Le concert subaquatique représente une immersion musicale dans un cadre marin d’exception, transformant l’eau en une véritable salle de concert liquide. Cette expérience sensorielle, ludique et poétique, invite nageurs et baigneurs à découvrir un univers sonore littéralement inouï, en s’immergeant dans une mer exceptionnellement mise en son : le concept de « Sea of Sound ». En plongeant dans cette expérience, le public ne se contente pas d’écouter une œuvre ; il entre en résonance physique avec les vibrations, redéfinissant ainsi la relation entre l’humain, l’art et l’environnement marin.
La genèse d'une innovation : Les travaux de Michel Redolfi
Les premiers concerts subaquatiques de Michel Redolfi remontent aux années 80, en Californie. C’est à cette période, alors qu’il étudie au Center for Music Experiment (CME) de l’Université de Californie, qu’il expérimente pour la première fois la transmission de la musique sous l’eau pour de larges audiences. Le concert « Sonic Waters », organisé dans la baie de San Diego en 1981, marque le point de départ de ce courant artistique.
Michel Redolfi, compositeur et designer sonore, dirige aujourd’hui le studio de design sonore Audionaute à Villefranche-sur-Mer. Pionnier des musiques subaquatiques, il a conçu une lutherie électronique immergée permettant d’entendre clairement, pour la première fois, le son sous l’eau en haute qualité acoustique. Son parcours est marqué par une recherche constante sur la sonification des matériaux, explorant comment rendre les objets sonores, même en milieu marin.
Le fonctionnement acoustique : La résonance corporelle
Le fonctionnement de ces concerts repose sur une physique particulière. Dans l’eau, le son ne voyage pas comme dans l’air ; il se propage quatre fois plus vite, à environ 1450 m/s, et sur des distances très longues. Comme l’explique le philosophe Daniel Charles, l’eau « matérialise le son, l’épaissit et le rend palpable et pénétrable ».
La perception est pure, cristalline. Le spectateur, dès l’entrée dans l’eau, n’a besoin que d’immerger son buste et sa tête pour que le corps entier entre en résonance avec les ondes musicales diffusées. Sott’acqua, le son se propage dans le corps par conduction osseuse. En ce sens, la musique résonne à la fois en soi et tout autour de soi, offrant une expérience immersive totale où le public fait paysage en se fondant dans la mer à l’écoute de ses vibrations.
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Technologie et dispositifs de diffusion
Pour garantir une qualité acoustique optimale, Michel Redolfi a développé, au fil des décennies, des dispositifs technologiques de pointe. Le laboratoire Audionaute conçoit des haut-parleurs subaquatiques haute technologie, des « sonars » au design organique inspirés de ceux utilisés par les sous-marins militaires.
Lors d’un concert, l’installation technique est impressionnante : des câbles sont tirés sous l’eau pour relier des transducteurs accrochés à des flotteurs à une régie de mixage située sur le rivage. Ces dispositifs permettent de restituer les sons du vivant marin - qu’il s’agisse des grands chorus de baleines polynésiennes, des dauphins de Tahiti ou des orques de Norvège - à une échelle acoustique naturelle. Pour les captations en milieu sauvage, le compositeur utilise des hydrophones, des microphones capables d’enregistrer à de grandes profondeurs et sous des pressions élevées, qu’il manipule en pratiquant l’apnée pour ne pas perturber la faune.
La baie de Villefranche-sur-Mer : Un amphithéâtre naturel
La baie de Villefranche-sur-Mer, avec sa plage emblématique des Marinières, constitue l’amphithéâtre idéal pour ces performances. Ce lieu possède une résonance particulière, liée à l’histoire de l’apnée, ayant accueilli les plus grands noms de la discipline, immortalisés par Luc Besson dans son film culte « Le Grand Bleu ».
Lors de ces événements, l’organisation nécessite une étroite collaboration avec les autorités maritimes et les syndicats de pêcheurs, notamment pour obtenir des arrêtés de suspension de pêche ou restreindre l’accès aux bateaux. Le public, venant par centaines, s’immerge progressivement dans cet espace. Lors de certaines éditions, des instruments singuliers, comme un métallophone vertical aux lames de bronze sculptées par Sacha Sosno ou un vibraphone-radeau, sont immergés par dix mètres de fond, permettant aux musiciens de jouer en direct sous la surface.
Collaborations artistiques et scientifiques
L’œuvre de Michel Redolfi s’inscrit dans une démarche pluridisciplinaire. Ses collaborations incluent des figures telles que l’acteur Jean-Marc Barr, avec qui il élabore des narrations poétiques portées par des musiques ambiantes mixées en live. Le 7 juin, à l’occasion de la Conférence mondiale des océans, il présentait à l’Opéra de Nice un vidéo-ballet subaquatique, « Deep Ô », réalisé en collaboration avec la chorégraphe et apnéiste Julie Gautier.
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Au-delà de l’aspect artistique, Michel Redolfi conçoit ses diffusions en étroite collaboration avec des centres océanographiques. Dès les années 80, il a travaillé avec le Scripps Research Institute aux États-Unis. Plus récemment, il a échangé ses travaux avec l’institut IFREMER de Brest et l’association de protection des baleines Oceania à Moorea. Cette alliance entre science et art vise non seulement à créer des œuvres singulières, mais aussi à sensibiliser le public à la fragilité des écosystèmes marins.
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