La structuration institutionnelle : les fondations du Surf français
L’histoire du surf en France est intimement liée à la volonté de structurer une pratique initialement perçue comme marginale. Sept ans après l'apparition du surf en France sur les vagues de Biarritz, la Fédération Française de Surfriding est créée sous la présidence de Monsieur Guy Petit, maire de Biarritz à l’époque. Ceux-ci, pionniers, sont à cette époque au nombre de quatre. Le plus ancien est le Waikiki surf club créé le 16 septembre 1959 par Carlos Dogny, Peter Viertel, Jacques Rott, Georges Hennebutte, Joël de Rosnay et Michel Barland. Parmi les membres du club, citons notamment André Plumcocq, Robert Bergeruc, Pierre Laharague, Joseph et Jo Moraiz, Paul Pondepeyre, Henri Etchepare et Claude Durcudoy. Le Waikiki est installé dans les établissements des Bains de la Côte des Basques. Le Surf Club de la Chambre d’Amour est, lui, créé le 27 août 1963. Il est inauguré par le Dr Lacroix, maire d'Anglet, et Deborah Kerr, célèbre actrice américaine des années soixante et épouse de Peter Viertel, lequel a introduit le surf en France six ans plus tôt. Installé dans l'établissement des bains de la cité angloy, il a pour président Joël de Rosnay. Cette même année, deux autres clubs viennent grossir les rangs : l'USB et le Kostakoak de Bidart.
L’objectif de la création de la Fédération est de réunir toutes les « tribus » des plages qui se font concurrence. Le 20 août 1964, au lendemain de la diffusion à la télé de l'émission « Les coulisses de l'exploit » consacré au surf, a lieu à la Côte des Basques la réunification de ces clubs par le Maire de Biarritz Guy Petit. Le siège est basé à l'office du tourisme de la ville. Si les championnats de France ont eu lieu à Biarritz depuis 1961, les premiers championnats sous l'égide de la Fédération Française de Surfriding se disputent en 1965 à Anglet. Joël de Rosnay et Marie-Christine Delanne sont sacrés champions de France.
Développement régional et influences internationales
Deux ans après la création de la FFS, le Comité régional d’Aquitaine voit le jour. Médiatisés dans les magazines et films de surf américains, les spots français, dont celui de la Barre, attirent de plus en plus d'étrangers. On organise alors des compétitions internationales auxquelles participent les grands noms de l'époque : les Australiens Bob Keenan, Mickael Hickey, Nat Young, Wayne Carroll, Peter Troy, les Hawaïens Jan Lee, Gerry Lopez, Jeff Hackman… Ceux-ci ne font pas que passer. C'est en les voyant glisser sur leurs vagues, que les pionniers français se mettent à progresser, qu'une nouvelle génération voit le jour.
Cette période est marquée par la mentalité hippie des années 70. Les années soixante-dix marquent toutefois le développement de la Fédération Française de Surfriding. Après les Australiens et les Américains, ce sont les Tahitiens qui vont apporter un nouvel élan au surf français. Ceux-ci dominent implacablement les compétitions nationales. Henri Lucas, Patrick Juventin, Arsène Harehoe sont au-dessus. Harehoe, le Dark Horse, remporte notamment 5 titres nationaux entre 1976 à 1989. En 1976, Tahiti accueille même les championnats de France à 20.000 km du siège de la FFS. Le comité tahitien les organisera une seconde fois, en 1987, avant de quitter le giron fédéral avec la création de la Fédération tahitienne de surf. Au cours de la quinzaine d'années de relations étroites, les Polynésiens ont apporté une vague de fraîcheur au surf national : un engagement total, une insolente décontraction en compétition et une maîtrise parfaite des tubes.
Le surf métropolitain va toutefois superbement réagir. Entrainés par le Biarrot Thierry Sansoube, trois surfeurs vont dominer le surf français pendant de nombreuses années : Thierry Fernandez, Jean-Louis Poupinel et Thierry Domenech. Ceux-ci vont également porter haut les couleurs de la France lors des championnats d'Europe mais aussi du monde dans les années 80. En 1977, Jean-Baptiste Caulonque succède à Jacques Fagalde à la tête de la Fédération. Laquelle, avec le boom du skateboard, est habilitée à réglementer la discipline. La Fédération change de sigle et devient en 1977 la Fédération Française de Surf et Skate.
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Mais c'est pourtant dans son berceau historique qu'elle revient lorsqu'elle décroche l'organisation des 8es championnats du monde. En 1980, Biarritz accueille les Mondiaux qui marquent l'émergence d'un jeune américain qui a pour nom Tom Curren. La France sera de nouveau le pays hôte des Mondiaux de l'International Surfing Association (ISA) en 1992 (Lacanau) et 2008 (Seignosse). Jean-Pierre Vilaverde est élu président de la Fédération en 1980. Après l'intermède Seignosse, la FFSS déménage et s'installe en 1984 à Hossegor, dans un bâtiment de la mairie. Après Tahiti, le surf français va s'enrichir d'une autre terre de surf. La Ligue réunionnaise de surf voit le jour en 1984 par la volonté d'un homme : Maxence de la Grange qui parvient, comme Guy Petit en 1964, à fédérer les deux clubs rivaux des Roches Noires et de Boucan Canot. Sur ce caillou de l'océan Indien, léché par les swells massifs de l'Antarctique, le surf est apparu au début des années 70. Influencés par les pionniers australiens, installés sur l'île Maurice voisine, mais aussi par les Sud-Africains, les Réunionnais se mettent à organiser des compétitions à grande échelle, et une génération de compétiteurs aux dents longues débarque en métropole. Eric Coutelier est vice-champion de France derrière Vetea David en 1984, Anne-Gaëlle Hoarau va dominer le surf féminin français pendant plus de dix ans, Stéphane Sisco est le n.1 européen du bodyboard pendant cinq ans. Pour progresser et aller chercher le titre en surf, les Réunionnais comprennent que le passage obligé est la formation. Avec Christophe Mulquin et Patrick Florès à leur tête, les sélections réunionnaises dominent les championnats de France dans les années 90.
Professionnalisation, éducation et haut niveau
Le premier diplôme, le Brevet Fédéral voit le jour en 1973. En 1984, un arrêté ministériel crée le Brevet d’Etat de surf. Le surf se professionnalise. La première session se déroule en septembre 1987. Six récipiendaires obtiennent le premier BE surf. L’enseignement du surf peut être rémunéré. Chose inimaginable 20 ans auparavant, des jeunes surfeurs peuvent vivre du partage de leur passion. Les années 80 sont également marquées par l'apparition du surf à l'école. Véritable obstacle pour vivre une vraie vie de surfeur, puisque les jeunes désertent l’école pour aller surfer, la Fédération a mis dans l’école… du surf ! Finement joué, car du coup les surfeurs y sont restés. En 1987, la création du Sport-Etude officialise le premier acte et par la suite, l’accompagnement scolaire du haut niveau sera couronné par la labélisation du Pôle France en 1996, quatre Pôles Espoirs complétant le dispositif en région. Ces démarches de la Fédération visent à accompagner le double projet, sportif et scolaire.
A la fin des années 80, un phénomène que personne n’a prédit se produit : la mode du surf sort soudain de son cercle restreint d’initiés et déferle, d’abord sur les plages, puis dans les villes. Les marques de textile, anglo-saxonnes ou françaises, connaissent un essor fulgurant et une croissance à deux chiffres. Le business de la glisse est né, il surfe avec succès sur une image surf bâtie de fun, de liberté, de jeunesse et d’écologie. Une activité économique se développe, créatrice d’emplois pour les jeunes surfeurs passionnés. Pour entretenir le rêve, les marques investissent dans des compétitions qui se multiplient, et soutiennent activement les champions français.
La Fédération est officiellement reconnue par le Comité National Olympique et Sportif Français en 1989. C'est la première Fédération nationale de surf au monde à être reconnue par son propre Comité National Olympique. Un an plus tard, la Commission Nationale du Sport de Haut Niveau reconnaît le surf comme discipline de Haut Niveau. Le surf bénéficie des dispositions prévues pour les sportifs de Haut Niveau : suivi social, aides individualisées, suivi médical, structures d'accession au Haut Niveau, etc. Toujours en 1990, on assiste à la création d’un poste et nomination d’un Directeur Technique National, agent du Ministère des sports, placé auprès de la FFSS pour en assurer le développement. Francis Distinguin est le premier DTN du surf français, fonction qu'il occupera jusqu'en 2008. En 1993, Alain Farthouat succède à Jean Saint-Jean à la tête de la Fédération. A la fin des années 90, un phénomène émerge : Jérémy Florès. Né à La Réunion, formé par son père sur les vagues australiennes, il intègre les équipes de France très tôt et deviendra à 17 ans le plus jeune surfeur à remporter le circuit WQS pour intégrer le WCT dès 2007.
Vers une reconnaissance olympique et inclusion
En 2013, l'Association Handi Surf reçoit de la Fédération Française de Surf l’agrément « Association Nationale ». En 2014, la Fédération fête ses 50 ans le mercredi 20 août à la Côte des Basques, là où tout a commencé cinq décennies plus tôt. Du 18 au 26 octobre 2014, la Fédération organise ses championnats de France à Hossegor pour célébrer cet anniversaire, où quelque 450 compétiteurs de la France entière et de l'outre-mer y participent. En 2016, le surf est enfin un sport olympique. Après 22 ans de combat, l’International Surfing Association obtient l’accord du CIO. Le 3 août 2016, la 129e session du CIO réunie à Rio de Janeiro décide de l’inclusion de 5 nouveaux sports, dont le surf, pour les JO de Tokyo-2020.
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En 2017, la Fédération Française de Surf organise les 30es championnats du monde des nations à Biarritz. L'évènement qui regroupe 47 pays se tient à la Grande Plage du 20 au 28 mai. C'est une totale réussite, et cerise sur le gâteau : l'équipe de France remporte le titre mondial des nations. En 2018, Jean-Luc Arassus est élu au board de la Fédération internationale. En 2020, Jacques Lajuncomme est élu président de la Fédération Française de Surf pour quatre ans, puis réélu en 2024. Enfin, en 2025, Cédric Leroy est nommé Directeur Technique National.
Parcours et figures du surf contemporain : une diversité de destins
Au-delà de l'institution, le surf breton et national est porté par des parcours individuels remarquables. Ian Fontaine est un surfeur passionné, travailleur, proposant un surf millimétré, puissant, engagé et en constante évolution. Mais attention, Ian n’est pas seulement un compétiteur : freesurfeur passionné, il propose régulièrement des vidéos tranchantes dont l’humour ne peut laisser indifférent ! Au-delà du surfeur, il y a l’humain : Ian « is a giver » comme il le répète souvent ; toujours prêt à aider autrui, il est très proche des nouvelles générations de surfeurs Bretons.
D'autres figures comme Martin Letourneur, le breton le plus titré en SUP Race, ou Alexis Deniel, figure incontournable du surf Breton, illustrent la vitalité de la discipline. Alexis, depuis son premier titre de champion de France de longboard en 2007, a toujours fait une à deux finales lors de chaque édition des championnats nationaux. Le talent breton se manifeste aussi à travers Yann, la pépite de la région Brestoise, ou encore Gaspard, produit pur beurre du pays Bigouden, qui continue de briller sur les événements nationaux. Dans le registre du bodyboard, Mickael, 21 ans, et Julien, 22 ans, témoignent de l'exigence physique et mentale requise pour atteindre le sommet.
Le surf intègre aussi des parcours de résilience exemplaires. Laurie Phipps, para surfeuse franco-australienne installée dans les Landes, a vu sa trajectoire basculer en octobre 2019 lors d’un accident de scooter. Après l'amputation de sa jambe gauche, elle a repris le surf, démontrant que la détermination dépasse les handicaps. Dans une veine similaire, certaines surfeuses subliment leur handicap, comme cette athlète atteinte d’une maladie génétique neuromusculaire, sacrée championne de France handisurf en 2017. Le parcours d'Annabel illustre également la progression féminine, passant du shortboard au haut niveau national, avec une victoire en Coupe de France en 2016.
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