Les vastes étendues océaniques, qu'il s'agisse de l'Atlantique ou du Pacifique, représentent pour beaucoup un symbole intemporel d'aventure et de liberté. Elles invitent à la découverte, à l'exploration de paysages fascinants et à la connexion avec des cultures empreintes de traditions. Mais au-delà de l'image idyllique des croisières et des voyages en famille à bord de voiliers ou de catamarans, ces océans recèlent aussi des histoires moins connues, des chapitres liés à l'ère nucléaire et à ses conséquences parfois insoupçonnées, qui continuent d'interroger la communauté scientifique et les navigateurs d'aujourd'hui. Ce sont ces multiples facettes de l'océan, entre la quête d'évasion et les défis environnementaux, que nous explorerons.
Voyager en Famille et en Catamaran : L'Appel du Grand Large et la Réalité de l'Aventure
Découvrir le monde à bord de bateaux à taille humaine s'inscrit dans un esprit d’aventure et de liberté. Des acteurs comme Filovent ont imaginé cette belle histoire pour offrir des croisières uniques et mémorables. Profitez de moments de pure farniente à bord de catamarans dans des îles paradisiaques, laissez-vous transporter par l’histoire et la culture en naviguant sur les dahabiehs du Nil ou les péniches au fil des fleuves d’Europe. En Asie, il est possible d'embarquer sur des bateaux traditionnels pour explorer des paysages fascinants empreints de traditions, ou de choisir les brise-glaces pour une expérience hors du commun dans les majestueux fjords. Chaque voyage est conçu pour répondre aux envies et créer des souvenirs inoubliables, comme le soulignent Sabrina et Philippe Brunet, co-fondateurs de Filovent.
L'aspiration à l'aventure en mer est également palpable à travers des récits personnels, témoignant que même sans une expérience préalable approfondie, l'océan peut être conquis. La famille de la triple médaillée olympique Charline Picon en est un exemple frappant. Accompagnée de son conjoint Jean-Emmanuel Mestre et de leur fille Lou, 7 ans, Charline Picon a entrepris un long voyage dit « post-JO », se donnant six mois pour relier la Polynésie française. Cet objectif a été couronné de succès, car la famille, malgré une absence d'expérience de la navigation en haute mer, a atteint sa destination en avril, après avoir parcouru 11 000 miles nautiques. Ce défi audacieux illustre la faisabilité de telles expéditions familiales, pourvu que la préparation et le sang-froid soient au rendez-vous.
Cependant, l'aventure en haute mer n'est pas sans aléas, comme en a témoigné la mésaventure de la famille Picon-Mestre à bord du « Luna Bay 2 ». Samedi 31 mai, vers 3 heures du matin (heure locale), leur catamaran de 45 pieds a heurté un OFNI, un objet flottant non identifié, « assez violemment ». La conséquence fut rapide : « En quelques minutes la coque bâbord se remplissait d’eau sans qu’on puisse identifier l’origine. Probablement le sail drive arraché », a détaillé Charline Picon. La situation nécessitait un sang-froid exemplaire, comme l'a relevé le JRCC Tahiti, le centre de coordination de sauvetage aéromaritime chargé de piloter les secours. La description de Charline Picon de la scène témoigne de la présence d'esprit du trio en pleine nuit : « Réaliser ce qui est en train de se passer puis agir en équipe unie pour sécuriser l’équipage, appel VHF, préparation de la survie, mise à l’eau de l’annexe, d’un sac de vivres et eau, de quoi se couvrir, les gilets et la fameuse balise EPIRB. Rester calme pour ne pas faire paniquer notre fille qui m’a finalement aidée à préparer le sac. » Ils ont eu environ 20 minutes pour tout mettre en place. Malgré un moment de panique de Lou lorsque le bateau a commencé à pencher, elle a impressionné ses parents par son calme une fois dans le canot de survie. À 10 h 30, soit 7 h 30 après la collision, les naufragés ont été survolés par l’avion Gardian de la Marine nationale et ont déclenché leur fusée de détresse pour signaler leur position. Le Gardian a largué une embarcation de survie, celle des Rochelais prenant l’eau, en attendant l’arrivée du voilier « Stardust », situé à quatre heures de navigation. Le « Stardust » a atteint la zone à 16 heures, soit 13 heures après le choc avec l’OFNI, procurant une « émotion intense à bord » au moment de poser le pied sur le navire de sauvetage. Cet incident souligne l'importance vitale de la formation à la survie en mer, que la famille avait reçue lors d’un stage avant leur départ avec Infornav, leur ayant appris « les bonnes attitudes et bons gestes au bon moment ». La famille prévoit de remercier leurs sauveteurs « en vrai » et Charline Picon a également tenu à remercier le fabricant Outremer Catamarans qui tentera de récupérer le « Luna Bay 2 », le JRCC Tahiti et la Marine nationale.
Traverser les Océans : Options, Communautés et Aventures Transatlantiques
L'envie de traverser des océans, tel l'Atlantique, en navire plutôt qu’en avion afin d'émettre le moins de CO2 possible, gagne du terrain. La militante écologiste Greta Thunberg en est un exemple récent, ayant embarqué le 13 novembre à bord du catamaran d’une famille australienne dans l'espoir de relier l’Espagne depuis les États-Unis avant le début de la COP25 à Madrid. Pour ceux qui aspirent à de telles traversées ou à des voyages maritimes de plus courte durée, diverses options et plateformes se sont développées.
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Vogavecmoi, un site internet lancé en 2010 par deux Français, met en relation les propriétaires de bateau et les équipiers. Sur cette plateforme, chaque marin, qu'il soit expérimenté ou non, dépose son CV et indique ses attentes. Le skipper, dans son annonce, peut préciser le type de sortie qu’il propose, son expérience et s’il souhaite une participation aux frais. On y trouve des propositions variées, allant de sorties à la journée, depuis Hyères ou La Rochelle, à de petites traversées vers la Corse ou vers l’Écosse. Plusieurs capitaines y attendent également leurs matelots pour des voyages transatlantiques, certains espérant même (re)faire le tour du monde. Eric propose par exemple un aller-retour en voilier entre Saint-Malo et Montréal, avec une participation d’environ 30 euros par jour, avis aux aventuriers !
Une autre approche est offerte par Sailesquare, fondé en 2012 par deux Italiens. Cette plateforme permet à des touristes de partir en croisière à bord d’un voilier ou d’un catamaran. Les participants peuvent choisir de louer le bateau entièrement ou d’embarquer avec son propriétaire, pour un voyage dont la durée peut varier d'un jour à plusieurs semaines. Des traversées transatlantiques sont également organisées, offrant des expériences uniques. Par exemple, un départ était prévu le 4 décembre pour une croisière transatlantique de 14 jours et 13 nuits, en compagnie d’un skipper italien, avec un embarquement à Las Palmas de Gran Canaria, aux îles Canaries, et un débarquement à Le Marin, Martinique, pour un prix de 2310 € par personne. Un autre départ était programmé le 1er juillet 2020 pour une croisière transatlantique de 34 jours et 34 nuits, en compagnie d’un skipper français, avec embarquement à Saint-Pierre-et-Miquelon, au large du Canada, et débarquement à La Rochelle. Pendant ces séjours, certains skippers proposent même des activités variées, l'un offrant par exemple de faire du kayak ou du ski nautique, tandis qu'un autre aborde quelques notions de navigation.
Pour ceux qui n’auraient pas trouvé d’embarcation via ces plateformes, il est toujours possible de démarcher directement les plaisanciers. Cette approche peut prendre du temps avant qu’ils n'acceptent, il est donc conseillé de trouver un hébergement à côté d’une marina. En général, les « bato-stoppeurs » commencent par coller une annonce sur les murs de la capitainerie. D’autres lieux stratégiques sont également prisés, comme la laverie ou les sanitaires, où la communauté des navigateurs se côtoie.
Enfin, une option de voyage maritime plus atypique est proposée par Mer et Voyages, un tour opérateur français qui offre des croisières à travers le monde. Depuis plus de vingt ans, l’entreprise permet notamment aux clients d’embarquer sur des cargos. À bord, l'expérience est différente : pas de soirée à thème ni d’animation, mais les passagers côtoient les professionnels de la cargaison. Ces navires marchands acceptent de transporter un maximum de 12 voyageurs, offrant ainsi une immersion authentique dans le monde du transport maritime.
Les Océans, Témoins d'une Histoire Nucléaire Méconnue : Le Cas des Déchets Immergés
Au-delà des récits d'aventure et de liberté sur les eaux de l'Atlantique et du Pacifique, ces mêmes océans portent la trace d'une histoire plus sombre et moins médiatisée : celle de l'immersion de déchets radioactifs. La question fondamentale de savoir que faire des déchets s’est posée dès les débuts de l’industrie nucléaire. Pendant quarante ans, entre 1950 et 1990, les États disposant de cette technologie ont résolu le problème en jetant des fûts remplis de déchets au fond de l’océan, dans les eaux internationales.
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Historiquement, de 1946 à 1983, la communauté scientifique a jugé que déposer des déchets radioactifs sur les fonds marins était une « solution sûre », car « la dilution et la durée présumée d’isolement apportées par le milieu marin étaient suffisantes », comme le retrace l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs). Jusqu’en 1977, les États ont été libres de superviser eux-mêmes leurs opérations d’immersion. Par la suite, le Conseil de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) a obligé les pays membres à se soumettre aux directives et à la surveillance de l’Agence pour l’énergie nucléaire (AEN). Un tournant important a été la Convention de Londres en 1972, qui a interdit l’immersion de déchets fortement radioactifs. Un moratoire sur l’immersion des déchets a été adopté en 1983, dans l’attente d’un examen global de la question.
Malgré ces régulations progressives, l'impact de ces pratiques passées est considérable. Entre 1946 et 1982, à l’échelle internationale, 14 pays ont immergé des déchets radioactifs dans plus de 80 sites répartis dans le Pacifique et l’Atlantique. Ces déchets comprenaient des « déchets liquides directement évacués, des déchets solides non conditionnés, des déchets emballés dans des fûts métalliques et incorporés dans du béton ou du bitume », précise l’Andra. L'activité radioactive totale de ces déchets s'élevait à 85 000 térabecquerels (TBq) à la date de leur immersion, ce qui équivaut à cinq à six fois la quantité d’éléments radioactifs rejetés dans l’océan Pacifique à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, entre mars et avril 2011. L’Atlantique Nord a été le premier site d’immersion, représentant à lui seul la moitié de la radioactivité totale.
La France a également participé à ces pratiques. Elle a notamment pris part à titre expérimental à deux vagues d’immersion en 1967 et 1969, représentant 14 200 tonnes de déchets d’une activité de 350 TBq. Ces déchets étaient issus de la recherche sur l’énergie atomique, à une époque où le parc nucléaire français n’existait pas encore. Sans participer aux autres largages en Atlantique Nord, la France a cependant jeté à la mer, entre 1967 et 1975, 3200 tonnes de déchets radioactifs issus de la recherche militaire en Polynésie française, à quelques kilomètres au large de l’atoll de Mururoa et de celui de Hao - des zones qui ont connu 193 essais nucléaires entre 1966 et 1996. Dans l’Atlantique, la France a envoyé ses déchets par 4000 mètres de fond au large de l’Espagne et de la Bretagne. Il est intéressant de noter que d’autres pays ont poursuivi leurs immersions jusqu’en 1983, sur un site au large du golfe de Gascogne. Le dépotoir le plus proche des côtes françaises, la fosse des Casquets, située à 15 km au nord-ouest du cap de La Hague (Manche), n’a donc paradoxalement pas été alimenté par la France. L'Andra a réalisé une carte des décharges de déchets radioactifs dans l’Atlantique Nord-Est, où la pollution radioactive est mesurée en Térabecquerel (TBq).
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