Le Francis Garnier : Au cœur des Missions Navales et dans l'Héritage d'un Explorateur

Le bâtiment de transport léger (BATRAL) "Francis Garnier" (L 9031) incarne la polyvalence et la capacité d'intervention de la Marine Nationale, que ce soit pour des missions de sauvetage en mer, des opérations humanitaires ou des exercices de préparation essentiels. Son nom, riche d'histoire, perpétue la mémoire d'un illustre officier et explorateur français dont le parcours fut marqué par la bravoure, la découverte et un engagement profond en Extrême-Orient. En passant des récentes activités opérationnelles du navire à la vie extraordinaire de son homonyme, se dessine un tableau complet de l'esprit de service et d'exploration.

I. Le BATRAL "Francis Garnier" en Action : Secours en Mer et Missions Stratégiques

Les opérations contemporaines du "Francis Garnier" démontrent l'importance de ce type de bâtiment dans des contextes variés, allant du sauvetage maritime à la projection de forces et de moyens logistiques.

A. Une Intervention Cruciale en Mer des Caraïbes

Le 7 décembre, le bâtiment de transport léger "Francis Garnier" a porté assistance à un navire en détresse. Alors qu'il était en mission dans l'archipel guadeloupéen, le Batral a reçu à 04h05 un message du centre opérationnel de surveillance et de sauvetage (CROSS) Antilles-Guyane. Ce message signalait une embarcation en détresse située à 3 nautiques au sud de l'île de Saint Martin. Le "Francis Garnier" se trouvait alors à 5 nautiques de la position estimée du bâtiment et s'est immédiatement dérouté pour lui porter assistance.

Arrivé sur zone à 04h45, les recherches ont commencé. Le navire en question, une embarcation de pêche de St Christophe baptisée Nahh Gee Up, avait 3 personnes à bord et n'avait pas les moyens de signaler sa position de nuit. Ses appels de détresse, émis par téléphone portable, furent relayés via le SAMU de la Guadeloupe, soulignant la difficulté de localiser une cible de petite taille dans l'obscurité. À 06h00, le "Francis Garnier" a pris contact avec trois navires de croisière et un pétrolier qui naviguaient dans les environs proches de St Martin pour leur demander d'exercer une veille attentive. En effet, l'embarcation de très petite taille était particulièrement difficile à détecter. Aucun des bâtiments contactés ne parvint cependant à repérer le Nahh Gee Up.

À 07h00, le CROSS Antilles-Guyane a signalé que le navire en détresse voyait le "Francis Garnier", mais que celui-ci ne parvenait pas à le détecter, une situation frustrante compte tenu de l'urgence. Finalement, à 08h00, l'équipe de quart du "Francis Garnier" a annoncé qu'elle avait repéré le navire et qu'ils allaient se porter à sa hauteur. Entre-temps, un patrouilleur rapide des gardes côtes néerlandais avait rejoint le "Francis Garnier", qui le guida vers l'embarcation. Quelques minutes plus tard, le Nahh Gee Up fut pris en charge par le patrouilleur rapide qui le remorqua vers Philipsburg, concluant cette opération de sauvetage avec succès.

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B. Préparation Opérationnelle et Projection de Force

Outre les missions de sauvetage réelles, le "Francis Garnier" est constamment engagé dans des exercices visant à maintenir et à perfectionner les compétences de son équipage. Le bâtiment de transport léger (BATRAL) "Francis Garnier" (L 9031) prend régulièrement la mer et quitte Fort-de-France pour ce type de préparation.

Des membres de l'équipage se préparent et enfilent leurs combinaisons pour un exercice d'extinction d'incendie. Munis de leur combinaison anti-feu, les hommes sortent ensuite pour assister à l'hélitreuillage de deux sauveteurs depuis un hélicoptère PUMA. Cette manœuvre est cruciale pour la capacité du navire à opérer dans des environnements complexes. Les sauveteurs prennent ensuite en charge des blessés fictifs en leurs administrant les premiers soins et en les évacuant du navire, simulant des situations d'urgence. L'exercice d'extinction d'incendie commence dans la fumée, mettant les équipes à l'épreuve dans des conditions réalistes. Après la phase active, les membres d'équipage sécurisent la passerelle avant de discuter sur le déroulement de l'exercice et de retirer leurs combinaisons, permettant un débriefing essentiel.

Un autre aspect fondamental de la polyvalence du "Francis Garnier" est sa capacité d'accostage sur des plages. Pour cela, des plongeurs préparent une zone pour permettre au "Francis Garnier" d'accoster sur une plage de sable. Après cette préparation, le "Francis Garnier" se rapproche de la plage et accoste à quelques mètres du rivage. L'équipage ouvre la porte avant du navire sous l'œil de quelques civils venus observer en curieux, témoignant de l'intérêt que suscitent ces manœuvres. La nuit, le navire rentre au port, marquant la fin d'une journée d'opérations et d'entraînements intensifs.

C. Engagement Humanitaire en Haïti

Le "Francis Garnier" a également été déployé dans des missions humanitaires de grande envergure. Le bateau, transportant du fret, 60 militaires, 6 camions, une ambulance, des 4x4, trois pelles mécaniques, de la nourriture et de l'eau en bouteille, devait arriver en Haïti après une escale en Guadeloupe. Ce déploiement s'inscrivait dans le cadre d'une réponse à une crise majeure.

Le navire, qui dispose de 50 hommes d'équipage, offre une autonomie logistique remarquable : il n'a pas besoin de quai pour décharger car il peut se poser sur une plage, une caractéristique essentielle pour l'accès aux zones sinistrées ou dépourvues d'infrastructures portuaires. Un autre navire, le "Sirocco", alors à Dakar, était également attendu en Haïti, équipé en particulier de "deux plateaux de chirurgie", comme l'avait annoncé le président Sarkozy, soulignant l'ampleur de la réponse coordonnée. Les 60 militaires à bord du "Francis Garnier", puissamment armés, avaient pour mission d'assurer la sécurité des sauveteurs qui recherchaient les victimes du séisme de mardi, une tâche vitale pour le bon déroulement des opérations de secours.

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II. Le "Francis Garnier" : Un Nom, une Tradition Maritime

Le nom "Francis Garnier" est loin d'être anodin dans la Marine Nationale. Il s'inscrit dans une longue tradition de baptême de navires en l'honneur de figures emblématiques de l'exploration et du service maritime français. Il est à noter, concernant les noms de baptême des navires mentionnés en tout début d'article, que ce n'est plus d'actualité. De même qu'il n'y a plus de "Loire" parrainé par la Ville de Saint-Etienne, il n'y a plus de navire portant le nom de Francis Garnier. Néanmoins, l'héritage perdure à travers l'histoire.

La Marine Nationale compte cinq Bâtiments de Transport Léger (BATRAL) qui tous, à une exception près, portent des noms d'explorateurs. Et parmi eux, il y a le "Francis Garnier" qui perpétue une forme de tradition ancienne. En effet, avant le bâtiment que nous connaissons aujourd'hui, quatre autres navires de différents types avaient porté le nom de cet illustre officier explorateur. Le premier fut une canonnière de rivière, construite en France en 1883, naviguant au Tonkin et luttant contre les pirates, avant de s'échouer en 1892 sur la Rivière Noire. Cette succession de navires portant le même nom témoigne de la volonté de la Marine de maintenir vivante la mémoire de ses héros et de leurs contributions à la connaissance du monde.

III. L'Illustre Homme Derrière le Nom : La Vie de Francis Garnier, Explorateur et Officier

Francis Garnier fut un officier de marine, un explorateur, un géographe, et un diplomate, dont la vie, bien que trop tôt disparue, a profondément marqué l'histoire de la France en Indochine. Il participa activement à l'exploration des terres indochinoises et à leur conquête, tout en y apportant l'âme d'un savant soucieux de découvrir des contrées inconnues et une conception positive du progrès.

A. Des Origines Stéphanoises à l'Aventure Maritime

Francis Garnier est né le 25 juillet 1839 à Saint-Etienne, dans un immeuble aux abords de la place Marengo. La rue porte aujourd'hui son nom, mais elle se nommait alors Rue Nouvelle-Boucherie, avant de devenir la rue de la Banque. Son père, originaire des Cévennes, avait fait dans l'armée une honorable carrière d'officier et avait donné sa démission lors des événements politiques de 1830. Il avait habité Roanne pendant plusieurs années, puis s'était fixé à Saint-Etienne où il était directeur de la Banque Philanthropique. Sa mère était originaire du Piémont. Francis fut envoyé en nourrice à Firminy puis suivit ses parents à Saint-Chamond et à Izieux. La famille partit ensuite s'installer à Marseille où, dans sa septième année, il intégra le lycée.

C'est en 1857 que Garnier embrasse la carrière maritime en devenant aspirant de deuxième classe. Une première campagne l'emmène vers les mers du sud et le Brésil, lui offrant ses premières expériences du grand large. Puis, il embarque en 1859 sur le « Duperré » qui part pour la Chine. C'est au cours de cette traversée, alors qu'il avait 21 ans, qu'il se jeta à l'eau en pleine nuit pour sauver un camarade emporté par une lame, le sous-lieutenant de cuirassiers Neverlée, passager du bord. Cet acte d'une extraordinaire bravoure, le 30 mai 1860, marqua le début de sa vie d’officier de marine par un exploit héroïque. Il avait le grade d'enseigne de vaisseau lorsqu'il découvrit la Chine, un pays qui ne cessa plus de le fasciner.

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B. Les Premiers Pas en Indochine et la Vision d'un Explorateur

Sous les ordres de l'amiral Charner, Francis Garnier participa à la prise de Pékin et au sac du Palais d'Eté par les troupes franco-britanniques en 1860, un événement majeur de l'histoire des relations entre l'Occident et la Chine. Au retour de Chine, soixante-dix bâtiments de guerre français entrèrent en rade de Saigon et les canons dispersèrent les troupes vietnamiennes du maréchal Nguyen Tri Phuong. Ces événements marquaient une période d'expansion française en Indochine, un territoire alors complexe et stratifié en plusieurs régions : la Cochinchine, partie Sud du Vietnam, qui allait passer sous gouvernement français ; le Tonkin, partie Nord du Vietnam ; et l'Annam, partie centrale du Vietnam. Le terme Annam était aussi souvent employé pour désigner l'ensemble du Vietnam, les Annamites étant tantôt les habitants des provinces du centre, tantôt tous les Vietnamiens. Les traités de Saigon et de Hué qui suivirent confirmèrent la présence française dans trois provinces de Cochinchine, correspondant en gros au delta du Mékong, à l'extrême Sud du Vietnam, avec pour capitale Saigon.

En 1863, Garnier fut nommé inspecteur des affaires indigènes, un poste qui lui permit de se plonger au cœur de l'administration coloniale et de la culture locale. Comme d'autres jeunes officiers, regroupés autour du père Legrand de La Liraye, il apprit la langue locale, se consacra à la pacification du pays en luttant contre les pirates et s'efforça d'administrer le territoire sous autorité française. Sa tâche consistait aussi à recruter des auxiliaires autochtones dont il contrôlait l'action. Il avait à peine vingt-quatre ans quand on lui confia l'administration de la ville de Cholon, poste de première importance, non loin de Saigon. C'est à cette époque qu'il écrivit deux brochures, dont la documentation présente un exceptionnel intérêt. D'abord "La Cochinchine française en 1864", dans laquelle Garnier traçait le plan d'un voyage d'exploration à travers l'Indochine, qui aurait eu pour objet d'établir une voie de relations commerciales entre la Cochinchine et la Chine méridionale. Il était persuadé que "le sentiment d'impuissance qu'ont les Annamites vis-à-vis de nous dans une lutte régulière, est aujourd'hui arrivé à un tel point qu'une petite canonnière, c'est à dire vingt hommes et un canon, peut se présenter impunément devant tous les chefs-lieu de province et y dicter des lois."

Francis Garnier avait été l'un des plus actifs partisans de cette mission d'exploration qui devait permettre de pénétrer vers la Chine du sud et de concurrencer ce qu'il percevait comme la perfide Albion. Mais il fut jugé un peu jeune encore pour lui confier le commandement. Il échut alors au capitaine de frégate Doudart de Lagrée, qui s'était récemment signalé par une mission diplomatique brillamment accomplie au Cambodge. Garnier occupa donc le second rang dans le commandement et se vit chargé des travaux d'hydrographie, de météorologie, d'astronomie, de l'étude des voies commerciales, et du tracé de la carte du voyage, des responsabilités considérables qui témoignaient de ses compétences.

C. L'Épopée du Mékong : Une Exploration Fondatrice

L'expédition partit de Saigon le 5 juin 1866. Elle remonta le cours du Mékong jusqu'au Grand Lac et visita les fameuses ruines d'Angkor, dévoilant au monde occidental la grandeur d'une civilisation ancienne. Cependant, une insurrection, éclatant au Cambodge, isola soudain les explorateurs de l'Administration de la Colonie, les confrontant à des défis logistiques et sécuritaires majeurs. Ils arrivèrent à Bassac, traversèrent les forêts du Laos, s'approchèrent de la Birmanie, et explorèrent des régions encore inconnues de l'Indochine septentrionale, repoussant sans cesse les frontières de la connaissance géographique.

Enfin, après un an et quatre mois de cette vie de fatigue et d'aventures, ils entrèrent en Chine par la province de Nân. Francis Garnier compléta sa documentation par un voyage personnel sur le Hoti-Kiang, affluent du Song-Koi (Fleuve Rouge), une étape cruciale pour identifier la "ligne commerciale" tant recherchée. Francis Garnier explora ensuite le royaume musulman de Tali, un territoire interdit aux Européens, démontrant son audace et sa détermination. Malheureusement, M. de Lagrée mourut pendant ce temps, et Francis Garnier succéda à son chef, dont il ramena le corps, traversant une région de montagnes abruptes, un témoignage de loyauté et de persévérance dans l'adversité. Naviguant sur le Yang Tsé Kiang, il rejoignit Shanghai après une halte à Hang-Kéou. De Shanghai, les explorateurs embarquèrent enfin pour Saigon. Là se termina leur long et périlleux voyage, le 29 juin 1868. Il avait duré deux années, et les résultats acquis étaient des plus importants, ouvrant de nouvelles perspectives pour le commerce et la géographie.

D. Un Savant au Service de la France : Reconnaissances et Engagements en Métropole

Francis Garnier fut décoré en 1867, au cours de son voyage, une distinction qui sanctionnait son mérite dans ses précédentes fonctions d'administrateur à Cholon. Il écrivit la relation du magnifique voyage que nous venons de résumer, et cet ouvrage lui valut la médaille d'or décernée par la Société de Géographie de Paris. Il reçut aussi la grande médaille d'or de la reine Victoria, laquelle lui fut accordée par la Société Géographique de Londres en 1870, reconnaissant son travail à l'échelle internationale. Le premier Congrès Géographique international, qui tint ses assises à Anvers en 1871, créa deux médailles hors concours, dont l'une fut décernée à Francis Garnier, confirmant son statut de figure majeure de la géographie de son temps.

Pendant la guerre de 1870, Garnier fut le premier aide de camp, puis chef d'Etat-Major du contre-amiral Miquet dans le secteur de Montrouge, l'un des plus exposés de la capitale. À l'occasion du bombardement du fort de Vanves, il fut proposé pour le grade de capitaine de vaisseau, en raison de sa vaillante conduite, de ses qualités d'organisation et de chef énergique. Aux élections du 8 février 1871, il fut le candidat des gardes nationaux à l'Assemblée Nationale et, s'il ne fut pas élu, obtint le chiffre honorable de 27 362 voix, témoignant de son prestige populaire.

Il se consacra ensuite à des travaux de géographie, au Dépôt des Cartes et Plans, un établissement scientifique de renom. Il préconisa l'exploration du Tonkin, une région qui le préoccupait profondément. Dans une série d'articles, qu'il publia dans le Bulletin de la Société de Géographie, il s'attacha à démontrer que le fleuve du Tong King était la meilleure voie commerciale pour la France, entre la mer et la Chine méridionale, anticipant les enjeux économiques de l'époque. C'est à cette époque qu'il dirigea la Publication officielle préparée par le Ministère, luxueusement éditée par Hachette et qui traitait de l'histoire, de l'ethnographie, de la philologie, de la politique, des mœurs, de la météorologie, de la géologie, de la métallurgie, des industries diverses, de l'anthropologie, et de la botanique des pays parcourus. Francis Garnier obtint, pour la part qu'il prit à ce vaste travail, une grande médaille à l'Exposition Universelle de Vienne, en 1873.

E. Le Retour en Extrême-Orient et le Destin Tragique

Entre-temps, il avait sollicité un congé de trois ans sans solde afin de repartir, à titre personnel, pour la Chine. Il quitta donc la France avec sa femme, qu'il avait épousée en 1870, et s'installa à Shanghai. Son but était de poursuivre l'œuvre géographique de l'expédition de Doudart de Lagrée, de reconnaître jusqu'au Tibet le cours supérieur du Mékong, mais aussi d'essayer de jouer le médiateur entre le pouvoir impérial chinois et les rebelles musulmans qui épuisaient le pays. Il voulait travailler enfin à résoudre le problème de l'origine des grands fleuves indochinois, sur lequel la critique géographique émettait des hypothèses contradictoires. Malheureusement, il ne put réaliser qu'une partie de ses projets.

C'est dans ce contexte qu'apparaît un autre acteur clé : Jean Dupuis, explorateur, aventurier et négociant. Il fut le premier à déterminer le tracé précis et les conditions de navigabilité du Fleuve Rouge, dans le but d'assurer l'ouverture du fleuve au commerce international, le tout dans un réseau complexe d'alliances et de rivalités entre les pays, les potentats locaux et les bandes armées des Pavillons Noirs. En 1872, Dupuis força le verrou tonkinois et, venant du Yunnan, s'installa à Hanoï.

Francis Garnier fut appelé à Saigon par le contre-amiral Dupré, alors gouverneur de la Cochinchine. Il reçut pour mission d'établir la liberté de la navigation sur l'artère fluviale la plus considérable du Tonkin et de trouver une solution de compromis. À cet effet, il partit vers Hanoï en 1873, avec une maigre escorte et deux canonnières. Cette expédition avait un caractère pacifique à l'origine avant de se transformer en une opération militaire. Les troupes françaises enlevèrent Hanoï et plusieurs capitales de province puissamment fortifiées, proclamèrent que le Fleuve Rouge était désormais ouvert au commerce et à la navigation, et en moins d'un mois conquirent tout le Haut Tonkin. Ils y organisèrent toute une administration et installèrent un gouvernement provisoire. Une aventure militaire véritablement fabuleuse qui inquiéta un peu, semble-t-il, Dupré, qui n'envoya pas les renforts escomptés.

Le 21 décembre 1873, les Pavillons Noirs, des pirates (troupes irrégulières de l'empereur Tu Duc et ex-Taipings), tentèrent une sortie contre Garnier et ses hommes, et les attaquèrent à quelques kilomètres d'Hanoï. La fin de Francis Garnier a été racontée en des termes poignants : "L'ennemi s'était embusqué, en avant du village de Thu-Lê, derrière les remparts de la commune de Hà-Nôi. M. Garnier fait mettre la baïonnette au canon, et, lançant sa troupe au pas gymnastique, chasse l'ennemi de sa position. Les Pavillons-Noirs battent en retraite et vont se retrancher derrière un tertre, à l'extrémité de Thu-Lê. M. Garnier ordonne à Champion d'aller avec quatre hommes fouiller ce village. Il fait sonner le pas de charge. « À la baïonnette, en avant! ». Derrière lui s'élancent, mais sans pouvoir le suivre, Dagorne, le fourrier du Decrès, et deux fantassins de marine ; le caporal Guérin et le soldat Laforgue. Arrivés en haut du tertre, Dagorne tombe frappé d'une balle en pleine poitrine ; Guérin est blessé au visage. Mais déjà M. Garnier, après avoir déchargé son revolver sur les Pavillons-Noirs, est descendu pour les chasser des broussailles au milieu desquelles ils se blottissent. Tout d'un coup son pied rencontre une cavité de terrain ; il tombe. Aussitôt les Pavillons Noirs se ruent sur lui ; en un instant il est percé et frappé de coups de lances et de sabres."

Francis Garnier fut d'abord mis en terre dans la citadelle, puis dans le cimetière français d'Hanoï, le 4 novembre 1875. Sa dépouille mortelle fut ramenée à Saigon quelques mois plus tard par un navire de guerre. Sa mort fut immédiatement exaltée en France par les promoteurs républicains de la colonisation. Cependant, l'amiral Dupré, qui mesurait les risques d'une conquête du pays, choisit d'évacuer le Tonkin et d'abandonner les chrétiens locaux à leur sort - ils furent massacrés par milliers - en échange de la promesse par l'empereur Tu Duc d'ouvrir les ports et le fleuve aux commerçants français.

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