Le Hot Brass, institution emblématique de la nuit aixoise, a marqué des générations. Après 40 ans d'existence sur le plateau de Célony à Aix-en-Provence, le Hot Brass a fermé ses portes, laissant derrière lui un riche passé. Cet article explore l'histoire du Hot Brass, son évolution, les raisons de sa fermeture et les perspectives d'avenir.
Un lieu de mémoire pour plusieurs générations
"P…! La jeunesse est définitivement finie." "Ma première boîte de nuit." "Tellement de beaux souvenirs"… Plus de 500 condoléances ont accompagné l'annonce de la fin du Hot Brass sur les réseaux sociaux. Ce lieu a été le théâtre de premiers baisers, de soirées mémorables et de retrouvailles entre amis. Nombreux sont ceux qui se souviennent avoir écouté leur premier bœuf, échangé leur premier - ou énième nouveau - baiser, pris leur première cuite, ou la dernière, enterré leur vie de garçon, noyé dans les eaux de la piscine leurs emmerdes de travail, renoué avec les copains de lycées devenus de bedonnants débonnaires quinquas…
De club de jazz à discothèque : une évolution musicale
Fondé en 1979 par Jean-Paul Artero dans d'anciennes porcheries, le Hot Brass Club s'est d'abord distingué comme un haut lieu du jazz. Pendant une décennie, les plus grands noms du jazz s'y sont produits : Ray Brown, Dizzie Gillespie, Clifford Jordan, Stan Getz, Roy Haynes, Ray Barretto, Chet Baker, Blackey et ses Messengers, Dee Dee Bridgewater, Didier Lockwood, Michel Petrucciani, Gilberto Gil… La scène a permis à de jeunes musiciens régionaux de débuter avant de devenir des valeurs sûres du jazz français tels les frères Le Van, Xavier Desandre, Michel Camilo.
En juin 1991, Artéro vendait le Hot Brass à Alain Garzino. Le site changeait peu à peu de style, basculant dans le funk, le latino et la variété internationale. Dans les années 2000, on déboursait 100 francs pour entrer au night-club, 70 si l'on est étudiant. D'autres noms remplissent le livre d'or : The Commitments, Cunnie Williams, Kenny Garret, Bernard Lavilliers, Marc Cerrone… En 2015, nouvel exploitant en la personne de Gilles De Luca. Ce sera le dernier.
L'ultime soirée sera demain.
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Quand les soirées "after" ont supplanté le night-clubVoilà belle lurette que le Hot Brass avait changé. Disco, funk, R & B avaient remplacé les cuivres avant d'être relégués par l'électro. La discothèque ne s'est pas rallumée depuis le 14 mars 2020, avec le 1er confinement, mais déjà avant, la pente était bien amorcée vers la fin d'une époque qui frappe l'ensemble des boîtes de nuit.
Les raisons d'une fermeture
Plusieurs facteurs ont contribué à la fermeture du Hot Brass.
- L'évolution du monde de la nuit : Les discothèques traditionnelles ont vu leur popularité diminuer au profit de soirées plus intimistes et alternatives, comme les "after" et les soirées privées. Les "after" ont supplanté la discothèque qui n'ouvrait plus que le samedi soir pendant l'été tandis que les clients partaient vers les "rooftops" marseillais. Des "after" initiés dès 2015 sur la terrasse, permettant aux clients de prendre un verre à la fraîche. 100 à 200 personnes s'y pressaient. Un public de 25/30 ans aux quinquas fidèles, qui ne débarque ni en short ni en basket. Ici, on vient en soirée.
- La concurrence des festivals et des événements : Les festivals et les événements ponctuels attirent désormais les têtes d'affiche, rendant difficile pour les discothèques de rivaliser. "Et, poursuit Gaël Zaoui, faire venir des têtes d'affiche, on ne peut plus suivre quand les festivals, les collectivités alignent pour les faire venir."
- Les contraintes réglementaires : Les normes européennes, de plus en plus strictes en matière de bruit et de sécurité, ont rendu l'exploitation d'une discothèque plus complexe et coûteuse. Le Hot Brass a été cerné par le béton. "On m'a dit que près de 300 permis de construire ont été délivrés alentour en moins de 20 ans." Dans les années 70, les villas étaient rares. Aujourd'hui, le plateau de Célony compte 7 000 habitants et c'est tout un quartier qui applaudit le départ de l'établissement de nuit. Certes, il était là avant. "Mais aujourd'hui, ce sont les normes européennes qui nous gouvernent. Et elles changent tous les deux ans."
- Les difficultés de recrutement : Le secteur de la restauration et de la nuit est confronté à des difficultés de recrutement, ce qui a rendu difficile le maintien de l'activité du restaurant du Hot Brass. Le restaurant n'a pas rouvert. Trop compliqué de recruter, trop de charges, d'incertitudes.
- L'impact de la pandémie de COVID-19 : La pandémie et les mesures de confinement ont porté un coup dur aux discothèques, qui ont été contraintes de fermer leurs portes pendant de longues périodes. La discothèque ne s'est pas rallumée depuis le 14 mars 2020, avec le 1er confinement, mais déjà avant, la pente était bien amorcée vers la fin d'une époque qui frappe l'ensemble des boîtes de nuit.
- L'urbanisation croissante : Le développement urbain autour du Hot Brass a entraîné une augmentation des plaintes pour nuisances sonores, fragilisant la position de l'établissement. Le Hot Brass a été cerné par le béton. "On m'a dit que près de 300 permis de construire ont été délivrés alentour en moins de 20 ans." Dans les années 70, les villas étaient rares. Aujourd'hui, le plateau de Célony compte 7 000 habitants et c'est tout un quartier qui applaudit le départ de l'établissement de nuit.
L'avenir du Hot Brass : un nouveau chapitre ?
Malgré la fermeture du Hot Brass à Célony, l'aventure pourrait ne pas s'arrêter là. Gilles De Luca, le dernier exploitant, et Gaël Zaoui, le directeur musical, envisagent de relancer le concept ailleurs. "L'urbanisation qui nous cerne, les normes sur les décibels, les incertitudes liées à la pandémie auraient eu raison de nous un jour ou l'autre. Mais on n'est pas bien. Avec Gaël, ils ont une petite idée de la suite. Ailleurs.
Jean-Paul Artero a également repris le nom mythique HotBrass en mai 2023, d'ouvrir un nouveau lieu, encore, aux Milles cette fois : "Un emplacement qui ne m'enchante pas absolument, mais qui a deux avantages énormes : n'avoir aucun voisin qui puisse m'attaquer pour le bruit et un parking immense avec une petite desserte de bus.". "Les enjeux actuels sont énormes, admet l'infatigable directeur, devenu lui-même contrebassiste, dans un éclat de rire. On a l'intention de survivre, de revenir au HotBrass d'antan, une référence du jazz dans la région, si ce n'est au niveau national."
Avis et témoignages
Les avis sur le Hot Brass sont partagés. Certains regrettent la qualité des pizzas depuis le changement de propriétaire : "Nous y allions pour les pizza qui étaient excellentes, mais depuis le changement de proprio le service s'est dégradé et les pizza sont vraiment très très moyennes. De fait nous n'irons plus comme nous y allions régulièrement." D'autres soulignent le caractère sélectif de l'entrée : "Samedi soir, nous téléphonons pour réserver au Hot Brass, boîte que j’ai toujours trouvée sympa et que je fréquentais régulièrement depuis 10 ans. Nous n’avons jamais eu aucun souci, nous sommes toujours rentrés et avons toujours passé de bonnes soirées. Nous savons que c’est select, donc on y va bien sapés, pas de problème. Cela faisait quelques temps que nous n’y étions pas retournés. Quelle né fut pas ma surprise quand, arrivée devant l’entrée, un videur nous annonce que nous né pouvons pas rentrer car nous faisons «trop jeunes». Il nous annonce cela sans demander de pièce d’identité bien entendu. Nous étions un groupe de 6 personnes de 25 à 33 ans… d’où ma question: quel âge faut-il avoir pour rentrer au Hot Brass maintenant? Celui de mon grand-père? J’ai compris bien entendu que l’âge était une excuse, nous n’étions pas dans «la cible»: grands, beaux, taille 34, look archi-archi branchouille, Audi TT garée sur le parking. Je trouve ça lamentable, quel dommage. Cet endroit était vraiment chouette, on pouvait voir jouer de super groupes. A priori cette époque est révolue. Attention Monsieur le Gérant, ce sont des consommateurs tels que nous qui faisons tourner un établissement tel que le votre. Chassez-nous et vous risquez rapidement de faire le vide."
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D'autres encore mettent en avant l'ambiance et la musique : "Fidèle parmi les fidèles ! Une soirée au Hot commence généralement par une super pizza au Nino dirigé d’une main de maître par Stéphanie. Puis on entre dans le «temple». Le service est parfait, la musique est entraînante car le DJ sait mélanger les genres pour le bonheur de tous. Jamais de rixes ni de gens trop saouls qui vous tombent dessus. De 25 à 45 ans tel est la population du Hot. A conseiller à tous ceux qui en ont ras-le-bol des «m’as-tu vu» aixois."
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