Le port du voile islamique : histoire, signification et débats

Introduction

Le voile islamique, souvent perçu comme un attribut de la femme musulmane, est un sujet complexe et polémique. Son histoire, sa signification et les débats qu'il suscite sont riches et variés, reflétant des enjeux sociaux, politiques et religieux complexes. Cet article se propose d'explorer ces différentes dimensions, en s'appuyant sur des sources historiques, sociologiques et théologiques.

Définitions et terminologie

Dans la société française contemporaine, le voile est communément associé à la femme musulmane. Le dictionnaire le définit comme une « pièce d’étoffe légère mais opaque que portent en public les femmes musulmanes et les Touaregs et qui leur cache le bas du visage à partir des yeux ». Cependant, il est essentiel de noter que le terme « voile » recouvre une diversité de réalités.

Plusieurs termes sont utilisés pour désigner les différents types de voiles :

  • Hijab : C'est le voile le plus répandu, couvrant les cheveux, les oreilles et le cou, mais laissant le visage découvert.
  • Niqab : Il couvre le visage, à l'exception des yeux, qui restent visibles à travers une fente.
  • Burqa : C'est un voile intégral qui couvre le corps et le visage, dissimulant les yeux derrière une grille.

Il est également important de distinguer le « voile » du « foulard ». Le mot « foulard » évoque davantage l’espace culturel européen, tandis que le mot « voile » est davantage associé à l’Orient.

Histoire du voile islamique

Origines et évolutions dans le monde musulman

L'histoire du voile est complexe et ses origines sont antérieures à l'islam. Au XIIe siècle avant J.-C., Teglat Phalazar Ier, roi d’Assyrie, rend le port du voile obligatoire pour certaines femmes. Dans le contexte islamique, le voile est mentionné dans le Coran, notamment dans les sourates 24 et 33.

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  • Sourate 24, verset 31 : « Dis aux croyantes de baisser les yeux ; d’être chastes ; de ne montrer de leurs atours que ce qui est visible, de rabattre leurs voiles [khumurihinna] sur leurs poitrines et de ne montrer leurs atours qu’à leurs époux, ou à leurs pères […] ».
  • Sourate 33, verset 53 : « Ô croyants ! N’entrez pas dans les maisons du Prophète, à moins qu’on ne vous y ait invités à un repas […] ».

Le théologien français, Dr. Al Jami donne ces lectures possibles du verset 31 de la sourate 24. Il est spécialiste d’exégèse coranique et prône un islam réformiste.

Au début de l'islam, le voile était principalement porté par les femmes de la haute société. Au fil du temps, il s'est répandu dans différentes régions du monde musulman, prenant des formes variées selon les cultures et les contextes locaux. Ainsi, le haïk est une grande étole, généralement en soie de couleur blanche, portée par les femmes d’Alger et de Tunis. En Tunisie et en Algérie, du XIXe siècle à la première partie du XXe siècle, ce vêtement renvoie au monde de la bourgeoisie urbaine et aux femmes mariées, pas à celui des paysannes.

Le voile comme enjeu de société (XIXe-XXIe siècles)

Dès la fin du XIXe siècle, le voile est au cœur des débats dans les sociétés musulmanes. En Égypte, des penseurs réformateurs comme Qasim Amin abordent le thème du dévoilement de la femme, ce qui conduira par exemple Houda Sha’rawi, une des femmes de la délégation égyptienne, à apparaître dévoilée à sa descente du train au Caire en 1923. Parallèlement, en Tunisie, d’autres intellectuels, tels Abdelaziz Thaalbi et Tahar Haddad, revendiquent le dévoilement des femmes au nom de leur émancipation, en appuyant notamment leur démonstration sur des versets coraniques et des hadiths.

Au début du XXe siècle, la Turquie de Mustafa Kemal, dans une perspective laïque et émancipatrice ainsi que l’Iran autocratique de Reza Shah, dans une perspective moderniste, invitent à un dévoilement progressif des femmes. Cependant, ce mouvement se heurte à des résistances, avec l’émergence des Frères Musulmans en Égypte à la fin des années 1920, puis à la fin des années 70, avec la Révolution iranienne qui impose aux femmes le port du hijab.

Dans les années 1980, certaines femmes scolarisées et instruites en Turquie tentent de ressaisir, à travers l’accessoire vestimentaire du voile, ce qui leur semble être l’esprit de l’islam et de résister aux excès de la modernité occidentale. Il en va de même en Tunisie, au début des années 2000, où le retour au voile (celui-ci n’est plus interdit en Tunisie depuis 2011) pour certaines femmes doit être corrélé à la revendication de nouveaux droits dans l’espace public.

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Le voile en France : un débat passionné

Arrivée et visibilité du voile

En France, le voile islamique a commencé à susciter des débats à la fin des années 1980, lorsque les musulmans sont devenus plus visibles dans l'espace public, notamment dans les écoles, les lieux de culte et les commerces hallal. C’est d’ailleurs à la lumière de la sphère scolaire que le débat autour du voile connaîtra une nouvelle étape dans les années 2000 avec, entre autres, la mise en place de la Commission Stasi et du vote de la loi de 2004, susceptible de réaffirmer avec force les principes laïques et neutres de l’école républicaine.

Législation et controverses

Plusieurs lois ont été adoptées en France concernant le port du voile :

  • Loi de 2004 : Elle interdit le port de signes religieux ostensibles dans les écoles publiques, incluant le voile islamique, la kippa juive et les grandes croix chrétiennes.
  • Loi de 2010 : Elle interdit la dissimulation du visage dans l’espace public, visant notamment le port de la burqa et du niqab.

Ces lois ont suscité de vives controverses, opposant les défenseurs de la laïcité à ceux qui mettent en avant la liberté religieuse et le droit des femmes à disposer de leur corps.

Significations et motivations

Les raisons qui poussent les femmes musulmanes à porter le voile sont diverses. Certaines subissent des pressions familiales ou sociales, tandis que d'autres font ce choix de leur plein gré, par conviction religieuse, identitaire ou culturelle. Comme l'explique Faïza Zerouala, journaliste et auteure du livre « Des voix derrière le voile », « La femme voilée telle qu’on la fantasme n’existe pas ».

Le philosophe des religions Philippe Gaudin souligne également la complexité des raisons qui expliquent la multiplication du voile islamique, notamment un échec de l’intégration et un processus paradoxal d’émancipation des femmes.

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Le voile : entre liberté et contrainte

Le port du voile est souvent perçu comme un symbole de soumission de la femme à l'homme et à la religion. Cependant, certaines femmes voilées revendiquent leur droit à porter le voile comme une expression de leur identité et de leur foi. Elles considèrent que le voile leur permet de se protéger du regard des hommes et de se concentrer sur leur développement personnel et professionnel.

D'autres, en revanche, dénoncent le voile comme un instrument d'oppression et de discrimination. Elles estiment que le voile entrave leur liberté et leur capacité à s'intégrer pleinement dans la société.

Le voile aujourd'hui : tendances et perspectives

Évolution des pratiques

Selon une étude de l'Ined, le port du voile est une pratique en augmentation ces dernières années, bien qu'elle reste minoritaire chez les femmes musulmanes vivant en France. En 2019-2020, 17 % des descendantes d'immigrés âgées de 18 à 60 ans portaient le voile, contre 13 % en 2009. Parmi les femmes immigrées, la proportion est de 36 %.

Cette augmentation peut s'expliquer par plusieurs facteurs, notamment un effet de réaction face aux débats sur la visibilité de l'islam en France et la progression de cette pratique religieuse dans les pays d'origine.

Enjeux contemporains

Le débat sur le voile reste vif en France, notamment en raison des attentats terroristes et des tensions identitaires. Certains responsables politiques et intellectuels remettent en question la présence du voile dans l'espace public, tandis que d'autres défendent la liberté religieuse et le droit des femmes à s'habiller comme elles le souhaitent.

Anne-Laure Zwilling, chercheuse au CNRS, rappelle qu'il est important de réintroduire de la complexité dans le débat et d'éviter de réduire le voile à un simple signe d'oppression. La féministe des religions Florence Rochefort souligne quant à elle la nécessité de respecter la liberté des femmes et d'éviter les réponses autoritaires face au prosélytisme religieux.

Le voile : un miroir de la société

Comme le souligne l'historienne Oissila Saaïdia, « le voile en dit aussi long sur celles qui le portent que sur ceux qui les regardent car il agit comme un miroir ». Le voile est un révélateur des tensions et des contradictions de la société française, notamment en ce qui concerne la laïcité, l'intégration et la place de l'islam.

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