Lionel Franc, Loulou des Calanques : Histoire, Plongée et Sécurité

Lionel Franc, plus connu sous le nom de Loulou des Calanques, est une figure emblématique du plongeon de haut vol dans la région de Marseille. Son histoire est intimement liée aux calanques, un lieu où la plongée a marqué son empreinte, et où la sécurité est primordiale. Cet article explore l'histoire de Loulou, sa passion pour le plongeon, et les mesures de sécurité qu'il promeut pour éviter les accidents.

Un plongeur passionné et recordman

Lionel Franc, alias Loulou des Calanques, est un champion de cliff diving qui réalise des plongeons de l'extrême depuis les rochers. Il détient le record du monde de saut de falaise la tête en avant : 36 mètres de hauteur. Ce goût pour les hauteurs, Loulou l’a acquis dès l’enfance. Sa famille, parisienne d’origine, s’installe à Marseille alors qu’il n’a que 5 ans. « Quand tu vis au bord de la mer, ton bac à sable, ce sont les rochers. » Comme tous les gamins du coin, il commence par de petits déni­velés. Lui qui se rêve cascadeur ou chirurgien ­s’entraîne ­assidûment dans les calanques, tête la première. « Le plongeon, c’est plus élégant. » S’il n’a pas pu faire d’études de médecine, Lionel Franc cumule aujourd’hui ses deux passions avec la réalisation de vidéos de chirurgie, ses sauts de l’ange et des cascades pour le cinéma, notamment dans « Corniche Kennedy », de Dominique Cabrera, en 2016. Quatre ans avant, il avait réalisé son premier record à 30 mètres certifié par huissier.

Loulou est un champion dans sa discipline : un plongeur de tête hors-norme, qui s'envole depuis les crêtes escarpées des Calanques pour s'offrir quelques secondes de grâce au-dessus de la mer turquoise. En 2012, il a battu son propre record en s'élançant à 30 mètres de hauteur. Depuis, il s'exerce inlassablement, espérant atteindre bientôt les 35 mètres. "Je m'entraîne à raison de 20 minutes de préparation physique par jour et je réalise 8 plongeons de 25 mètres par semaine. Dans quelques jours, je commencerai l'entraînement à 30 mètres", explique-t-il.

Chaque été, les plongeurs amateurs envahissent les calanques de Marseille et sautent toujours plus haut pour prouver leur bravoure. Parmi eux, Loulou, la star de Cassis, Alain, le fou de la Corniche ou Jelil, le minot.

L'histoire de la plongée dans les Calanques

La plongée a marqué l’histoire des Calanques, puisqu’elles ont été un terrain d’exploration privilégié pour des explorateurs comme Georges Beuchat, Albert Falco surnommé “capitaine Calypso”, ou encore Jacques-Yves Cousteau et Emile Gagnan, qui sont co-fondateurs du scaphandre autonome, aujourd’hui appelé “détendeur”. Ils sont des pionniers en matière de plongée sous-marine moderne. Les nombreuses épaves que l’on retrouve dans les eaux des Calanques font du Parc National un haut lieu de l’archéologie sous-marine. Du fait que Marseille soit le premier port du pays, ouvert au commerce depuis l’Antiquité, on retrouve des épaves de bateaux, des vases, des cruches, des céramiques… datant de différentes époques de l’histoire de la Cité Phocéenne. Vous connaissez très certainement Antoine de Saint-Exupéry, auteur du Petit Prince : son avion a été retrouvé ici, au fond des eaux marseillaises. Il est exposé aujourd’hui au musée de l’air et de l’aviation au Bourget. De plus, c’est en 1991 que le plongeur Henri Cosquer découvre à 37 mètres de profondeur, la grotte qui prendra son nom. Ornée de dizaines de peintures et de gravures datant de -27.000 ans à -19.000 ans avant JC, c’est un vrai témoin de l’Histoire paléolithique qui a été mis en lumière.

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La plongée à Marseille : Une discipline réglementée

La plongée à Marseille est une discipline réglementée avec certaines fermetures de sites mises en place. Il est interdit de plonger dans le triangle Cousteau au large des îles de Riou et Plane, et à la Pointe de la Voile au Cap Morgiou, qui sont des zones de protection archéologique (ZPR). D’autres règles sont à respecter, telles que l'utilisation des bouées de mouillages et anneaux mis à disposition des plongeurs. L’application mobile Donia, qui recense de nombreuses informations sur la cartographie des fonds, peut être d’une grande aide pour veiller à ne pas ancrer son embarcation sur l’herbier de Posidonie et le coralligène. Il est également important de respecter les espèces en évitant les contacts volontaires, et de ne pas les nourrir, ainsi que de respecter les fonds marins en veillant à ne pas donner de coups de palmes dans l’herbier de Posidonie.

La Sécurité avant tout

La sécurité est une priorité absolue pour Lionel Franc, qui s'est lancé bénévolement dans la prévention auprès des jeunes. Il constate que les jeunes sont "dans le respect" quand il va à leur rencontre, mais "ils n'ont pas conscience du danger". Il rappelle que "dans l'eau, ce n'est pas comme au sol" et qu'il y a une forte impossibilité à se secourir seul.

Les dangers du plongeon

Lionel Franc le rappelle : "un saut raté peut entraîner une coupure de respiration. Il faut l'équivalent d'une tasse à café pour remplir les deux poumons, en 'buvant la tasse'. Cela va engendrer une panique, qui peut déboucher sur une noyade." Afin de limiter les risques, le plongeur conseille de partir à plusieurs et de jouer "collectif".

Chaque année, les marins-pompiers de Marseille interviennent une dizaine de fois pour les victimes de sauts des falaises. Fractures des jambes, du rachis, des lombaires, sans parler des sauteurs qui finissent en chaise roulante : la liste des blessures a de quoi faire pâlir.

Les conseils de Loulou pour un plongeon sécurisé

Dans un premier temps, avant de sauter, il faut repérer l'environnement. "Même sans corniche sous-marine, avec un fond à 3 mètres, si vous sautez de 10 mètres de hauteur, vous allez toucher le fond". "Si le rocher est penché, vous pouvez le percuter en sautant. Il faut veiller à trouver un rocher droit", détaille Lionel Franc. C'est le principal défaut des rochers de la Corniche Kennedy à Marseille, où les "plongeurs sauvages" doivent prendre de l'élan pour espérer toucher l'eau. Cela semble une évidence : "ne pas se choisir un rocher de 18 mètres quand tu as treize ans et que tu es gros comme un haricot."

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Avec la hauteur et la vitesse, le poids à l'arrivée dans l'eau est multiplié : "Je fais 70 kg. Quand je plonge de 36 mètres, je fais 1,3 tonne. J'arrive à 100 km/heures et en une demi-seconde, au passage dans l'eau, je passe à 0 km/ heure."

Loulou conseille donc de partir plonger à plusieurs, avec des amis qui peuvent intervenir en cas d'accident. "Quand quelqu'un saute, il faut que les personnes qui sont avec lui soient capables de sauter aussi. En cas de problème, il faut quelqu'un dans l'eau pour intervenir rapidement." Dans les rochers escarpés des Calanques, sortir une personne inconsciente de l'eau peut s'avérer difficile. "Il ne faut pas encourager quelqu'un si tu sens qu'il n'en est pas capable", insiste le plongeur.

Pour faciliter le saut, l'expert conseille la technique du volcan : "rentrer les talons en premier, remonter la pointe des pieds vers soi, ce qui accentue la rigidité des jambes.

Les bonnes pratiques pour la plongée

Il est essentiel d'être conscient de ses capacités physiques et de son expérience en plongée. Avant de partir, il est important de vérifier les conditions météo, d'informer ses proches de sa sortie, et d'avoir un moyen de communication sur son embarcation : téléphone, VHF portative. Il est également important de signaler sa présence en surface par un pavillon adéquat et d'apporter à boire et à manger.

En plus de ces conseils, il est important de maîtriser sa stabilité et d'éviter tout contact avec le fonds, de veiller à ne pas donner de coups de palmes violents dans l’herbier de Posidonie, et de ramener et trier ses déchets à terre.

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Réglementation et zones protégées

Le prélèvement d’espèces et de vestiges archéologiques est strictement interdit. Il est interdit de plonger dans les zones de protection archéologique (ZPR), au nombre de deux : dans le triangle Cousteau au large des îles de Riou et Plane, et à la Pointe de la Voile au Cap Morgiou (voir les réglementations nautiques).

L'accident de Lionel Franc

Son incroyable ascension est brisée nette quand le 3 novembre 2020, un motard le fauche alors qu’il traverse la route. Il manque d’y perdre sa jambe gauche. Pendant deux ans, il subit de multiples opérations qui rétrécissent sa jambe de 3 centimètres. Il va mobiliser une force incroyable pour récupérer. Depuis, il saute trois fois par semaine de 30 mètres, été comme hiver. Jamais plongeur n’aura autant mérité son surnom d’« ange des calanques ».

En 2013, Lionel Franc a été victime d'un grave accident lors d'un tournage, tombant de 20 mètres de haut à plat dans l'eau. Il a été évacué en hélicoptère dans le coma et s'en est sorti avec deux côtes cassées. Depuis, il prend ses précautions, plonge accompagné, et se forme à de nouvelles techniques avec d'autres plongeurs pro.

Loulou et la prévention auprès des jeunes

Depuis son accident, il va dès qu’il le peut à la rencontre des jeunes. « Je ne suis personne pour leur interdire de sauter, mais je peux les conseiller pour qu’ils ne se blessent pas. »

Sur les abords de la calanque de Port-Miou, ce 5 juillet, adolescents et jeunes adultes s’agglutinent au sommet des à-pics. Du haut d’un mur de 10 mètres, les garçons observent la surface de l’eau. Loulou les aborde. « Salut les jeunes ! Alors, ça va sauter ? » Sceptiques de prime abord, les adolescents comprennent qu’ils font face à une légende locale. Et l’écoutent soudain avec respect. Il dispense aussi des conseils de sécurité : toujours être accompagné de copains, dont un ou deux qui attendent dans l’eau.

Plus loin, des garçons d’une petite vingtaine d’années ont grimpé la corniche et accroché un hamac à un arbre. L’air désinvolte, Nils et ses copains semblent profiter des vacances. En réalité, ces étudiants en école d’ingé préparent leur saut. Spécialiste du freestyle, Nils ne fait pas les choses à la va-va vite. Lorsqu’il s’extirpe de son perchoir, il se positionne sur une pierre à 18 mètres au-dessus de la calanque. Flexions, extensions, balancement de bassin. Il prend ses marques. Grand fan de Loulou, il lui a emprunté sa technique du lancer de cailloux pour mesurer la courbe de sa chute. Tom, 20 ans, va chercher conseil auprès de Loulou. Il s’est froissé un muscle du dos lors d’un saut. « Gaine à fond quand tu plonges, ça protégera ton dos », propose le quinqua, qui ajoute quelques astuces pour mieux se réceptionner. Tom est prêt. Son rituel : pompes et abdos. Il suit la technique de son modèle. Et plonge tête en avant. Le débriefing de Loulou lui permettra de corriger sa position au prochain saut.

Lionel propose des formations techniques et préventives. Le but n'est pas d'apprendre à plonger de haut, mais à plonger correctement, en associant la maîtrise du geste à la sécurité.

Conclusion

Lionel Franc, Loulou des Calanques, est bien plus qu'un simple plongeur de l'extrême. Il est un symbole de la passion, de l'histoire et de la sécurité dans le monde de la plongée à Marseille. Son engagement envers la prévention des accidents et son dévouement à transmettre son savoir aux jeunes font de lui une figure incontournable des Calanques. En suivant ses conseils et en respectant les réglementations en vigueur, il est possible de profiter des joies du plongeon en toute sécurité.

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