La plage du Ris, à l'entrée de Douarnenez, dans le Finistère, est depuis longtemps un lieu emblématique pour la communauté des surfeurs et un espace prisé par les familles. Cependant, une problématique environnementale de taille a secoué la quiétude de ce site, menant à une mobilisation forte et symbolique. En réponse à la dégradation de la qualité de l'eau et à une interdiction de baignade, les surfeurs locaux ont lancé un appel retentissant, cherchant à interpeller l'opinion publique et les pouvoirs publics sur l'urgence d'agir.
Une Manifestation Choc : L'Ankou sur les Vagues du Ris
Le dimanche 3 février 2019, la plage du Ris fut le théâtre d'une manifestation d'un genre particulier, orchestrée par les surfeurs du secteur. À 16h, des dizaines de surfeurs se sont rassemblés pour une mise en scène glaçante et puissamment symbolique. Leur objectif était clair : simuler une mort par intoxication afin de dénoncer l'état de pollution de l'eau. Au cœur de cette performance, l'Ankou, figure bretonne de la mort, a fait une apparition marquante sur la plage douarneniste. Déguisé en faucheuse, Yann Le Quéau, un surfeur de 38 ans à l'origine de cette initiative avec Thomas Arnaud, a soufflé dans une corne de brume, donnant le signal à ses homologues.
Dans l'eau, plusieurs dizaines de surfeurs se sont alors laissés flotter, allongés sur leur planche ou directement dans la mer, mimant une intoxication et le trépas. Cette image, forte et symbolique, visait directement à alerter sur la qualité dégradée de l’eau à cet endroit. Des drones ont d'ailleurs été utilisés pour filmer la scène, dans l'optique de diffuser le plus largement possible des images « choc » et d'accentuer la pression sur les différentes institutions. Cette action, à première vue étrange, révélait une profonde incohérence selon les manifestants. Thomas Arnaud s'interrogeait : « Quand on surfe, on passe sous les vagues. L’eau rentre par le nez, la bouche… Alors pourquoi les plaisanciers, eux, ne pourraient pas se baigner ? C’est la même eau pourtant. » Cette mise en scène, qualifiée de « shooting de la mort », a attiré l'œil de l'opinion publique et a été pensée pour « interpeller l’opinion publique ». Les organisateurs ont certifié ne viser personne et ne cibler aucun responsable, insistant sur le caractère spontané et complètement apolitique de l'événement.
La Fermeture de la Plage : Conséquence d'une Pollution Continue
Cette action était une réaction directe à une décision radicale des services de l’État : la fermeture de la plage du Ris pour toute l’année 2019. Décrétée fin janvier par l’ARS (Agence régionale de santé), cette interdiction concernait la baignade et le ramassage des coquillages. Seules les activités nautiques restaient autorisées, créant un paradoxe flagrant pour les pratiquants. La cause de cette fermeture était le niveau alarmant de pollutions observées, notamment la présence importante de bactéries fécales, et ce, depuis cinq ans. Les surfeurs dénoncent une dégradation continue depuis trente ans. « Après les algues vertes, nous voilà confrontés à une nouvelle problématique et pas des moindres. Le point de non retour est-il franchi ? Nous, surfeurs espérons que non », ont-ils déclaré. Yann Le Quéau a confié que cet état de l'eau rendait malade les surfeurs depuis longtemps. « On veut simplement surfer tranquillement au Ris avec nos enfants. Or actuellement, on sait bien qu’on risque d’attraper une gastro quand on va au Ris. Quand il a plu, la mer est marron ! », a-t-il ajouté, soulignant les conséquences directes sur la santé des usagers.
Le problème trouve son origine dans une trop grande contamination de l'eau en matières fécales, provenant notamment des déjections bovines, un phénomène lié à l’importante activité agricole dans le bassin-versant du Ris. Pour les amateurs de cette plage et pour l’image de Douarnenez, cette interdiction représentait un véritable « coup dur ». Le maire, François Cadic, a d'ailleurs exprimé sa surprise face à l’imposition de cette fermeture pour l’année 2019, surtout compte tenu des mesures d’autocontrôle déjà mises en place. Il a rappelé que « Dès que la pluviométrie était importante, nous fermions la plage. Ça a dû arriver trois ou quatre fois l’été dernier. »
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Le Ris : Une Plage "Symbolique" et un Enjeu pour les Générations Futures
Pour la communauté locale, la plage du Ris revêt une importance particulière. « Le Ris est une plage symbolique », a insisté François Cadic, le maire, craignant que « le drapeau mauve interdisant la baignade sur la plage du Ris va donner une mauvaise image de la ville de Douarnenez. » Au-delà de l'image de la ville, cette plage est cruciale pour les surfeurs. Les surfeurs du territoire la considèrent comme un spot de repli quand la mer est trop forte ailleurs. Ses petites vagues en font également une plage idéale pour les enfants et les surfeurs débutants, ce qui la rend d'autant plus précieuse. Thomas Arnaud a souligné l'importance de ce lieu pour l'apprentissage : « La plage du Ris est le spot le plus accessible pour les jeunes surfeurs débutants de Douarnenez ».
La motivation des surfeurs allait bien au-delà de la simple défense de leur pratique. Ils ont déclaré mener cette action pour les futures générations. « Comment pourrons-nous leur dire que nous, leurs aînés, n’avons rien fait pour sauvegarder la plage ? Alors que nous en avons profité pleinement à notre époque », a interpellé Thomas Arnaud, mettant en avant la responsabilité collective. Leur démarche visait à « rappeler à leurs responsabilités » les élus et les institutions. Ils ne demandaient pas une simple interdiction de la baignade, mais « une solution au problème des bactéries », insistant sur la nécessité d'« arrêter de cacher la poussière sous le tapis. »
Une Mobilisation Citoyenne et les Pistes de Solution
Le dimanche 3 février, la manifestation n'a pas réuni que les surfeurs. Au moins 300 personnes se sont retrouvées aux abords de la plage pour assister à la « photo de la mort ». Des riverains sensibles à cette cause environnementale se sont joints aux mécontents. Parmi les participants, on comptait des familles, des associations environnementales comme Baie de Douarnenez environnement et Bretagne Vivante, la fanfare Savato, et même des Gilets jaunes locaux venus apporter leur soutien. Cette large mobilisation a démontré l'ampleur de l'inquiétude face à la dégradation de l'environnement local. Les surfeurs finistériens, qui n’en étaient pas à leur premier coup de communication, ont prouvé leur engagement, bien au-delà des plaintes individuelles. « Beaucoup de gens râlent mais très peu agissent », a rappelé Thomas Arnaud, soulignant l'importance de l'action collective.
Conscient de l'enjeu, le maire François Cadic a détaillé les actions déjà menées pour enrayer la pollution du Nevet, la rivière qui débouche sur la plage du Ris et qui est un vecteur important de cette pollution. « Nous avons contrôlé l’assainissement de 1 000 maisons environ. Beaucoup d’habitants se sont mis aux normes ou vont le faire. » Une citerne a également été enterrée à l’arrière de la plage du Ris pour absorber de potentiels débordements des eaux usées. Concernant les pollutions d’origine animale, l’Établissement public de gestion de la Baie (Epab) a sensibilisé les agriculteurs et les a incités à agir. Cependant, l'élu a regretté que « ces démarches sont longues et mettent beaucoup de temps à porter leurs fruits. Trop sans doute. » La semaine précédant la manifestation, le maire avait rencontré les services de l’État. Un groupe de travail devrait être mis en place, impliquant l'Epab, les collectivités et communes concernées, et l’État, dans le but d'accélérer la reconquête de la qualité des eaux. En attendant des résultats concrets, la baignade et le ramassage des coquillages demeurent interdits toute l’année.
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