L’univers de la course au large a connu, au cours des dernières décennies, une transformation radicale, passant de la navigation traditionnelle à une ère où le vol au-dessus de l’eau est devenu la norme. Au cœur de cette révolution technologique, les maxi trimarans de la classe Ultim se distinguent comme des prouesses d’architecture navale, alliant artisanat de haute précision, ingénierie aérospatiale et audace sportive. Ces géants, dont les dimensions imposantes de 32 mètres de long pour 23 mètres de large sont devenues un standard industriel, illustrent parfaitement la fusion entre la recherche de performance pure et la fiabilité structurelle nécessaire aux aventures océaniques les plus périlleuses.
L’Anatomie d’un Géant : La Classe Ultim 32/23
La désignation « Ultim 32/23 » n’est pas le fruit du hasard ; elle définit la limite imposée à ces trimarans pour maintenir une équité compétitive tout en repoussant les limites de la physique. Avec une longueur de 32 mètres et une largeur de 23 mètres, ces navires sont conçus pour être des plateformes de vol stables. Le Maxi Banque Populaire XI, sorti du chantier CDK Technologies à Lorient, incarne cette génération. Construit entièrement en carbone, ce trimaran de 16 tonnes est un bijou de technologie où chaque gramme a été optimisé.
La conception d'un tel navire repose sur une recherche poussée en matière d'aérodynamisme, à l’instar de la Formule 1. Le design très aérodynamique, notamment sur le dessus du roof, permet de favoriser l'écoulement de l'air pour réduire la traînée. La finesse des formes est marquante, tandis que le poste de pilotage, très innovant, permet un contrôle précis des appendices. Les foils, éléments cruciaux pour la sustentation, sont environ deux fois plus grands que ceux des anciennes générations, permettant au bateau de « voler » plus tôt et de maintenir une stabilité accrue dans une mer formée. Cette quête de performance a toujours été menée en parallèle d’un autre enjeu majeur : la fiabilité et la sécurité à bord. L’ensemble des parties critiques du bateau a été vérifié à plusieurs reprises via des cabinets d’experts, garantissant que ces machines, malgré leur fragilité apparente, puissent affronter les conditions les plus extrêmes lors de tours du monde en solitaire.
Un Modèle Industriel et Humain : L’Armateur en tant que Moteur d’Innovation
L’aspect le plus singulier du projet Banque Populaire réside dans son modèle de gouvernance. Acteur majeur de la course au large, à la fois sponsor et armateur, Banque Populaire a accompagné des artisans, ingénieurs et architectes, fidèle à son ADN de banque proche de ceux qui entreprennent. La construction du Maxi Banque Populaire XI a nécessité 24 mois de travail et a mobilisé pas moins de 150 entreprises, françaises et locales dans leur grande majorité.
La construction d’un nouveau bateau fonctionne comme celle d’une maison : on a besoin de spécialistes pour chaque aspect de la construction. L’équipe est installée à la base des sous-marins de Lorient, à proximité de prestataires qui s’attachent à développer un « savoir-faire » unique. Ce projet a ainsi contribué à la vitalité de nombreuses entreprises malgré un contexte parfois incertain. La nécessité de concevoir des pièces uniques pour la plupart a également créé une émulation collective forte entre tous ces protagonistes. Le Team Banque Populaire, grâce à son bureau d’études et l’ensemble de ses salariés, a fait la part belle au « made in France », prouvant que l’aventure sportive est avant tout une aventure humaine, technique, technologique et économique avec une forte dimension collective.
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L’Évolution Continue : De la Performance à la Transmission
La recherche de performance est un processus itératif. Après quatre années à naviguer autour du monde et à récolter de nombreuses données sur les performances de l’Ultim, le Team a mis en place de nouveaux appendices en 2025, changeant les foils et les safrans pour permettre au bateau de voler plus tôt et d’améliorer sa vitesse globale. Cette logique de progression constante se manifeste aujourd'hui dans l’annonce du projet « Banque Populaire 15 », prévu pour 2029.
Pour ce futur navire, le design team réunit le cabinet d’Antoine Koch (AKO), Gsea Design et Finot-Conq. Il s'agit d'une première pour Antoine Koch sur un Ultim, lui qui s’est surtout illustré ces dernières années sur des monocoques de très haut niveau. L’objectif affiché est de viser les grandes échéances de la classe, à commencer par la Route du Rhum 2030, mais aussi les records océaniques et, pourquoi pas, le Trophée Jules Verne. Comme le souligne l'équipe, « nous allons nous appuyer sur nos années d’expérience et pousser tous les curseurs de l’innovation et de la performance ». Ce projet marque le neuvième bateau construit par l’écurie lorientaise depuis le début de son engagement en 1989, un engagement qui, au fil des 37 ans, a battu 18 records et compte plus de 20 victoires dans les courses océaniques les plus prestigieuses.
L’Accessibilité du Multicoque : Du Professionnel à l’Amateur
Bien que les Maxi Trimarans occupent le sommet de la pyramide technologique, l’attrait pour le multicoque n’est pas nouveau. Dès les années 70, certains pionniers osaient déjà défier l’Atlantique avec ces grands engins considérés comme futuristes. Au-delà de la course, le trimaran est devenu un choix adapté à la croisière familiale ou à la navigation entre amateurs passionnés.
Le marché est vaste, s'étendant des petits trimarans transportables, accessibles aux plaisanciers non-professionnels, jusqu’aux modèles de prestige dépassant plusieurs millions d’euros. Investir dans un trimaran, c’est choisir une autre façon de vivre la mer, où la stabilité, l'ergonomie du cockpit et la facilité de manœuvre deviennent des critères déterminants. Pour les particuliers, des solutions comme la LOA (Location avec Option d’Achat) permettent de financer ces navires avec une flexibilité sur la durée (de 3 à 5 ans) et une sécurité renforcée. Le classement des meilleurs modèles en 2026 met souvent en avant les marques spécialisées comme Neel, Corsair ou Dragonfly, chacune répondant à des usages spécifiques, de la polyvalence à la croisière rapide. Que ce soit pour une machine de course équipée d’un grand mât et d’un spi coloré ou pour un voilier habitable, l’essentiel demeure le même : la quête de liberté que seule la glisse d’un multicoque, fendant les vagues sans offrir de résistance, peut offrir.
La Logique de la Construction Navale : Une Réflexion Collective
La transition vers les générations futures de bateaux, comme celle du Banque Populaire 15, repose sur une humilité face aux défis techniques. « Lorsqu’on a pensé la première génération d’Ultim, c’était un saut dans l’inconnu. Désormais, nous avons plus de certitudes sur le vol », explique Maël Devoldere, responsable du bureau d’études. Le curseur doit être placé avec précision entre la fiabilité et l’audace. Ce que l’équipe cherche à optimiser, c’est la capacité à décoller plus rapidement mais aussi à être plus performant au portant dans la mer formée, une condition critique pour les records océaniques.
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L’implication de la banque, en tant qu’armateur, assure une pérennité à ces projets hors-normes. Cette structure permet de maintenir une équipe technique sur le long terme, capable de gérer les aléas météo et les facteurs techniques complexes. En sollicitant près de 150 entreprises, majoritairement dans la « Sailing Valley » bretonne, le Team Banque Populaire insuffle une dynamique de progrès qui dépasse le seul cadre du sport. Chaque année, le développement de ces machines confirme que le nautisme de haute compétition est une filière d’excellence française, où la technologie de pointe rencontre la passion artisanale.
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