L’azur se confond avec le miroir de l’eau. Descente douce dans un univers tiède et moelleux. Impression de silence à peine troublé par le bruit du détendeur, dans un monde chatoyant où les bulles éclatent dans les rayons du soleil. Le fardeau de la bouteille est oublié. Être comme en apesanteur dans un monde où les couleurs s’illuminent dans un rêve d’éternité. Cette vision idyllique, que l’on retrouve souvent dans les magazines, illustre le versant contemplatif de la plongée. Cependant, la réalité est souvent différente, que ce soit dans les carrières du Nord, en Atlantique ou en Méditerranée, où les conditions peuvent être austères : équipement sur un pont épileptique, interminable traversée, froid saisissant ou manque de visibilité.
La plongée sous-marine est une activité récréative attrayante pour les personnes de tous âges. En effet, dans des conditions favorables, la plongée ne demande que peu d'efforts, ce qui permet aux non-initiés de penser qu'il s'agit d'un passe-temps sûr et sans effort. Toutefois, l’immersion à elle seule est un facteur de stress pour le corps, en particulier pour le cœur et le système circulatoire. Les personnes dont la capacité d'exercice est limitée peuvent être poussées à leurs limites par la plongée, au point de subir des blessures graves, voire mortelles. La plongée sous-marine vous expose à de nombreux effets, notamment l'immersion, le froid, les gaz hyperbares, la pression respiratoire élevée, l'exercice et le stress, ainsi qu'au risque de bulles de gaz circulant dans le sang après la plongée. La capacité du cœur à supporter un débit sanguin élevé diminue avec l'âge et les maladies. Avoir un cœur en bonne santé est de la plus haute importance pour votre sécurité lors de la plongée sous-marine, ainsi que pour votre capacité à faire de l'exercice en général et pour votre durée de vie.
Les mécanismes physiologiques de l'immersion
L'immersion dans une eau dont la température est proche de celle du corps humain expose ce dernier à un gradient de pression qui déplace le sang des vaisseaux des jambes vers ceux de la cage thoracique. Cela augmente le volume de sang dans votre poitrine de 700 millilitres. Les barorécepteurs, capteurs qui perçoivent une variation de la pression artérielle situés dans les principaux vaisseaux du corps, réagissent à tous ces changements en réduisant l'activité du système nerveux sympathique, qui régit ce que l'on appelle communément la réaction de « lutte ou de fuite ».
Parallèlement, l'eau a une conductivité thermique élevée, ce qui signifie que votre corps perd plus de chaleur lorsque vous êtes immergé dans l'eau que lorsque vous êtes dans l'air sec. Lorsque votre corps perd de la chaleur, le rétrécissement des vaisseaux sanguins périphériques s'intensifie, phénomène connu sous le nom de « vasoconstriction périphérique ». Cela envoie plus de sang vers le cœur, ce qui augmente la pression de remplissage du côté droit du cœur et l'incite à pomper plus de sang. Respirer de l'air sous pression, comme c'est le cas lors de la plongée sous-marine, affecte également le cœur et le système circulatoire. L'augmentation des niveaux d'oxygène entraîne une vasoconstriction, une augmentation de la pression artérielle et une réduction de la fréquence et du débit cardiaques.
Effort physique et exigences métaboliques
Bien que la plongée puisse être très exigeante sur le plan physique, les plongeurs amateurs ont la possibilité de choisir des conditions de plongée et des activités qui ne nécessitent généralement pas beaucoup d'efforts. Néanmoins, toute plongée exige de l'organisme une certaine quantité d'énergie métabolique. Par exemple, nager lentement et tranquillement en surface représente une activité d'intensité modérée, tandis que nager avec des palmes en surface demande jusqu'à 40 % d'énergie en moins que nager pieds nus. L'ajout d'un équipement de plongée augmente toutefois la résistance du nageur et donc le coût énergétique de la natation. La plupart des plongées en flottabilité neutre et sans courant ne nécessitent que de courts intervalles de natation intermittente à un rythme lent et représentent donc un exercice d'intensité faible à modérée.
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L'intensité de l'exercice est mesurée par une valeur connue sous le nom d'équivalent métabolique (MET), 1 MET représentant la quantité d'énergie consommée au repos. Il est suggéré que les plongeurs soient capables de soutenir un exercice de 6 MET pendant une période de 20 à 30 minutes. Votre capacité à pratiquer une activité physique soutenue dépend de la quantité d'énergie que votre corps peut produire par un processus utilisant l'oxygène, appelé capacité aérobie, qui dépend du bon fonctionnement de votre système cardiovasculaire.
Le cœur : une pompe biologique sous pression
Le « moteur » du système circulatoire est le cœur. C’est une pompe composée de tissus vivants : des muscles, des tissus de soutien et un système de conduction qui produit les signaux électriques stimulant l'action de pompage. Les oreillettes reçoivent le sang à basse pression : l’oreillette droite reçoit le sang veineux appauvri en oxygène revenant du corps, tandis que l’oreillette gauche reçoit le sang oxygéné en provenance des poumons. Les ventricules assurent la majeure partie du pompage. En moyenne, le cœur humain pompe environ 70 millilitres de sang par battement de cœur, une mesure connue sous le nom de « volume systolique ».
Lorsque vous faites de l'exercice, vos muscles ont besoin de plus d'oxygène, si bien que votre flux sanguin augmente : votre fréquence cardiaque peut être multipliée par trois et votre volume d'éjection systolique peut doubler. Le débit cardiaque d'une personne de condition physique moyenne passe ainsi d'environ 5 litres par minute à 15-20 litres par minute, et celui d'un athlète de haut niveau peut atteindre 40 litres par minute. Cependant, la capacité d'un individu à maintenir un niveau élevé d'exercice pendant une période prolongée diminue avec l'âge, même en bonne santé. Avec le temps, le stimulateur naturel du cœur perd certaines de ses cellules et les structures cardiaques deviennent plus rigides. Les muscles du ventricule gauche s'épaississent, le cœur peut augmenter légèrement en taille, mais le volume du ventricule gauche diminue, rendant le remplissage et la vidange plus lents. La fréquence cardiaque maximale diminue également avec l'âge.
Le système nerveux autonome et les dysrythmies
Le système nerveux autonome (SNA), qui régule les fonctions involontaires comme le rythme cardiaque, est également affecté par la plongée. Chez les personnes en bonne santé, la plongée augmente généralement les effets parasympathiques, préservant ainsi le rythme cardiaque et la variabilité du rythme cardiaque. Toutefois, avec l'âge, la contribution du système parasympathique diminue, l'activité du système sympathique augmente, même au repos, et le rythme cardiaque est plus susceptible d'être perturbé.
Des effets indésirables graves peuvent parfois se produire. Une réaction connue sous le nom de bradyarythmie (rythme cardiaque très lent et irrégulier) peut provoquer une mort subite lors de la mise à l'eau, surtout chez les personnes souffrant d'une anomalie préexistante. À l'inverse, la tachyarythmie (rythme cardiaque très rapide et irrégulier) peut également provoquer une mort subite, en particulier chez les plongeurs souffrant d'une maladie cardiaque structurelle ou ischémique. Dans le cadre de l'apnée, le « réflexe de plongée » combine bradycardie, vasoconstriction périphérique et hypoxie progressive, créant un stress physiologique intense.
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Pathologies cardiaques et implications en plongée
Les maladies cardiovasculaires, incluant accident vasculaire cérébral, infarctus aigu du myocarde et angine instable, sont responsables de 26 % des accidents invalidants et de 13 % des décès en plongée, principalement chez les plongeurs de plus de 60 ans. Les statistiques montrent qu'environ un tiers des décès en plongée sont associés à un accident cardiaque aigu. Le risque de décès d'origine cardiaque en plongée est 10 fois plus élevé chez les plongeurs de plus de 50 ans que chez ceux de moins de 50 ans.
Hypertension artérielle
L’hypertension est l'une des affections les plus courantes chez les plongeurs. Les complications à court terme sont généralement dues à une tension artérielle extrêmement élevée, le risque majeur étant l'accident vasculaire cérébral. Des cas d'œdème pulmonaire aigu ont été rapportés chez des personnes souffrant d'hypertension non contrôlée. Bien que la plupart des médicaments antihypertenseurs soient compatibles avec la plongée, il est impératif que les effets secondaires soient minimes et que les performances ne soient pas compromises. En France, la Fédération française d’études et de sports sous-marins (FFESSM) considère l'hypertension comme une contre-indication temporaire : en cas d'HTA légère, la plongée peut être pratiquée en évitant l'eau froide et en ne dépassant pas les 30 mètres de profondeur.
Athérosclérose et coronaropathie
L'athérosclérose coronarienne résulte du dépôt de cholestérol le long des parois des artères, provoquant un blocage progressif de la circulation sanguine. L'insuffisance coronaire réduit la livraison d'oxygène au muscle cardiaque, ce qui est critique lors d'un effort. La mort cardiaque subite survient souvent sans signe annonciateur chez les personnes souffrant d'insuffisance coronaire non détectée. Une personne ayant subi un pontage ou une angioplastie doit observer une période de guérison de 6 à 12 mois avant d'envisager une reprise, avec une évaluation cardiovasculaire complète incluant un test d'effort atteignant 13 MET (stade 4 du protocole de Bruce).
Dysrythmies et extrasystoles
Le terme « dysrythmie » décrit un large éventail d'affections cardiaques. Si des battements supplémentaires ou des changements mineurs sont parfois bénins, d'autres sont incompatibles avec la plongée. La fibrillation auriculaire (FA), caractérisée par un pouls rapide et irrégulier, favorise la formation de caillots de sang. Les extrasystoles ventriculaires, souvent appelées « contractions ventriculaires prématurées » (CVP), sont fréquentes, mais lorsqu'elles sont significatives ou symptomatiques, elles nécessitent une consultation médicale approfondie. Il est important de noter que les tachycardies supraventriculaires sont souvent imprévisibles et peuvent être déclenchées par l'immersion du visage dans l'eau froide.
Autres anomalies structurelles
Le prolapsus de la valvule mitrale (PVM) est fréquent, surtout chez les femmes, et ne constitue pas nécessairement une contre-indication s'il est asymptomatique et ne nécessite pas de traitement. Les souffles cardiaques, quant à eux, peuvent être fonctionnels et bénins, ou pathologiques, révélant des valvules endommagées ou des communications interauriculaires (CIA) ou interventriculaires (CIV). Ces dernières, bien que souvent asymptomatiques, peuvent modifier les pressions intracardiaques, augmentant ainsi le risque d'accident de décompression ou d'autres troubles associés.
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