La quête d'information pertinente et l'accès aux réseaux de contact peuvent prendre des formes diverses, qu'il s'agisse de démarches administratives complexes, de la découverte de vestiges historiques ou de la participation à des activités de loisirs. Dans ce vaste paysage, le nom "Marie-Anne" et le concept de "bouée" apparaissent dans des contextes étonnamment variés, chacun impliquant ses propres circuits d'information et ses méthodes de communication, parfois officieuses.
La Gestion des Places en Crèche et le Rôle de Marie-Anne Bouée à Boulogne-Billancourt
L'attribution des places en crèche représente un enjeu majeur pour de nombreuses familles, et les informations disponibles à ce sujet peuvent déterminer le quotidien de milliers de parents. En mai 2013, Hervé*, un cadre trentenaire habitant à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), a reçu une réponse négative à sa deuxième demande de place en crèche. Ce fut un moment pénible pour Hervé, comme pour les dizaines de milliers de parents à qui cela arrive en France tous les ans, confrontés à la difficulté d'obtenir ces précieuses places. Pour lui, comme pour les autres, il ne restait alors plus qu’à chercher une autre solution, une solution qui serait potentiellement plus coûteuse ou moins pratique. À moins, bien sûr, d'attendre la commission suivante, quelques mois plus tard, en croisant les doigts pour qu'elle débouche miraculeusement sur un résultat plus favorable. Hervé a eu une autre idée, soulignant l'ingéniosité des parents face à ce défi. «Il me semble que dans toutes les villes, les parents qui souhaitent obtenir une place en crèche font tout ce qu’ils peuvent…», une observation qui illustre bien la détermination des familles.
Effectivement, de nombreuses villes et personnalités politiques françaises ont été épinglées ces dernières années pour l'opacité qui règne dans l'attribution de leurs places de crèches. Cette situation met en lumière un problème systémique. Une enquête de Zone interdite dénonçait en 2007 le clientélisme en la matière dans la ville de Puteaux (Hauts-de-Seine), illustrant la pérennité de ces pratiques. L’hebdomadaire lyonnais Les Potins d’Angèle révélait par ailleurs en 2008 que l’ancienne ministre de la Justice Rachida Dati avait appelé elle-même le maire de Lyon Gérard Collomb pour demander, et obtenir, une place en crèche pour sa nièce. Ces exemples nationaux résonnent avec les expériences locales.
Dans un article publié sur Slate en 2013, la journaliste Nadia Daam témoignait de la difficulté de ne pas devenir un «parent salaud» usant d'un bon vieux passe-droit pour obtenir une place de crèche qui aurait normalement dû échoir à une autre famille. Elle décrivait comment «Les règles, les prérequis, les personnes prioritaires sont piétinées au nom du bien-être d’un nourrisson». Pour elle, la place en crèche semble autoriser l’usage de passe-droits et de pistons, des comportements qui sont perçus comme ordinaires, et pire encore, efficaces. Les méthodes évoquées incluent des courriers au maire assortis d’une boîte de chocolats voire de quelques billets, une crise de larmes sur l’air de "Prenez mon enfant où je m’immole par le feu", l'invention pure de problèmes familiaux, ou la sollicitation d’un membre de la famille bien placé.
À Boulogne-Billancourt, les informations et les témoignages que nous avons récoltés révèlent un fonctionnement très opaque avec un recours aux pistons extrêmement enraciné, ce qui corrobore les observations nationales. C’est ce que dénonçait début novembre Caroline Pajot, conseillère municipale d’opposition qui assiste aux commissions d’attribution des places en crèche. Cette élue écrit dans le magazine municipal que «l’opacité et le secret autour de l’attribution des places» en crèche «règnent à Boulogne-Billancourt », ajoutant que la commission en question n'est «qu’une mascarade». Contactée par BuzzFeed News, la conseillère a donné quelques détails sur le déroulé de la commission, offrant un éclairage sur ces pratiques. Selon Caroline Pajot, Marie-Anne Bouée, la maire adjointe à la famille et aux seniors, apporte à ces réunions un «petit carnet» sur lequel les noms des heureux parents choisis sont écrits au crayon à papier. Elle les dicte aux membres de la commission qui les recopient sagement, une procédure qui soulève de nombreuses questions sur la transparence. Il n’y a d'après elle aucun procès verbal à l’issue de ces commissions, ce qui renforce le sentiment d'opacité dénoncé.
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Caroline Pajot ajoute, pour illustrer la nécessité d'un contact direct, que «Si les parents se contentent de suivre la procédure et s’ils ont un dossier sans problème tout à fait majeur, ils n’ont aucune chance». Elle affirme qu'«Il faut s’adresser au moins au maire adjoint», et que «Quasiment l’intégralité des gens qui ont des places en crèche ont contacté le maire ou le maire adjoint». La pratique est si courante que l'élue de l'opposition elle-même a dû demander au maire d’étudier sa propre demande de place en crèche avec bienveillance, ce qui témoigne de l'ampleur du phénomène.
Trois personnes ont tout de même accepté de nous parler, sous couvert d'anonymat, apportant un éclairage supplémentaire. Pascal*, qui a travaillé dans l’un des établissements de la commune pendant les mandats de Pierre-Christophe Baguet, décrit un processus particulièrement obscur. Selon lui, «L’élue qui gère les attributions n’en fait qu’à sa tête». Il observe que «Les familles les plus en difficulté n’ont pas toujours de place, alors qu’on voit beaucoup de cadres supérieurs ou de journalistes par exemple qui ont des places». Pascal raconte son expérience personnelle : «À l’époque, j’avais créé ma boîte, j’ai argué du fait que j’étais entrepreneuse et habitante à Boulogne-Billancourt». Suite à sa démarche, «Elle m’a rappelée sur mon portable», un exemple concret de communication directe et personnelle. «Elle m’a dit que les courriers d’attribution allaient être envoyés et que je n’en recevrais pas mais qu’elle s’engageait personnellement à me donner une place. Et j’ai fini par l’avoir». Pascal estime que sa demande était légitime, mais il reconnaît que «c’est vrai qu’il faut soit vraiment connaître quelqu’un, soit donner le bon argument à la bonne personne au bon moment, sinon on n’a rien». Ce témoignage met en lumière l'importance des réseaux et de l'information informelle.
À écouter Mathieu Barbot, ancien conseiller municipal de Boulogne-Billancourt, qui travaille aujourd'hui pour le groupe Les Républicains au conseil régional d’Île-de-France, ces pratiques ne datent pas d'hier, et étaient déjà de mise lors du précédent mandat de Pierre-Christophe Baguet. C'est ainsi qu'en 2010, sur fond de guerre larvée entre le maire LR et son premier adjoint, Thierry Solère, qui sera évincé en 2011, Mathieu Barbot avait révélé en plein conseil municipal un document compromettant pour le maire de Boulogne, un document contenant l'annotation «Ils ne sont pas inscrits sur les listes électorales!». Interrogé par BuzzFeed News, Thierry Solère, aujourd’hui député (Les Républicains) des Hauts-de-Seine, commente que «Cette annotation sous-entend que la proximité politique est un critère d’attribution de places en crèche». Mathieu Barbot avance quant à lui qu'«J’ai laissé l’occasion au maire de dissiper nos doutes, mais il ne m’a pas répondu sur ce point». Plus clairement, l’ancien conseiller municipal déclare: «On est à peu près persuadés que c’est (l’attribution des places, ndlr) le fait du prince. Les critères objectifs n’ont pas d’importance pour certains dossiers, notamment pour les personnes qui seraient enclines à se montrer reconnaissantes à l’occasion d’une prochaine élection, pour des gens qui ont un profil CSP+ et dont on peut supposer que leur vote ira dans le bon sens». Cette perspective met en évidence le fonctionnement des circuits d'information et d'influence informels.
Un Problème National et ses Conséquences Sociales
La problématique de l'opacité dans l'attribution des places en crèche et la dépendance aux contacts informels ne se limitent pas à Boulogne-Billancourt. Nous avons présenté la situation à Marlène Schiappa, présidente de l’association Maman travaille, pour savoir si le cas de Boulogne-Billancourt est une exception ou non. Elle nous a répondu que ce qui est décrit dans notre enquête ne l’étonne «pas du tout», confirmant la récurrence de ces situations à travers le pays. L'association œuvre pour que la carrière des femmes ne soit plus freinée par la maternité. Au début, l'association encourageait les parents qui s’adressaient à elle à contourner le système, à téléphoner aux bonnes personnes, à rencontrer les élus de visu, des démarches qui soulignent le besoin d'information directe et de contact personnel. Mais maintenant, elle essaye plutôt de contacter les villes pour qu’elles mettent en place un barème clair, afin d'établir des critères objectifs et transparents. Marlène Schiappa constate que ce n’est pas facile, et que certains élus lui ont même dit clairement qu’ils ne voulaient pas de transparence, parce que pour eux les places en crèche sont un levier de remerciement pour certaines personnes.
Pour l’instant, seules les villes de Bordeaux, Paris et Le Mans (où Marlène Schiappa est élue) ont signé ce pacte de transparence, démontrant la réticence générale face à un changement de pratiques. L’association espérait qu’une dizaine d’autres villes le signe en 2016, mais a reporté cet objectif à 2017 devant la frilosité de nombreux élus, ce qui témoigne des obstacles persistants à l'établissement de procédures claires et à la diffusion d'informations objectives.
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Les impacts de ces petits arrangements et passe-droits sont loin d’être anecdotiques, et leurs conséquences se font sentir sur le long terme. D’abord parce qu’ils contribuent à perpétuer certaines inégalités sociales dès le berceau. Selon le dernier rapport de l’Observatoire de la petite enfance de la CNAF (Caisse nationale des allocations familiales), 12% des enfants de moins de 3 ans des ménages les plus modestes sont pris en charge hors du cercle familial, contre 71% des enfants des ménages les plus aisés. Ces chiffres soulignent une disparité criante dans l'accès aux modes de garde et, par extension, aux opportunités futures.
Ensuite, ces pratiques empêchent une partie des parents de poursuivre leur carrière pendant plusieurs années après la naissance d’un enfant, ce qui a des répercussions significatives sur l'emploi des femmes et les ménages. Et la plupart du temps, ce sont les femmes qui trinquent : un quart des femmes suspendent leur activité professionnelle pour prendre un congé parental, en plus du congé maternité, alors que moins de 1% des pères prolongent ainsi leur congé paternité selon une étude de la CNAF datant de 2013. Selon une autre étude de la CNAF de 2012, les femmes qui restent au foyer sont les plus jeunes, les moins diplômées et celles qui ont trois enfants ou plus. Ces dynamiques montrent comment l'absence d'accès équitable aux crèches, et la prépondérance des informations informelles et des réseaux personnels, peuvent freiner l'autonomie et le développement professionnel des femmes, accentuant ainsi les inégalités.
L'Épave "Marie-Anne": Une Autre Forme d'Information et de Découverte
Le nom "Marie-Anne" ne se limite pas au seul contexte administratif et social. Il résonne également dans le domaine maritime, où il est associé à une découverte historique et à des avancées technologiques en matière d'information géographique des fonds marins. L’hydrographe se souviendra longtemps de la belle silhouette finement découpée apparue sur l’écran du sondeur, en janvier dernier. Il s'agissait de celle de l’épave d’un navire reposant par une dizaine de mètres de fond, entre la Pallice et le sud de l’île de Ré, juste à la limite administrative du Grand Port maritime de La Rochelle. Depuis plus de vingt-cinq ans, l’hydrographe relève les fonds du port de commerce. Il ne connaissait jusqu’alors de cette coque engloutie que la représentation que lui en donnaient les instruments de mesure mis à sa disposition et son nom, « Marie-Anne » - qui est d’ailleurs celui de la balise cardinale qui, à la surface, signale ce « danger ». Cette épave représente une source d'information précieuse pour la connaissance des fonds marins.
Depuis le début 2020, la dotation d’un sondeur multifaisceaux améliore la finesse des données collectées, offrant des informations d'une précision inédite. « Nous avons désormais bien en main cet instrument et, pour tester sa pleine capacité, je me suis dit que c’était l’épave idéale », explique Laurent Chognot, l'hydrographe en question. Proche du port, posée quasiment à plat sur un fond sableux, le « Marie-Anne » est apparu bien conservé, assez pour que le sondeur peigne sa longueur complète et fournisse une image détaillée. Laurent Chognot promène sur l’écran un doigt, il désigne une zone bleu foncé, sous l’étrave. « C’est une dépression sur le fond créée par le courant, il est fort à cet endroit », une observation rendue possible par la haute résolution des informations. La description se poursuit vers l’arrière du navire. L’index stoppe encore, soulignant la richesse des détails disponibles. Pour atteindre un niveau de résolution supérieur, Laurent Chognot a envoyé ses images originelles à la société Cadden, partenaire du Grand Port pour l’acquisition des données et leur exploitation. Ce sont les images retravaillées par ces ingénieurs nantais qui circulent sur Internet, rendant ces informations accessibles à un public plus large.
L’histoire pourrait s’arrêter là, belle du récit d’un homme passionné par son métier qui, lorsqu’un cadre du port lui demande à comprendre ses observations du fond de la mer, l’amène voir « Marie-Anne » comme d’autres poussent la promenade dominicale jusqu’à la jetée des Minimes. Cependant, ce jour de janvier, Laurent Chognot s’est mis en tête de « ne pas sonder idiot », comme il le raconte avec le sourire, souhaitant aller au-delà des simples données techniques pour reconstituer l'histoire du navire. Il s’est adressé à un ancien collègue scaphandrier et à une archiviste du Musée maritime de La Rochelle pour obtenir des informations complémentaires. Au bout des recherches, « Marie-Anne » a parlé, révélant son passé.
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Construit en 1920, déplaçant 284 tonneaux et d’une puissance de 550 CV, ce chalutier à vapeur raconte les grandes heures de la pêche rochelaise de l’Entre-deux-guerres. Il était la propriété de la Paro (Pêcheries et armements Rochelle océan) qui arma une série de onze chalutiers, parmi lesquels « Marie-Thérèse », « Marie-Gilberte », et « Marie-Anne ». L’armement ne survivra pas longtemps à la mort de son propriétaire M. de Peyrecave. Des chalutiers, dont le « Marie-Anne », seront alors vendus et d’autres démolis, marquant la fin d'une époque. Avec le bruit des bottes, l'histoire du navire prend un tournant. Armé comme d’autres chalutiers d’un canon de 75 mm et de deux fusils Lebel, le 1er mars 1940, le « Marie-Anne » est désarmé quatre mois plus tard, puis réquisitionné en août 1940 par les Allemands qui l’équipent en dragueur de mines sous le matricule « M 4405 », intégrant ainsi l'information de son passé militaire.
Le 7 mars 1944 sonne l’heure de la fin pour le navire. À l’entrée du pertuis d’Antioche, un Mosquito de la Royal Air Force mitraille et atteint le navire. Malgré les impacts, le « Marie-Anne » pourra rejoindre la rade de la Pallice où il finira par sombrer, devenant l'épave connue aujourd'hui. À la barre de « Cassiopée », le navire hydrographique du Grand Port se trouve Franck Souchay. Avec l’hydrographe Laurent Chognot, ils forment le binôme qui connaît le mieux les fonds marins de la Pallice que l’équipage sonde inlassablement. Ils relèvent méthodiquement la profondeur de 300 hectares, pour les besoins de sécurité de la navigation des cargos, collectant des informations vitales pour le trafic maritime. Une fois exploitées, leurs relevés donnent lieu à l’établissement de plans, en moyenne 80 par an, transmis à la capitainerie, la « tour de contrôle » du trafic maritime. Un autre service est intéressé par leurs relevés, le dragage, qui les utilise pour maintenir les fonds marins à hauteur constante, soulignant l'importance continue de ces informations.