La question de savoir pourquoi beaucoup de migrants ne savent pas nager est complexe et multifactorielle. Un documentaire intitulé "Les migrants ne savent pas nager" réalisé à bord de l’Aquarius, un navire de « SOS Méditerranée », met en lumière cette dure réalité et les conséquences tragiques qui en découlent. Cet article explore les raisons pour lesquelles cette situation existe et les efforts déployés pour y remédier.
La peur et le traumatisme de la traversée
Pour de nombreux migrants, la traversée de la Méditerranée est une expérience traumatisante qui peut engendrer une peur panique de l'eau. Mohamed, un migrant mauritanien, témoigne de sa propre expérience lors de la traversée en 2022. Entassé sur une embarcation de fortune avec soixante autres passagers, il a passé quatre jours en mer, une épreuve qui a engendré une peur profonde de l'eau.
Jacky Roptin, psychologue du Centre Primo-Lévi, souligne que le traumatisme lié à la traversée ne se limite pas à la peur de se noyer. Les mouvements ondulatoires de la mer peuvent provoquer une angoisse intense, amplifiée par la honte de ne pas savoir nager. Cette combinaison de facteurs peut laisser des séquelles psychologiques durables.
L'absence d'opportunités d'apprentissage
L'incapacité à nager est souvent liée à un manque d'opportunités d'apprentissage dans les pays d'origine des migrants. L'accès aux piscines et aux cours de natation peut être limité, voire inexistant, en raison de facteurs économiques, sociaux ou géographiques.
Corinne Grillet, fondatrice de l'association Welcome66, explique qu'elle a décidé d'organiser des cours de natation pour les migrants qu'elle accompagne après avoir constaté leur appréhension, voire leur phobie de l'eau. Elle souligne qu'il est regrettable de vivre dans une région côtière et de ne pas pouvoir profiter de la mer en raison de la peur.
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Le rôle des associations et des bénévoles
Face à cette situation, de nombreuses associations et bénévoles se mobilisent pour offrir des cours de natation aux migrants et les aider à surmonter leur peur de l'eau. Welcome66, basée à Perpignan, propose des cours de natation chaque mardi, permettant aux exilés de se familiariser avec le milieu aquatique et de vaincre leur phobie.
Delphine Bassols, ancienne maître-nageuse, donne des cours aux jeunes migrants et témoigne de leur évolution positive. Elle considère que ces cours leur offrent "un bout de liberté". Abdirahman, un Somalien de 23 ans, explique qu'il se sent plus confiant après avoir suivi plusieurs cours et qu'il sait désormais nager le crawl, même s'il préfère ne pas s'éloigner trop du bord.
L'Aquarius, navire affrété par SOS Méditerranée, illustre l'engagement des bénévoles à sauver des vies en mer. Les sauveteurs, dont beaucoup viennent de la marine marchande, consacrent une partie de leurs vacances à cette mission. Ils sont conscients que la plupart des migrants ne savent pas nager et que la mer représente un danger mortel pour eux.
Les conséquences de l'ignorance de la natation
L'ignorance de la natation a des conséquences désastreuses pour les migrants qui tentent de traverser la Méditerranée. Chaque année, des milliers de personnes meurent noyées en mer, victimes de naufrages ou de conditions météorologiques défavorables.
Jean-Paul Mari, journaliste et écrivain, rappelle que depuis le début de l'année, il y a eu plus de 2 500 migrants connus qui se sont noyés, soit deux fois le bilan du Titanic. Il déplore le manque de médiatisation de ces drames et l'indifférence générale face à cette tragédie humaine.
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Benoît Carpentier, porte-parole du FICR, souligne l'augmentation inquiétante du nombre de corps ramenés par la mer sur les côtes libyennes. Il appelle à une action urgente pour mettre fin à cette tragédie quotidienne.
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