Loulou, le Plongeur de Haut Vol : Biographie, Carrière et Engagement pour la Sécurité

Lionel Franc, plus connu sous le nom de Loulou des Calanques, est une figure emblématique du plongeon de haut vol dans la région de Marseille. Son histoire est intimement liée aux calanques, un lieu où la plongée a marqué son empreinte et où la sécurité est primordiale. Cet article explore l'histoire de Loulou, sa passion pour le plongeon, et les mesures de sécurité qu'il promeut pour éviter les accidents, dressant le portrait d'un homme dont l'incroyable maîtrise et l'engagement personnel ont façonné une carrière hors-norme.

Les Racines d'une Passion : De l'Enfance aux Falaises Marseillaises

Le goût pour les hauteurs, Loulou l’a acquis dès l’enfance. Sa famille, parisienne d’origine, s’installe à Marseille alors qu’il n’a que 5 ans, transformant le littoral en un terrain de jeu inépuisable. « Quand tu vis au bord de la mer, ton bac à sable, ce sont les rochers. » Comme tous les gamins du coin, il commence par de petits dénivelés, développant très tôt une affinité particulière avec l'eau et le vide. Enfant, il adorait plonger avec ses copains des rochers où chacun se moquait de la trouille de l’autre, cette peur de se jeter dans le vide avec le cœur qui bat la chamade mais l’insouciance de la jeunesse. Lui qui se rêvait cascadeur ou chirurgien s’entraîne assidûment dans les calanques, déjà tête la première. « Le plongeon, c’est plus élégant. » Lionel Franc, alias Loulou, a commencé à plonger à l’âge de 10 ans.

Cette passion précoce a connu une interruption significative. Loulou a fait un break de 18 à 35 ans. C'est un copain d'exploits d'enfance, Philippe, qui l'a fait replonger. Dix-sept ans après, il a retrouvé tout en mieux, le plaisir du vol, celui de l'adrénaline, la nature, aussi. Sa rencontre avec Philippe Schroeder, plongeur de haut vol, le fait repartir de plus belle, renouant avec une discipline qu'il avait mise de côté. Il avait 12 ans quand il a vu Jean-Michel Beaujon s'élancer de 20 mètres dans le port de Cassis, en a fait son père spirituel et son mentor. À 18 ans, il atteignait déjà les 18 mètres. Mais il en a eu marre. Il a fondé une boîte de prod, spécialisée dans les films de chirurgie, et une famille. S'il n’a pas pu faire d’études de médecine, Lionel Franc cumule aujourd’hui ses deux passions avec la réalisation de vidéos de chirurgie, ses sauts de l’ange et des cascades pour le cinéma, notamment dans « Corniche Kennedy », de Dominique Cabrera, en 2016. C'est l'aube de ses 38 ans que le plongeon est devenu sérieux. Un ami lui a proposé de plonger plus régulièrement, même au cœur de l’hiver. Il a réussi à le motiver alors qu'il n’était pas hyper chaud. Pendant cette période, ils ont beaucoup amélioré leur technique et leur style.

Lionel Franc : Le Recordman et l'Architecte du Plongeon Extrême

Lionel Franc, dit "Loulou", est un champion dans sa discipline : un plongeur de tête hors-norme, qui s'envole depuis les crêtes escarpées des Calanques pour s'offrir quelques secondes de grâce au-dessus de la mer turquoise. Le plongeur Lionel Franc détient le record du monde du saut de falaise la tête en avant. Il réalise en 2013 son record dans la plus belle des Calanques, à En-Vau, avec un plongeon de 30 mètres ! En 2012, il a déjà battu son propre record en s'élançant à 30 mètres de hauteur. Quatre ans avant, il avait réalisé son premier record à 30 mètres certifié par huissier. Son record du monde est de 36 mètres de haut, l'équivalent d'un immeuble de douze étages.

Cette performance n'est pas le fruit du hasard mais d'une préparation méthodique et d'une persévérance exemplaire. « J'ai mis 10 ans à préparer mon plongeon de 30 mètres », souligne Lionel Franc. Cette approche méticuleuse est la pierre angulaire de sa carrière. "Avant de faire mon plongeon de 30 mètres, j'en ai fait plus de 150 de 25 mètres." Le sauteur professionnel se prépare minutieusement avant chaque plongeon de haut vol. « Il y a une chose qui est très importante avant de faire le plongeon, c'est de bien 'dérouiller' toutes les articulations », détaille-t-il en effectuant des rotations avec sa tête. Depuis ses records, il s'exerce inlassablement, espérant atteindre bientôt les 35 mètres, voire 40. "Je m'entraîne à raison de 20 minutes de préparation physique par jour et je réalise 8 plongeons de 25 mètres par semaine. Dans quelques jours, je commencerai l'entraînement à 30 mètres", explique-t-il. Il est crucial d'être fin pour ce qu'il fait, d'où ses 1,70 m pour 70 kg et son choix de ne pas faire de musculation intensive, car "je gonfle comme un gâteau". Loulou balade ses yeux marron ascendant vert sur les falaises, souriant à son bonheur. « Quand je regarde ma vie, des fois, j'ai honte… Quand j'aurai 60 ans, je plongerai encore, rien ne pourra m'arrêter. »

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Quand Lionel Franc plonge, il pénètre dans l’eau à 130 km/h. La déflagration est énorme. Loulou avait prévenu. « Quand tu entres dans l'eau, c'est un accident de bagnole, ça fait un putain de bruit. » L’intensité de l’impact est donc comparable à un accident sur l’autoroute ! Autant dire qu’il vaut mieux avoir le crâne solide en plus d’une très bonne technique. Quand il arrive à plus de 100 km/h, c'est mieux de ne pas en prendre un sur le nez.

L'Art de la Chute : Technique, Maîtrise de Soi et Combat Contre la Peur

Le plongeon de haut vol, tel que le pratique Lionel Franc, est un art exigeant qui combine force physique, précision technique et une maîtrise mentale exceptionnelle. La technique parfaite de Loulou est le résultat d'une vie de travail. « Tu ne peux pas être dans une bulle. Il faut que tu contrôles tout, tout le temps, du moment du départ à celui où tu gaines à mort pour combattre la pénétration dans l'eau. La mer ne fait pas de détail, si tu es moligasse, elle prend le dessus et, bam ! tu plies comme un accordéon. » Au moment de l'entrée dans l'eau, le corps de Loulou pèse 1,2 tonne. Plus il entre dans l'eau droit et gainé, plus il pénètre profondément dans la mer et moins le corps souffre. Quand il a repris, il était arrêté au bout de 3 mètres. Maintenant, il atteint les 4,50 mètres, se sent assez frais pour enchaîner trois plongeons de 24 mètres par entraînement. Il aimerait atteindre les 6 mètres, et effleurer le fond, tout doucement.

Loulou doit toujours gérer ses émotions pour savoir quand la peur est trop intense et qu’elle va le faire dérailler. « J'ai toujours peur. Je suis dans l'appréhension, le doute, la préparation », avoue-t-il. « Tu es pris par une espèce de montée d'émotions parce que la peur vient t'envahir complètement. Le palpitant travaille donc avec la peur », prévient le plongeur avant de sauter d'une falaise, tête la première. Cette peur est indispensable car elle décuple l’attention et la concentration. Il faut la laisser s’exprimer et apprendre à composer avec. Car une fois qu’elle est maîtrisée, la peur permet de plonger dans un état qui, à bien des égards, peut devenir jouissif. L'on s'imaginerait Loulou plutôt silencieux, version maître yogi. Il dit que surtout pas. Que le plongeon, c'est le contraire de l'isolement, qu'il faut être hyper présent.

La préparation mentale inclut des rituels précis. Lionel prend des cailloux et les jette pour se remettre la trajectoire dans l'œil - « tu lances, tu planes, tu planes, tu fermes ». Il visualise son plongeon, s'étire, fait des pompes. « C'est juste un échauffement basique, la prépa physique, je la fais au quotidien. » Pour faciliter le saut, l'expert conseille la technique du volcan : « rentrer les talons en premier, remonter la pointe des pieds vers soi, ce qui accentue la rigidité des jambes. » « Les poumons pleins, c'est deux bouées. Moins tu as d'air dans le corps, plus tu peux chercher de profondeur. » Et c'est elle qui change tout. Plus que la frappe en surface - « c'est du pipi de chat, c'est comme si je plongeais du bord d'une piscine » -, c'est le freinage, la façon dont le corps est stoppé sous l'eau, qui marque l'organisme.

Le plongeon est une interaction constante avec l'environnement et l'équipe. Loulou est accompagné. Au pilotage, il y a Miko, ami d'enfance qui a plus d'accent mais moins d'inclination pour l'eau. Il y a aussi Aurélien, pompier à Marseille, chargé de tenir la planche de sécurité à laquelle Loulou s'agrippe après son plongeon. « Je prends 17 g, ça secoue un peu le cerveau, explique-t-il. Je ne vois pas bien, j'ai le souffle coupé, il faut une quinzaine de secondes pour que je me remette. » Quand il passe à 30 mètres, ce sont trois plongeurs hyper expérimentés et un médecin urgentiste qui veillent. Parce qu'il est tout sauf un trompe-la-mort. Il s’insère naturellement dans la mer agitée.

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Les Dangers du Haut Vol et les Épreuves d'une Vie

La beauté et l'élégance du plongeon de haut vol masquent des risques considérables, que Lionel Franc connaît intimement, ayant lui-même frôlé le pire à plusieurs reprises. Tous nos organes vitaux ne sont pas solidement fixés car, la nature étant bien faite, le corps humain a besoin de souplesse. Cette caractéristique est problématique dans le cas du plongeon de haut vol car, lors de la pénétration dans l’eau, l’effet de décélération est si violent que tous les organes sont chamboulés. Il y a donc des risques d’hémorragie interne, de poumon qui se décroche ou de lésion du cerveau. « La mer ne fait pas de détail, si tu es moligasse, bam ! Tu plies comme un accordéon », affirme Lionel Franc. Il est d’ailleurs suivi par un radiologue qui s’assure que son cerveau va bien malgré les chocs qu’il subit.

Lionel Franc le rappelle : « un saut raté peut entraîner une coupure de respiration. Il faut l'équivalent d'une tasse à café pour remplir les deux poumons, en 'buvant la tasse'. Cela va engendrer une panique, qui peut déboucher sur une noyade. » Chaque année, les marins-pompiers de Marseille interviennent une dizaine de fois pour les victimes de sauts des falaises. Fractures des jambes, du rachis, des lombaires, sans parler des sauteurs qui finissent en chaise roulante : la liste des blessures a de quoi faire pâlir.

L'incroyable ascension de Loulou a été brisée nette quand le 3 novembre 2020, un motard le fauche alors qu’il traverse la route. Il manque d’y perdre sa jambe gauche. Pendant deux ans, il subit de multiples opérations qui rétrécissent sa jambe de 3 centimètres. Il va mobiliser une force incroyable pour récupérer. Depuis, il saute trois fois par semaine de 30 mètres, été comme hiver. Jamais plongeur n’aura autant mérité son surnom d’« ange des calanques ».

Ce n'était pas son unique grave accident. En 2013, Lionel Franc a été victime d'un grave accident lors d'un tournage, tombant de 20 mètres de haut à plat dans l'eau. Il s'est perdu dans son double salto et demi plongé de 21 m, et a atterri plat. Il a coulé, inconscient. Trois minutes en arrêt ventilatoire, trois jours en soins intensifs. Il a été évacué en hélicoptère dans le coma et s'en est sorti avec deux côtes cassées. « Je ne sais pas comment je suis encore là… » Cet incident s'est produit sur le tournage d'une publicité, où on lui avait demandé d'être sur les lieux à 4 heures du matin et il a dû aider l’équipe technique à installer le matériel jusqu’au lever du jour. Résultat : quand il s’est trouvé sur le plongeoir pour sauter, il était claqué ! Mais il y est quand même allé… et il a raté sa figure. « La seule chose qui m’a permis de plonger à nouveau, c’est que j’ai bien identifié les causes de ce loupé. Je n’ai jamais reproduit l’erreur de sauter en étant épuisé. » Depuis, il prend ses précautions, plonge accompagné, et se forme à de nouvelles techniques avec d'autres plongeurs pro. Il avait appris qu'il fallait s'écouter. Un jour, pour des reportages avec Arte et TF1, vingt bonshommes étaient venus d'Allemagne et de Paris filmer un plongeon de 30 m. Pas de vent, 19 heures, la mer était une piscine. « Je suis monté et il y avait un truc qui clochait, je ne peux pas dire quoi. J'ai pas sauté. »

L'Ange des Calanques : Engagement pour la Prévention et la Sécurité

Surnommé l'ange des calanques, Lionel Franc, à 53 ans, sillonne les criques pour former spontanément les "minots de Marseille". Il forme désormais de jeunes cascadeurs qui ont pris l'habitude de sauter sans aucune sécurité. Cet homme, qui détient le record du monde du saut de falaise la tête en avant, veille régulièrement sur les plongeurs en herbe. « Il y a un danger qui est permanent. Ça fait très peur. Moi qui suis expérimenté là-dedans, je me sens terriblement responsable », commente-t-il. Chaque année, des dizaines d'accidents, parfois mortels, surviennent. « C'est plus dans les figures, où forcément, on a des ratés, étant donné qu'on n'est pas des professionnels », raconte l'un de ces jeunes cascadeurs dans un reportage de TF1.

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Depuis ses accidents, il va dès qu’il le peut à la rencontre des jeunes. « Je ne suis personne pour leur interdire de sauter, mais je peux les conseiller pour qu’ils ne se blessent pas. » Lionel Franc apprend ainsi à ces apprentis cascadeurs à se fixer des limites. Il constate que les jeunes sont « dans le respect » quand il va à leur rencontre, mais « ils n'ont pas conscience du danger ». Il rappelle que « dans l'eau, ce n'est pas comme au sol » et qu'il y a une forte impossibilité à se secourir seul. L'influence des réseaux sociaux est un facteur aggravant. Les jeunes cascadeurs s'inspirent bien souvent des vidéos qu'ils trouvent sur les réseaux sociaux. « Dès qu'on commence à en liker une, deux, ou trois, il n'y a que ça. On dirait que c'est trop facile. C'est ça aussi le problème des réseaux, c'est qu'on dirait que c'est vraiment facile », explique un jeune plongeur. Lionel Franc constate : « Ils sont poussés par la toile de YouTube. Ils se disent 'moi aussi, je peux me starifier en quinze secondes'. Tu fais un saut, il est filmé, tu le postes, et tu fais des milliers de vues. » Il prévient : « Ce phénomène-là est très dangereux. Peut-être le plus dangereux des phénomènes. »

Loulou propose des formations techniques et préventives. Le but n'est pas d'apprendre à plonger de haut, mais à plonger correctement, en associant la maîtrise du geste à la sécurité. Sceptiques de prime abord, les adolescents comprennent qu’ils font face à une légende locale. Et l’écoutent soudain avec respect. Il dispense aussi des conseils de sécurité. « Moi, c'est un peu comme ça que j'ai commencé. Je ne vais pas faire le flic, par contre, je peux faire de la prévention et leur amener une notion technique pour qu'ils puissent se sécuriser entre eux et faire des jolies choses », affirme Lionel Franc.

Les conseils de Loulou pour un plongeon sécurisé sont clairs. Dans un premier temps, avant de sauter, il faut repérer l'environnement. « Même sans corniche sous-marine, avec un fond à 3 mètres, si vous sautez de 10 mètres de hauteur, vous allez toucher le fond. » « Si le rocher est penché, vous pouvez le percuter en sautant. Il faut veiller à trouver un rocher droit », détaille Lionel Franc. C'est le principal défaut des rochers de la Corniche Kennedy à Marseille, où les « plongeurs sauvages » doivent prendre de l'élan pour espérer toucher l'eau. Avec la hauteur et la vitesse, le poids à l'arrivée dans l'eau est multiplié : « Je fais 70 kg. Quand je plonge de 36 mètres, je fais 1,3 tonne. J'arrive à 100 km/heures et en une demi-seconde, au passage dans l'eau, je passe à 0 km/ heure. »

Loulou conseille donc de partir plonger à plusieurs, avec des amis qui peuvent intervenir en cas d'accident. « Quand quelqu'un saute, il faut que les personnes qui sont avec lui soient capables de sauter aussi. En cas de problème, il faut quelqu'un dans l'eau pour intervenir rapidement. » Dans les rochers escarpés des Calanques, sortir une personne inconsciente de l'eau peut s'avérer difficile. « Il ne faut pas encourager quelqu'un si tu sens qu'il n'en est pas capable », insiste le plongeur. L'importance du groupe est primordiale, il faut jouer « collectif ».Sur les abords de la calanque de Port-Miou, des adolescents et jeunes adultes s’agglutinent au sommet des à-pics. Du haut d’un mur de 10 mètres, les garçons observent la surface de l’eau. Loulou les aborde. « Salut les jeunes ! Alors, ça va sauter ? » Plus loin, des garçons d’une petite vingtaine d’années ont grimpé la corniche et accroché un hamac à un arbre. L’air désinvolte, Nils et ses copains semblent profiter des vacances. En réalité, ces étudiants en école d’ingé préparent leur saut. Spécialiste du freestyle, Nils ne fait pas les choses à la va-vite. Lorsqu’il s’extirpe de son perchoir, il se positionne sur une pierre à 18 mètres au-dessus de la calanque. Flexions, extensions, balancement de bassin. Il prend ses marques. Grand fan de Loulou, il lui a emprunté sa technique du lancer de cailloux pour mesurer la courbe de sa chute. Tom, 20 ans, va chercher conseil auprès de Loulou. Il s’est froissé un muscle du dos lors d’un saut. « Gaine à fond quand tu plonges, ça protégera ton dos », propose le quinqua, qui ajoute quelques astuces pour mieux se réceptionner. Tom est prêt. Son rituel : pompes et abdos. Il suit la technique de son modèle. Et plonge tête en avant. Le débriefing de Loulou lui permettra de corriger sa position au prochain saut. Loulou a créé une association, Plongeurs de nature, et organise des journées pour apprendre le B.A.-BA du plongeon en sécurité dans les calanques aux meutes de mômes qui y sautent n'importe comment.

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