Luxation de l'épaule chez le nageur français : causes et traitements

Les blessures liées à la natation sont relativement rares, ce sport sollicitant la majorité des muscles du corps. Cependant, la répétition des mouvements peut entraîner des blessures, notamment au niveau de l'épaule. Cet article se penche sur la luxation de l'épaule chez les nageurs français, en explorant ses causes, ses traitements et les moyens de prévention.

Blessures fréquentes chez les nageurs

En natation, les blessures sont principalement dues à une sollicitation excessive et répétée, plutôt qu'à un traumatisme direct. Les zones les plus touchées sont les épaules (40%), la colonne vertébrale (15%) et les genoux (14%). Les compétitions de haut niveau sont particulièrement propices aux blessures.

Les blessures musculaires sont fréquentes, allant de simples crampes et courbatures à des claquages et déchirures plus graves. Pour éviter ces problèmes, il est crucial de :

  • Boire suffisamment (au moins 1,5 litre par jour) et équilibrer son alimentation
  • S'échauffer correctement
  • Développer son endurance et réaliser des efforts progressifs
  • S'étirer après chaque séance

L'épaule du nageur : une articulation à risque

L'épaule est l'articulation la plus sollicitée en natation intensive, particulièrement lors des nages qui impliquent l'élévation du bras au-dessus de la tête, comme le crawl, le dos crawlé et le papillon. Des études montrent que 40 à 60% des nageurs de compétition présentent des douleurs à l'épaule. Les atteintes possibles incluent :

  • Arthropathie dégénérative de l'articulation acromio-claviculaire
  • Arthropathie dégénérative de l'articulation gléno-humérale
  • Tendinopathies de la coiffe des rotateurs avec conflit sous-acromial : cette pathologie peut toucher les nageurs débutants comme les nageurs de compétition et apparaît le plus souvent suite à un entraînement excessif ou en présence d’erreurs dans la technique de nage.

Les facteurs de risque principaux sont :

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  • Le volume d'entraînement
  • Le nombre d'années de pratique
  • Les erreurs dans les techniques de nage
  • L'utilisation excessive de palettes

Pour réduire le risque de blessures à l'épaule, il est recommandé de :

  • Maîtriser les gestes techniques (respiration, torsion du tronc et position des mains et bras)
  • S'hydrater suffisamment et régulièrement (1,5 L par jour)
  • S'échauffer en début de séance
  • S'étirer après chaque séance
  • Augmenter progressivement l'intensité des séances
  • Éviter d'utiliser une planche ou une palette pour les mains (sollicitation accrue de l'épaule)
  • Alterner les différents types de nage afin de solliciter différents groupes musculaires

Luxation et instabilité de l'épaule : un problème fréquent

La luxation ou instabilité de l'épaule (luxation gléno-humérale) est une pathologie fréquemment rencontrée, touchant environ 2% de la population. Elle nécessite souvent une intervention chirurgicale pour éviter une instabilité chronique avec des récidives. Les luxations antérieures représentent près de 95% des cas et concernent majoritairement des hommes jeunes et sportifs.

Il est fondamental de préciser les circonstances de survenue du traumatisme :

  • âge du patient
  • instabilité apparue de manière traumatique ou insidieuse
  • nombre d’épisodes de luxations vraies
  • présence de subluxations
  • caractère dominant ou non du membre atteint
  • présence de traumatismes associés
  • type de sport pratiqué
  • niveau de pratique sportive
  • calendrier sportif

Evaluer l’impact sur les activités de la vie quotidienne, professionnelle et sportive du patient est essentiel afin de cerner ses attentes.

L’analyse des antécédents personnels et familiaux recherchera des épisodes d’instabilité d’autres articulations ou une maladie du tissu conjonctif (syndrome de Marfan, maladie d’Ehlers-Danlos).

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Il est important d’analyser précisément le mécanisme de survenue du traumatisme :

  • Activité réalisée par le patient ?
  • Position de son bras ?
  • Direction de la force d’impact sur l’épaule ?

Les luxations antérieures de l’épaule sont fréquemment associées à un mouvement en abduction et rotation externe avec le coude en extension mais peuvent être liées à une chute sur le moignon de l’épaule ou sur le coude en rétropulsion.

Les luxations postérieures traumatiques surviennent quand une force axiale s’exerce sur le bras tendu en élévation antérieure et en rotation interne, par exemple au rugby lors d’une charge épaule contre épaule ou moins fréquemment lors d’un traumatisme direct antéro-postérieur.

Elles peuvent aussi résulter d’une crise de convulsions ou plus rarement d’une électrisation. La luxation postérieure est alors causée par une contraction soutenue et désynchronisée des muscles rotateurs interne et externe de l’épaule.

La luxation erecta est le plus souvent liée à une abduction forcée et extrême de l’épaule.

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Les patients ayant uniquement des subluxations peuvent souffrir de douleurs invalidantes tout en étant incapables d’en préciser la direction.

Diagnostic de l'instabilité de l'épaule

Le diagnostic de l'instabilité de l'épaule repose sur un examen clinique minutieux et des examens complémentaires.

Examen clinique

L'examen clinique comprend plusieurs tests spécifiques :

  • Test d'appréhension antérieure : Le patient ressent une douleur ou une sensation d'appréhension lorsque le bras est placé à 90° d'abduction et tourné en rotation externe.
  • Test de recentrage ou « relocation test » : L'application d'une force en rétropulsion sur la face antérieure de l'épaule soulage la douleur et fait disparaître l'appréhension antérieure.
  • Test d'appréhension postérieure : Une force de rétropulsion sur le coude, avec le bras porté en avant à 90° de flexion, en adduction et en rotation interne maximale, provoque une sensation d'appréhension postérieure ou des douleurs.
  • Recherche d’une instabilité inférieure : L’hyperlaxité inférieure doit être recherchée avec le signe du sulcus ou signe du sillon.
  • Test d’hyperabduction de Gagey : Il est réalisé assis avec l’examinateur placé derrière le patient. Le coude est fléchi à 90° avec le bras en rotation neutre. Par la suite, l’examinateur place une main sur la face supérieure de l’épaule et bloque les mouvements de l’articulation scapulo-thoracique. L’autre main entraîne alors le bras du patient en abduction passive qui, lorsqu’elle excède 105°, signe une laxité du ligament gléno-huméral inférieur.
  • Instabilité multidirectionnelle : L’instabilité multidirectionnelle combine les signes cliniques précédemment décrits et est définie par la présence de symptômes d’instabilité dans au moins deux directions.
  • À l’inspection : L’examinateur recherche la présence d’une amyotrophie du deltoïde et des fosses supra- et infra-épineuses.
  • À la palpation : La palpation de la ceinture scapulaire cherche d’abord une chaleur régionale puis une douleur à la pression de points électifs (pointe de la coracoïde, gouttière bicipitale, articulation acromio-claviculaire et insertion du supra-épineux sur le trochiter).
  • Examens de la mobilité articulaire et de la force musculaire : L’examinateur mesure les amplitudes articulaires, passives et actives.
  • Examen neuro-vasculaire : Un épisode de luxation d’épaule peut se compliquer de lésions neurologiques et vasculaires.

Examens complémentaires

Plusieurs examens d'imagerie peuvent être utilisés pour confirmer le diagnostic et évaluer les lésions associées :

  • Bilan radiographique standard : Il comporte des radiographies de l’épaule de face en rotation neutre, externe et interne.
  • Tomodensitométrie et IRM : Un arthroscanner est utile pour documenter les lésions osseuses glénoïdiennes et l’importance de l’encoche humérale.

Traitement de la luxation de l'épaule

Le traitement de la luxation de l'épaule dépend de plusieurs facteurs, notamment l'âge du patient, le nombre d'épisodes de luxation, l'activité sportive et la présence de lésions associées.

Traitement conservateur

Le traitement conservateur est généralement privilégié lors d'une première luxation, surtout chez les personnes âgées ou celles ayant des besoins fonctionnels moins importants. Il consiste en :

  • Immobilisation du bras en rotation médiale coude au corps pour une durée de 4 à 6 semaines lors d’une première luxation chez les sujets jeunes mais qui ne doit pas dépasser une dizaine de jours chez les patients de plus de 35 ans.
  • Rééducation : La rééducation doit être rapidement débutée dès la fin de la période d’immobilisation.

Traitement chirurgical

Le traitement chirurgical est envisagé dans les cas suivants :

  • Luxations gléno-humérales antérieures récidivantes
  • Épaules douloureuses et instables
  • Première luxation chez les sujets jeunes et/ou sportifs

Plusieurs techniques chirurgicales sont disponibles :

  • Intervention de Bankart : L’opération de Bankart est une intervention de retente capsulaire et ligamentaire antérieure et inférieure.
  • La butée osseuse type Latarjet : Cette intervention crée une butée (osseuse et musculo tendineuse) en avant de l’épaule empêchant ainsi la tête humérale de passer en avant de la scapula (omoplate).

Le choix de la technique chirurgicale est crucial et dépend de plusieurs critères cliniques et radiologiques, notamment le score ISIS (Instability Severity Index Score).

Prévention des blessures à l'épaule chez le nageur

La prévention des blessures à l'épaule chez le nageur repose sur plusieurs éléments clés :

  • Technique de nage appropriée : Une bonne technique permet de minimiser les contraintes sur l'épaule.
  • Échauffement adéquat : Un échauffement progressif prépare les muscles et les articulations à l'effort.
  • Renforcement musculaire ciblé : Le renforcement des muscles de la coiffe des rotateurs et des muscles stabilisateurs de l'épaule est essentiel.
  • Hydratation et alimentation : Une bonne hydratation et une alimentation équilibrée favorisent la récupération musculaire.
  • Respect des limites : Il est important d'éviter de s'entraîner de façon trop intense lorsqu'on est fatigué ou en période de récupération.
  • Une visite médicale est conseillée avant de reprendre la pratique de la natation en compétition après une blessure.
  • Il est également important de ne pas revenir trop tôt à la pratique de la natation, pour éviter d’augmenter les risques de récidives.

Pathologies du coude chez le sportif

Bien que cet article se concentre sur l'épaule, il est important de noter que les nageurs peuvent également être sujets à des pathologies du coude, souvent liées à des mouvements répétitifs ou des traumatismes directs. Ces pathologies peuvent inclure l'épicondylite (tennis elbow), l'épitrochléite (golfer's elbow), la rupture du biceps brachial ou du triceps brachial, la luxation du coude et l'instabilité chronique du coude. La prévention de ces pathologies passe par une technique appropriée, un échauffement adéquat et un renforcement musculaire ciblé.

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