Le Gilet de Sauvetage : Réglementations, Marquage et Sécurité Essentielle en Navigation

Que ce soit sur terre ou alors en mer, la sécurité prime. Cette vérité fondamentale prend une dimension particulièrement critique dans le domaine de la navigation, où les imprévus peuvent survenir rapidement. Le gilet de sauvetage est, à cet égard, un compagnon de voyage indispensable pour une virée sereine, quel que soit l'âge, la taille ou la corpulence des personnes à bord. Il s'agit d'un équipement de sécurité non négligeable dont l'importance ne saurait être sous-estimée. Ce dossier se propose de décortiquer les normes et les réglementations en vigueur concernant les gilets de sauvetage, leur marquage obligatoire, leurs spécificités techniques et les bonnes pratiques pour garantir la sécurité de tous les passagers. Un accident peut vite arriver, qu'il s'agisse d'un coup de vent, d'une filière qui lâche, d'une faute de barre ou simplement d'une perte d’équilibre pouvant entraîner une chute dans l'eau. Remonter à bord du bateau en toute sécurité peut s’avérer parfois difficile, ce qui souligne l'importance capitale de bien choisir son gilet de sauvetage.

La Responsabilité du Chef de Bord et l'Obligation de Présence

La sécurité en mer repose avant tout sur le chef de bord. Ce dernier est le membre de l’équipage qui a la responsabilité d’embarquer le matériel de sécurité adapté à la navigation pratiquée. Une obligation fondamentale stipule qu'il est obligatoire de posséder le même nombre de gilets de sauvetage que de personnes présentes à bord. Cette règle s'applique sur toute embarcation, qu'il s'agisse d'un bateau personnel, d'une location ou lorsque l'on est invité. Il est à noter que les enfants de moins d’un an ne sont pas comptés dans le calcul du nombre de personnes à bord pour cette exigence numérique.

Le chef de bord doit s’assurer que tout le matériel de sécurité, y compris les gilets de sauvetage, est en bon état et conforme aux exigences. Bien qu'il n'existe pas d'obligation légale générale pour les adultes de porter leur gilet de sauvetage à bord en navigation de plaisance en France, et qu'une personne ne sera pas verbalisée pour ne pas le porter, la présence de l'équipement est non négociable. Cependant, selon la zone de navigation et en fonction de l'usage, le gilet doit être adapté et respecter une certaine capacité de flottabilité exprimée en Newton, et dans certains cas spécifiques, le port est obligatoire, notamment pour les enfants. La volonté de la Division 240, texte qui régit les conditions et les matériels de sécurité pour la navigation de plaisance, est d'encourager le port du gilet de sauvetage, une approche également fortement encouragée par des organismes comme 5 OCEANS Lyon, qui insiste sur le port permanent pour une sécurité réelle.

Il est effrayant de savoir que l’espérance de vie après une chute à la mer est d’une heure dans une eau de 10°C à 16°C. Selon la SNSM, le non-port du gilet de sauvetage est l’une des premières causes de noyade, avec la triste statistique que 8 noyés sur 10 auraient pu être sauvés si un gilet avait été porté. Ces chiffres rappellent avec force que, même en l'absence d'obligation de port pour les adultes, la prudence dicte une conduite plus sûre.

Les Normes et Niveaux de Flottabilité : Comprendre les Newtons

Le gilet de sauvetage est un équipement individuel de flottaison (EIF) qui, par sa conception, permet à une personne de flotter plus facilement en cas de chute dans l'eau. Il est conçu pour conserver la tête hors de l'eau et assurer le retournement pour une personne inconsciente, une fonctionnalité cruciale pour la survie. Pour être conforme, votre équipement individuel de flottaison doit disposer d’une étiquette de conformité. Ces équipements doivent être marqués CE ou arborer un logo « barre à roue » sur l’étiquette, attestant qu'ils ont été commercialisés après avoir répondu aux normes européennes et ont été approuvés par les autorités françaises.

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La capacité à faire flotter un corps est exprimée en Newtons (N), et des normes spécifiques sont associées à chaque niveau de flottabilité, assurant leur efficacité et leur usage approprié selon les conditions de navigation :

  • EIF à 50 Newtons : Ces équipements, souvent appelés réglementairement "aide à la flottabilité", sont conformes aux normes ISO 12402-5 ou EN 393. Ils sont conçus pour la navigation dans les zones dites basiques, comme les eaux abritées (lacs) ou à proximité d'un poste de secours. Un modèle 50 N est la plupart du temps assez spécifique, dédié à un type de pratique. L'aide à la flottabilité est parfaitement adaptée pour un pratiquant qui navigue sous couvert d'un bateau accompagnant pour la sécurité (école de voile, ski nautique…). Cependant, il est interdit aux enfants de moins de 30 kg d'utiliser ces gilets. Côté accessoires, ces équipements 50 N ne possèdent pas de sifflet, ni de bandes réfléchissantes, et leur couleur n'est pas fixée par la réglementation, ce qui les rend parfois moins visibles. Plastimo, par exemple, a estimé raisonnable de porter la flottabilité réelle à 70 N sur certains modèles, excédant ainsi l'exigence minimale de 50 N, pour une sécurité accrue.

  • EIF à 100 Newtons : Ces gilets respectent les normes ISO 12402-4 ou EN 395 et sont prévus pour la navigation dans les zones côtières. Ils peuvent être gonflables ou en mousse. C'est à partir de cette catégorie que le soutien de la tête et le retournement d'une personne inconsciente sont exigés, permettant de flotter sans avoir à nager.

  • EIF à 150 Newtons : Conformément aux normes ISO 12402-3 ou EN 396, ces gilets sont adaptés à la navigation dans les zones semi-hauturières. Ils assurent une personne inconsciente d’avoir la tête hors de l’eau et offrent une sécurité renforcée. À noter que les gilets gonflables, beaucoup plus confortables que les gilets en mousse, ne sont disponibles qu'à partir de 150 N. Ces gilets sont homologués quelle que soit la distance de navigation d'un abri et offrent évidemment une meilleure sécurité que tous les autres modèles.

  • EIF à 275 Newtons : Bien que non spécifiquement détaillés dans toutes les informations fournies, ce niveau de flottabilité représente le maximum et est généralement réservé aux conditions de navigation les plus extrêmes ou aux usages professionnels.

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Il est crucial de bien distinguer le gilet de sauvetage de l’équipement d’aide à la flottabilité. Les deux termes sont souvent utilisés à tort pour désigner n'importe quel équipement. Un abus de langage courant est de parler de "Gilet de sauvetage 50 N", alors que le produit s'appelle réglementairement "Aide à la flottabilité".

Types de Gilets de Sauvetage et Leurs Spécificités

Le marché offre une diversité de gilets de sauvetage, chacun adapté à des besoins et des pratiques spécifiques, avec des évolutions constantes pour améliorer le confort et la sécurité :

  • Les gilets en mousse (à flottabilité permanente) : Ces gilets ont l'avantage d'être disponibles en 50, 100 et 150 N. Ils offrent une flottabilité permanente, protègent contre les chocs et le vent, sont faciles d'entretien (un simple rinçage suffit) et généralement moins chers. Leur capacité à retourner le porteur sur le dos, peu importe la situation, est une caractéristique essentielle. Pour les enfants, le choix doit se porter sur un gilet adapté à leur poids et à leur morphologie.

  • Les gilets automatiques ou gilets à pastille de sel : Ces dispositifs se gonflent automatiquement lors d’une immersion totale dans l’eau. La dissolution complète de la pastille de sel crée une réaction qui déclenche le gonflement. Ces gilets sont particulièrement adaptés à la navigation en mer, notamment en côtier, semi-hauturier ou en régate, où un déclenchement rapide et autonome est primordial.

  • Les gilets gonflables manuels : Ces modèles sont déclenchés par une action manuelle. Ils conviennent davantage pour des utilisations en plan d'eau intérieur (lacs), en kayak ou en rivière. En mer, lors des pratiques sportives en dériveur par exemple, le gilet manuel est très pratique pour éviter les gonflages intempestifs qui pourraient gêner les manœuvres.

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  • Les vêtements de flottaison individuels (VFI) : Conçus pour être portés en permanence, ces VFI ont la particularité d’être plus confortables et intégrés à des vêtements de navigation. Ils représentent une option intéressante pour les navigateurs soucieux de leur aisance tout en assurant une flottabilité constante.

Il est vrai que l’on a très souvent entendu dire que le port du gilet de sauvetage était freiné par manque de confort lors des manœuvres en bateau. Pendant des régates, il pouvait rendre moins performant, selon les dires ou tout simplement par habitude du non-port du gilet. Cependant, les fabricants ont fait beaucoup d’efforts pour offrir des gilets de sauvetage modernes, plus agréables et plus confortables tout en offrant plus de sécurité. Les efforts réalisés pour offrir des gilets gonflables plus agréables à porter, plus "lookés" et moins chers à l'achat commencent à porter leurs fruits. Il n'est plus rare de voir des navigateurs quitter le port avec leur gilet sur le dos, même par beau temps. Grâce aux évènements sportifs, le port du gilet de sauvetage obligatoire dans certaines conditions populaires et contribue à une utilisation plus régulière.

Le choix du gilet de sauvetage se fera en fonction de la pratique (zones et fréquence de navigation), de la morphologie, du poids, et du prix. Par exemple, des gilets en mousse 50 N peuvent coûter moins de 20 euros, rendant la sécurité accessible.

Réglementation Française : La Division 240 et les Zones de Navigation

La Division 240 est le texte qui régit les conditions et les matériels de sécurité pour la navigation de plaisance. Elle a été actualisée le 1er juin 2019 et détermine la réglementation pour tous les bateaux de plaisance à usage personnel ou de formation, dont la longueur est inférieure à 24 mètres, en fonction de la zone de navigation. Le gilet de sauvetage fait partie de ces équipements obligatoires, mais le modèle est régi pour chaque zone, l'éloignement d'un abri étant le critère déterminant en France. Le gilet de sauvetage doit être adapté à la morphologie des personnes embarquées et à leurs besoins spécifiques.

Voici les exigences réglementaires selon les zones de navigation :

  • Pour les enfants de moins de 30 kg : Il est obligatoire de porter un gilet de sauvetage de 100 Newtons minimum, quelle que soit la zone de navigation.
  • Dans une zone de moins de 2 milles d'un abri : Il est imposé de posséder une aide à la flottabilité de 50 Newtons. Cette aide peut être souvent utilisée pour des régates en dériveur, bien qu'il soit souvent difficile d'évaluer précisément la distance.
  • Entre 2 et 6 milles d'un abri : La réglementation exige un gilet de sauvetage d’au moins 100 Newtons, que l’on retrouve souvent sur de petites embarcations.
  • Au-delà de 6 milles d'un abri : Il est obligatoire de posséder un gilet de sauvetage de 150 Newtons. Ces gilets assurent le retournement afin de maintenir les voies respiratoires et la tête hors de l’eau, un critère essentiel en navigation lointaine.
  • En navigation hauturière (au-delà des 6 milles) : Il est indispensable de compléter le gilet d’un harnais et d’une longe pour une sécurité maximale, permettant de rester attaché au bateau en cas de chute.

En résumé des exigences de flottabilité par zone :

Zone de navigationFlottabilité (Newton)
Moins de 2 milles d'un abri50 Newtons
Entre 2 et 6 milles d'un abri100 Newtons
Au-delà de 6 milles d'un abri150 Newtons
Pour les enfants de moins de 30 kg100 Newtons (port obligatoire)

Il est important de noter que des règlements de course à la voile peuvent imposer le port du gilet, souvent avec un niveau de performance d'au moins 100 N de flottabilité. Bien qu'il soit possible d'être en règle avec une aide à flottabilité 50 N si l'on sait nager, les caractéristiques de ces matériels incitent fortement à ne pas le conseiller pour une sécurité optimale.

Le Marquage et la Révision des Gilets de Sauvetage : Un Enjeu de Durée de Vie

Contrairement à de nombreux équipements de sécurité, aucun texte officiel n’indique de durée de vie d’un gilet de sauvetage. Cependant, la flottabilité des gilets dans l'eau est limitée dans le temps, ce qui signifie qu'un gilet dispose intrinsèquement d'une durée de vie limitée. Pour pallier cette absence de réglementation officielle concernant la péremption, les fabricants se sont mis d’accord sur un système de marquage volontaire des gilets de sauvetage. L'objectif de ce marquage est d’indiquer la date de leur révision recommandée, constituant ainsi un rappel essentiel pour le plaisancier. Le 1er juin 2013 fut le délai retenu pour la mise en œuvre de ce système. Dans la pratique, l'apposition de ce marquage est devenue systématique à partir de la première révision du gilet.

L’objet du marquage est de rappeler au plaisancier la date recommandée pour la prochaine révision. Le type de marquage (pastille rivetée, bague…) est laissé au choix du fabricant (forme, taille, couleur…), mais il doit impérativement respecter des caractéristiques précises. Le marquage du gilet est effectué à l’aide d’une pastille, d’une bague, ou de tout autre support répondant à ces caractéristiques définies.

La révision des gilets de sauvetage gonflables revêt une importance capitale. Elle doit être effectuée par le fabricant lui-même ou par des professionnels agréés par les marques, tels que les stations de révisions ou les shipchandlers. Ces professionnels doivent avoir reçu une formation spécifique des fabricants et être dotés de l'équipement nécessaire à la révision. Il est d'ailleurs à noter que pour les navires professionnels, un gilet de sauvetage gonflable, en qualité d’équipement de protection individuelle (EPI), doit faire l’objet d’une révision annuelle, comme stipulé par le Code du Travail, une exigence plus stricte que pour la plaisance.

Par ailleurs, les kits de remplacement des systèmes de déclenchement, disponibles chez les shipchandlers, sont conçus pour remplacer, au cours d’une navigation, un système "percuté" (donc utilisé). Cette disponibilité permet de maintenir l'équipement opérationnel même après un déclenchement accidentel ou nécessaire.

Vérification et Entretien du Gilet de Sauvetage : Assurer sa Fiabilité

Pour garantir la conformité et l'efficacité d'un gilet de sauvetage, qu'il soit en mousse ou gonflable, une vérification régulière est indispensable. Les principaux composants du gilet ne doivent présenter aucun signe d'usure manifeste. Le gilet doit être conforme aux normes de sécurité et de flottabilité en vigueur. Il est donc nécessaire d'inspecter le produit en fonction de ces normes.

Bien qu'un gilet de sauvetage en mousse ne dispose pas de date de péremption à proprement parler, il est primordial d'inscrire sur sa "to do list" la vérification visuelle de son état d'usure avant toute activité nautique. Un premier contrôle visuel peut être effectué par l'utilisateur.

Pour les gilets gonflables, l'inspection est plus détaillée :

  • La housse extérieure : Il faut vérifier que la housse extérieure du gilet n'est pas abîmée afin de conserver un bon niveau de performance de flottabilité lors d'une chute.
  • La bouteille de gonflage : Inspecter la bouteille de gonflage est une étape primordiale ; celle-ci ne doit pas être oxydée ou même percutée.
  • Le système de déclenchement : Il existe des gilets gonflables manuels et des gilets gonflables automatiques. Il faut s'assurer que le système de déclenchement (pastille de sel, mécanisme hydrostatique) est en bon état et non périmé si applicable.

Le harnais, qui se trouve généralement accroché au gilet, constitue également un accessoire fondamental qu'il convient de vérifier pour la sécurité des personnes à bord, adultes comme enfants.

Il est recommandé de faire réviser son gilet de sauvetage chaque année avant de prendre le large, même s'il n'existe pas de réglementation qui oblige les utilisateurs à vérifier et entretenir leur produit de navigation. Il est de plus indispensable de vérifier que les exigences de sécurité ISO sont respectées. Tous les gilets de sauvetage, qu'ils soient pour adultes ou pour enfants, doivent être agréés CE (ou ISO), et cette indication doit figurer clairement sur l'équipement.

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