La question du lestage est l’un des piliers fondamentaux de la plongée sous-marine, conditionnant à la fois le confort, la sécurité et la consommation d’air. Que l’on soit débutant ou plongeur confirmé, l’utilisation de blocs spécifiques comme les S80 et S40, très populaires en plongée technique ou en « sidemount », impose une réflexion particulière sur la gestion du poids. Quel poids de lestage en plongée sous-marine ? Comment avoir un bon lestage ? Quel poids pour son lestage en plongée sous-marine ? Ce sont des questions que l’on peut se poser sans être débutant en plongée sous-marine ! Il suffit de changer d’équipement, que ce soit la combinaison ou la bouteille, pour devoir revoir son lestage. L’approche du lestage a beaucoup évolué en quelques années : je me souviens quand j’ai débuté à pratiquer notre sport favori, les moniteurs et encadrants nous donnaient une règle d’or : 1 kg de plomb par 10 kg de poids ! (et nous plongions sans gilet à l’époque). Aujourd’hui, cette règle est obsolète face à la diversité des matériaux et des configurations.
Les particularités des blocs aluminium S80 et S40
Pour comprendre le lestage avec des blocs S80 (environ 11,1 litres) ou S40 (environ 5,7 litres), il faut d'abord analyser leur comportement physique dans l'eau. Contrairement aux blocs en acier, les blocs en aluminium ont une flottabilité qui varie de manière significative au cours de la plongée. Un bloc S80, par exemple, est généralement légèrement négatif lorsqu'il est plein, mais devient positif lorsqu'il approche de la réserve. Il est en effet préoccupant de voir des plongeurs aguerris se lester avec une ceinture de plomb de 6 à 7 kilos, plus 1 à 2 kilos dans les poches à plomb de la stab, tout en plongeant avec un bloc 15 litres acier (de type gueuse !). Avec l'aluminium, cette erreur de sur-lestage est encore plus critique.
L'usage d'une S40, souvent utilisée pour la décompression ou comme bloc de sécurité, rajoute une variable de flottabilité positive en fin de plongée. Il faut emporter suffisamment de plomb pour ne pas se faire tirer vers la surface lors des paliers de sécurité pour la décompression du plongeur. Si vous utilisez un bloc S80, sa neutralité apparente au départ peut tromper. Lorsqu’il vous reste 70 bars dans votre bouteille, mettez-vous à l’horizontale (c’est la bonne position pour la plongée) et forcez un peu sur l’inspiration et l’expiration. Avec un lestage correct, vous devez rester en équilibre sans monter ni descendre exagérément.
La psychologie du sur-lestage et ses dangers
À chaque saison où je suis amené à former des plongeurs (de tous niveaux), j’insiste toujours sur le fait de veiller à avoir un lestage adapté. en effet, je vois trop souvent des plongeurs et plongeuses se charger en plomb de façon immodérée tout simplement à cause d’un manque de confiance en soi, de défaut de maîtrise des techniques d’immersion, ou de manque de maîtrise de l’équilibre. J’ai donc pu constater deux choses : les plongeurs sur-lestés se surplombent pour deux raisons principales : la crainte irrationnelle de ne pas réussir à s’immerger en début de plongée, et celle non moins injustifiée ne pas réussir à rester équilibré dans la zone des trois mètres en fin plongée quand on a plus que 50 bar dans son bloc.
Le sur-lestage ne présente que des inconvénients : on traîne des kilogrammes supplémentaires (comme du surpoids) et donc on se fatigue plus vite, on est moins mobile, on s’essouffle plus rapidement, et surtout on a plus de mal à trouver son équilibre sous l’eau. Identifier un plongeur surlesté en immersion est assez simple : il n’est jamais positionné à l’horizontale et se déplace toujours en étant orienté en biais. Plutôt que de se poser les bonnes questions (Pourquoi ai-je du mal à m’immerger ? pourquoi je ne tiens pas mon palier ?), beaucoup choisissent la facilité du poids supplémentaire, ce qui est une erreur technique majeure. Emporter trop de plomb expose le plongeur à des efforts inutiles qui peuvent compromettre sa sécurité et le conduire à un essoufflement.
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Rituels et tests de flottabilité en surface
Alors comment identifier le bon lestage, quels rituels faut-il mettre en place, et quel équipement utiliser ? Il existe deux tests simples de lestage, évitant ainsi un savant calcul de volume. On vous livre nos conseils pour avoir un bon lestage sans utiliser de tableau de calcul, juste quelques tests simples et rapides à effectuer dans l’eau ! Un bon rituel à mettre en place pour se libérer l’esprit est de systématiquement vérifier son lestage avant l’immersion. Cela peut paraître idiot mais être sûr d’être correctement lesté avant de s’immerger libère la tête et donne de la sérénité pour la suite de la plongée.
Tout d’abord, je vais compter l’anecdote de V., un jeune plongeur de 16 ans que nous formions au Niveau 2 dans notre club il y a maintenant quelques années. V. était un jeune garçon assez frêle et pourtant, il se lestait de façon importante (5 à 6 kilos de plomb en eau douce !). Lorsque nous effectuions avec lui la vérification classique du lestage en surface (exercice consistant à vider la stab et à expirer complètement de façon à vérifier qu’en fin d’expiration, les yeux du plongeur sont positionnés au niveau de la surface de l’eau), il paraissait correctement plombé, mais en profondeur, il avait les pires difficultés pour trouver son équilibre… Si bien qu’une fois, j’ai « pris les choses en main » et c’est moi qui ait vidé sa stab pendant qu’il expirait en surface. Le constat avait été sans appel, V. coulait à pic, nous avions pu enlever plusieurs kilos et le faire plonger avec seulement 2 kg de plomb en eau douce. Comme par magie, l’équilibre était facile à obtenir !
Si lors de la première partie du test, vous avez de l'eau bien en dessous des yeux, il faudra rajouter des plombs pour votre lest. En revanche, si vous coulez comme une pierre, il faut en enlever. En fait, V. ne vidait jamais complètement sa stab pendant l’exercice, et ce de façon certainement inconsciente et/ou involontaire, si bien que il n’était jamais correctement lesté.
L’art de l’immersion et le geste technique
On ne le rappellera jamais, l’immersion est un acte volontaire sur lequel le plongeur doit agir. Dans le cas d’une immersion en phoque, on ne s’immerge pas grâce à son lestage, mais par une démarche d’expiration prolongée permettant d’atteindre le premier mètre de profondeur. De même, lors d’une immersion en canard, ce n’est pas le lestage qui fait couler mais un geste technique réussi qui permet d’obtenir une cinétique suffisante, accompagnée d’une expiration afin de permettre d’atteindre la zone des 2-3 mètres.
Toi c'est ton bide qui te frappe le menton quand tu fais ton canard ? Il te faudra une sous-bidale du coup ? Ces questions, bien que posées avec humour, soulignent l'importance de la position du corps. Perso je n'ai pas de sous-cutale, j'en avais une avant mais ça génère plus d'inconfort que ça n'a d'utilité. Cependant, pour certains, cet accessoire aide à stabiliser l'équipement. Le lestage n’est pas le seul élément qui permet de maîtriser la flottabilité du plongeur. Pour explorer les fonds marins, les plongeurs et plongeuses doivent emporter avec eux du matériel, plus ou moins lourd et volumineux. Afin de se protéger au mieux du milieu et du froid, le plongeur utilise une combinaison en Néoprène, plus ou moins épaisse, qui le fait flotter. Cette flottabilité intrinsèque doit être compensée sans pour autant devenir une entrave.
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La ventilation : le poumon ballast au cœur de l'équilibre
Pour maîtriser son lestage, il faut se concentrer sur sa ventilation. En effet, il faut d’une part adopter une ventilation basse (on appelle ça aussi « respiration diaphragmatique ») en baissant le diaphragme. Ceci permet de limiter les variations de volume qui peuvent être importantes quand on ventile par le haut des poumons. D’autre part, il faut garder le cycle ventilatoire « de surface » (c’est à dire « inspiration-expiration-apnée expiratoire »). Trop nombreux sont les plongeurs qui, dès l’immersion, adoptent un rythme respiratoire « inspiration-apnée inspiratoire-expiration ». Ce rythme provoque à la longue des maux de tête, nuit à l’équilibre, et emmène vers l’essoufflement.
Si je chasse par très petits fonds je fais ballaste avec mes poumons… et jamais plus de 4kg sur la ceinture. Cette approche peut être transposée à la plongée bouteille avec S80 ou S40. Un plongeur correctement lesté emmène uniquement ce qui lui faut en lestage, ainsi il ne s’encombre pas de poids superflu pour sa plongée. La première raison de rechercher le bon poids, c'est pour le confort ! En effet, devoir transporter des plombs en trop ce n’est pas agréable pour soi, même à la surface. Avec un lestage en plongée insuffisant, le risque est de moins bien évacuer l’azote, car on a tendance à ne pas inspirer et expirer complètement (ou autrement dit, à s’empêcher de respirer normalement) pour pouvoir maintenir la profondeur du palier.
Choix de l'équipement et répartition du poids
Le choix du matériel de portage des plombs est tout aussi crucial que la quantité de lest elle-même. J’ai tendance à déconseiller aujourd’hui l’usage de la ceinture de plomb. Je préfère que les plongeurs avec qui je plonge garnissent les poches à plomb des stabs. Ceci permet une meilleure répartition du lest, apporte une sécurité supplémentaire (un plongeur non équipé et sans ceinture qui tombe à l’eau flotte naturellement). Répartir son lestage en plongée de manière à être en équilibre (pas tout à gauche ou à droite). Et utiliser également des poches à plomb largables.
Pour que la ceinture tienne bien, s'il faut en utiliser une, il faut surtout qu'elle soit 'justement chargée' et qu'elle soit en matière 'caoutchouteuse' (pas en nylon !). Le nylon a tendance à glisser sur la combinaison une fois compressée par la profondeur. Je me leste entre 6 et 8kg suivant la profondeur/veste utilisée (5 ou 7). L'argument en cas de nécessité de largage de ceinture il vaut mieux avoir plus de poids sur celle-ci, pour la sécurité, est souvent entendu, mais une ceinture trop lourde peut aussi causer des problèmes de dos ou de trim.
Pour le choix des plombs, je préfère l’usage de plomb synthétique, de plomb enrobé, ou de sachet à grenaille (protection de l’environnement oblige). Les guides de palanquée n’oublieront jamais de prendre un petit kilo supplémentaire, le fameux plomb pédagogique qui permet d’ajuster le lestage d’un plongeur encadré qui aurait du mal à tenir son palier !
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