Jean-Luc Mélenchon, figure de proue de La France Insoumise, a connu une évolution notable de sa position concernant le voile islamique et la laïcité. Autrefois critique envers le port du voile, qu'il considérait comme un signe de soumission patriarcale, il adopte aujourd'hui une approche plus nuancée, voire favorable. Ce revirement, assumé par l'homme politique, suscite des interrogations et des débats quant à sa sincérité et ses motivations.
Un changement de cap assumé
C’est de notoriété publique, Jean-Luc Mélenchon a opéré en quelques années, sur la question du voile islamique et de la laïcité, une volte-face complète. En 2010, il qualifiait le voile de «signe de soumission patriarcale». En 2015, il contestait aussi l’utilisation du terme «islamophobie» et martelait que le voile était «un signe de soumission».
Dans un long entretien publié cette semaine à l’occasion de la sortie en anglais de son ouvrage « Faites mieux ! Vers la Révolution citoyenne », Jean-Luc Mélenchon explique avoir complètement changé d’avis et donne le détail de ce revirement d’opinion. Jean-Luc Mélenchon ne cache pas son évolution sur la question du voile islamique.
Ce virage à 180 degrés pour celui qui, en 2010, dénonçait dans les colonnes de Marianne une « soumission patriarcale » et comparait le port du voile à « un stigmate que l’on s’inflige ». En 2015 encore, il contestait l’usage du terme « islamophobie » et rappelait que le voile restait à ses yeux « un signe de soumission ». Mais aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon assume un discours radicalement différent.
Les fondements de son évolution
« Le seul texte qu’on ait sur le voile comme soumission de la femme à l’homme est chrétien. C’est saint Paul qui le dit, et il oblige les femmes à se couvrir pour se soumettre à l’homme », affirme le chef de file de La France insoumise. Jean-Luc Mélenchon commence par souligner que la soumission de la femme à l'homme à travers le voile est d'abord un concept chrétien, faisant référence aux écrits de Saint Paul.
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« J’ai posé la question à des copines voilées, confie encore Mélenchon. Toutes m’ont dit : “Tu n’as rien compris. Je me soumets à Dieu, pas à l’homme. Et j’attends de mon compagnon qu’il respecte les règles que Dieu lui impose à mon sujet” ». Des témoignages qui auraient, selon lui, profondément modifié son analyse : « Ces discussions m’ont fait changer de regard.
Selon lui, des discussions avec des femmes voilées lui ont permis de comprendre que le port du voile pouvait être perçu comme un acte de soumission à Dieu et non à l'homme.
Interprétations religieuses et laïcité
Dans le Coran, seules deux sourates (24 et 33) évoquent le fait pour les croyantes de se couvrir, sans mention explicite du mot « hijab », ni précision concernant le couvrement de la tête. Ces injonctions sont souvent comprises comme des appels à la pudeur, et interprétées de façon variée selon les écoles juridiques et les contextes.
Jean-Luc Mélenchon, lui, poursuit sa critique : « Beaucoup de Français très engagés, comme je l’étais, confondent laïcité et athéisme d’État. Or, la laïcité n’est pas un prétexte à l’islamophobie. » Il remet également en question l'interprétation stricte de la laïcité, estimant qu'elle est souvent confondue avec un athéisme d'État et utilisée comme prétexte à l'islamophobie. Il considère que « Souvent, nous les Français les plus engagés comme c’était mon cas, considérons que la laïcité est un athéisme d’État »,
Il s'oppose par ailleurs aujourd'hui à l'interdiction du port du voile à l'université.
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Un contraste avec ses prises de position passées
Un positionnement qui n’étonne plus, mais qui contraste toujours davantage avec celui de l’ancien président du Parti de gauche qui s’opposait notamment en des termes sans équivoque au voile intégral. «Moi je considère que c’est un traitement dégradant et je considère que c’est une provocation d’un certain nombre de milieux intégristes contre la République», disait-il face au chroniqueur de l’émission On n’est pas couché, Éric Zemmour, approbateur.
Des propos qui tranchent avec ses déclarations passées. En 2010, face à Éric Zemmour sur le plateau d’On n’est pas couché, l’ex-président du Parti de gauche s’insurgeait contre le voile intégral : « C’est un traitement dégradant, une provocation d’intégristes contre la République. » Il ajoutait : « Cette histoire de burqa est obscène. Elle repose sur l’idée que les hommes seraient tous des prédateurs.
En 2010, Jean-Luc Mélenchon estimait que les femmes voilées "se stigmatisent eux-mêmes". Bien sûr, certains diront que Mélenchon se prononçait alors sur le cas d'une candidate voilée du Nouveau parti anticapitaliste, que le contexte était bien différent, que les deux positions - celle d'hier et celle d'aujourd'hui - ne sont vraiment pas incompatibles. Mais tout de même, il faut relire ce que disait du voile, en 2010, le dirigeant du Parti du gauche. Et là, le changement de cap paraît manifeste.
Contrairement à ce qu'indique Marine Le Pen, dans cette émission, Jean-Luc Mélenchon ne parle donc pas du voile lorsqu'il évoque une obscénité mais bien du voile intégral : "C'est oscène cette histoire de burqa", dit-il précisément.
Jean-Luc Mélenchon « a changé d’avis » sur les questions de laïcité, a regretté ce dimanche 3 septembre 2023 l’ancien dirigeant socialiste Julien Dray. En approuvant cette décision du gouvernement, « le Parti socialiste retrouve ses bases ».
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Laïcité et port du voile : un positionnement complexe
Le leader de LFI tente de concilier une fidélité aux valeurs républicaines et l’ouverture aux revendications identitaires. À la tribune de l’Assemblée, Jean-Luc Mélenchon se lance, ce 1er février 2021, dans une longue intervention sur la laïcité. Au premier jour de l’examen de la loi confortant le respect des principes de la République - dite loi séparatisme -, il défend une motion de rejet qu’il sait perdue d’avance. Peu importe, il s’agit d’assener un message : La France insoumise, son parti, conteste une loi qui participe de « l’amalgame invraisemblable entre islam et islamisme, entre islamisme et terrorisme ».
Le positionnement de Jean-Luc Mélenchon sur la laïcité et le port du voile est complexe, oscillant entre défense des valeurs républicaines et ouverture aux revendications identitaires.
Le voile intégral
Toutefois, la question du port du voile en général était alors un débat épineux pour la gauche. Et Jean-Luc Mélenchon, en laïcard revendiqué, s'est toujours tenu à distance des religions, vouant un culte à la laïcité et à la loi de 1905. Il a mis du temps à trouver sa position sur l’Islam.
En 2010, Jean-Luc Mélenchon est alors invité à donner son positionnement "sur la burqa". "La question qui est posée est la suivante : est-ce que c'est un traitement dégradant oui ou non ? Si c'est un traitement dégradant, alors c'est interdit, ici c'est la République", répond le député européen. Dans ce pays, on va vivre ensemble et on ne se trimballera pas avec des fantômes qui se promènent dans la rue et qui interdisent qu'on les regarde. "Moi je considère que c'est un traitement dégradant et je considère que c'est une provocation d'un certain nombre de milieux intégristes contre la République. Et par conséquent la République a gagné et elle va gagner encore une fois : ça sera interdit", poursuit Jean-Luc Mélenchon. "Et on le fera non seulement pour empêcher une absurdité qui consiste à accepter l'idée qu'une femme considère qu'elle est un enjeu, un gibier, qu'un homme ne peut la regarder qu'avec un œil de prédateur. Et deuxièmement, parce que c'est obscène cette histoire de burqa, ça part de l'idée que les hommes ne sont que des prédateurs." Jean-Luc Mélenchon est ensuite questionné sur les femmes qui "portent la burqa volontairement". "Je leur donne le signal suivant : en République française, les hommes et les femmes sont égaux. J'ai le droit de te regarder dans les yeux", répond-il. "Dans ce pays, on va vivre ensemble et on ne se trimballera pas avec des fantômes qui se promènent dans la rue et qui interdisent qu'on les regarde."
Dans une note de blog datant de la même période : "Pourquoi le port du voile intégral est-il un traitement dégradant pour les femmes ? D’abord parce qu’il est obscène. Il réduit celle qui le porte au seul statut de proie sexuelle potentielle."
La candidate voilée du NPA
À propos de la candidate voilée du NPA, Jean-Luc Mélenchon décrivait dans Marianne "une attitude immature et un peu racoleuse". "On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale", expliquait-il. "En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes - car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate - et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes."
Le 4 février 2010 donc, la sensibilité du fondateur de la France Insoumise était toute autre. Interrogé par Marianne (nous reproduisons l'interview, également disponible ici, en annexe de cet article) il critiquait vertement le parti de Besancenot pour avoir présenté une candidate voilée aux élections régionales. Et développait une pensée orthogonale à celle des initiateurs de la tribune de Libération.
Jean-Luc Mélenchon : Il y a une confusion des rôles. Le débat politique ne doit pas aller sur le terrain religieux. Quelqu’un qui participe à une élection doit représenter tout le monde et pas seulement ceux dont il partage les convictions religieuses. C’est une attitude immature et un peu racoleuse qui dit : « A moi les miens ». Pour en revenir à la phrase d’Olivier Besancenot, je crois qu’il y a mille manières d’être féministe, mais cette manière-là est un peu particulière et constitue une régression. Même dans les pays d’origine, cette pratique est combattue par les milieux progressistes. On ne peut pas se dire féministe en affichant un signe de soumission patriarcale.La jeune femme en question, Ilhem Moussaïd, explique que « dans l’atmosphère d’islamophobie » actuelle il est « important de s’unir pour une vraie gauche » et que « le sens de [sa] candidature est de donner une voix aux femmes et aux hommes issus des quartiers populaires » ? C’est une erreur. Le mouvement ouvrier a toujours payé le passage à la religion et à l’ostentation. Ça empêche l’unité. Lors du Forum social qui s’est tenu en Inde, pour la première fois, il avait été question de laïcité. Il avait été évoqué le cas du syndicat des transports. Conducteurs et bagagistes ne parvenaient jamais à faire la grève ensemble parce que les conducteurs étaient brahmanes et les bagagistes des intouchables… En ce moment, on a le sentiment que les gens vont au-devant des stigmatisations : ils se stigmatisent eux-mêmes - car qu’est-ce que porter le voile, si ce n’est s’infliger un stigmate - et se plaignent ensuite de la stigmatisation dont ils se sentent victimes. Il faut penser à tous ces gens qui n’ont tout simplement aucune religion. Il y a quelque chose d’unilatéral dans le comportement des religieux. Et si cette jeune femme pense rassembler, elle se trompe : elle divise. Je lui demande de tirer les leçons de l’histoire de France. Non pas parce qu’il s’agit de l’histoire de France, mais parce que nous avons connu trois siècles de guerres de religions. Certains avanceront que sa religion est seulement plus visible, que des politiques se revendiquent ou se sont revendiqués comme catholiques et catholiques de gauche notamment ? Pour ma part, je me suis toujours refusé à dire si j’étais croyant ou si je ne l’étais pas. Parce que je ne trouve pas ça respectueux. Il ne faut pas se tromper : elle a le droit de pratiquer, mais pas dans la sphère politique. Là, on a le sentiment qu’elle le fait pour donner à voir. Ce n’est pas acceptable. La direction du NPA dit se plier à une « décision locale » après « un débat sérieux et complexe ». Au PG, ça ne pourrait pas avoir lieu ? Ils ont de la chance que ce ne soit pas un intégriste religieux qui ait été désigné ! Ou quelqu’un avec une cornette sur la tête ou qui veuille se promener tout nu ! Au PG, nous en discuterions directement avec l’intéressé. Nous réunirions les instances locales s’il le fallait et nous lui dirions : « C’est inacceptable. Ce n’est pas possible ». Si ça se trouve, cette jeune femme est une très bonne militante. Mais si elle a une conscience politique, c’est sur le terrain politique que ça doit se jouer, avec des arguments. La religion est du domaine de la vérité révélée. On ne peut pas débattre de ce qui relève de la vérité révélée. Vous expliquiez que c’était une « attitude un peu racoleuse » ? Faut-il, selon vous, y voir un coup politique du NPA ? Ils se saisissent de tous les moyens pour creuser le fossé, pour se différencier de nous qui sommes d’une gauche laïque, d’une gauche qu’ils savent à cheval sur les principes. Mais ça n’est franchement pas une bonne idée.
De "chiffon sur la tête" à la lutte contre l'islamophobie
Par ailleurs, invité en 2017 de "L'Émission politique" sur France 2, il qualifiait le voile de "chiffon sur la tête". Un positionnement qu'il a depuis fait évoluer. En novembre 2019, l'Insoumis signait une tribune dans Libération, pour dire "stop à l'islamophobie", avant de participer à une manifestation "contre la stigmatisation des musulmans de France". Dans cette tribune, les signataires dénonçaient notamment les "lois liberticides" qui visent les musulmans. Face au tollé quant à l'utilisation du terme "islamophobie", Jean-Luc Mélenchon avait ensuite dû se justifier et avait précisé qu'il s'agissait de "la loi votée au Sénat sur l’interdiction du voile" pour les mamans accompagnatrices scolaires et de "la loi sur l’état d’urgence".
En 2015, après les attentats de Paris, Mélenchon contestait le terme « islamophobie », affirmant que chacun avait le droit de critiquer les religions, y compris l’islam. Avec un ton affirmé et une gestuelle expressive, il aborde divers sujets, mais la lutte contre « l’islamophobie » semble prédominer. Ce thème est devenu central dans la stratégie de campagne de LFI, visant à mobiliser un électorat de confession musulmane, souvent préoccupé par des sentiments d’inquiétude et de stigmatisation. La lutte contre « l’islamophobie » est perçue par Mélenchon comme un axe mobilisateur.
Laïcité à géométrie variable
"Comme les peintres, Mélenchon a ses époques." Cette observation de Guillaume Lacroix, patron du Parti radical de gauche et confident du candidat Insoumis durant la dernière campagne présidentielle, paraît plus que jamais juste… Sur la laïcité, il y a plusieurs Mélenchon. Celui qui estime en 2010 que « le voile est une pratique répugnante et obscène », et celui qui participe en 2019 à la marche du CCIF, dissous depuis. Celui qui, à propos du burkini, juge en 2016 « odieuse » l'instrumentalisation « communautariste » du corps des femmes, et celui qui s'oppose vigoureusement au projet de loi visant à lutter contre le séparatisme, qualifiant le discours d'Emmanuel Macron sur le séparatisme de « discours contre les musulmans ».
Motivations et conséquences de ce revirement
Les raisons de ce revirement sont multiples et font l'objet de différentes interprétations.
Un calcul politique ?
Ce changement de discours est manifeste dans plusieurs déclarations. En 2015, après les attentats de Paris, Mélenchon contestait le terme « islamophobie », affirmant que chacun avait le droit de critiquer les religions, y compris l’islam.
Ceux-ci rappellent que le leader insoumis a fait de la conquête de l’électorat musulman, son atout majeur à la présidentielle de 2022. Ce calcul (politique) s’est-il révélé payant ? Oui, si l’on en croit une étude réalisée par l’IFOP, sur les votes des différents électorats confessionnels pour le quotidien La Croix[1]. Pourquoi cette concentration des votes des musulmans sur le candidat de LFI, s’interroge l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler. Parce que celui-ci s’est clairement adressé à la communauté musulmane durant les cinq dernières années (2017-22) au point de se prétendre seul candidat à les défendre contre l’islamophobie dont ils seraient victimes. Il s’agit là du résultat d’une longue campagne dont la stratégie a été déterminée dès 2017 lorsque le candidat à la présidentielle s’est rêvé en finaliste du second tour. Nous pensons que l’analyse de Bergeaud-Blackler est particulièrement juste, elle est aussi éclairante. Il s’agit donc d’un calcul électoral. Question supplémentaire. Quelle part de sincérité dans ce choix stratégique ? Mais alors, avant 2017, y avait-il un autre Jean-Luc Mélenchon, soucieux de défendre ardemment la laïcité, s’en prenant par exemple, et avec virulence quelquefois, au port du foulard ?
L’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler souligne que la stratégie de Mélenchon semble être un calcul électoral réfléchi pour flatter les Français issus de l’immigration, les néo-féministes intersectionnelles et les mouvements indigénistes. Depuis 2014, et plus particulièrement depuis le 7 octobre 2023, Mélenchon a ajouté un axe supplémentaire à sa stratégie électorale : la défense de la cause palestinienne. La dénonciation d’Israël est devenue un point central de la campagne électorale européenne et des législatives de LFI, avec des déclarations qui flirtent avec l’antisémitisme et une israélophobie manifeste.
Certains y voient une stratégie électoraliste visant à séduire un électorat musulman de plus en plus important en France. D'autres estiment qu'il s'agit d'une réelle évolution de sa pensée, fruit d'une meilleure compréhension des enjeux et des réalités vécues par les femmes musulmanes.
Critiques et accusations
Les critiques formulées contre Jean-Luc Mélenchon mettaient jusqu’alors en lumière des accusations d’opportunisme, d’interprétation biaisée des événements, de flirt avec l’antisémitisme, de déni des victimes israéliennes et de manipulation de/des discours politiques.
Jusqu’à présent, les reproches adressés à Mélenchon portent principalement sur un opportunisme politique, mettant en avant l’évolution de son discours pour séduire un électorat qu’il avait auparavant négligé.
Les accusations d’ethnicisation à l’égard de Mélenchon reposent sur l’analyse de ses stratégies de campagne, de ses discours et de ses politiques en matière de diversité. Cependant, ces mises en cause, venant cette fois de François Ruffin, un ancien membre du mouvement, sont particulièrement significatives.
François Ruffin, ayant rompu définitivement avec La France insoumise lors des dernières législatives, critique sévèrement le mouvement et son leader. Il dénonce les méthodes employées par son ancien parti pour séduire certains électorats tout en négligeant la classe ouvrière. Ruffin décrit des campagnes de tractage orientées en fonction du profil des électeurs, déplorant un « abandon » d’une partie de la population. Dans son livre, Itinéraire. Ma France en entier, pas à moitié, il précise : « Dans les immeubles d’Amiens-Nord, quand je tombais sur un Noir ou un Arabe, je sortais la tête de Mélenchon bien en évidence sur les tracts. C’était le succès presque assuré ( …) mais dès qu’on tombait sur un Blanc, cela devenait un verrou. » Ruffin affirme que Jean-Luc Mélenchon « découpe la France en segments » sur des bases « spatiales, les métropoles et les quartiers », et quasi raciales, « les 25 % de Français ayant un grand-parent immigré ». Il déclare également dans l’hebdomadaire Le Nouvel Obs que pour la présidentielle de 2022, Mélenchon avait « tout misé sur la jeunesse et les quartiers populaires » en « délaissant le reste ».
Ce revirement suscite des critiques virulentes, notamment de la part de ceux qui l'accusent d'opportunisme politique et de complaisance envers l'islamisme. D'autres s'inquiètent d'une possible remise en question des principes de la laïcité.
Conséquences électorales
Si Mélenchon atteint son objectif qui consiste à rassembler autour de lui l’électorat musulman et à le fidéliser durablement, tout en l’essentialisant, déplacera-t-il son curseur, vers un autre objectif ? Sa présence dans les facs me paraît être symptomatique. Rappelons simplement que 46% des établissements universitaires renouvellent leurs instances en 2024 et organisent des élections pour les conseils centraux, puis pour la présidence[13]. LFI est présente dans les facs. C’est là un test supplémentaire. Car, il manquait au candidat Jean-Luc Mélenchon, rappelons-le, le vote des… jeunes urbains. Il lui faut donc redoubler d’efforts. Cependant, toute cette stratégie sera-t-elle payante ? Pour les élections européennes, sûrement pas. Mais, les élections municipales qui auront lieu en 2026 annonceront l’élection présidentielle.
Ce positionnement pourrait avoir des conséquences importantes sur l'échiquier politique français, en redéfinissant les alliances et les clivages traditionnels.
Une question toujours polémique
La question du voile et de la laïcité reste un sujet de débat passionné en France, et l'évolution de la position de Jean-Luc Mélenchon ne fait qu'alimenter les controverses.
Depuis quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon parade dans les universités, sous le prétexte de commenter l’actualité et de parler de son dernier livre. En vérité, grâce à l’invitation de quelques groupuscules pro-palestiniens et de syndicats étudiants proches de LFI, le chef des insoumis y tient de véritables meetings préélectoraux. Et, même s’il s’agit d’une vieille tradition démocratique et que d’autres hommes politiques s’y sont produits par le passé, on peut se demander pourquoi les facs sont ainsi « réquisitionnées » pour les meetings électoraux de LFI ? Mélenchon occupe donc la scène et ses répartis, les polémiques qui s’en suivent suscitent une large couverture médiatique. De réunion en réunion, Mélenchon prend du temps pour administrer des scuds. Qui pour le contredire ? Personne, dans les amphis. D’ailleurs, ces allocutions sont très théâtrales. Les yeux exorbitants, le ton affermi, la voix grave, gesticulant d’un pas à l’autre, levant le bras, pointant du doigt on ne sait qui, on ne sait quoi, Jean-Luc Mélenchon balance quelques salves savamment distillées. Et, dans les facs ou ailleurs, aux critiques habituelles portées contre le pouvoir et la macronie, s’ajoute un thème central : la lutte contre l’islamophobie. Depuis 2019, pour Mélenchon et LFI, la lutte contre l’islamophobie est une lutte mobilisatrice et porteuse, par excellence. Dans les meetings, lorsqu’il évoque cette question, le public est très attentif. Et, dans les quartiers et les banlieues, ce thème suscite l’intérêt particulier d’un électorat Français de confession musulmane, qui est mal à l’aise. Généralement, des journalistes, les commentateurs et les adversaires politiques de Jean-Luc Mélenchon parlent d’un fonds de commerce électoral et d’un calcul politique, bref, d’opportunisme. Par exemple, ils rappellent que le leader insoumis a fait de la conquête de l’électorat musulman, son atout majeur à la présidentielle de 2022.
Voile dans le sport
Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon a dénommé le port du voile islamique dans le sport au sein de l’exécutif de « lamentable » et de « surenchère raciste ». « C’est misérable, c’est lamentable. Ces gens, comme ils n’ont rien à proposer à part des sacrifices et des coupes dans les budgets publics, ils occupent la scène avec des débats qui n’ont pas de réalité », a déclaré M. « C’est un prétexte. M. Retailleau, M. Darmanin, M. « Tout le monde comprend que c’est fait pour […] qu’on recommence la discussion et les vagues d’islamophobie, qui servent de pensée à tous ces gens […] À nouveau, on va montrer du doigt une partie de la population pour rien. Tout ça est purement gratuit parce que la laïcité de l’État n’est pas en cause dans cette affaire », a ajouté M. « On est tous, là, pris en otage par cet excité qui est en train de nous fâcher avec le reste de la Terre. « Ce n’est pas comme ça qu’il faut s’y prendre, parce que la preuve, c’est que ça ne marche pas », a ajouté M.