L'horlogerie de plongée occupe une place singulière dans l'histoire des instruments de mesure. Bien plus que de simples accessoires de mode, ces garde-temps sont le fruit d'une quête incessante de fiabilité, de lisibilité et de résistance aux conditions extrêmes. En se penchant sur quelques marques qui ont proposé des montres de plongée iconiques et qui ont contribué à leur démocratisation, on découvre une aventure technique où la précision helvétique rencontre les exigences périlleuses des profondeurs. Cette exploration permet de mieux appréhender l’histoire de cette branche bien spécifique de l’horlogerie et d’en découvrir plusieurs modèles importants qui ont jalonné le XXe siècle.
Les Fondations de l'Étanchéité et l'Ère des Pionniers
La naissance des montres de plongée trouve ses racines dans les premières innovations liées à l'étanchéité. Dès les années 1920, la volonté de protéger le cœur mécanique des montres contre l'humidité et la poussière devient une priorité pour les manufactures. Rolex fait indéniablement partie des marques qui ont le plus influencé le développement de la montre de plongée et sa démocratisation. Les premiers pas de la marque d’Hans Wilsdorf dans le secteur de la Diver’s Watch remontent aux années 20. 1926 marque le lancement de la Rolex Oyster, qui fut mise en avant comme la première montre entièrement étanche au monde, grâce à son boîtier avec une couronne et un fond de boîte vissés garantissant un environnement scellé.
En octobre 1927, cette Oyster fut mise à l’épreuve au cou de Mercedes Gleitz pendant sa traversée de la Manche à la nage, une épreuve qui dura plus de 10 heures. Cette performance prouva la fonctionnalité du concept. Omega a suivi en 1932 avec la Marine, utilisant un boîtier à double verrouillage testé jusqu'à 135 mètres. Dans les années 1930, Panerai a également développé des montres lumineuses utilisant des mouvements Rolex et de la peinture au radium pour la Marine italienne, mettant l'accent sur la visibilité en milieu sombre.
Rolex et l'Avènement de la Submariner
Dès 1953, Rolex finalisa une pièce qui marquera le secteur à jamais : la Submariner. La toute première référence arborant le nom Submariner sur son cadran fut la 6204. Elle proposait déjà des détails qui allaient forger l’identité visuelle de la collection, notamment le triangle retourné à 12h et les index ronds, à l’exception des repères 3, 6 et 9h qui sont en bâton. Les aiguilles étaient alors de simples aiguilles droites à l’extrémité pointue, l’aiguille « Mercedes » n’ayant pas encore fait son apparition. Cette Submariner était entraînée par le calibre A260 et annonçait une étanchéité à 100 mètres, surpassant la Blancpain Fifty Fathoms sortie la même année, qui affichait une étanchéité de 91,45 mètres (soit 50 brasses).
La même année, pour démontrer ses capacités techniques, Rolex fabriqua une pièce spécialement conçue pour accompagner l’explorateur suisse Auguste Piccard dans une exploration sous-marine. Ce dernier descendit à 3 131,8 mètres de profondeur à bord de son bathyscaphe. La montre, accrochée à l’extérieur, remonta saine et sauve, validant la robustesse extrême des boîtiers Oyster.
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La Plongée à Saturation et la Révolution de la Valve à Hélium
C’est également Rolex qui proposa la première montre de plongée extrême pour répondre aux besoins de professionnels effectuant de la plongée à saturation : la Rolex Sea-Dweller, étanche à 60 ATM, lancée en 1967. La grande évolution technologique qu’apporta cette Sea-Dweller par rapport à la Submariner est la valve à hélium.
Dans la pratique de la plongée à saturation, les plongeurs passent plusieurs jours dans des caissons sous pression où ils respirent un mélange gazeux contenant de l’hélium. Ce gaz s'infiltre à l’intérieur des montres et, lors de la phase de décompression, il tente de s'échapper par la partie la plus fragile du garde-temps, provoquant souvent l'expulsion du verre. La valve à hélium permet de purger ce gaz en toute sécurité. Cette technologie fut développée en partenariat avec la marque Doxa. Philippe Cousteau, le plus jeune des fils de Jacques-Yves Cousteau, utilisait souvent une Rolex Sea-Dweller référence 1665, la première référence de Sea-Dweller, surnommée « Double-Red Sea-Dweller » (DRSD) en raison de ses deux lignes d’inscriptions rouges sur le cadran.
Blancpain, Doxa et l'Innovation Fonctionnelle
En 1953, avant même que Rolex ne présente sa Submariner, Blancpain avait lancé la mythique Fifty Fathoms lors du Baselworld. Cette montre fut utilisée par les soldats de plusieurs armées, dont les combattants marins français et américains. En coulisses, le fabricant de boîtiers suisse Squale a joué un rôle essentiel en produisant des boîtiers pour Blancpain.
Doxa, de son côté, a marqué les esprits à la fin des années 60 avec la Sub 300. Cette montre était équipée d’une lunette rotative unidirectionnelle permettant de calculer les temps de plongée, mais elle intégrait aussi une échelle de limite de non-décompression, indiquant au plongeur le temps qu’il peut rester à une profondeur donnée sans palier. Le cadran orange fut choisi après de nombreux tests pour une lisibilité optimale, et l’aiguille des minutes fut dessinée bien plus large que celle des heures pour faciliter la lecture. En 1969, Doxa lança la Conquistador, première montre de plongée équipée de la valve à hélium disponible sur le marché, co-développée avec Rolex.
L'Héritage des Montres Militaires et l'Influence de la Royal Navy
Les montres militaires ont largement contribué à faire passer les garde-temps du gousset au poignet, imposant des critères de robustesse et de lisibilité. Le pedigree de l’armée britannique est considéré comme l’un des plus romancés par les passionnés. Le tout premier partenariat de montres de plongée militaires est né de Rolex avec sa troisième itération Submariner, la référence 6538, demandée par le ministère de la Défense (MOD) pour la Royal Navy.
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Le premier plongeur militaire britannique a servi dans la Royal Navy jusqu'en 1967, date à laquelle ils ont opté pour la Seamaster 300 modifiée d’Omega pendant quatre ans. Depuis 1971, cette itération maintient sa position de plongeur militaire le plus reconnu. De 1971 à 1979, le MOD s'est associé à Rolex pour commander la Submariner référence 5513, qui a évolué vers le modèle 5517. Ce dernier intégrait une lunette plus large et des aiguilles « épée » ou « gladiateur », ainsi qu’une trotteuse à pointe de flèche. Ces MilSub étaient destinées au Special Boat Service (SBS), une unité d'élite des Royal Marines. Ces montres étaient souvent portées sur un bracelet G10 NATO en nylon gris, devenu aujourd'hui un standard esthétique.
L'Évolution des Modèles chez Omega et Jenny
Omega a joué un rôle précurseur en proposant, dès 1932 avec la Marine, une montre destinée au grand public avec une étanchéité très efficace. Plus tard, en 1970, Omega a proposé la Seamaster Professional 600 m/2000 ft, communément appelée « Omega PloProf » (pour Plongeurs Professionnels). Développée en collaboration avec la COMEX et le commandant Cousteau, cette montre possédait une couronne à 9h pour la protéger des chocs.
Par ailleurs, la marque Jenny a marqué l'histoire en 1964 avec la Caribbean, première montre étanche à 1000m. Cette performance fut rendue possible grâce à un boîtier monobloc et un système d’étanchéité de la couronne appelé « triple safe ». La commercialisation fut réalisée en collaboration avec la marque zurichoise Ollech&Wajs.
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