Le mât d'un voilier est bien plus qu'une simple perche dressée vers le ciel ; il est la pièce maîtresse de la propulsion et de la stabilité structurelle du navire. Sans mâture, point de voiles, et sans voiles, le voilier perd sa raison d'être. Pour le marin, qu'il soit débutant ou chevronné, appréhender la complexité et le fonctionnement de cet élément est indispensable, non seulement pour optimiser les performances en navigation, mais aussi pour garantir la sécurité lors des manœuvres et de l'entretien courant.
Fondements de la structure et types de mâts
Le mât de bateau est un élément central de la navigation, dont la fonction s’étend bien au-delà du simple support des voiles. Sa conception, sa structure et les matériaux de construction utilisés influencent directement la stabilité et la répartition des charges sur la structure du bateau.
On distingue principalement deux modes de montage :
- Mâts à quille : Ils sont les plus courants sur les unités de taille importante. Le mât s’étend à travers le pont et repose directement sur la quille du bateau, offrant une excellente stabilité structurelle.
- Mâts en pontée : Ils reposent sur le pont du bateau, ce qui facilite leur installation et leur démontage. On les trouve généralement sur les petits voiliers ; ils sont souvent plus simples à entretenir, bien qu'ils puissent offrir un peu moins de rigidité globale que les modèles traversants.
En termes de conception, le gréement peut être :
- Mât haubané : Ce type de mât est maintenu par des haubans, assurant ainsi une fixation robuste et une répartition efficace des charges. C’est la configuration la plus classique. La très grande majorité de nos voiliers sont équipés d’un mât et d’un gréement dormant qui peut être réglé.
- Mât autoportant : Ne dépendant pas des haubans pour sa stabilité, il offre une flexibilité d’installation et permet l’utilisation de matériaux de construction innovants tels que les composites, combinant légèreté et résistance.
Composants essentiels et terminologie
Naviguer sur un voilier demande de maîtriser quelques notions de vocabulaire lié aux manœuvres et aux différentes parties du bateau. La plaisance a son propre lexique qui permet de mieux se comprendre.
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Le mât est composé de plusieurs éléments clés :
- La tête de mât : C’est l’extrémité supérieure du mât, là où sont attachées les drisses permettant de lever et d’affaler les voiles. Elle abrite aussi souvent des instruments de mesure, comme les indicateurs de vent et les feux de navigation.
- Les barres de flèche : Ce sont des supports horizontaux fixés au mât pour aider à maintenir l’angle correct des haubans (câbles ou tiges qui fournissent un support latéral). Suivant la taille du voilier, il peut y avoir plusieurs étages de barres de flèche.
- Le gréement dormant : Il s'agit de l'ensemble des câbles fixes maintenant le mât. L'étai empêche le mât de basculer vers l'arrière, tandis que le pataras retient la tête du mât en l'empêchant d'aller vers l'avant. Les bastaques, quant à elles, sont gréées sur des voiliers équipés d'un gréement fractionné pour raidir l'étai.
- Les ridoirs : Ces dispositifs permettent de régler la tension des haubans et des étais. Ils sont constitués d’un corps fileté avec des écrous à chaque extrémité.
- Le rail : Utilisé sur la face arrière du mât pour accueillir les coulisseaux de la Grand-voile.
- Les réas : Ce sont les poulies intégrées au mât qui permettent de faire circuler le gréement courant (drisses et balancines).
Sur les navires anciens, on trouve des structures plus complexes. Le mât pénètre dans le pont par un trou appelé « étambrai » et va se fixer au fond de la coque dans une pièce nommée « emplanture ». Si le mât repose sur le pont, ce dernier doit être soutenu par une épontille pour éviter tout affaissement.
Matériaux de construction et influence sur la navigation
Les matériaux ont un impact direct sur la répartition des charges, la durabilité et la performance.
- Aluminium : Les mâts en aluminium sont légers, durables et relativement faciles à entretenir. Ils sont couramment utilisés dans les voiliers modernes en raison de leur rentabilité et de leur longévité.
- Bois : Bien que classiques et esthétiques, ils nécessitent un entretien rigoureux. Le lamellé-collé permet aujourd'hui de créer des structures homogènes, très robustes, avec des formes complexes permettant un rétreint (réduction de section progressive) dans les hauts, ce qui est très avantageux pour le centre de gravité.
- Fibre de carbone : Le summum de la technologie. Incroyablement légers et résistants, ils améliorent les performances, bien qu'ils impliquent un coût élevé.
Optimisation du gréement et réglages dynamiques
L’optimisation du gréement constitue un levier stratégique pour améliorer la performance. Un gréement bien réglé permet de mieux orienter les voiles, améliorant ainsi l’efficacité de la voilure. Le réglage du mât permet d’agir sur l’équilibre du voilier en jouant sur la courbure du profil, ce qui réduit ou augmente la puissance des voiles. Sur les voiliers équipés de bastaques, le mât est souvent plus fin et entièrement réglable en dynamique : la bastaque au vent est tendue au winch pour raidir l'étai, tandis que la bastaque sous le vent est choquée pour libérer la flexion du mât.
Maîtriser le matage et le démâtage en solitaire
Nous sommes tous préoccupés par la question du matage de nos bateaux transportables. C’est la question qui revient sans fin sur tous les forums. Il est possible de mettre au point un procédé simple de matage en solitaire, quelle que soit la configuration du mât.
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Pour travailler en sécurité, il est indispensable de haubaner le mât et le tangon sur un point fixe dans l’axe de rotation. Le procédé innovant repose sur l'utilisation du tangon comme chèvre. L'idée est d'appliquer une propriété des triangles : ils sont indéformables. En créant un système où le tangon et le mât forment un dièdre maintenu par des bouts toujours tendus, l'ensemble reste en équilibre.
- Préparation : Utilisez un support arrière télescopique monté sur les fémelots de safran, réglable en position haute pour la manœuvre.
- La manœuvre : Le mât est posé sur son axe de pivot. Les haubans de matage sont fixés. Un bout à l’extrémité du tangon, passant par une poulie frappée à l’étrave et repris sur le palan de Grand-voile ou un winch, permet d'actionner le mouvement.
- Avantages : Ce système permet de ne pas avoir à soutenir le mât manuellement durant la manœuvre et garantit une sécurité constante par le maintien latéral. Il est conseillé d'avoir des haubans dédiés avec mousquetons pour faciliter l'installation.
Maintenance et inspection en hauteur
Chaque propriétaire de voilier doit un jour monter au mât pour une inspection périodique ou des réparations. Lorsqu'on est seul, l'utilisation d'un winch n'est pas une option recommandée sans assistance.
- Échelle de mât : Des solutions textiles ultra-résistantes et légères, comme les modèles de type MastL, facilitent l'ascension tout en garantissant la sécurité grâce à des coulisseaux qui stabilisent l'utilisateur.
- Assurage : Il est impératif d'utiliser une ligne de vie indépendante (drisse de génois ou de spi) couplée à un harnais certifié. L'utilisation d'un dispositif antichute mécanique (type bloqueur KONG BACK-UP) est fortement préconisée pour assurer une absorption des chocs en cas de chute.
- Outillage : L'usage d'un sac à outils dédié, sécurisé par des dragonnes, est indispensable pour éviter la chute d'objets sur le pont ou sur l'équipage.
Un nettoyage régulier pour éliminer le sel et la crasse, couplé à une inspection des signes de corrosion sur la tête de mât, les barres de flèche et les fixations des haubans, est le meilleur moyen d'éviter des réparations coûteuses. En cas de corrosion importante ou de dommages structurels, le remplacement devient inévitable ; il est alors conseillé de demander plusieurs devis auprès de professionnels.
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