La natation française, riche en talents et en récits d'exploits, est régulièrement animée par les performances de ses athlètes d'élite. Parmi eux, Florent Manaudou, figure emblématique du sprint, continue de surprendre et de marquer les esprits par sa capacité à se réinventer et à défier les attentes, notamment sur une distance qui n'est pas traditionnellement la sienne, le 100m nage libre. Si son domaine de prédilection reste le 50m, ses incursions sur le double-distance révèlent une stratégie affûtée et un talent intrinsèque qui force l'admiration, tout en s'inscrivant dans la lignée d'un nom déjà gravé dans l'histoire de ce sport.
Florent Manaudou : Une Volonté Stratégique sur 100m Nage Libre
L'engagement de Florent Manaudou sur le 100m nage libre a été marqué par une démarche réfléchie et une audace assumée. Samedi, le nageur avait annoncé sa volonté de s'aligner sur les séries du 100 m, précisant "uniquement sur les séries". Il a tenu promesse ce mardi matin et s'est même surpris lui-même avec le meilleur chrono (48''12 devant Maxime Grousset, 48''44) de la matinée. Cette décision, mûrement réfléchie, a été précédée d'échanges avec son encadrement. La veille de cette performance, il avait appelé son coach James Gibson et parlé avec Quentin Coton, son co-entraîneur, ainsi qu'avec Yoris Grandjean, son préparateur physique. Son staff lui a alors dit de « faire comme [il] voulait ».
La motivation de Manaudou pour cette incursion inhabituelle était palpable. Il confiait : « J'avais très envie de le faire parce que je sentais que j'avais beaucoup d'énergie. C'est un peu ce qui s'est passé au 50 m papillon (2e derrière Maxime Grousset), j'avais beaucoup trop d'énergie et j'en ai trop mis. C'est rare d'être dans cet état de fraîcheur pour moi quand je suis en période de travail. » Cette énergie, qu'il craignait de mal gérer sur sa distance de prédilection, le 50m papillon, a trouvé un exutoire fructueux sur le 100m.
Sur la première série de la matinée, nagée en ligne d'eau n°7, il est allé chercher le 5e chrono de sa carrière sur 100 m, son meilleur temps depuis 2016. Avec le sourire, le sprinteur aux cheveux rose pour le 50 papillon et blond pour le 100 m, plaisantait sur son "record le matin et en blond". Sa performance n'était pas un coup de chance isolé. Lors des championnats de France à Rennes, avec un chrono de 48''12, Florent Manaudou a réalisé le meilleur temps des séries du 100 m nage libre, signant ainsi son meilleur temps sur cette distance depuis 2016. Le vice-champion du monde de la distance l'an dernier, Maxime Grousset, a quant à lui réussi le deuxième temps de ces séries en 48''48. Florent Manaudou, dont le record personnel est de 47''98, a enregistré à 32 ans la cinquième meilleure performance de sa carrière sur 100 m.
Quelques mois plus tard, à Chartres, il a de nouveau fait parler de lui sur cette même distance. Il a dépoussiéré son record sur la course reine de la natation, un chrono vieux de dix ans (47"98), qu'il avait d'abord réalisé en finale des championnats d'Europe 2014 à Berlin puis égalé en décembre 2015 au meeting de Nîmes. Une décennie plus tard, le colosse du Cercle des nageurs de Marseille a donc été flashé en 47"90. Ce mardi matin à Chartres, Florent Manaudou n'a été battu que par Maxime Grousset, le médaillé de bronze mondial 2023, qui a réalisé 47"65. Tous deux ont réalisé le minima, exigé en finale, pour se qualifier aux Jeux olympiques. Ces performances sont d'autant plus notables qu'il s'agit de la troisième fois de sa vie seulement qu'il passe sous les 48 secondes en compétition.
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La Primauté du 50m et la Stratégie des Relais
Malgré ces chronos impressionnants et la réalisation des minima olympiques, Florent Manaudou reste fidèle à sa stratégie. Comme promis et annoncé avant le début de la compétition, il a choisi de ne pas disputer la finale de l'épreuve pour privilégier le 50 m prévu. Sa motivation est claire : « Il me reste 48 heures avant le 50 crawl, c'est l'épreuve de la semaine. » Il tempère d'ailleurs la portée de son 100 m, reconnaissant qu'il est "loin des grands standards mondiaux" en individuel, mais il souligne son utilité : "qui lui permet d'envoyer un message pour le relais et créer une émulation." Son objectif de la semaine est clairement le 50 m, et il ressort de ces journées avec quelques certitudes.
Manaudou se définit avant tout comme un spécialiste du 50m. « Je suis un nageur de 50. Le 100, c'était déjà très compliqué quand j'étais plus jeune, rappelle le champion olympique qui signe le 15e chrono mondial de la saison sur 100 m. À mon âge, avec mon morphotype et mon entraînement, je le fais beaucoup au talent, je sais comment le nager. » Il analyse parfaitement sa course et ses limites : « C'est un des meilleurs 100 parce que je ne craque pas à la fin, je le fais parfaitement ce matin avec l'énergie que j'ai. Ce soir, si je le refais, je nagerai sûrement moins vite et surtout je me créerais une fatigue exponentielle pour le 50. »
La satisfaction qu'il tire de ces 100m est à la fois personnelle et stratégique. « Je suis très content de ce 100 m, ça me fait du bien. Je me suis agréablement surpris, a-t-il réagi en zone mixte. Je n'ai plus trop souvent des surprises comme ça, donc je les prends et ça fait plaisir. » Il exprime également un plaisir plus profond : "Ca me fait plaisir de montrer que je suis encore là sur 100m, et moi ça me fait du bien de voir qu’en changeant complètement ma préparation, en faisant beaucoup moins de kilomètres mais en bossant intelligemment, j’arrive quand même à faire de très bons 100 mètres". Manaudou, 33 ans et installé à Antibes, complète : "Je pense vraiment que j’aurai pu nager un poil plus vite, 47"7".
L'objectif principal de ces démonstrations sur 100m, malgré le forfait en finale, est clair : "rappeler à tout le monde ses qualités sur la distance, qu'il a longtemps délaissée ces dernières années, et prouver avec force sa volonté d'être candidat à une place dans le relais 4x100m 4 nages, sur le crawl". Cette ambition le verrait potentiellement aux côtés de Maxime Grousset (papillon) et Léon Marchand (brasse) aux prochains Jeux olympiques.
Ces performances sur 100m lui apportent des indicateurs positifs pour sa course de prédilection. « Quand j'ai fait des bons 100 m, j'ai fait des bons 50. Chaque compétition est différente. J'essaie de me raccrocher à ce genre de choses mais ça ne marche jamais à 100 %. Je sais que quand je nage un bon 100, je fais généralement un bon 50 derrière. » Ces courses lui confirment également une excellente condition physique : « Je sais que physiquement, physiologiquement, je suis très bien. Je suis explosif, j'ai de l'aéro pour faire des courses. Maintenant si la tête est bien et que j'ai confiance en moi pour le 50, ça devrait aller vite. »
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Florent Manaudou : Trajectoire d'un Champion Olympique, du Break au Comeback
Le parcours de Florent Manaudou est celui d'un athlète aux choix marqués. Champion olympique du 50 m libre à Londres en 2012, il n'a pas fait du 100 m libre la priorité de son retour, annoncé en mars 2019 après deux ans et demi de pause et une expérience en handball. Cette période d'absence lui a permis de prendre du recul, d'explorer d'autres horizons sportifs avant de revenir à ses premières amours. Son retour à la compétition en juin 2019, après trois ans d’absence, a été progressif mais déterminé.
Dès sa rentrée en 2020, Manaudou s’est imposé sur 50 m nage libre en 21.56. Ses performances sur 100m depuis ce retour sont également notables. Le nageur français a établi la 14e meilleure performance mondiale de la saison pour son premier 100 m en individuel depuis son retour. C’est même le 8e meilleur temps de sa carrière sur cette distance, démontrant une longévité et une capacité à retrouver des niveaux de performance élevés, même après des interruptions. Le meilleur temps français de la saison était de 48 sec 56, réalisé fin décembre par Maxime Grousset à Amiens, un chrono que Manaudou a depuis surpassé. Maxime Grousset, également aligné en série, n’a d’ailleurs pas fait mieux que le 5e temps en 49 sec 34 lors d'une de ces confrontations.
Les Autres Nageurs Français en Lumière : Une Émulation Générale
Au-delà des exploits de Florent Manaudou, les compétitions nationales et internationales sont le théâtre de performances remarquables de l'ensemble de la natation française. L'émulation est constante et les têtes d'affiche répondent présentes.
Léon Marchand, autre pilier de la natation française, a également fait une apparition remarquée. La série du 200 m papillon a été une petite mise en bouche pour lui, avec un chrono de 1'59''17, en attendant de faire tomber les secondes lors des finales.
Les nageuses ont également brillé. Les filles du dos ont répondu au rendez-vous sur 50 m avec un trio de tête prometteur : Mary-Ambre Moluh, qui a réalisé le meilleur temps en 27''84, suivie par Analia Pigrée en 27''96 et Pauline Mahieu en 28''72. Pour son entrée en lice sur 50m, Mélanie Henique a été la seule à avoir cassé la barrière des 25 secondes, signant un excellent 24''94, devançant Marie Wattel (25''19) et Béryl Gastaldello (25''30).
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En demi-fond, c'est la performance de David Aubry sur 800 m qui a été remarquée, confirmant la profondeur du talent français dans diverses disciplines de la natation. Ces résultats collectifs contribuent à un environnement compétitif stimulant, propice aux meilleures performances individuelles et collectives.