L'épopée du trimaran géant Ultim Banque Populaire IX : histoire d'un pionnier du vol océanique et caractéristiques techniques

L'histoire de la course au large moderne est jalonnée de défis technologiques audacieux et de reconstructions nécessaires face aux éléments. Au cœur de cette évolution, le trimaran Ultim Banque Populaire IX occupe une place singulière. Conçu pour repousser les limites de la vitesse en solitaire grâce à la technologie du vol océanique, ce géant des mers a incarné l'audace architecturale de la classe Ultim 32/23. Son histoire, marquée par des performances exceptionnelles mais aussi par des fortunes de mer dramatiques, a posé les bases de la conception des maxi-multicoques de nouvelle génération.

Genèse et construction : la naissance d'un géant du vol

L'annonce du lancement de ce projet à eu lieu le 17/02/2015. Ce maxi-trimaran a été conçu par les architectes Van Peteghem et Lauriot Prévost (cabinet VPLP) selon les volontés d'Armel le Cléac'h, de la direction du Team Banque Populaire (Ronan Lucas) et de l'armateur Banque Populaire.

La philosophie générale du projet est de construire une plateforme destinée au solitaire, dans les limites maximales du cadre de la catégorie Ultim, soit 32 m de long et 23 m de large. La coque centrale nue a été sous-traitée chez Green Marine au Royaume-Uni, sous la supervision de CDK, par manque de disponibilité des chantiers français. Ces deux demi-coques ont depuis été réceptionnées à Lorient, où les cloisons définitives en carbone, réalisées à La Rochelle, ont été ajustées. Un premier flotteur tribord a quitté Port la Forêt pour Lorient. Le bras arrière est d'ores et déjà assemblé, et la construction du bras avant a débuté. La barre d'écoute est en cours de fabrication chez Gepeto à Lorient. En résumé, toutes les grosses pièces sont lancées, y compris le mât. Seule la fabrication de la bôme n'a pas encore débuté.

Le chantier est réellement lancé en novembre 2015, avec la fabrication de l'outillage. Conçu entièrement en carbone, la finesse des formes est marquante, le poste de pilotage, très innovant. Une recherche poussée a été menée afin d’améliorer l’aérodynamisme ; les foils, quant à eux sont environ deux fois plus grands que ceux des précédentes générations.

Premiers bords, envol et mise au point

Après de longs mois d'assemblage de cette structure en carbone ultra-légère et rigide, les premiers tests structurels et de navigation débutent dans les eaux bretonnes. S'en suit les différents tests au port, puis plusieurs sorties au large de Groix. Très rapidement le maxi trimaran vole et est flashé à plus de 45 noeuds.

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Afin d'affiner les systèmes de contrôle des appendices porteurs et d'optimiser le comportement de cette plateforme particulièrement réactive, le bateau subit de régulières phases d'ajustement. Fin novembre, il est sorti de l'eau à Lorient et retourne au chantier. Officiellement pour être optimisé, mais sans doute quelques petits problèmes sont apparus lors des tests. Fin janvier retour à l'eau, nouveaux tests aularge de Lorient.

La validation des choix architecturaux passe par une confrontation directe avec l'océan Atlantique. Le trimaran effectue ainsi une première traversée de l'Atlantique en équipage, avec à bord en autre un certain Franck Cammas. Arrivée en Guadeloupe 6 jours plus tard. Cette navigation rapide confirme le potentiel de vitesse de la machine. Pour le retour vers l'Europe, le skipper se met en configuration de course. 8 jours plus tard, Banque Populaire IX est de retour à Lorient, Armel Le Cléac'h en a profité pour faire du "faux" solo.

Le premier chavirage au large du Maroc et le chantier de reconstruction

Le destin du trimaran bascule au printemps, lors d'un convoyage de retour. Le 14 avril alros qu'il remonte des Canaries pour passer en Méditerranée, le trimaran mené par Armel Le Cléac'h en faux solitaire chavire au large du Maroc. L'accident est violent, mais le skipper est sain et sauf. Commence alors une course contre la montre pour récupérer la plateforme et évaluer l'étendue des dégâts.

Le 18 avril le trimaran est remis à l'endroit dans le port de Casablanca, les dégâts sont nombreux, un foils cassé, système de safrans HS, casquette de cockpite défoncée, plus de mât et de bôme. Mais l'équipe Banque Populaire met tout en oeuvre pour que le maxi trimaran soit rappatrié rapidement sur Lorient, un chantier de remise en état pour une remise à l'eau à la fin de l'été. Les questions sont nombreuses, d'autant que la communication du team reste à minima.

Le rapatriement s'organise par voie maritime. Le 2 mai le bateau arrive à Lorient par porte-conteneurs et est déchargé dans l'après midi et mis au ponton à Lorient la Base. La coque endommagée est immédiatement envoyée en chantier spécialisé. Le 19 juillet, la réparation de la structure du trimaran est terminée chez Multiplast. Il est remis à l'eau et convoyé jusqu'à Lorient. Aussitôt mis au sec dans sa base pour l'installation de l'électronique, l'électricité, l'accastillage, l'informatique… Le 29 août, le trimaran est de nouveau à flot à Lorient et est opérationnel pour reprendre la mer.

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Route du Rhum et perte définitive du navire

L'objectif majeur de la saison reste la célèbre Route du Rhum. Malgré le retard accumulé suite au chavirage, Armel Le Cléac'h se présente sur la ligne de départ. Le 4 novembre, il prend le départ de la 11ème édition de la Route du Rhum, un départ magnifique des 6 ultimes.

La course commence par des choix stratégiques intenses et des incidents techniques immédiats. Il est 3ème à la porte de Fréhel, mais très rapidement, un problème d'énergie est détecté par Armel Le Cléac'h. L'équipe envoi aussitôt un camion d'assistance et un semi rigide à Roscoff où le trimaran fait une escale de 35 min peu avant 20 h. Une fois la pièce changée, Armel Le Cléac'h enclanche le turbo pour revenir sur la tête de la flotte qui est déjà à Ouessant.

Les conditions météorologiques dans le golfe de Gascogne et au large de la péninsule ibérique sont particulièrement éprouvantes pour les structures des géants des mers. Armel Le Cléac'h parvient à progresser dans le groupe de tête. Il passe troisième après les abandons de Gitana 17 et la longue escale de Sodebo Ultim' à la Corogne, mais au large du Portugal, en retombant sur une vague, le flotteur tribord se brise et le trimaran se retourne de nouveau…

Le chavirage signe la fin brutale de la course et, rapidement, la perte du navire qui se disloque sous l'effet de la forte houle. Le 12 novembre un remorqueur affrété par l'assureur et le team Banque Populaire avec à son bord l'équipe d'Adrien Hardy est sur zone. Après plusieurs tentatives infructueuses, le remorquage commence à plus de 450 milles dans le S/O de Porto. Malheureusement, le flotteur et la structure ne résisteront pas à ce traitement, entraînant la perte totale du trimaran Banque Populaire IX.

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