Les Surfs : Une Histoire de Succès Fraternel de Madagascar aux Hit-Parades Internationaux

Les Surfs, un groupe emblématique des années 1960, ont marqué l'histoire de la musique francophone et internationale. Originaires de Madagascar, ces six frères et sœurs ont conquis le cœur du public grâce à leurs harmonies vocales, leurs adaptations entraînantes de succès internationaux et leur présence scénique pétillante. Leur parcours, bien que bref, reste gravé dans les mémoires comme un exemple de réussite familiale et de métissage culturel.

Les Débuts à Madagascar : De « Rabaraona Frères et Sœurs » aux « Béryls »

L'aventure musicale des Surfs commence le 14 octobre 1958, jour de la proclamation de la République malgache. À cette occasion, le gouvernement du premier président de la République, Philibert Tsiranana, organise un concours de radio-crochet dans la capitale. Les six aînés de la famille Rabaraona y participent sous le nom de « Rabaraona frères et sœurs » (Rabaraona enina mianadahy).

Le 26 juin 1960, date de la déclaration d’indépendance de l’île, marque une étape importante. La compagnie Air France organise à Antananarivo un spectacle intitulé « Autour du monde ». La fratrie, sous le nom de « Les Béryls » (1), y représente le Mexique en interprétant "Las Mananitas", une chanson traditionnelle mexicaine.

En 1962, les Béryls participent à la tournée « Disco Club » aux côtés de vedettes locales telles que Henri Ratsimbazafy et Les CCC Guitares. Cette tournée confirme leur succès à travers le pays et à La Réunion. Le 26 août 1962, ils signent leur premier contrat avec la principale maison de disques malgache, Discomad. Le 18 septembre, leur premier super 45 tours, comprenant les titres "Marin", "Les trois cloches", "Tom Dooley" et "Petite fleur" (le succès de Sydney Bechet de 1952), est mis en vente dans la capitale et à Tamatave.

La Consécration en France : Naissance des Surfs

Le succès national des Béryls attire l'attention du gouvernement français, qui les invite à représenter Madagascar lors du concert d’inauguration de la seconde chaîne de télévision française à Paris, la future Antenne 2, le 8 septembre 1963. Leur prestation est très appréciée du public.

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Jocelyn Rafidinarivo, alias Jean-Louis Rafidy, animateur de la Radio nationale malgache (RNM), les accompagne à Paris et les présente à Roger Marouani, directeur artistique du label Festival. Séduit par leur potentiel, Marouani leur fait signer un contrat le 26 septembre 1963. Conscient de la courte durée de vie d’un groupe de jeunes chanteurs, Roger Marouani leur propose essentiellement des adaptations de succès américains ou anglais du moment. C’est logiquement en France qu’ils entament leur carrière en 1963.

Avant la sortie de leur premier disque, Roger Marouani propose au groupe quatre nouveaux titres : "T’en vas pas comme ça", "Si j’avais un marteau", "Écoute cet air-là" et "Uh Uh", adaptés respectivement de "Don’t make me over" de Dionne Warwick (1963), "If I had a hammer" popularisé par Trini Lopez (1963), "Crossfire" des Orlons (1963) et du titre éponyme de Paul Anka (1961). Ce disque est mis sur le marché en novembre 1963, juste avant le départ du groupe pour une longue tournée à travers la France, baptisée « La tournée du siècle », avec Sheila en tête d’affiche.

Le 12 décembre, ils sont à l'affiche de l'Olympia de Paris lors de la première représentation du spectacle « Les Idoles des jeunes », programmé jusqu’au 27 décembre. Ils partagent la scène avec des vedettes américaines (Dionne Warwick, Little Stevie Wonder), anglaises (The Eagles), espagnoles (Bruno et ses rockéros), italiennes (les Frédiani) et françaises (Frank Alamo, Françoise Hardy, Michel Delpech). Leur tour de chant comprend six titres : "Reviens vite et oublie", "Si j’avais un marteau", "À présent tu peux t’en aller" (adapté de "I only want to be with you" de Dusty Springfield), "Gotta lotta love" et, a cappella, le classique "When the saints go marchin’in". À la suite de ce succès, ils sont consacrés « découvertes de l’année ». Un premier 33 tours, "Les Surfs à l’Olympia", est mis sur le marché.

Encouragés par ce succès, les Surfs continuent d’enregistrer de nombreux morceaux les années suivantes. En 1964, ils sortent "Shoop shoop va l’embrasser" et "Adieu chagrin", adaptés respectivement de "Shoop shoop song" de Betty Everett (1964) et de "There’s a place" des Beatles (1963). En 1965, ils interprètent "Le printemps sur la colline" (adapté par Charles Aznavour de l’italien "Le colline sono in flore") et "Scandale dans la famille" (popularisé par Shawn Elliot en 1965). En 1967, ils proposent "Aime-moi comme je t’aime", adapté de "All the colors of the rainbow (turn to blue)" de Mike Clifford (1964).

Ils entament également de nombreuses tournées, dont une nouvelle « tournée du siècle » en 1964 avec Sheila en tête d’affiche. Ils se produisent de nouveau à l’Olympia en 1965, 1966 et 1967. Ils apparaissent dans deux films : "Cherchez l’idole" de Michel Boisrond (1964), où ils interprètent "Ça n’a pas d’importance", et "Dernier Tiercé" de Richard Pottier (1965).

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Leur discographie française s’achève en 1967, avec un total de quatorze super 45 tours et cinq 33 tours. Une explication à cet arrêt est que, à l’époque, les morceaux étaient souvent chantés simultanément par plusieurs interprètes, ce qui avait tendance à profiter à celui qui possédait la plus grande notoriété. Ainsi, "Si j’avais un marteau" est également chanté par Claude François, dont la version se classe numéro 1 en 1963. Il en est de même pour "Scandale dans la famille", interprété par Sacha Distel (et Dalida).

L'Expansion Internationale : Espagne, Italie et Québec

À partir de la France, la carrière des Surfs s’étend rapidement à d’autres pays : l’Espagne, l’Italie et plus tard le Canada (Québec). Les mêmes techniques de promotion sont utilisées : participation à de nombreuses émissions de télévision et de radio, festivals, etc. L'objectif est d'atteindre le public le plus large possible.

Dès janvier 1964, quatre chansons sont réenregistrées en espagnol : "Reviens vite et oublie" ("Tu seras mi baby, be my baby"), "T’en vas pas comme ça" ("No, no te vayas"), "Gotta lotta love" ("Ciribiribin") et "Écoute cet air-là" ("El crossfire"). Le titre "Tu seras mi baby, be my baby" connaît un succès majeur, se classant numéro 1 en Espagne en octobre et numéro 2 au Mexique. En avril, les Surfs réenregistrent "À présent tu peux t’en aller" ("Ahora te puedes marchar"), qui devient également un succès en Espagne, se classant 7e en 1965. 1968 marque la fin de leur discographie espagnole, qui est la deuxième plus importante après la discographie française.

Les Surfs entament leur carrière en Italie quasiment en même temps qu’en Espagne. Leurs chansons françaises sont traduites en italien. Le 25 mars 1964, ils sont les invités de l’émission télévisée de variété de la Rai « Studio Uno » à Milan. La version italienne de "À présent tu peux t’en aller", "Adesso te ne poi andare", est déjà un succès, atteignant la 8e place puis la 2e place des classements. Les Surfs participent chaque année de 1965 à 1967 au Festival international de la chanson italienne de San Remo. Ils y présentent leur nouvelle chanson, toujours jumelée avec un interprète italien. Lors de l’édition de 1966, ils en présentent deux : "Cosi come viene" avec Remo Germani et "In un Fiore" avec Wilma Goich. La première se classe 3e, la seconde 11e du festival. Les retombées de cette manifestation sont sans aucun doute favorables au devenir des chansons en Italie : la première se classera 12e et la seconde 4e du classement italien. Lors de l’édition suivante, ils interprètent "Quando dico che ti amo" en duo avec Annarita Spinacci. Le titre obtient la 2e place et reçoit le Prix du jury international. 1968 marque la fin de leur carrière en Italie. Ce pays est celui dans lequel les morceaux du groupe rencontrent le plus de succès, même si leur discographie est moins nombreuse qu’en Espagne. Une explication possible est l’absence de partage des chansons avec d’autres interprètes, contrairement à ce qui s’est passé en France.

Au Québec, en tant que territoire francophone, toute leur discographie française y est distribuée. Ils n’y réalisent pas de production spécifique. Bien qu'ils demeurent peu connus, des interprètes québécois reprennent un certain nombre de leurs titres, comme il est d’usage pour les chansons françaises à succès. Avant d’entamer une tournée dans toute la province durant l’année 1969, le groupe participe à de nombreuses émissions de télévision comme « Jeunesse d’aujourd’hui », émission très populaire au Québec et animée par Pierre Lalonde. Cette tournée est un succès. D’autres tournées sont prévues les deux années suivantes, mais la fatigue se manifestant, elles seront progressivement de moins grande envergure. Les spectacles se termineront par des contrats signés directement avec les propriétaires des salles.

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