L'histoire de la faïencerie de Niderviller, située au 2 rue de la Faïencerie à Niderviller, constitue un chapitre majeur du patrimoine industriel et artistique lorrain. Depuis ses origines, cet établissement a traversé des siècles de transformations économiques, passant de l'artisanat seigneurial à une gestion industrielle complexe, pour finalement se réinventer à travers de nouvelles structures contemporaines.
Les origines et l'essor sous le signe de l'art (1735-1770)
Les origines de la faïencerie de Niderviller remontent à 1735. A cette époque, pour rentabiliser ses forêts et ses carrières, Dame Anne Marie ANDRE, Veuve Defontaine, concède un terrain au maître-faïencier Mathias LESPRIT, de Badonviller, pour créer une faïencerie. L'évolution structurelle survient lorsque les André vendent la seigneurie et l’usine à Jean-Louis BEYERLE, directeur de la monnaie de Strasbourg, dont l’ambition est d’égaler les Hannong de cette ville.
Il va donc embaucher des faïenciers de Strasbourg, dont un jeune peintre et chimiste François-Antoine ANSTETT. Ce dernier améliore la production; en 1759, il prend lui-même la direction des nouvelles installations, après l’incendie de la première faïencerie. Il produit de la faïence fine, dite “Terre de Pipe”, des statuettes polychromes, en petit feu, d’après Cyfflé, et en 1763, avec des transfuges d’Allemagne, de la porcelaine dure. Quelques pièces de la fin de cette période sont marquées des initiales NB ou BN (Beyerlé, Niderviller).
L'ère du Comte de Custine et l'élargissement des capacités (1770-1830)
Mais comme le privilège de Sèvres lui est opposé, Beyerlé, découragé, vend la seigneurie et la manufacture en plein essor, au Comte de CUSTINE, le 6 décembre 1770. Ce dernier poursuit la production antérieure. Mais financièrement aux abois, il s’associe en 1778 avec François-Henri LANFREY, qui prend la direction, agrandit l’usine, achète une carrière de kaolin à Saint-Yrieix (près de Limoges), un deuxième moulin à Schneckenbusch, les moules de Cyfflé en faillite. Il embauche 50 personnes, dont Joseph Seeger, chimiste, et Lemire, élève de Cyfflé. Il produit des statuettes en biscuit de porcelaine et une nouvelle faïence fine, bon marché, le cailloutage.
Avec la Révolution Française, surgissent les difficultés: le général Custine est guillotiné le 29 août 1793; les effectifs de la faïencerie fondent. Poursuivant la production avec 15 personnes, LANFREY peut enfin acheter, le 14 septembre 1802, l’usine avec le moulin et la carrière. Avec l’Empire, la production de luxe reprend, les effectifs remontent à 50 personnes. Dès 1824, Lanfrey (qui décédera trois ans plus tard) avait signé une promesse de vente pour la carrière de kaolin.
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La transition industrielle et le modèle Dryander (1830-1945)
La concurrence de Limoges oblige L.-G. Dryander à arrêter la porcelaine, fin 1830; même les statuettes ne sont plus à la mode. Avec 90 personnes, un nouveau moulin à Hesse, des fours chauffés au charbon, il fabrique industriellement une vaisselle utilitaire, vendue surtout en blanc, sous la raison sociale “Fabrique de Faïence et cailloutage” et la marque “L.-G. Dryander”. Ses deux fils prennent la relève: la marque “Dryander Frères Niderviller” entoure un tampon aux armes de Lorraine.
Dans cette période difficile, l’essentiel a été sauvé grâce au savoir-faire du personnel et à la compétence des directeurs (G. Küpper, de 1881 à 1899 - Jacob Flach, de 1900 à 1923, et Paul Galliath, de 1923 à 1938). Une succursale est créée en Suisse, en 1906. Une chaîne rationnelle de production est organisée autour des fours regroupés. On inaugure le téléphone, la machine à vapeur, l’électricité (lumière et force), les machines automatiques, les tracteurs, la menuiserie, la mécanique, mais aussi les caisses de pension, de maladie, d’allocations familiales, la coopérative d’achats, la semaine de 40 heures et les congés payés. Mais la production est toujours la même, avec quelques décors nouveaux, les pochoirs de 1 à 4 tons, le lustre et surtout le “Vapo”. La marque de fabrique est toujours le tampon à écusson de Lorraine, avec la raison sociale en français ou en allemand.
Gustave DRYANDER remet l’usine en route le 2 janvier 1945 avec 57 ouvriers et 45 prisonniers de guerre. Il faut moderniser, et dès 1945 sont commandés transformateurs et four-tunnel double de 80 mètres. Il faut aussi rattraper la concurrence, en créant une usine en Algérie (MNAF) et un atelier de décoration à Pornic (MBFA).
La restructuration bancaire et les défis de la fin du XXe siècle (1945-1996)
Dans ces années de forte inflation, la banque WORMS prend le relais de la famille Dryander et assure la gérance de la faïencerie: création d’articles originaux de qualité, développement du service commercial pour toucher les grands magasins et les détaillants, mais aussi revente des usines déficitaires (Algérie, Suisse) et achat d’usines complémentaires (Saint-Amand, dans le Nord; Sainte-Radegonde, en Touraine). En 1972, les “Faïenceries de Niderviller et Saint-Amand” (FNSA) emploient 700 ouvriers et contrôlent 4 usines modernisées et prospères.
Mais en 1981, désireuse de réduire ses participations industrielles, la banque Worms vend de nombreuses affaires. La FNSA est achetée le 29 janvier 1982 par la SITRAM. C’est la mévente et le retour aux produits bon marché ou fabriqués en grandes séries, souvent vendus à perte. En mars 1984, il faut fermer Saint-Amand, et en juillet 1986, Sainte-Radegonde. La “Société d’exploitation des Faïenceries de Niderviller et Pornic” survit grâce à son créneau artistique, toujours très remarqué dans les expositions, mais le gros de la production utilitaire est vendu à perte.
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Le 4 juin 1987, c’est le dépôt de bilan, le licenciement de 156 ouvriers sur 250; le 20 novembre de la même année, le liquidateur autorise l’exploitation du fonds de commerce, en location gérance, par une Société Coopérative Ouvrière de Production (SCOP), avec l’aide de l’Etat. Sous la raison sociale “Faïenceries de Niderviller et Pornic”, avec 120 personnes, cette société veut “redonner à la faïence ses lettres de noblesse”. Elle inaugure des fours à gaz, une salle d’exposition, un magasin d’usine.
Mauvaise gestion ou laisser-aller? Toujours est-il qu’une mise en règlement judiciaire intervient le 25 mars 1993, avec le licenciement de 45 personnes, et une reprise, le 1er février 1994, par EMERAUDE FRANCE, avec 63 personnes. (L’atelier de Pornic échoit à une association). Cette société, sous la raison sociale “Manufacture de Niderviller S.A.” veut recréer le patrimoine, mais aussi le “faire-savoir” pour susciter le tourisme industriel dans le cadre d’une animation culturelle. Le P-D.G. étant rattrapé par une autre affaire, la manufacture dépose son bilan le 31 janvier 1996. Le 16 mai de la même année, la faïencerie est reprise par MM. Jean et Marc Jacquet, également acquéreurs de la cristallerie de Vallérysthal et de la cristallerie d’art de Portieux: “joyaux du patrimoine industriel et artistique lorrain à sauver”. Depuis 2013, le gros de la production s’effectue à Saint Clément et la direction du groupe FCF est assurée par M. en activité.
Perspectives contemporaines et nouvelles structures d'activité
Dans le paysage économique actuel, le nom de la faïencerie se retrouve au cœur de nouvelles structures. L'établissement immatriculé sous le siret 824 394 977 00014 est en activité depuis le 1er janvier 2016. C’est le siège social de la société SDC LES VOILES DE LA FAIENCERIE et son unique établissement. Son domaine d’activité est : activités combinées de soutien lié aux bâtiments (81.10z). Il est domicilié au 60 RUE LUCIEN FAURE 33300 BORDEAUX.
Une société est constituée d’autant d’établissements qu’il y a de lieux différents où elle exerce - ou a exercé - son activité. Il faut bien distinguer la fiche résumé de la société et les fiches de ses établissements. Cette évolution reflète la complexité de maintenir des entités liées à l'histoire industrielle dans un contexte moderne où la nomenclature d'activités de l'Insee (NAF 2025) définit désormais précisément les secteurs opérationnels.
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