vendre en 2024.

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Actuellement engagé dans une opération en faveur de la transition écologique autour de l'Europe, Francis Joyon reprend la mer ce samedi à bord du maxi trimaran IDEC Sport pour le programme "The Arch". Ni le skipper ni son équipage ne sont salariés d'Idec ; tous sont des travailleurs indépendants et des prestataires de service, et ils se retrouveront à quai. Certains membres de son équipage espèrent monter un projet en Class 40 pour la transat Jacques Vabre en fin d'année, quand un autre penserait lui au circuit Ocean Fifty. Bien sûr, cela ne serait possible qu'à condition de trouver des partenaires financiers pour les accompagner. Francis Joyon et son équipage sont actuellement à Concarneau dans le cadre du The ARCH, le tour de l’Europe pour la collecte de 100 projets innovants pour la planète. À l'issue de ce tour de l’Europe qui aura amené le trimaran IDEC Sport de Nantes à Copenhague, Concarneau, Malaga, Marseille, Ajaccio, Naples, Athènes, Lisbonne, pour revenir à St Nazaire, Francis Joyon et son équipe devront rendre le trimaran à son propriétaire, le Groupe IDEC de Patrice Lafargue. Idec, très engagé par ailleurs en sport automobile, le basket, le rugby et auprès de sportifs individuels, ne souhaiterait pas aller plus loin dans son investissement dans la voile de compétition de très haut niveau.

Le Futur d'IDEC SPORT : Alexia Barrier et le « The Famous Project »

Selon nos informations, c'est la skippeuse Alexia Barrier qui va hériter du maxi-trimaran IDEC SPORT pour son projet baptisé "The famous project". Il s’agit d’un projet d’équipage 100% féminin visant à se lancer sur le Trophée Jules Verne, le tour du monde en équipage. Idec mettra l’Ultim à sa disposition, tandis que le budget de fonctionnement de l'équipe sera assumé par un autre partenaire financier. Cette passation marque une nouvelle étape pour ce bateau emblématique, car avec un tel héritage vient à la fois l'opportunité mais aussi l'attente pré-conditionnée de poursuivre son extraordinaire parcours. Les responsables ont exprimé leur gratitude envers leurs partenaires IDEC de leur avoir confié l'héritage de cet incroyable bateau.

L'Épopée des Trimaran Idec Successifs : Des Records en Cascade

L'histoire de Francis Joyon avec Idec a débuté en 2002, à travers trois trimarans et un skipper hors normes. Le Groupe IDEC, sous l'impulsion de Patrice Lafargue, a racheté à l’époque le trimaran Lyonnaise des eaux Dumez (ex Poulain à l’origine), qui appartenait à Olivier de Kersauson. Ce bateau n’avait pas navigué depuis 1996. C'était un trimaran de 27 mètres, initialement modifié pour la navigation en équipage. Francis Joyon a légèrement modifié le plan de pont pour l’adapter à son programme de records en solitaire.

Dès 2005, Francis Joyon a battu le record du tour du Monde en solitaire en 72 jours et 23 heures, établissant six records intermédiaires. S'en sont suivis les records de la Route de la Découverte en solitaire, le record de l’Atlantique Nord en solitaire en 6 jours 4 heures et 1 minute, ainsi que le record de la plus grande distance parcourue en 24 heures en solitaire avec 543 milles. C'est à ce moment que se produit un événement marquant. Quelques heures après avoir battu le record de la traversée de l'Atlantique à la voile en solitaire, entre New York et le cap Lizard (6 j 4 h 1 min et 37 s), Francis Joyon a perdu son trimaran en s'échouant à la pointe de Penmarc'h (Finistère).

L'Échouage Marquant du Premier Trimaran IDEC : Un Accident Riche d'Enseignements

Mort de fatigue après avoir passé la ligne d’arrivée au cap Lizard, Francis Joyon ramenait seul son trimaran à Brest quand il s'est endormi et s’est échoué sur les rochers. Le skipper, qui regagnait son port d'attache à La Trinité-sur-Mer (Morbihan), naviguait sous pilote automatique et dormait lorsqu'il a été réveillé, jeudi 7 juillet vers 1 heure du matin, par un grand crash. « Comme cela faisait longtemps que je n'avais pas dormi, mon sommeil a de suite été très profond, a indiqué le navigateur. J'étais sous pilote, et je pense qu'il a dévié - comme il l'avait fait une ou deux fois pendant le record - mais je n'avais cette fois pas la vitesse suffisante pour que la variation m'alerte. Je me suis réveillé brutalement en entendant un gros crash, le bateau était posé dans les déferlantes, avec un rocher de 6 mètres de haut à gauche, et un rocher de 6 mètres de haut à droite, j'étais suspendu au milieu… » Se croyant échoué sur des rochers au large, Francis Joyon a lancé un appel de détresse avant d'être secouru par les pompiers. Complètement tétanisé, il a dû passer des examens à l'hôpital de Pont-l'Abbé avant de retourner sur le lieu de l'échouage. « Le mât est tombé et le bateau s'est disloqué en quelques minutes, raconte-t-il. Nous avons tenté avec une vedette de la SNSM -Société nationale de sauvetage en mer- de le dégager des rochers, mais la houle rendait la manœuvre très difficile. »

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Pour améliorer de plus de 22 heures l'ancien record, détenu depuis juin 1994 par Laurent Bourgnon sur le trimaran Primagaz, et devenir le premier solitaire à traverser l'Atlantique en moins d'une semaine, le skipper d'IDEC n'avait pas ménagé ses forces et avait puisé dans ses réserves de sommeil. Parti dans des conditions de vent mal établies, il avait été contraint à de fréquents changements de voiles avant d'attraper un système dépressionnaire qui lui avait permis de battre le record de distance parcourue en 24 heures par un solitaire (543 milles, soit 1 004 km). Les derniers jours, il avait dû passer un maximum d'heures à la barre afin de mieux contrôler son trimaran aux allures portantes (vent arrière), les plus dangereuses sur un multicoque à cause des risques d'enfournement. « Je crois que, même en équipage, ce bateau n'est jamais allé aussi vite », avouait avec fierté Francis Joyon, qui a couvert les 3 000 milles de cette traversée de l'Atlantique à 19,75 nœuds de moyenne. Mis à l'eau en 1985 par Olivier de Kersauson, ce trimaran de 27,20 mètres, qui avait subi cinq grandes transformations, avait un palmarès impressionnant avec quatre tours du monde et plus de 200 000 milles parcourus. Il avait battu les records autour du monde en équipage avec Olivier de Kersauson (71 j 14 h 18 min et 8 s en 1997) et en solitaire avec Francis Joyon (72 j 22 h 54 min et 22 s en 2004). Après vingt ans de bons et loyaux services, le vieux trimaran a disparu sur deux nouveaux records, mais a laissé Francis Joyon dans l'embarras. Après l'échouage, Patrice Lafargue, PDG du groupe Acanthe ingienerie (IDEC), a confirmé sa volonté de « continuer à faire d'autres grandes choses » avec son skipper. La reconquête du record autour du monde, amélioré par Ellen MacArthur, figurait alors dans leurs projets. Mais cela passait désormais par la construction d'un trimaran géant qui coûterait plusieurs millions d'euros. Francis Joyon s’en est sorti indemne de cet incident.

Le Groupe IDEC a pris la décision de faire construire un nouveau trimaran pour son skipper. Un trimaran simple et puissant pour l’époque, adapté à la course au large et aux records en solitaire. C'était un trimaran sister-ship de Sodeb’O et Majan Oman Air, signé Ires/Cabaret. Ce second trimaran a été mis à l’eau en juin 2007. Les succès se sont enchaînés jusqu’en 2014, avec le record de la traversée de la Manche en solitaire, par deux fois le record de la plus grande distance parcourue en solitaire en 24 h, et par deux fois également, le record de la Route de la Découverte en solitaire. Il a de nouveau battu le record du tour du Monde en solitaire en 57 jours 13 heures et 34 minutes, le record de l'Atlantique Nord en solitaire en 5 jours 2 heures 56 minutes et 10 secondes, et le record sur la Mauricienne en 26 jours 4 heures et 13 minutes. Le bateau a aussi décroché une 2ème place sur la Route du Rhum 2010, une victoire sur le tour de Belle-Île et sur le tour de l’île de Wight. Cependant, il a également connu quelques déboires, notamment un chavirage en août 2011 lors d’une tentative sur le record de la traversée de l’Atlantique Nord en solitaire, quelques heures après le départ. Le trimaran a été récupéré et mis en chantier. Début 2015, ce trimaran a été vendu à Guo Chuan.

Le Groupe IDEC a prospéré en même temps que Francis Joyon portait haut la marque. En février 2015, l’annonce a été faite que le trimaran ex-Groupama 3 deviendrait le prochain IDEC. Cependant, le montage financier est passé par une location du trimaran à Renaud Laplanche, alors CEO de Lending Club, et Ryan Breymaier pour une campagne de records en Atlantique et sur le Pacifique. Francis Joyon et son équipe ont récupéré le trimaran à la mi-août 2015, pour un gros chantier de mise à niveau chez Multiplast. Dès la fin de l’année, une première tentative sur le Jules Verne en équipage réduit a été tentée sans succès. La deuxième tentative fut la bonne en janvier 2016, lorsque IDEC Sport, Francis Joyon et son équipage ont bouclé un premier tour du Monde en 47 jours 14 heures et 47 minutes. En janvier 2017, le record a été pulvérisé en 40 jours 23 heures 30 minutes et 30 secondes, un record qui tient toujours.

Les succès se sont enchaînés, avec le record de la traversée de l’Atlantique Nord en solitaire, une 2ème place à The Bridge, et une 2ème place à Nice UltiMed. En 2018, Francis Joyon a remporté la Route du Rhum et a battu le record de l’épreuve en 7 jours 14 heures. L’équipage a ensuite enchaîné les records sur La Mauricienne, le record entre Maurice et le Vietnam, le record sur Ho Chi Minh et Shenzhen, le record sur la Route du Thé, une victoire sur la Cowes/Dinard, et pour finir une très belle 4ème place sur la Route du Rhum 2022. Lors de la Route du Rhum 2022, Francis Joyon a terminé quatrième de la course en franchissant la ligne d’arrivée de Pointe-à-Pitre cette nuit à 3h56 heure de Paris. Il a franchi la ligne d’arrivée le vendredi 18 novembre à 3h56 (heure de Paris). Interrogé sur sa performance, il a déclaré : « On a passé les fronts plus durement que les premiers ». Ce sont les Ultim qui ont eu les honneurs de la ligne d’arrivée à Pointe-à-Pitre. Lors de cette édition, les deux prochains Ultim étaient attendus dans la nuit de jeudi à vendredi tandis que les Imoca se livraient actuellement à une bataille d’empannages. Francis Joyon s’engageait pour la huitième fois sur l’épreuve, 32 ans après sa première participation, se donnant « 10 % de chance de gagner cette édition ».

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