Les fondements et les perspectives du port du voile dans la tradition musulmane

La question du voile, loin de se réduire à un simple accessoire vestimentaire, constitue un sujet complexe au croisement de l'exégèse coranique, de la jurisprudence islamique (fiqh), de l'histoire des sociétés musulmanes et de la quête spirituelle individuelle. Comprendre les bienfaits attribués au port du voile nécessite une analyse multidimensionnelle, allant des textes sacrés aux interprétations des savants, tout en considérant les débats contemporains sur l'éthique vestimentaire.

Les fondements textuels et la prescription religieuse

La réflexion sur le voile puise sa source principale dans le Coran, bien que le terme « hidjab » lui-même y soit utilisé de manière polysémique. Dans le Coran, le terme « hidjab » est utilisé sept fois. Dans cinq cas, il évoque une barrière d'ordre spirituelle. Dans aucun cas, il ne fait référence à un vêtement féminin. Hidjab signifie « séparation », et dans un sens concret, il se traduit la plupart du temps par « rideau » : il est devenu le symbole d'une séparation, même si dans le Coran, il ne signifie pas obligatoirement que ce soit entre les hommes et les femmes. Dans le Coran, le hijab n'a pas forcément un sens physique mais a surtout une connotation métaphorique. Il peut désigner la séparation entre Allah et les hommes.

Néanmoins, les prescriptions liées à la pudeur se trouvent dans d'autres passages. Le verset 31 de la sourate 24, « La Lumière », est central : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu'elles rabattent leur [khimar] sur leur poitrine ». Le mot traduit par « fichu » ici est le mot arabe « khoumour » (خُمُرِ, au singulier, khimar), qui peut signifier tout drap ou vêtement que portait la femme. Quant au terme rendu par « poitrine », il s'agit du terme arabe « jouyoub » (جُيُوب), que d'autres traducteurs ont rendu par échancrure, gorge, seins, ou encore décolleté. Le terme « charmes » (زِينَة, ornement ou beauté physique, parfois traduit par agrément, atours, ornements, nudité…) a été perçu fautivement par certains juristes comme mot désignant le visage.

Par ailleurs, la sourate 33, « Les Coalisés », au verset 59, mentionne : « Ô Prophète! Dis à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants, de ramener sur elles leur grands voiles : elles en seront plus vite reconnues et éviteront d'être offensées ». Le terme utilisé dans ce verset (djalâbib, pluriel de djilbab) est d'origine éthiopienne et désigne un manteau et n'a donc rien d'un voile. Pour Bahar Davary, le terme désigne un « vêtement extérieur ou robe ample et fluide ». Ce verset ne précise donc pas quelle(s) partie(s) du corps il faudrait cacher.

La jurisprudence et la définition de la « zone de pudeur »

Pendant longtemps, les légistes musulmans, s'appuyant sur le Coran et la Sunna, ont affirmé le caractère obligatoire du port du voile pour les femmes musulmanes. Ils se fondent sur le verset 31 de la sourate 24 et sur le verset 59 de la sourate 33 pour conclure à l'obligation, pour les femmes musulmanes libres et nubiles, de porter le voile. Le débat et les interprétations portent généralement sur la partie à cacher qui relève de l'interprétation du concept coranique de awra, les parties à dissimuler au nom de la pudeur à la vue des autres, après la puberté.

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La zone de pudeur de la femme qu’elle doit couvrir est tout son corps sauf les visages et les mains. Couvrir a lieu par ce qui couvre la couleur de la peau, ainsi ce qui laisse voir la couleur de la peau n’est pas suffisant et ceci est obligatoire selon l’unanimité des savants de l’Islam. Pour les femmes nubiles, il s'agit, pour la plupart des commentateurs (hanafisme et malikisme), du corps entier à l'exception du visage et des mains, parfois des pieds. Pour d'autres (shafiisme et hanbalisme), il s'agit du corps entier.

Il faut noter que, selon le point de vue traditionnel, le port du Niqab qui couvre le visage n’est pas obligatoire en Islam, mais recommandé. Ce n’est pas obligatoire sur la femme de couvrir son visage et ses mains. Ceci est uniquement obligatoire sur les femmes du Prophète. Cependant si elle couvre son visage sans que cela ne lui entraîne une nuisance, ceci est recommandé pour elle. Aussi, il n’est pas obligatoire de porter le jilbab ou le voile intégral ou la burka. Mais il n’est pas permis de rabaisser le port du Niqab, car le fait de rabaisser les sujets de la religion est une mécréance.

La dimension spirituelle et morale de la pudeur

Au-delà du cadre juridique, le voile est souvent perçu comme un instrument de sanctification intérieure. Le voile peut être interprété comme une protection pour la femme et pour l'homme contre le désir sexuel. Il peut être considéré comme un outil pour cacher les atours féminins afin de ne pas attirer le regard des hommes et les appétits charnels. Cette interprétation souligne que, même si le port du Hidjab est une œuvre extérieure, il fait naître de nombreux sentiments et états dans le cœur.

Dans la perspective de la piété, Allah ne veut qu'éloigner de toute infamie les gens de la famille du Prophète, et les purifier de toute souillure, après avoir interdit aux femmes d’exhiber leurs atours, pour faire naître en elles fierté, dignité et chasteté, éclairer leur cœur et les faire goûter au délice de la foi. Le Hidjab invite à la purification des cœurs et les emplit de piété et de respect des interdits. Le Hidjab invite à préserver la pudeur, mot qui a la même racine que le terme « vie » en arabe parce qu’il n’y a pas de vie sans pudeur. Il pousse aux vertus, repousse les vices et préserve la jalousie. L'âme relevant d’Allah, toutes Ses prescriptions, parmi lesquelles le port du Hidjab, sont pour son bien.

Il est important de souligner que le regard porté sur une femme ‘ajnabiyyah qui n’est pas sa femme, ce n’est permis en aucun cas s’il concerne autre chose que son visage et ses mains, ou bien s’il concerne son visage ou ses mains avec désir. Sans désir et sans crainte de tentation, il est permis de les regarder ; ceci étant l’avis de la majorité des savants. L'équilibre entre le regard masculin et la protection féminine s'inscrit ainsi dans une éthique globale de la retenue.

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Dynamiques contemporaines et enjeux identitaires

Le voile, dans un cadre contemporain, peut être utilisé comme un « certificat d'islamité », valorisant un islam pur opposé à un Occident jugé permissif et décadent. Il devient un élément marqueur d'une affirmation d'une « normativité musulmane ». Ceci entretient une dynamique dans laquelle certaines femmes croyantes portent le voile et se couvrent le corps en associant cet habillement à une prescription coranique ou prophétique même si cela n'est pas explicitement écrit dans le Coran.

Il est alors utilisé comme un outil de réaffirmation de leur croyance. Paradoxalement, ceci entre en contradiction avec une partie de la morale musulmane qui interdit l'ostentation religieuse. Aussi le voile se retrouve ainsi détaché du contexte plus large de l'éthique vestimentaire à laquelle il était traditionnellement rattaché, aux côtés des vêtements masculins. Ainsi, le voile peut avoir une dimension à la fois religieuse et politique.

Par ailleurs, un féminisme musulman critique le voile comme symbole de subjection. À la fin du XIXe siècle en Égypte, des femmes s'appuyant sur le Coran considéraient que le voile n'était pas une prescription religieuse. Considéré par certains comme un signe d'appartenance librement consenti et par d'autres comme un outil de réclusion et d'humiliation, il soulève des questions largement débattues ou commentées pour des points de vue divergents, s'écartant de la question plus générale de l'éthique vestimentaire dont il relevait traditionnellement.

Le fait de ne pas le porter est un petit péché mais le fait de renier son obligation, ceci comporte un démenti de la religion et annule l’islam de la personne, de même le fait de le rabaisser ou le dénigrer. C’est obligatoire de porter le voile donc celle qui le met puis l’enlève puis le remet a moins de péché que celle qui ne le met pas du tout et le mieux est de le mettre tout le temps. Cette position, soutenue par les autorités religieuses conservatrices, cherche à maintenir la cohésion de la pratique au sein de la communauté.

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