L'histoire des "fous du surf ninja" est un récit surprenant, mêlant les arts martiaux, le cinéma de série B et une touche d'humour décalé. C'est l'histoire d'acteurs occidentaux qui, par un concours de circonstances, se sont retrouvés catapultés dans l'univers excentrique du cinéma de ninja à Hong Kong dans les années 1980.
Les Débuts d'un Acteur Gweilo à Hong Kong
L'aventure commence avec un jeune homme né à Winchester, en Angleterre, mais ayant grandi à Sydney, en Australie. Après des études de droit avortées et une expérience dans l'import-export, il rejoint un groupe qui monte une petite école de cinéma et d'acteurs. Il participe à des documentaires sur les jeunes surfeurs locaux, réalisant la plupart des interviews filmées. Cette expérience lui permet de prendre des cours de comédie et d'avoir accès à du matériel de tournage.
Décidé à changer de vie, il vend tout ce qu'il possède à Sydney et s'envole pour Hong Kong en mars 1986, attiré par les opportunités pour les acteurs occidentaux dans l'industrie cinématographique locale. Il explique : « Je suis venu à Hong Kong pour faire du cinéma, rien d'autre ! » Après avoir dormi sur le canapé d'un ami pendant trois mois, il décroche son premier rôle.
L'Âge d'or du Cinéma d'Action Hongkongais
Les années 1980 sont une période faste pour le cinéma de Hong Kong. Des films comme Le Syndicat du crime rencontrent un succès retentissant, et les productions se multiplient. L'acteur se retrouve au bon endroit au bon moment, d'autant plus qu'il parle un peu le cantonais et qu'il a pratiqué la boxe et le Tae Kwon Do à l'école. Son amour pour le surf lui permet également de s'intégrer facilement à l'équipe des cascadeurs et des chorégraphes de combat.
Il se souvient avec enthousiasme : « Imaginez un peu : j'étais un jeune acteur, à Hong Kong, et je faisais des films de kung-fu. C'était vraiment cool ! » Cependant, il est rapidement catalogué comme méchant "gweilo" (étranger blanc), ce qui le conduit à jouer des rôles où il est souvent tué, poignardé ou jeté du bord d'un précipice. Son tarif standard est alors de 100 dollars américains par jour.
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Les Films de Ninjas de Godfrey Ho: Un Univers à Part
Parmi les réalisateurs avec lesquels il travaille, Godfrey Ho occupe une place particulière. Ce dernier, avec son producteur Joseph Lai de la firme IFD, est connu pour ses films de ninjas à petit budget, souvent réalisés en mélangeant des scènes tournées à Hong Kong avec d'anciens films asiatiques de seconde zone, principalement thaïlandais ou philippins.
L'acteur explique : « Hé bien, il ne m'a pas fallu bien longtemps pour comprendre qu'un tournage de 10-15 jours n'allait pas produire 90 minutes de film, et que, donc, quelque chose clochait. J'avais un contrat pour tant de jours de tournage, sur tel ou tel film, pour tant par jour. Après, ils faisaient bien ce qu'ils voulaient du métrage. » Il ajoute qu'il ne doute pas que les témoignages d'autres acteurs occidentaux, comme Richard Harrison et Bruce Baron, qui affirment avoir été arnaqués, soient véridiques.
Malgré ces conditions de travail particulières, l'acteur garde un souvenir amusé de cette période. Il décrit Godfrey Ho comme quelqu'un ayant « un enthousiasme juvénile », « comme un gosse dans une confiserie, toujours à jouer avec ses caméras et à essayer de chorégraphier des scènes de combat avec une exubérance de gamin. »
Improvisation et Surjeu
Les scénarios des films de Godfrey Ho sont souvent minimalistes, se résumant à « une page de script ou deux qui avaient été écrites la veille par un prof d'anglais qui se faisait passer pour un scénariste. » Cela laisse une grande place à l'improvisation, d'autant plus que « les dialogues n'avaient ni queue ni tête. »
L'acteur reconnaît également qu'il avait tendance à cabotiner dans ses scènes, un peu à la manière des vieux films hollywoodiens où tout est exagéré. Il se souvient d'une discussion avec Bruce sur un des premiers tournages : « je me demandais pourquoi le réalisateur voulait nous voir surjouer. En substance, Bruce m'a répondu que si on voulait être payé et continuer à avoir du boulot par la suite, il valait mieux faire ce qu'on nous demandait. Je pense que la phrase la plus récurrente de Godfrey était 'Je ne te vois pas jouer… Joue davantage !' »
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Le Doublage: Une Nouvelle Carrière
Après avoir tourné dans quelques films avec Godfrey Ho, l'acteur se voit proposer de doubler sa propre voix pour la version anglaise. C'est le début d'une carrière de doubleur freelance qui durera une dizaine d'années. Il exprime sa gratitude envers Godfrey Ho pour cette opportunité, car cela lui a permis de travailler et de bien gagner sa vie.
Il décrit l'univers du doublage à Hong Kong comme un « groupe très soudé, pas forcément très ouvert aux nouvelles têtes », où l'on travaille dur, souvent aux trois huit, en doublant tout, des blockbusters cantonnais aux soap opéras brésiliens en passant par des dramatiques TV en costume. Des personnalités comme Pierre Tremblay étaient particulièrement à l'aise dans cet environnement.
Les Lieux de Tournage: Du Parc de Kowloon aux Fortins de la Seconde Guerre Mondiale
Les films de Godfrey Ho sont souvent tournés dans les mêmes lieux, ce qui donne une impression de familiarité aux spectateurs. Au début, la plupart des tournages ont lieu dans le Parc de Kowloon, situé près des bureaux de la production. L'acteur plaisante : « Je suis 'mort' de nombreuses fois dans ce parc, durant des années ! »
Lorsque les foules de curieux, l'absence d'autorisation de tournage et les policiers inquisiteurs deviennent trop difficiles à gérer, l'équipe se déplace vers de vieux fortins de la Seconde Guerre mondiale, situés sur les collines entourant la baie des Nouveaux Territoires. Les tournages durent en général 10 jours à deux semaines, maximum.
La Musique: Des Emprunts Audacieux
Les bandes originales des films de Godfrey Ho sont connues pour leurs emprunts audacieux, voire illégaux, au répertoire de groupes comme Pink Floyd, Tangerine Dream et Joy Division. L'acteur, amusé, commente : « C'est chouette d'apprendre qu'ils ont au moins mis de la bonne musique dans les BO, même si comme vous le dites on peut mettre en doute la légalité de la chose. »
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Il avoue ne jamais avoir vu un de ces films en entier, se contentant de visionner ses propres scènes lors du doublage. Cependant, il se fie à l'hilarité des autres doubleurs pour se faire une idée de la qualité des produits finis. Des amis lui ont raconté avoir vu ces films dans les programmes nocturnes de la télé new-yorkaise et sur les ferries entre les îles indonésiennes.
Un Travail Avant Tout
Pour l'acteur, son travail sur les films de ninjas de Godfrey Ho était avant tout un gagne-pain qui lui a permis de vivre confortablement à Hong Kong. Il reconnaît que ces films ressemblaient beaucoup à du kung-fu kitsch et surjoué, mais il souligne que « pouvoir 'travailler' en faisant quelque chose qui vous faisait tripper était une récompense en soi. »
Il n'a jamais eu de problème avec Godfrey Ho, le décrivant comme quelqu'un de « cool, amical et affable », qui payait toujours la somme promise et avec qui il rigolait bien sur le plateau. Il lui est reconnaissant de lui avoir donné son premier boulot à Hong Kong.