L'odyssée des profondeurs : De l'exploration scientifique à l'immersion naturaliste en Méditerranée

L’épopée de « Gombessa V : Planète Méditerranée »

Pieds nus, le teint gris et la voix encore étranglée par l’usage de l’héliox, un gaz pauvre en oxygène, Laurent Ballesta sourit avec douceur, l’air heureux. Le biologiste marin a fondu en larmes en retrouvant Eléa, sa fille de 2 mois, et son épouse, Caroline. Ce dimanche 28 juillet, il est 18 heures lorsqu’il regagne la surface après avoir passé un mois dans les profondeurs de la Méditerranée. Auprès de lui, son équipe de plongée, des complices de longue date : Antonin Guilbert, biologiste marin, Thibault Rauby, moniteur de plongée, instructeur et assistant éclairagiste, et Yanick Gentil, plongeur-cadreur. Tous souriants et émus.

Cette opération « Gombessa V : Planète Méditerranée », vingt-huit jours - la durée maximale autorisée par les syndicats de la plongée profonde - dans les eaux obscures, voilà dix-huit ans que Laurent Ballesta y pensait, deux ans qu’il la préparait. Pour y parvenir, il a combiné pour la première fois deux systèmes d’exploration sous-marine : la plongée profonde avec des scaphandres recycleurs et les techniques de caisson pressurisé utilisées par les industries pétrolières offshore. Enfin à l’air libre, Laurent tombe dans les bras de Théo Mavrostomos, qui a géré la pressurisation tout au long de l’aventure.

Avant le départ, l’explorateur en chef nous expliquait ceci : « Au-delà d’une soixantaine de mètres de profondeur, l’oxygène devient toxique et peut provoquer des crises d’épilepsie et des brûlures. A 13 bars de pression, l’azote, qui compose notre air à 78 %, pourrait provoquer des narcoses. » Ils ont utilisé les méthodes des ouvriers de l’industrie pétrolière offshore pour réparer les pipelines. « Eux sont toujours reliés aux ascenseurs-tourelles par un câble - un ombilical qui les alimente en eau chaude, électricité, modes de communication - qui les limite dans leurs mouvements. Nous, nous étions libres ! La vraie nouveauté, ce n’était donc pas le moyen, mais l’usage qu’on en faisait. A nous quatre, nous avons plongé quatre cents heures ! Un exploit mondial. On ne sera jamais allé aussi loin dans la technique de plongée, et tout ça en restant près de chez nous et du berceau de notre passion, la Méditerranée. »

Exploration technique et découvertes naturalistes

Équipés de propulseurs sous-marins et de palmes, ils ont réalisé 31 plongées et descendu jusqu’à 142 mètres de profondeur, dont plus de six heures d’exploration au Tombant des Américains, près de Villefranche-sur-Mer… Un record ! Les résultats de la dizaine de missions scientifiques seront révélés d’ici quelques mois.

Laurent Ballesta avait promis de rendre « exotique » cette mer qui, depuis cinq mille ans, nourrit notre imaginaire. Grâce à ses photos, on découvre un monde extraordinaire, opulent de diversité, jonché d’éponges et de récifs coralligènes : des jardins de coraux, d’algues calcaires, de mollusques, de gorgones… « Nous avons vécu des moments exceptionnels pour des naturalistes. Nous avons rencontré des licornes, des morues cuivrées, des bécasses de mer [petits poissons osseux vivant plutôt dans les océans tropicaux et subtropicaux], des crabes-araignées, si élégants, ou des barbiers-perroquets. »

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Certaines espèces n’avaient jamais été observées dans leur milieu naturel, on les connaissait seulement sous forme de dessins et de gravures dans les livres. On les croyait rares, voire disparues ! « La nature a été très généreuse, continue Laurent. Champagne ! »

Le samedi 20 juillet, pendant six heures, les plongeurs ont nagé dans les entrailles grignotées par la rouille du « Natal », immense paquebot long de 130 mètres qui sombra lors d’une collision avec un cargo en 1917, emportant son capitaine et 103 autres victimes. Plus de cent ans après, l’épave est devenue une cité aquatique luxuriante, prise d’assaut par des milliers de créatures, dont certaines jamais répertoriées, encore moins photographiées. « Une claque ! s’enthousiasme Laurent. Un poisson-lune se faisait nettoyer le dos sur le pont, des bécasses dansaient le long de la coque, une roussette [un petit requin] se chaussait dans le sable… C’était sublime, magique ! »

Les défis physiques et psychologiques de la saturation

« L’hélium nous glaçait le sang et les os. C’est une pompe calorique qui refroidit l’organisme » Le prix de ces instants a été le confinement de quatre gaillards dans une boîte métallique de 5 mètres carrés, la taille d’une cabine-lit dans un train, chichement équipée. « Avant, il y avait les hommes-grenouilles ; désormais, nous sommes des hommes-sardines », s’amuse à répéter Ballesta.

Les explorateurs redoutaient l’enfermement, la promiscuité, mais aussi les imprévus. « Il a fallu attendre des heures, parfois des jours, pour plonger. Il y a eu quelques météos capricieuses, mais surtout des terrains compliqués où il était difficile d’ancrer solidement la barge. Ces moments d’attente furent longs, assez rudes et tendus. Ajoutés à l’immense fatigue que nous ressentions, c’était parfois dur. Mais heureusement, on a tous “pris sur nous” pour rester attentifs les uns aux autres et trouver cet équilibre de vie qui nous a permis de tenir jusqu’au bout. »

Comme les poissons du fond, ils étaient eux aussi sous étroite surveillance. Les dix-sept caméras braquées sur eux durant toute l’expérience ont parfois révélé des comportements étonnants. « On pouvait fixer un objet sans raison ou lire trois fois la même page pendant trois jours. » La pression altère le caractère, viciant l’humeur en détériorant les récepteurs de sérotonine, l’« hormone du bonheur ».

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Certains jours, les plongeurs étaient irascibles, distants, grincheux, minés par quelque contrariété. Gérald Passedat leur prépare un repas gastronomique surprise. Ballesta se rêvait « océanaute » : « En imaginant ce projet, je pensais plonger de l’aube jusqu’au coucher du soleil… » Très vite, il a dû déchanter. « L’hélium nous glaçait le sang et les os. C’est une pompe calorique qui refroidit l’organisme, comme si l’on respirait de la glace pilée. Dans la capsule, on suffoquait dans une ambiance tropicale, puis, une fois en profondeur, la première demi-heure était atroce. C’était un choc thermique, très dur, qui nous rendait fébriles jusqu’au moment où on s’était acclimatés… Répit de courte durée car, au bout de deux heures, le froid polaire environnant nous saisissait aux tripes. Pour résister, il fallait s’occuper l’esprit, se raisonner, continuer à palmer. L’eau était à 12 °C, mais, en ressenti, elle nous paraissait gelée. Nous avions des sous-vêtements chauffants électriques, des combinaisons épaisses, mais c’était pire que tout ce que nous avions connu lors de nos expéditions en Antarctique ! »

Les corps ont souffert. Les bouts des doigts restent endoloris, manquent de sensibilité, picotent. De grosses douleurs articulaires ont envahi les mains, les poignets. « Avec les recycleurs, les appareils photo, les éclairages, l’équipement était très lourd, dit Laurent. Et le froid qui contracte chaque muscle… Au bout de deux heures et demie de plongée, c’est comme si l’on nous poignardait les reins. Les lombaires devenaient très douloureuses… C’est peut-être la seule déception de cette expédition : je pensais que ce rêve, ce privilège immense, s’accomplirait dans le plaisir et la joie. Finalement, les contraintes étaient énormes. » La plus douloureuse : l’éloignement avec les proches. « Eléa avait 1 mois lorsque je suis parti. Elle a le double aujourd’hui, confie Laurent, très ému. Il me tardait de la voir, de serrer Caroline dans nos bras. »

Ce soir, le soleil se couche sur les quais du petit port de la Pointe-Rouge, à Marseille. L’air est frais, balayé par de violentes rafales de mistral. Sur terre, Ballesta et son équipe sont heureux et fiers.

L’expérience du snorkeling à Cap Rousset : un refuge protégé

La calanque du Cap Rousset est située sur la Côte Bleue, entre le port de Carry-le-Rouet et la plage du Rouet. Il s’agit d’une réserve marine protégée créée en 1982 où les espèces marines peuvent se développer en toute quiétude. L’effet « réserve » est parfaitement visible sous l’eau, en snorkeling nous pouvons découvrir un grand nombre d’espèces marines, les poissons sont plus nombreux, plus gros et moins craintifs. Pour ces raisons la calanque du Cap Rousset est devenue un site de plongée privilégié pour les amateurs de randonnée aquatique. La crique est globalement peu profonde, elle forme un plateau sous-marin où l’on trouve des herbiers de posidonies. Les falaises qui la bordent comportent à leurs pieds de nombreux rochers et éboulis où la vie abonde.

L’air est souvent très doux, on peut s’équiper tranquillement sans se geler, c'est vraiment plaisant. Par contre la mise à l’eau est une autre histoire, la Méditerranée peut parfois être fraîche. Verdict de la montre de plongée : 15°C en décembre ! L'eau fraîche est une chose, mais la visibilité dépend fortement de la houle qui transporte des cargaisons de fragments de posidonies. Parfois, il est impossible de photographier en plan large tellement l'eau est chargée en particules et débris divers, une véritable purée de pois. Il faut donc se contenter de gros plans.

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Le plus surprenant est de voir le comportement des poissons quand ils ne sont pas craintifs. En période hivernale, les loups (dicentrachus labrax) sont nombreux dans la baie du Cap Rousset. Il arrive qu'ils s'habituent à la présence humaine, voire qu'ils intègrent le plongeur à leur tactique de chasse. Ma masse imposante ayant tendance à faire fuir les bancs d'athérines, ils ont compris qu'il suffisait de me devancer et de se tenir en embuscade parmi les rochers pour tenter de saisir les petits poissons. Une fois la tentative accomplie, ils contournent le plongeur pour le doubler et reprennent leur poste. Ils se sentent de plus en plus en confiance. Au bout d'une heure passée dans l'eau, même les oblades (oblada melanura) viennent inspecter de plus près.

Observer les fonds : un aquarium naturel à portée de main

Si vous voulez vous mettre à l’eau pour observer les fonds marins, la petite plage du Cap Rousset, en plein cœur de la réserve marine de Carry, est l’endroit idéal pour la découverte du snorkeling. La petite crique se remplit vite dès que vient l’été. Alors si vous souhaitez venir y profiter, il faudra y arriver de bonne heure. Durant les mois d’été, si vous arrivez après 9h du matin, il deviendra difficile de trouver une place où se garer. Le mieux est de prévoir une arrivée vers 8h30.

Pour donner vos premiers coups de palmes, le mieux est de se mettre à l’eau derrière la petite digue sur la gauche. On peut facilement s’assoir sur les rochers qui dépassent de l’eau pour enfiler ses palmes. La mise à l’eau de la plage de sable est aussi possible mais dans les premiers mètres entre la plage et la digue, vous aurez l’impression d’être dans le brouillard, l’eau y est souvent très laiteuse (l’occasion de croiser quelques gros loups qui aiment particulièrement les eaux troubles).

Une fois immergé, bienvenu dans l’aquarium ! Vous commencerez à évoluer dans peu d’eau, mais déjà les girelles, sars, saupes, serrans, loups, mulets et autres labres vous accompagnent. D’ailleurs, c’est un des endroits où vous pourrez observer un grand nombre d’espèces de labres de Méditerranée. Après avoir survolé l’herbier de posidonie, et peut-être repéré quelques grandes nacres juvéniles, dirigez-vous vers la gauche. Là, se trouvent des fonds particuliers : cette dalle rocheuse ponctuée de « baignoires » est ce qu’il reste d’anciens récifs coralliens, caractéristiques de la Côte-Bleue. N’hésitez pas à chercher dans les cavités : poulpes, congres, rascasses y sont fréquents. Vous assisterez aussi au travail des labres nettoyeurs. De temps en temps, retournez-vous : vous aurez certainement la surprise de voir que vous êtes suivi ! En effet, il n’est pas rare de se faire escorter par une horde de poissons tels que sars, oblades, dorades ou girelles.

Si vous vous écartez un peu du bord de la côte, vous trouverez un peu plus de fond. Si vous êtes à l’aise et que vous souhaitez vous faire plaisir, vous pouvez descendre sur une dizaine de mètres de fond. Attention toutefois à votre sécurité, les bateaux même s’ils sont rares à s’approcher ici, peuvent passer. Si vous passez de l’autre côté, vous trouverez de gros blocs rocheux, dans lesquels vous aurez peut-être la chance d’observer quelques corbs, aux nageoires dorées, un des plus beaux poissons de Méditerranée, devenus rares malheureusement, et désormais protégés. Vous reviendrez en fouillant ensuite au milieu des rochers sur le côté droit de la plage, ou dans la posidonie, tondue en permanence par d’immenses bancs de saupes. Que vous soyez novice ou expérimenté, naturaliste ou simple curieux, les eaux du Cap Rousset auront de quoi vous donner envie de revenir tremper vos palmes dans la grande bleue.

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